De son bureau, Roland Breugelmans, le directeur des jeunes de Genk, aperçoit les terrains d'entraînement. Ils nous guide à travers les catacombes de la prestigieuse Jos Vaessen-Talent Academy, fondée en 2002. Les couloirs sont ornés des photos des joueurs du cru qui ont réussi, en Belgique et à l'étranger, comme Kevin De Bruyne, Thibaut Courtois, Yannick Carrasco, Jelle Vossen et d'autres.
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De son bureau, Roland Breugelmans, le directeur des jeunes de Genk, aperçoit les terrains d'entraînement. Ils nous guide à travers les catacombes de la prestigieuse Jos Vaessen-Talent Academy, fondée en 2002. Les couloirs sont ornés des photos des joueurs du cru qui ont réussi, en Belgique et à l'étranger, comme Kevin De Bruyne, Thibaut Courtois, Yannick Carrasco, Jelle Vossen et d'autres. Quatre anciens Genkois faisaient partie de l'équipe nationale au Mondial. Christian Benteke, Steven Defour et Divock Origi, présents au Brésil, ont loupé de peu leur sélection, comme Anthony Limbombe. Wilfred Ndidi était en Russie mais avec le Nigeria et Sergej Milinkovic-Savic a joué pour la Serbie. La Lazio a fixé son prix à 150 millions. Les Limbourgeois sont fiers d'être à la fois un club formateur et une grande équipe belge. A son arrivée à Genk il y a trente ans, Roland Breugelmans était un des rares membres du nouveau club à n'avoir de passé ni à Waterschei ni à Winterslag. Il était enseignant, avait joué en séries provinciales et suivait les cours d'entraîneur. Le directeur général Paul Heylen lui a téléphoné : il cherchait un entraîneur des jeunes et l'école l'avait recommandé. Désormais, Breugelmans est directeur de l'école des jeunes. "Nous avons eu deux sites jusqu'en 2002. Nous ne nous voyions pas, nous n'avions même pas de bureaux. J'ai débuté avec les scolaires provinciaux. Ils étaient 38 et Paul Heylen ne voulait se débarrasser de personne. J'ai achevé l'année avec 28 joueurs. Maintenant, un noyau n'en comporte que 18 ou 19. A la fin des années '90, la ville nous a demandé de nous concentrer sur les meilleurs et de laisser les autres dans leur premier club - Genk en comptait alors douze -. Nous n'avons plus travaillé qu'avec les nationaux. Jos a avancé les 60 millions de francs qu'a coûté l'académie. Nous devions former des jeunes pour progresser. Nous avons fait oeuvre de pionniers en Belgique. D'autres clubs belges ont une bonne école des jeunes mais Genk est passé à l'acte dès 2002." Le Gantois Kevin De Bruyne a préféré Genk au Club Bruges, pourtant plus proche. Suite à la faillite de Malines, nous avons enrôlé gratuitement Steven Defour, David Hubert et Marvin Ogunjimi, qui nous ont permis d'être champions deux ans plus tard. Il n'est pas simple de convaincre un garçon de 14 ans par notre seule philosophie. Nous avons prouvé qu'il était possible de remporter le succès avec des joueurs formés par nos soins. Nous ne pouvons ni ne voulons offrir plus que d'autres clubs. Nous ne nous contentons pas de joueurs comme Defour, que nous transférons à seize ans. Bryan Heynen, Siebe Schrijvers, Pieter Gerkens et Thibaut Courtois ont débuté très jeunes et sont arrivés en équipe première. Donc, notre modèle fonctionne. Nous adressons toujours un message identique aux jeunes : achevez vos études, essayer d'émerger en équipe première et ensuite, l'Europe sera à vos pieds car la Belgique est un tremplin. Il est désormais impossible de jouer trois ans avec Tielemans et Dendoncker, à moins de disputer chaque année la Ligue des Champions. Avez-vous immédiatement réalisé le potentiel