1. Ernst Happel

29/11/1925 - 14/11/1992

Autriche

Trois titres nationaux, deux finales européennes et deux Coupes de Belgique : Ernst Happel est pour toujours dans l'histoire du Club Bruges. On retiendra les circonstances rocambolesques de l'arrivée (en janvier 1974) et du départ (en mai 1979) de cet Autrichien imprévisible. Lors de ce qui devait être sa première réunion avec la direction, il est parti... avant même la réunion parce que ses interlocuteurs n'étaient pas là à l'heure.

Il a dit au responsable du matériel : " Dites à ces messieurs que je suis venu. " Et au moment de son départ, il a ouvert la porte du vestiaire et mis ses joueurs sur le cul en lâchant : " Meine Herren, Danke schön und auf Wiedersehen. " Du Happel tout craché.

Avec lui, tout était question de discipline. Il veillait en permanence à faire passer l'intérêt collectif avant les intérêts individuels et il s'occupait d'insuffler une mentalité gagnante. Dans son monde footballistique idéal, le physique donnait le ton. Et il y avait aussi le goût du risque, qu'il cultivait lors de ses visites dans des casinos. Il a introduit le piège du hors-jeu à Bruges et l'utilisait pour imposer ses vues à l'adversaire. Il a été le premier coach à comprendre que dans le foot moderne, le danger devait partir de l'arrière.

2. Pierre Sinibaldi

29/02/1924 - 24/01/2012

France

Il n'avait que 36 ans quand il a posé ses valises à Anderlecht en 1960. Ce partisan d'un 4-2-4 révolutionnaire pour l'époque a forgé le grand Sporting des années 60. Il avait noté que le Brésil était devenu champion du monde en 1958 en pratiquant ce système. En six saisons à la tête des Mauves, Pierre Sinibaldi a été quatre fois champion. Il a bien sûr profité des qualités de joueurs légendaires comme Jef Jurion, Laurent Verbiest et Paul Van Himst.

Ernst Happel, BELGAIMAGE
Ernst Happel © BELGAIMAGE

Il voulait que son équipe, en possession de balle, évolue très haut dans le camp adverse. Et en perte de balle, il demandait à ses joueurs de toujours évoluer le plus haut possible, histoire de maintenir l'adversaire à bonne distance du but du Sporting. Ainsi, l'équipe adverse se retrouvait fréquemment en position hors-jeu, et on reprochait au Français de casser le rythme des matches.

Mais son football a fait des émules. Sinibaldi passait très bien dans le vestiaire, notamment parce qu'il faisait lui-même tous les exercices avec ses joueurs. Idem quand il leur imposait des courses au bois. De plus, il refusait toujours de s'adapter à l'adversaire. Sur le plan international, Anderlecht n'a été nulle part lors du premier passage de Sinibaldi. Tout a changé quand il est revenu à Bruxelles en 1970 et a atteint la finale de la Coupe des Villes de Foires.

3. Aad de Mos

27/03/1947

Pays-Bas

Difficile de trouver trace, dans l'histoire du foot belge, d'un entraîneur plus superstitieux qu' Aad de Mos. On retient cet épisode saisissant, enregistré durant sa période dorée à Malines. L'équipe était en stage aux Iles Canaries. La veille du retour au pays, il a réservé dans un des meilleurs restaurants de poissons de l'île. Le chauffeur du car s'est perdu en route et s'est arrêté à deux kilomètres du resto. L'année suivante, le Hollandais a de nouveau réservé à la même adresse. Et il a demandé au chauffeur, qui était - pas par hasard - le même qu'un an plus tôt, de s'arrêter au même endroit.

Pierre Sinibaldi, BELGAIMAGE
Pierre Sinibaldi © BELGAIMAGE

Dès son arrivée à Malines, il a voulu s'occuper de tout. Il se mêlait de toutes les facettes de l'organisation et misait à fond sur l'esprit revanchard de ses joueurs. Un comportement extrême qui a permis au club de vivre une période extraordinaire avec la Coupe de Belgique en 1987, la Coupe des Vainqueurs de Coupes en 1988 et le titre national en 1989. Aad de Mos adorait provoquer, quitte à franchir la ligne rouge. Conséquence de sa formation dans l'univers impitoyable de l'Ajax Amsterdam, où c'était la loi du plus fort qui s'appliquait.

À Anderlecht, puis au Standard, il n'a jamais réussi à imposer sa griffe comme il l'avait fait à Malines.

