Thierry Dailly a le look d'un acteur US, mi-Richard Gere, mi-George Clooney, mais la tchatche bien de chez nous. Un "echte Brusseleir" qui a sorti 100.000 € de sa poche pour redonner vie au RWDM alors que les instigateurs du projet filaient à l'anglaise. Après avoir gagné, en justice, le droit de rester au stade Edmond Machtens, l'homme fort du deuxième club de la capitale en termes de supporters sort enfin de l'ombre. Sans langue de bois, sans tabou. Droit au but.

Thierry Dailly, pourquoi enfin sortir de l'ombre pour raconter le b.a.-ba du RWDM et la façon avec laquelle vous avez réellement lancé le projet ?

THIERRY DAILLY : Parce que je pense qu'il est temps d'éclaircir de nombreuses zones d'ombre. Au début, il y avait certes des investisseurs, des gens intéressés par un projet qui n'avait que quelques esquisses, mais au bout du compte, c'est moi qui ai assumé financièrement pour lancer le RWDM et pour racheter le matricule du Standaard Wetteren. Le projet initial, dans lequel je n'étais pas inclus, a été présenté à la commune de Molenbeek en février 2015 mais la réunion a été très négative. Le même mois, une assemblée des supporters s'était tenue au stade Machtens. Beaucoup de supporters étaient présents mais je me suis rendu compte qu'au-delà de la passion et de l'envie, il n'y avait pas grand-chose de plus. Au niveau des instances communales, certaines personnes pensaient que Johan Vermeersch se cachait derrière le projet alors qu'il n'en a jamais été question et je pense qu'à ce moment, la Bourgmestre a été mal conseillée. J'ai dû sortir du bois parce que j'étais conscient que j'avais de la crédibilité. Après coup, Françoise Schepmans m'a dit que si je m'étais dévoilé tout de suite, on aurait gagné du temps, mais bon... Tout est bien qui finit bien. L'engouement populaire qui a suivi, les centaines de gens présents aux différents conseils communaux qui, soit dit en passant, étaient de vraies mascarades, m'ont incité à poursuivre même si, un soir, j'ai failli tout lâcher !

Tout lâcher, c'est-à-dire ? Abandonner l'idée de redonner vie au RWDM ?

DAILLY : Oui. Les investisseurs initiaux s'étaient retirés et ce n'était pas une surprise parce qu'ils ne se manifestaient plus depuis quelques semaines. Et je n'oublierai jamais la date du 8 juin. Ce soir-là, nous étions six autour de la table dans ma salle à manger : Henri François Lenaerts, Danny Vander Eeckt, Jean Marc Noel, Guy Mertens, Bruno Vandenwijngaert et moi. Nous avons chacun pris une feuille pour mettre les pour et les contre du projet et, au final, hormis les supporters, nous n'avions que des points négatifs. Pourquoi continuer alors que la commune nous mettait des bâtons dans les roues, que nous n'avions pas encore de stade, ni de logo, pas le moindre joueur et même pas un ballon. Les personnes présentes m'ont laissé le soin de trancher et j'ai envoyé un mail à l'avocat pour dire que nous coupions les ponts avec Wetteren. J'arrêtais. Basta. Et pendant la nuit, j'ai eu un déclic, je ne pouvais pas jeter le gant maintenant. Au saut du lit, j'ai fait marche arrière et j'ai décidé d'y aller de ma poche.

"J'AI SORTI 100.000 EUROS DE MA CASSETTE PERSONNELLE"

Concrètement, combien avez-vous dépensé ?