de Kevin De Bruyne ? Kevin était manifestement bon mais nous ne savions pas à quel point. Peter Van den Abeele, le coordinateur des jeunes de Gand, nous a dit : " Il est bon mais vous aurez du boulot. " Contrairement à Dennis Praet ou à Sinan Bolat, Kevin n'a pas été déterminant immédiatement. Il a soufflé le chaud et le froid en U15 et en U16. Il n'aimait pas courir mais quel passing ! Kevin anticipait, cherchait des solutions, ne touchait pas le ballon plus souvent qu'il ne le fallait mais le plaçait là où nul ne s'y attendait. Son nom n'a jamais été assorti d'un point d'interrogation, pas plus que d'un point d'exclamation comme le nom de Dennis Praet. Thibaut Courtois a-t-il immédiatement été un ténor ? Thibaut a joué dans le champ jusqu'à treize ans. Koen Casteels était le grand talent. Thibaut a éclaté à seize ans. Jusque là, il était un bon gardien, mais pas un talent aussi affirmé que Sinan Bolat avant lui et Maarten Vandevoordt maintenant. Courtois vous a-t-il surpris ? Oui, par sa façon de gérer la pression. On appelait Van der Sar le sphinx. Thibaut était le nôtre. Son sang-froid a sauté aux yeux dès son premier match contre Gand. Où avez-vous puisé votre inspiration ? A l'Ajax. Nous prônons un football soigné et nous cherchons des jeunes qui conviennent à notre philosophie. Les costauds sont les bienvenus sans être nos préférés. La technique est prioritaire. Nos gardiens, Thibaut, Koen, Sinan, savent jouer parce qu'ils l'ont appris chez nous. Nous avons eu trois bons gardiens en même temps : Thibaut Courtois, Koen Casteels et Gilles Lentz. Quand Thibaut est parti, nous avons cru que Koen le remplacerait et que nous étions parés pour des années mais en un an, ils sont tous partis. C'est ce qui est frustrant en Belgique. On ne peut jamais garder un bon footballeur. C'est pour ça que nous sommes si contents que Leandro Trossard ait rempilé. Il est patient, une qualité qui se fait rare chez les joueurs et leur entourage. J'aurais souhaité que Siebe Schrijvers devienne notre visage, comme Jelle Vossen l'a été quelques années. Trossard jouait chaque semaine mais Schrijvers s'est retrouvé dans la tribune. Et pourquoi Anthony Limbombe a-t-il réussi au Club et pas ici ? Il a dû passer au NEC Nimègue pour se faire un nom. Il a pourtant passé onze ans ici, jusqu'à ses 22 printemps, sans pour autant émerger. Tout le monde décelait son potentiel mais personne n'a trouvé la clef qui permette de l'exploiter. Jadis, plus de jeunes évoluaient en équipe première dès leur seize ans : Steven Defour, David Hubert, Sinan Bolat. C'est devenu plus rare et quand ça se produit, ils veulent être titularisés vingt matches sur trente. Ils renoncent trop vite et dès que leur entourage s'en mêle, les clubs qui ont trop peu de Belges se précipitent. Je n'aurais jamais imaginé que Dries Wouters pourrait déjà jouer à un poste qui n'a jamais été le sien. C'est bien pour lui mais dommage pour Siebe. Nous avons été champions avec cinq jeunes du cru mais je savais que ça ne se reproduirait pas. Nous n'avions pas de moyens mais nous avons eu la chance que Frankie Vercauteren aligne ces jeunes. Mais cette même année, alors que nous étions en Ligue des Champions, trois autre grands talents nous ont quittés : Dennis Praet, Divock Origi et Yannick Carrasco. C'est une de mes pires déceptions. Après tout, on veut goûter les légumes qu'on cultive... Imaginez que Trossard ne prolonge pas alors que Schrijvers est parti: le projet de Genk n'est-il pas menacé ? Non car l'académie est bien ancrée dans le club. Je participe chaque semaine à une réunion