4. Tomislav Ivic

30/06/1933 - 24/06/2011

Croatie

La scène, surréaliste, remonte à un match entre Anderlecht et Beveren. Dans un angle difficile, l'attaquant mauve Kenneth Brylle marque sur une magnifique pichenette. Ivre de rage, Tomislav Ivic se lève du banc, comme une tornade. Il démolit le Danois parce qu'il a lui-même tenté sa chance alors qu'il avait un coéquipier démarqué. Ce n'est qu'une anecdote parmi tant d'autres illustrant que, dans le football prôné par ce Croate, il n'y avait aucune place pour la flexibilité.

Aucun autre entraîneur de l'histoire de notre championnat n'a suscité une telle dualité. Ce fut davantage le cas lors de son séjour à Anderlecht (de 1980 à 1982) que pendant ses deux passages au Standard. Il faut dire que, dans le temple du football champagne, il a osé aligner une défense à cinq. Il estimait qu'il fallait placer les meilleurs joueurs du noyau à l'arrière et affirmait que le compartiment arrière devait diriger la manoeuvre.

5. Trond Sollied

29/04/1959

Norvège

Personne, en Belgique, n'avait jamais entendu parler de Trond Sollied quand il a été recruté par Gand en 1998. Ce Norvégien a directement étonné en imposant une approche fort spécifique. Il évoquait souvent les lignes de course et on s'est vite rendu compte que c'était un précurseur.

Pour Sollied, pas question de système. Son credo, c'est la façon dont un système évolue. C'était, finalement, un maître de la simplicité. Il l'a confirmé juste après, lors de ses cinq saisons à Bruges. Sollied répétait régulièrement son évangile du foot, très calmement, sans jamais élever la voix.

Sollied est toujours positif avec ses joueurs. Il veut qu'ils aillent à l'entraînement avec le sourire. Et donc, il s'est toujours opposé à des règles strictes. Pour lui, la seule règle, c'est qu'il ne doit pas y avoir de règles. Il le martèle depuis qu'il est entraîneur.

6. Roberto Martínez

13/07/1973

Espagne

Finalement, c'est simple d'être entraîneur de foot. Tu fais en sorte que tes joueurs se sentent bien. Tu mets tout le monde à sa meilleure place. Tu prônes la clarté, et en même temps, tu es ouvert au dialogue. Tout ça demande de la psychologie, de la diplomatie, une connaissance des hommes. Des qualités qu'on retrouve chez Roberto Martinez. Et il a l'art de les mettre parfaitement en pratique.

Quand Roberto Martinez a succédé à Marc Wilmots à la tête des Diables, en août 2016, pas mal d'Anglais ont ricané. C'était comme si notre fédé avait fait signer un nul. Quand Martinez s'est passé de Radja Nainggolan pour partir au Mondial, une bonne partie du pays lui est tombée sur le dos. Mais on sait que dans le foot, les préjugés n'ont pas nécessairement une durée de vie XXL.

7. Hans Croon

25/05/1936 - 05/02/1985

Pays-Bas

C'est le premier entraîneur qui a permis à un club belge de gagner une Coupe d'Europe. C'était en 1976, année de la victoire d'Anderlecht en Coupe des Coupes. Le Hollandais avait montré de quoi il était capable à Waregem, pour commencer. Là-bas, il avait demandé qu'on repeigne les murs du vestiaire en rouge, histoire d'aiguiser la rage de vaincre de ses joueurs.

Hans Croon était, quelque part, un philosophe. Quand on écoutait ses théories, on pouvait avoir l'impression d'entendre un prêche. Dès son arrivée à Anderlecht, on a compris qu'on tenait un original. Il s'est présenté avec une veste camel, un pantalon léger et une grosse cravate rayée. Quatre mois seulement après ses débuts, il a appris que Raymond Goethals avait signé pour la saison suivante. Plus tard, il a sombré mentalement et il a disparu dans une secte religieuse.

8. Georg Kessler

23/09/1932

Allemagne

George Kessler était un malade de l'organisation. Pour illustrer ses excès, on disait parfois qu'avec lui, même les mouches volaient dans la direction qu'il avait décidée. Quand on lui disait ça, il le prenait comme un compliment. Discipline, ponctualité : des mots qui passaient, pour lui, avant toute autre chose.

Kessler a bossé à Anderlecht, à Bruges, au Standard et deux fois à l'Antwerp. Partout, sa personnalité très forte a marqué les esprits. Il ne parlait pas, il enseignait. A sa façon, il dictait la conduite du club qui l'employait. Parfois, il y avait des clashes avec ses patrons parce qu'il ne se laissait rien imposer. Et il ne laissait rien passer aux joueurs.