DAILLY : 100.000 € sortis de ma cassette personnelle pour le matricule plus quelques broutilles. Mais si l'on dit que le temps c'est de l'argent, alors c'est une fortune qui y est passé. Ma femme m'a regardé en me disant : -Tu ne vas quand même pas le faire seul ? Mais elle connaissait déjà la réponse. Je dois d'ailleurs la remercier pour son soutien parce que depuis plus d'un an, je ne dors, je ne mange et je ne vis que pour le RWDM, au détriment de beaucoup d'autres choses, et elle est excessivement compréhensive. Reste qu'aujourd'hui, malgré ce que j'ai investi, la gestion est plus facile. Nous avons plus de 2000 abonnés et il y en aura davantage encore la saison prochaine. Les sponsors pleuvent et je ne m'en plains pas. Tous nous ont suivis pour au moins deux ans et je les remercie pour leur confiance. Certains ont été jusqu'à nous offrir 30.000 € par an mais j'ai autant de respect pour ceux-là que pour le boucher du coin qui donne 250 € par amitié. Le RWDM est le club de tout le monde.

Quelle fut la suite de votre chemin de croix ?

DAILLY : Dès le lendemain, nous avons pris tous les contacts nécessaires et ma stratégie a été d'immédiatement lancer la campagne d'abonnements. Il y a eu une réunion de soutien au Sippelberg, un quartier connu de la commune, et beaucoup de gens étaient présents, ne serait-ce que par sympathie. Je pense à Rodrigo Beenkens et Fred Vanderbiest par exemple. Ce jour-là, alors que nous n'avions toujours rien, nous avons écoulé 200 abonnements. Je me suis dit que nous étions partis. J'avais d'ailleurs promis de rembourser personnellement tous les fidèles si le projet n'aboutissait pas. J'ai vu des gens pleurer et je pense que pour la bourgmestre aussi, ça a été un déclic d'assister à ce rassemblement.

A ce moment-là, vous n'étiez pas au bout de vos peines puisque la question du stade Machtens battait son plein... Comment avez-vous vécu toute cette période ?

DAILLY : Je trouve que depuis le premier jour, c'est nous qui avons été corrects. Pas le White Star, qui ne cesse de nous attaquer, même sur le plan médiatique, alors que nous avons l'opinion publique et désormais la justice de notre côté.

"JE VEUX CONSTRUIRE DU SOLIDE DANS LES TROIS ANS À VENIR"

Vous venez justement d'avoir gain de cause devant la justice pour le stade Machtens. Est-ce une revanche personnelle face à John Bico ?

DAILLY : Une revanche ? Non pas du tout. Il a perdu, nous avons gagné : cela s'arrête là. Malgré l'intox, la pression et tout le reste. Je suis persuadé que nous pouvons partager le stade pour peu qu'on nous laisse tranquille. Je trouve que le verdict final, c'est surtout une victoire pour nos supporters.

Qu'avez-vous envie de lui répondre quand il dit qu'un club professionnel ne doit pas partager son stade avec des amateurs de sixième division ?

DAILLY : Pas grand-chose, si ce n'est que je demande qui est professionnel et qui ne l'est pas ? Nous avons une structure en béton, des dizaines de bénévoles qui sont présents pour nous soutenir, une tribune pleine à craquer et des sponsors qui nous suivent. Je comprends que ça doit être dur pour lui... Je veux construire quelque chose de solide dans les trois ans à venir sans dépenser six, sept ou huit millions comme d'autres. Je suis fier de ce que nous avons fait avec des moyens réduits. Mais la passion et l'amour d'un club, ça ne s'achète pas.

A partir de quel moment avez-vous eu envie de relancer le RWDM ?

DAILLY : Avant même que je ne devienne directeur technique du Brussels. Je me souviens de mon premier rendez-vous avec Johan Vermeersch en avril 2010, au Frederiksborg près de la Basilique. Je lui ai dit que pour donner un nouveau souffle à son club, il fallait rendre aux supporters leurs quatre lettres mythiques mais sa réponse a fusé : -Jamais. J'avais compris que pour lui, c'était mort et enterré mais je me suis alors dit que j'essayerais plus tard, seul ou accompagné. S'il avait accepté ce jour-là, le club serait encore en D2...

N'avez-vous pas peur que l'engouement populaire actuel s'essouffle ?

