Les mots d'un champion du monde valent-ils plus que les autres ? On se contentera d'écrire qu'ils méritent au moins qu'on les lise. "Le football est le reflet de notre société. Regardez bien l'expression d'un joueur sur le terrain, c'est sa photographie dans la vie", distille Aimé Jacquet, sélectionneur des Bleus, dans les colonnes de Télérama en 1999. En Une du magazine, dans un noir et blanc qui semble vouloir le figer dans l'histoire, le champion du monde est présenté en gros plan, les cheveux éparpillés mais le regard convaincu. Il parait plus vraisemblablement sorti d'un laboratoire que d'un vestiaire. C'est indéniable: il sait.

Puisque le temps est aux indignations, le football n'échappe pas à la règle. Pendant que le Belge s'affaire à pointer du doigt ceux qui respectent le confinement moins bien que lui, le ballon rond se débat autour des aventures rocambolesques de la licence mouscronnoise et de ses conséquences nationales. Il y a ceux qui déplorent qu'un club téléguidé par des agents internationaux à la réputation sulfureuse poursuive son aventure au sein de l'élite, et ceux qui montent sur leurs grands chevaux quand la Fédération sort de son rôle et de son silence pour pointer du doigt l'incongruité d'un verdict pourtant né de ses propres règlements. D'un côté comme de l'autre, on s'indigne. Ils semblent s'opposer, mais les deux ont raison.

Le triomphalisme affiché par certains se déguste mal sans un relent d'amertume. Si Mouscron s'en sort, c'est plus par l'irrecevabilité des preuves que par leur absence. Une victoire de cour de cassation plutôt que de cour d'appel. C'est la loi, bien sûr. Une machine sans visage contre laquelle les félicitations d'aujourd'hui pourront vite devenir les lamentations de demain, au gré d'affaires où les vices de procédure seront moins favorables. S'indigner du sort de Malines et se réjouir de celui de Mouscron est aussi absurde que l'inverse.

Il y aura toujours un autre club, coupable d'autre chose, à pointer du doigt pour atténuer ses fautes. On se permet de renverser par terre, sous prétexte que le sol est déjà sale.

Le temps n'est pas seulement celui des indignations. L'heure est aussi au clubisme, esquissé par Jérôme Latta (rédacteur en chef des Cahiers du Football) dans sa chronique pour le journal Le Monde. S'inspirant de la définition portugaise, terre où la rivalité entre Porto, Benfica et le Sporting semble parfois s'apparenter à une guerre de religions, Latta présente le phénomène comme "le fait de donner raison à son club quoi qu'il arrive, avec paranoïa et victimisation." Des complots partout, et une étiquette d'ennemi public collée à tout auteur de critique. Aussi fondée qu'elle soit. Parce qu'il y aura toujours un autre club, coupable d'autre chose, à pointer du doigt ouvertement ou par plume interposée pour atténuer ses fautes. On se permet de renverser par terre, sous prétexte que le sol est déjà sale. Et en Belgique, les rectangles verts sont imprégnés de crasse.

Comment en vouloir au supporter de Mouscron, qui affirme qu'il serait honteux de lui refuser un sésame accordé à Malines douze mois plus tôt? Ou à celui du Standard, contraint d'attendre le verdict de la CBAS pendant qu'Anderlecht reçoit sa licence malgré le rôle de Wouter Vandenhaute dans la capitale, ou celui de Marc Coucke à Ostende? À force d'accumuler les précédents peu glorieux, la Belgique est devenue "le pays où tout est permis", titre d'une oeuvre de l'éphémère artiste belge Sophie Podolski remis en lumière par le magazine politique Wilfried, et qui sonne particulièrement juste quand on l'installe dans un rond central du Royaume.

Parce que le territoire est aussi minuscule que les rêves nombreux, les compétences se partagent en petit nombre et font fleurir les conflits d'intérêts potentiels. Le président de la Fédération est celui d'un club. Celui de la Pro League également. Le CEO de la Maison de Verre a été soigneusement choisi par un troisième président local, alors que celui de la Pro League drague les repreneurs étrangers en les aiguillant sur son marché noir, jaune et rouge. Car pour survivre, à l'ombre de la petite dizaine de locomotives nationales, le football belge est devenu une terre de filiales. Dans la deuxième moitié du tableau professionnel, on doit vendre son club et son âme pour que le corps survive. Face à l'urgence, il n'est pas toujours possible d'être très regardant quant à l'identité de l'acheteur. Surtout quand la stricte Commission des Licences examine plus soigneusement la quantité d'argent que sa provenance.