Quand on mettait en question ses compétences tactiques, il ne se laissait pas faire. Pas toujours modeste, il affirmait que, sur le plan tactique, il avait vingt ans d'avance.

9. László Bölöni

11/03/1953

Roumanie

Laszlo Bölöni a grandi dans un communisme impitoyable en Roumanie. Sur la qualité scientifique de ses séances d'entraînement, les avis divergent. Mais une chose est sûre, ça porte ses fruits. Ça a marché au Standard, ça marche maintenant à l'Antwerp.

Il a fait sensation quand il est devenu champion avec le Standard en 2009, renouvelant le titre arraché un an plus tôt avec Michel Preud'homme. Il a réussi à faire jouer les Rouches avec un raffinement qui a plu au public. Plus de longs ballons mais un jeu frais et tout en combinaisons.

À l'Antwerp aussi, il a imposé son style. La saison dernière, c'était surtout une équipe qui empêchait l'adversaire de pratiquer son jeu. Aujourd'hui, l'Antwerp joue le sien. C'est aussi une conséquence de la politique des transferts de ce club. Il a notamment ressuscité Lior Refaelov, mis sur une voie de garage à Bruges.

10. Han Grijzenhout

22/12/1932

Pays-Bas

Il a sans doute été le plus créatif des entraîneurs créatifs. Avec lui, à l'entraînement, on ne s'ennuyait pas. Pas mal de footballeurs, comme par exemple Jan Ceulemans, ont dit que cet homme formé à l'Ajax avait été le meilleur T1 de leur carrière. Et pourtant, sur un parcours de 23 ans, il a changé 12 fois d'employeur.

Han Grijzenhout était un crack en matière d'improvisation et de variation. Il préparait chaque entraînement avec le plus grand soin mais il essayait toujours d'être créatif et de surprendre ses joueurs. C'était un homme très droit, parfois cru. Il n'avait pas peur d'aller au clash avec ses joueurs et ses dirigeants. Il n'a pas compté ses C4. On se souvient de son renvoi de Bruges. Il avait été champion là-bas en 1980, mais la saison suivante, un départ raté lui a été fatal. Chaque fois, il a vite retrouvé de l'embauche.