DAILLY : Non, pas du tout. Parce que les supporters molenbeekois, comme ceux de Liège ou de l'Antwerp par exemple, ont du coeur et du respect. Ils savent d'où l'on vient et ce qu'on a fait avec des queues de cerises. Moi, ce qui me plaît, c'est qu'il n'y a pas que des nostalgiques. Il y a des jeunes, des vieux, des filles, des enfants, des familles : l'esprit du RWDM n'est jamais mort. Et tant que les fans comprendront que nous voulons encore être là dans dix ans, quitte à ne pas faire de folies, il n'y aura pas de souci. On a un rôle à jouer à Bruxelles parce que si dans la hiérarchie, nous ne sommes que le quatrième club de la capitale actuellement, en termes de popularité, nous sommes deuxièmes derrière Anderlecht, qui est intouchable. Ça ne plaît pas à tout le monde mais c'est la réalité des tribunes."

"JE SAIS QU'HERMAN VAN HOLSBEECK EST SENSIBLE À NOTRE RETOUR"

Parlons-en justement d'Anderlecht. Un partenariat avec les Mauves est-il possible, utile ou obligatoire ?

DAILLY : Le Sporting nous a prêté un de ses jeunes alors que nous n'étions qu'aux prémices de notre histoire. Il s'agit de Koulibaly. Je voue une grande amitié et un profond respect à Herman Van Holsbeeck et je sais aussi que ça ne le laisse pas indifférent que nous soyons de retour. Je suis convaincu et j'espère que nous pourrons travailler main dans la main mais pour cela, nous devons encore évoluer et grandir. Peut-être que dans quelques saisons, le Sporting viendra encore puiser dans notre centre de formation. Un jeune comme Adnan Januzaj a commencé à Molenbeek. Pourquoi n'y en aurait-il pas d'autres ? Et si ça profite à notre club voisin et ami, tant mieux. Anderlecht nous offrira déjà un cadeau magnifique en effectuant un match de gala au stade Machtens durant l'été, c'est déjà fabuleux pour le RWDM et ce sera la fête du foot bruxellois.

Quel bilan sportif tirez-vous de cette première saison ?

DAILLY : J'estime que c'est une réussite, même si nous sommes en moitié de classement. Mais quand on sait que le premier joueur a signé le 15 juin et que nous avons débuté le 15 juillet, je me dis que nous avons abattu un travail incroyable. Et la saison prochaine, nous essayerons de faire mieux. L'équipe sera renforcée en ce sens, même si deux tiers du groupe sera conservé. Ma déception toutefois, c'est d'avoir dû me séparer de Danny Ost. Il a beaucoup donné pour le club mais n'était plus suivi par le groupe. Enfin, nous n'avons été épargnés ni par les blessures, ni par l'arbitrage. Mais ça fait partie du foot.

Et l'avenir. A quoi ressemble-t-il ?

DAILLY : La saison prochaine, je compte bien pouvoir utiliser la tribune principale également. En tout cas les business seats. Nous avons beaucoup de sponsors qui aimeraient pouvoir dîner avant le match et prendre part à la fête ensuite. L'avenir est rose. Ou plutôt rouge et noir. Dès la saison prochaine, nous aurons de nombreux enfants. Cent cinquante sont déjà inscrits alors que nous venons de démarrer. Beaucoup d'autres vont suivre. Et grâce au duo Patrick Thairet-Daniel Putterie, qui dirigeront le centre de formation, je sais que nous serons performants.

Bruxellois de l'année

Il y a peu, le RWDM a gagné le prix du "Bruxellois de l'année", organisé conjointement par les journaux Le Soir et Vlan. Une consécration ? Non, un triomphe !

"Vous vous rendez compte que nous étions devant la famille Borlée ou Youri Tielemans ! C'est fabuleux", dit Thierry Dailly. "Nous le devons à nos supporters, qui ont voté en masse. Je crois d'ailleurs que le taux de participation a explosé cette année."