La Belgique, le pays où tout est permis. Tant qu'on n'oublie pas un centime.

Les mots d'un champion du monde valent-ils plus que les autres ? On se contentera d'écrire qu'ils méritent au moins qu'on les lise. "Le football est le reflet de notre société. Regardez bien l'expression d'un joueur sur le terrain, c'est sa photographie dans la vie", distille Aimé Jacquet, sélectionneur des Bleus, dans les colonnes de Télérama en 1999. En Une du magazine, dans un noir et blanc qui semble vouloir le figer dans l'histoire, le champion du monde est présenté en gros plan, les cheveux éparpillés mais le regard convaincu. Il parait plus vraisemblablement sorti d'un laboratoire que d'un vestiaire. C'est indéniable: il sait.Puisque le temps est aux indignations, le football n'échappe pas à la règle. Pendant que le Belge s'affaire à pointer du doigt ceux qui respectent le confinement moins bien que lui, le ballon rond se débat autour des aventures rocambolesques de la licence mouscronnoise et de ses conséquences nationales. Il y a ceux qui déplorent qu'un club téléguidé par des agents internationaux à la réputation sulfureuse poursuive son aventure au sein de l'élite, et ceux qui montent sur leurs grands chevaux quand la Fédération sort de son rôle et de son silence pour pointer du doigt l'incongruité d'un verdict pourtant né de ses propres règlements. D'un côté comme de l'autre, on s'indigne. Ils semblent s'opposer, mais les deux ont raison.Le triomphalisme affiché par certains se déguste mal sans un relent d'amertume. Si Mouscron s'en sort, c'est plus par l'irrecevabilité des preuves que par leur absence. Une victoire de cour de cassation plutôt que de cour d'appel. C'est la loi, bien sûr. Une machine sans visage contre laquelle les félicitations d'aujourd'hui pourront vite devenir les lamentations de demain, au gré d'affaires où les vices de procédure seront moins favorables. S'indigner du sort de Malines et se réjouir de celui de Mouscron est aussi absurde que l'inverse.Le temps n'est pas seulement celui des indignations. L'heure est aussi au clubisme, esquissé par Jérôme Latta (rédacteur en chef des Cahiers du Football) dans sa chronique pour le journal Le Monde. S'inspirant de la définition portugaise, terre où la rivalité entre Porto, Benfica et le Sporting semble parfois s'apparenter à une guerre de religions, Latta présente le phénomène comme "le fait de donner raison à son club quoi qu'il arrive, avec paranoïa et victimisation." Des complots partout, et une étiquette d'ennemi public collée à tout auteur de critique. Aussi fondée qu'elle soit. Parce qu'il y aura toujours un autre club, coupable d'autre chose, à pointer du doigt ouvertement ou par plume interposée pour atténuer ses fautes. On se permet de renverser par terre, sous prétexte que le sol est déjà sale. Et en Belgique, les rectangles verts sont imprégnés de crasse.Comment en vouloir au supporter de Mouscron, qui affirme qu'il serait honteux de lui refuser un sésame accordé à Malines douze mois plus tôt? Ou à celui du Standard, contraint d'attendre le verdict de la CBAS pendant qu'Anderlecht reçoit sa licence malgré le rôle de Wouter Vandenhaute dans la capitale, ou celui de Marc Coucke à Ostende? À force d'accumuler les précédents peu glorieux, la Belgique est devenue "le pays où tout est permis", titre d'une oeuvre de l'éphémère artiste belge Sophie Podolski remis en lumière par le magazine politique Wilfried, et qui sonne particulièrement juste quand on l'installe dans un rond central du Royaume.Parce que le territoire est aussi minuscule que les rêves nombreux, les compétences se partagent en petit nombre et font fleurir les conflits d'intérêts potentiels. Le président de la Fédération est celui d'un club. Celui de la Pro League également. Le CEO de la Maison de Verre a été soigneusement choisi par un troisième président local, alors que celui de la Pro League drague les repreneurs étrangers en les aiguillant sur son marché noir, jaune et rouge. Car pour survivre, à l'ombre de la petite dizaine de locomotives nationales, le football belge est devenu une terre de filiales. Dans la deuxième moitié du tableau professionnel, on doit vendre son club et son âme pour que le corps survive. Face à l'urgence, il n'est pas toujours possible d'être très regardant quant à l'identité de l'acheteur. Surtout quand la stricte Commission des Licences examine plus soigneusement la quantité d'argent que sa provenance.La Belgique, le pays où tout est permis. Tant qu'on n'oublie pas un centime.