Aad de Mos, BELGAIMAGE
Aad de Mos © BELGAIMAGE
Tomislav Ivic, BELGAIMAGE
Tomislav Ivic © BELGAIMAGE
Trond Sollied, BELGAIMAGE
Trond Sollied © BELGAIMAGE
Roberto Martínez, BELGAIMAGE
Roberto Martínez © BELGAIMAGE
Hans Croon, BELGAIMAGE
Hans Croon © BELGAIMAGE
Georg Kessler, BELGAIMAGE
Georg Kessler © BELGAIMAGE
László Bölöni, BELGAIMAGE
László Bölöni © BELGAIMAGE
Han Grijzenhout, BELGAIMAGE
Han Grijzenhout © BELGAIMAGE
Trois titres nationaux, deux finales européennes et deux Coupes de Belgique : Ernst Happel est pour toujours dans l'histoire du Club Bruges. On retiendra les circonstances rocambolesques de l'arrivée (en janvier 1974) et du départ (en mai 1979) de cet Autrichien imprévisible. Lors de ce qui devait être sa première réunion avec la direction, il est parti... avant même la réunion parce que ses interlocuteurs n'étaient pas là à l'heure. Il a dit au responsable du matériel : " Dites à ces messieurs que je suis venu. " Et au moment de son départ, il a ouvert la porte du vestiaire et mis ses joueurs sur le cul en lâchant : " Meine Herren, Danke schön und auf Wiedersehen. " Du Happel tout craché. Avec lui, tout était question de discipline. Il veillait en permanence à faire passer l'intérêt collectif avant les intérêts individuels et il s'occupait d'insuffler une mentalité gagnante. Dans son monde footballistique idéal, le physique donnait le ton. Et il y avait aussi le goût du risque, qu'il cultivait lors de ses visites dans des casinos. Il a introduit le piège du hors-jeu à Bruges et l'utilisait pour imposer ses vues à l'adversaire. Il a été le premier coach à comprendre que dans le foot moderne, le danger devait partir de l'arrière.Il n'avait que 36 ans quand il a posé ses valises à Anderlecht en 1960. Ce partisan d'un 4-2-4 révolutionnaire pour l'époque a forgé le grand Sporting des années 60. Il avait noté que le Brésil était devenu champion du monde en 1958 en pratiquant ce système. En six saisons à la tête des Mauves, Pierre Sinibaldi a été quatre fois champion. Il a bien sûr profité des qualités de joueurs légendaires comme Jef Jurion, Laurent Verbiest et Paul Van Himst. Il voulait que son équipe, en possession de balle, évolue très haut dans le camp adverse. Et en perte de balle, il demandait à ses joueurs de toujours évoluer le plus haut possible, histoire de maintenir l'adversaire à bonne distance du but du Sporting. Ainsi, l'équipe adverse se retrouvait fréquemment en position hors-jeu, et on reprochait au Français de casser le rythme des matches. Mais son football a fait des émules. Sinibaldi passait très bien dans le vestiaire, notamment parce qu'il faisait lui-même tous les exercices avec ses joueurs. Idem quand il leur imposait des courses au bois. De plus, il refusait toujours de s'adapter à l'adversaire. Sur le plan international, Anderlecht n'a été nulle part lors du premier passage de Sinibaldi. Tout a changé quand il est revenu à Bruxelles en 1970 et a atteint la finale de la Coupe des Villes de Foires.Difficile de trouver trace, dans l'histoire du foot belge, d'un entraîneur plus superstitieux qu' Aad de Mos. On retient cet épisode saisissant, enregistré durant sa période dorée à Malines. L'équipe était en stage aux Iles Canaries. La veille du retour au pays, il a réservé dans un des meilleurs restaurants de poissons de l'île. Le chauffeur du car s'est perdu en route et s'est arrêté à deux kilomètres du resto. L'année suivante, le Hollandais a de nouveau réservé à la même adresse. Et il a demandé au chauffeur, qui était - pas par hasard - le même qu'un an plus tôt, de s'arrêter au même endroit. Dès son arrivée à Malines, il a voulu s'occuper de tout. Il se mêlait de toutes les facettes de l'organisation et misait à fond sur l'esprit revanchard de ses joueurs. Un comportement extrême qui a permis au club de vivre une période extraordinaire avec la Coupe de Belgique en 1987, la Coupe des Vainqueurs de Coupes en 1988 et le titre national en 1989. Aad de Mos adorait provoquer, quitte à franchir la ligne rouge. Conséquence de sa formation dans l'univers impitoyable de l'Ajax Amsterdam, où c'était la loi du plus fort qui s'appliquait. À Anderlecht, puis au Standard, il n'a jamais réussi à imposer sa griffe comme il l'avait fait à Malines.La scène, surréaliste, remonte à un match entre Anderlecht et Beveren. Dans un angle difficile, l'attaquant mauve Kenneth Brylle marque sur une magnifique pichenette. Ivre de rage, Tomislav Ivic se lève du banc, comme une tornade. Il démolit le Danois parce qu'il a lui-même tenté sa chance alors qu'il avait un coéquipier démarqué. Ce n'est qu'une anecdote parmi tant d'autres illustrant que, dans le football prôné par ce Croate, il n'y avait aucune place pour la flexibilité. Aucun autre entraîneur de l'histoire de notre championnat n'a suscité une telle dualité. Ce fut davantage le cas lors de son séjour à Anderlecht (de 1980 à 1982) que pendant ses deux passages au Standard. Il faut dire que, dans le temple du football champagne, il a osé aligner une défense à cinq. Il estimait qu'il fallait placer les meilleurs joueurs du noyau à l'arrière et