Et dans la foulée, Françoise Schepmans, la bourgmestre, a été sacrée "Personnalité politique bruxelloise de l'année".

"C'est mérité. Pas pour ce qu'elle a fait pour nous mais parce que je trouve qu'elle a bien géré l'après 13 novembre et les attentats, au cours desquels sa commune a fait le tour du monde. Je pense que le RWDM est d'ailleurs le seul à avoir fait parler de Molenbeek en bien, même si cela n'a qu'un point infime à côté des drames parisiens."

Par David Dupont

Thierry Dailly a le look d'un acteur US, mi-Richard Gere, mi-George Clooney, mais la tchatche bien de chez nous. Un "echte Brusseleir" qui a sorti 100.000 € de sa poche pour redonner vie au RWDM alors que les instigateurs du projet filaient à l'anglaise. Après avoir gagné, en justice, le droit de rester au stade Edmond Machtens, l'homme fort du deuxième club de la capitale en termes de supporters sort enfin de l'ombre. Sans langue de bois, sans tabou. Droit au but.Thierry Dailly, pourquoi enfin sortir de l'ombre pour raconter le b.a.-ba du RWDM et la façon avec laquelle vous avez réellement lancé le projet ?THIERRY DAILLY : Parce que je pense qu'il est temps d'éclaircir de nombreuses zones d'ombre. Au début, il y avait certes des investisseurs, des gens intéressés par un projet qui n'avait que quelques esquisses, mais au bout du compte, c'est moi qui ai assumé financièrement pour lancer le RWDM et pour racheter le matricule du Standaard Wetteren. Le projet initial, dans lequel je n'étais pas inclus, a été présenté à la commune de Molenbeek en février 2015 mais la réunion a été très négative. Le même mois, une assemblée des supporters s'était tenue au stade Machtens. Beaucoup de supporters étaient présents mais je me suis rendu compte qu'au-delà de la passion et de l'envie, il n'y avait pas grand-chose de plus. Au niveau des instances communales, certaines personnes pensaient que Johan Vermeersch se cachait derrière le projet alors qu'il n'en a jamais été question et je pense qu'à ce moment, la Bourgmestre a été mal conseillée. J'ai dû sortir du bois parce que j'étais conscient que j'avais de la crédibilité. Après coup, Françoise Schepmans m'a dit que si je m'étais dévoilé tout de suite, on aurait gagné du temps, mais bon... Tout est bien qui finit bien. L'engouement populaire qui a suivi, les centaines de gens présents aux différents conseils communaux qui, soit dit en passant, étaient de vraies mascarades, m'ont incité à poursuivre même si, un soir, j'ai failli tout lâcher !Tout lâcher, c'est-à-dire ? Abandonner l'idée de redonner vie au RWDM ?DAILLY : Oui. Les investisseurs initiaux s'étaient retirés et ce n'était pas une surprise parce qu'ils ne se manifestaient plus depuis quelques semaines. Et je n'oublierai jamais la date du 8 juin. Ce soir-là, nous étions six autour de la table dans ma salle à manger : Henri François Lenaerts, Danny Vander Eeckt, Jean Marc Noel, Guy Mertens, Bruno Vandenwijngaert et moi. Nous avons chacun pris une feuille pour mettre les pour et les contre du projet et, au final, hormis les supporters, nous n'avions que des points négatifs. Pourquoi continuer alors que la commune nous mettait des bâtons dans les roues, que nous n'avions pas encore de stade, ni de logo, pas le moindre joueur et même pas un ballon. Les personnes présentes m'ont laissé le soin de trancher et j'ai envoyé un mail à l'avocat pour dire que nous coupions les ponts avec Wetteren. J'arrêtais. Basta. Et pendant la nuit, j'ai eu un déclic, je ne pouvais pas jeter le gant maintenant. Au saut du lit, j'ai fait marche arrière et j'ai décidé d'y aller de ma poche."J'AI SORTI 100.000 EUROS DE MA CASSETTE PERSONNELLE"Concrètement, combien avez-vous dépensé ?DAILLY : 100.000 € sortis de ma cassette personnelle pour le matricule plus quelques broutilles. Mais si l'on dit que le temps c'est de l'argent, alors c'est une fortune qui y est passé. Ma femme m'a regardé en me disant : -Tu ne vas quand même pas le faire seul ? Mais elle connaissait déjà la réponse. Je dois d'ailleurs la remercier pour son soutien parce que depuis plus d'un an, je ne dors, je ne mange et je ne vis que pour le RWDM, au détriment de beaucoup d'autres choses, et elle est excessivement compréhensive. Reste qu'aujourd'hui, malgré ce que j'ai investi, la gestion est plus facile. Nous avons plus de 2000 abonnés et il y en aura davantage encore la saison prochaine. Les sponsors pleuvent et je ne m'en plains pas. Tous nous ont suivis pour au moins deux ans et je les remercie pour leur confiance. Certains ont été jusqu'à nous offrir 30.000 € par an mais j'ai autant de respect pour ceux-là que pour le boucher du coin qui donne 250 € par amitié. Le RWDM est le club de tout le monde.Quelle fut la suite de votre chemin de croix ?DAILLY : Dès le lendemain, nous avons pris tous les contacts nécessaires et ma stratégie a été d'immédiatement lancer la campagne d'abonnements. Il y a eu une réunion de soutien au Sippelberg, un quartier connu de la commune, et beaucoup de gens étaient présents, ne serait-ce que par sympathie. Je pense à Rodrigo Beenkens et Fred Vanderbiest par exemple. Ce jour-là, alors que nous n'avions toujours rien, nous avons écoulé 200 abonnements. Je me suis dit que nous étions partis. J'avais d'ailleurs promis de rembourser personnellement tous les fidèles si le projet n'aboutissait pas. J'ai vu des gens pleurer et je pense que pour la bourgmestre aussi, ça a été un déclic d'assister à ce rassemblement.A ce moment-là, vous n'étiez pas au bout de vos peines puisque la question du stade Machtens battait son plein... Comment avez-vous vécu toute cette période ?DAILLY : Je trouve que depuis le premier jour, c'est nous qui avons été corrects. Pas le White Star, qui ne cesse de nous attaquer, même sur le plan médiatique, alors que nous avons l'opinion publique et désormais la justice de notre côté."JE VEUX CONSTRUIRE DU SOLIDE DANS LES TROIS ANS À VENIR"Vous venez justement d'avoir gain de cause devant la justice pour le stade Machtens. Est-ce une revanche personnelle face à John Bico ?DAILLY : Une revanche ? Non pas du tout. Il a perdu, nous avons gagné : cela s'arrête là. Malgré l'intox, la pression et tout le reste. Je suis persuadé que nous pouvons partager le stade pour peu qu'on nous laisse tranquille. Je trouve que le verdict final, c'est surtout une victoire pour nos supporters.Qu'avez-vous envie de lui répondre quand il dit qu'un club professionnel ne doit pas partager son stade avec des amateurs de sixième division ?DAILLY : Pas grand-chose, si ce n'est que je demande qui est professionnel et qui ne l'est pas ? Nous avons une structure en béton, des dizaines de bénévoles qui sont présents pour nous soutenir, une tribune pleine à craquer et des sponsors qui nous suivent. Je comprends que ça doit être dur pour lui... Je veux construire quelque chose de solide dans les trois ans à venir sans dépenser six, sept ou huit millions comme d'autres. Je suis fier de ce que nous avons fait avec des moyens réduits. Mais la passion et l'amour d'un club, ça ne s'achète pas.A partir de quel moment avez-vous eu envie de relancer le RWDM ?DAILLY : Avant même que je ne devienne directeur technique du Brussels. Je me souviens de mon premier rendez-vous avec Johan