affirmait que le compartiment arrière devait diriger la manoeuvre.Personne, en Belgique, n'avait jamais entendu parler de Trond Sollied quand il a été recruté par Gand en 1998. Ce Norvégien a directement étonné en imposant une approche fort spécifique. Il évoquait souvent les lignes de course et on s'est vite rendu compte que c'était un précurseur. Pour Sollied, pas question de système. Son credo, c'est la façon dont un système évolue. C'était, finalement, un maître de la simplicité. Il l'a confirmé juste après, lors de ses cinq saisons à Bruges. Sollied répétait régulièrement son évangile du foot, très calmement, sans jamais élever la voix. Sollied est toujours positif avec ses joueurs. Il veut qu'ils aillent à l'entraînement avec le sourire. Et donc, il s'est toujours opposé à des règles strictes. Pour lui, la seule règle, c'est qu'il ne doit pas y avoir de règles. Il le martèle depuis qu'il est entraîneur.Finalement, c'est simple d'être entraîneur de foot. Tu fais en sorte que tes joueurs se sentent bien. Tu mets tout le monde à sa meilleure place. Tu prônes la clarté, et en même temps, tu es ouvert au dialogue. Tout ça demande de la psychologie, de la diplomatie, une connaissance des hommes. Des qualités qu'on retrouve chez Roberto Martinez. Et il a l'art de les mettre parfaitement en pratique. Quand Roberto Martinez a succédé à Marc Wilmots à la tête des Diables, en août 2016, pas mal d'Anglais ont ricané. C'était comme si notre fédé avait fait signer un nul. Quand Martinez s'est passé de Radja Nainggolan pour partir au Mondial, une bonne partie du pays lui est tombée sur le dos. Mais on sait que dans le foot, les préjugés n'ont pas nécessairement une durée de vie XXL.C'est le premier entraîneur qui a permis à un club belge de gagner une Coupe d'Europe. C'était en 1976, année de la victoire d'Anderlecht en Coupe des Coupes. Le Hollandais avait montré de quoi il était capable à Waregem, pour commencer. Là-bas, il avait demandé qu'on repeigne les murs du vestiaire en rouge, histoire d'aiguiser la rage de vaincre de ses joueurs. Hans Croon était, quelque part, un philosophe. Quand on écoutait ses théories, on pouvait avoir l'impression d'entendre un prêche. Dès son arrivée à Anderlecht, on a compris qu'on tenait un original. Il s'est présenté avec une veste camel, un pantalon léger et une grosse cravate rayée. Quatre mois seulement après ses débuts, il a appris que Raymond Goethals avait signé pour la saison suivante. Plus tard, il a sombré mentalement et il a disparu dans une secte religieuse.George Kessler était un malade de l'organisation. Pour illustrer ses excès, on disait parfois qu'avec lui, même les mouches volaient dans la direction qu'il avait décidée. Quand on lui disait ça, il le prenait comme un compliment. Discipline, ponctualité : des mots qui passaient, pour lui, avant toute autre chose. Kessler a bossé à Anderlecht, à Bruges, au Standard et deux fois à l'Antwerp. Partout, sa personnalité très forte a marqué les esprits. Il ne parlait pas, il enseignait. A sa façon, il dictait la conduite du club qui l'employait. Parfois, il y avait des clashes avec ses patrons parce qu'il ne se laissait rien imposer. Et il ne laissait rien passer aux joueurs.Quand on mettait en question ses compétences tactiques, il ne se laissait pas faire. Pas toujours modeste, il affirmait que, sur le plan tactique, il avait vingt ans d'avance.Laszlo Bölöni a grandi dans un communisme impitoyable en Roumanie. Sur la qualité scientifique de ses séances d'entraînement, les avis divergent. Mais une chose est sûre, ça porte ses fruits. Ça a marché au Standard, ça marche maintenant à l'Antwerp. Il a fait sensation quand il est devenu champion avec le Standard en 2009, renouvelant le titre arraché un an plus tôt avec Michel Preud'homme. Il a réussi à faire jouer les Rouches avec un raffinement qui a plu au public. Plus de longs ballons mais un jeu frais et tout en combinaisons. À l'Antwerp aussi, il a imposé son style. La saison dernière, c'était surtout une équipe qui empêchait l'adversaire de pratiquer son jeu. Aujourd'hui, l'Antwerp joue le sien. C'est aussi une conséquence de la politique des transferts de ce club. Il a notamment ressuscité Lior Refaelov, mis sur une voie de garage à Bruges.Il a sans doute été le plus créatif des entraîneurs créatifs. Avec lui, à l'entraînement, on ne s'ennuyait pas. Pas mal de footballeurs, comme par exemple Jan Ceulemans, ont dit que cet homme formé à l'Ajax avait été le meilleur T1 de leur carrière. Et pourtant, sur un parcours de 23 ans, il a changé 12 fois d'employeur. Han Grijzenhout était un crack en matière d'improvisation et de variation. Il préparait chaque entraînement avec le plus grand soin mais il essayait toujours d'être créatif et de surprendre ses joueurs. C'était un homme très droit, parfois cru. Il n'avait pas peur d'aller au clash avec ses joueurs et ses dirigeants. Il n'a pas compté ses C4. On se souvient de son renvoi de Bruges. Il avait été champion là-bas en 1980, mais la saison suivante, un départ raté lui a été fatal. Chaque fois, il a vite retrouvé de l'embauche.