Vermeersch en avril 2010, au Frederiksborg près de la Basilique. Je lui ai dit que pour donner un nouveau souffle à son club, il fallait rendre aux supporters leurs quatre lettres mythiques mais sa réponse a fusé : -Jamais. J'avais compris que pour lui, c'était mort et enterré mais je me suis alors dit que j'essayerais plus tard, seul ou accompagné. S'il avait accepté ce jour-là, le club serait encore en D2...N'avez-vous pas peur que l'engouement populaire actuel s'essouffle ?DAILLY : Non, pas du tout. Parce que les supporters molenbeekois, comme ceux de Liège ou de l'Antwerp par exemple, ont du coeur et du respect. Ils savent d'où l'on vient et ce qu'on a fait avec des queues de cerises. Moi, ce qui me plaît, c'est qu'il n'y a pas que des nostalgiques. Il y a des jeunes, des vieux, des filles, des enfants, des familles : l'esprit du RWDM n'est jamais mort. Et tant que les fans comprendront que nous voulons encore être là dans dix ans, quitte à ne pas faire de folies, il n'y aura pas de souci. On a un rôle à jouer à Bruxelles parce que si dans la hiérarchie, nous ne sommes que le quatrième club de la capitale actuellement, en termes de popularité, nous sommes deuxièmes derrière Anderlecht, qui est intouchable. Ça ne plaît pas à tout le monde mais c'est la réalité des tribunes.""JE SAIS QU'HERMAN VAN HOLSBEECK EST SENSIBLE À NOTRE RETOUR"Parlons-en justement d'Anderlecht. Un partenariat avec les Mauves est-il possible, utile ou obligatoire ?DAILLY : Le Sporting nous a prêté un de ses jeunes alors que nous n'étions qu'aux prémices de notre histoire. Il s'agit de Koulibaly. Je voue une grande amitié et un profond respect à Herman Van Holsbeeck et je sais aussi que ça ne le laisse pas indifférent que nous soyons de retour. Je suis convaincu et j'espère que nous pourrons travailler main dans la main mais pour cela, nous devons encore évoluer et grandir. Peut-être que dans quelques saisons, le Sporting viendra encore puiser dans notre centre de formation. Un jeune comme Adnan Januzaj a commencé à Molenbeek. Pourquoi n'y en aurait-il pas d'autres ? Et si ça profite à notre club voisin et ami, tant mieux. Anderlecht nous offrira déjà un cadeau magnifique en effectuant un match de gala au stade Machtens durant l'été, c'est déjà fabuleux pour le RWDM et ce sera la fête du foot bruxellois.Quel bilan sportif tirez-vous de cette première saison ?DAILLY : J'estime que c'est une réussite, même si nous sommes en moitié de classement. Mais quand on sait que le premier joueur a signé le 15 juin et que nous avons débuté le 15 juillet, je me dis que nous avons abattu un travail incroyable. Et la saison prochaine, nous essayerons de faire mieux. L'équipe sera renforcée en ce sens, même si deux tiers du groupe sera conservé. Ma déception toutefois, c'est d'avoir dû me séparer de Danny Ost. Il a beaucoup donné pour le club mais n'était plus suivi par le groupe. Enfin, nous n'avons été épargnés ni par les blessures, ni par l'arbitrage. Mais ça fait partie du foot.Et l'avenir. A quoi ressemble-t-il ?DAILLY : La saison prochaine, je compte bien pouvoir utiliser la tribune principale également. En tout cas les business seats. Nous avons beaucoup de sponsors qui aimeraient pouvoir dîner avant le match et prendre part à la fête ensuite. L'avenir est rose. Ou plutôt rouge et noir. Dès la saison prochaine, nous aurons de nombreux enfants. Cent cinquante sont déjà inscrits alors que nous venons de démarrer. Beaucoup d'autres vont suivre. Et grâce au duo Patrick Thairet-Daniel Putterie, qui dirigeront le centre de formation, je sais que nous serons performants.Par David Dupont