rassemblant tous les directeurs. Trois des huit membres du conseil sont issus des jeunes. Avant 2000, c'était différent : nous formions deux entités séparées. Depuis 2000, le noyau A a toujours compté, en moyenne, dix joueurs du cru, à une exception près, au début. Tous nos entraîneurs principaux le savent. Nous leur exposons notre philosophie. Il ne faut pas aligner tous les jeunes mais les reprendre dans le noyau et travailler avec eux. Donc, si un entraîneur n'aime pas Christian Benteke et veut un attaquant étranger plus expérimenté, c'est non. C'est déjà arrivé. Heureusement, nos directeurs techniques ont toujours eu voix au chapitre. Ça a parfois suscité des discussions en interne mais nous ne changerons pas de philosophie. Nous avons eu beaucoup de présidents mais ils ont tous soutenu la vision de Jos Vaessen. L'entraîneur principal compose son équipe mais c'est le club qui compose son noyau. Par exemple, nous n'avons jamais eu trois gardiens étrangers. Si notre école est bonne en Belgique, notre formation des gardiens est excellente en Europe, grâce à Koen Witters, qui travaille avec les plus jeunes, Gilbert Roex, Poll Peters et Guy Martens. Réalisez-vous rapidement qu'un joueur va réussir? Notre jeune gardien, Maarten Vandevoordt, possède d'énormes qualités. Tout le monde le voit et ça éveille des attentes. Leon Bailey était dans ce cas aussi. Mais je ne peux pas vous citer dix joueurs auxquels je prédisais une grande carrière. Lequel vous a le plus surpris ces dernières années? Des quatre joueurs du Mondial, Carrasco. Quand il est parti, nous n'avons pas eu le sentiment de perdre un ténor potentiel. Jamais je n'aurais imaginé que Yannoick signerait un tel parcours. Il a atteint sa maturité tard. Un garçon frêle, jouette, qui cherchait les actions. A seize ans, il a reçu une offre de Monaco. Après quelques années difficiles, le club a été relégué, le nouvel entraîneur l'a aligné et il a éclaté. Chapeau, Yannick. Nous lui avons sans doute soumis une offre trop tardive et il a peut-être cru que nous hésitions. Si Yannick avait été comme Origi, nous aurions agi. Nous avons discuté avec Mike Origi quand Divock avait quinze ans mais il a dit qu'il partait. Jamais, non plus, je n'aurais imaginé que Timothy Castagne, qui a quitté Virton pour Genk à seize ans, serait maintenant une valeur sûre en Italie. J'espère qu'il va poursuivre sa progression afin d'évoluer à l'arrière droit en équipe nationale un jour. Jusque dans les années '90, les meilleurs Limbourgeois ont dû jouer ailleurs pour réussir leur carrière alors que maintenant, ils viennent de partout pour jouer à Genk. Nous avons été surpris que Jan Boskamp nous prenne Fabio Burgio et l'aligne à Gand. Jusqu'au début des années '90, le MVV et surtout le Fortuna Sittard nous prenaient nos talents. Maintenant, les jeunes qui n'ont pas de place ici se tournent vers ces clubs. L'académie est à la base du changement de cap, même si, récemment, il y avait onze Belges au coup d'envoi de MVV-Eindhoven. La presse étrangère s'intéresse aussi à votre académie, suite à l'éclosion de jeunes étrangers. Leon Bailey fait sensation en Allemagne et la Lazio demande 150 millions pour Sergej Milinkovic-Savic, que vous avez vendu pour dix millions. Le travail des étrangers est-il un objectif en soi? Non. C'est un phénomène naturel qui a commencé avec De Camargo et Anele. Nous n'avons pas beaucoup vu Milinkovic-Savic. Bailey avait l'embarras du choix mais nous a choisis, ce qui nous a coûté beaucoup d'efforts. Le mérite en revient à notre directeur sportif, Dimitri de Condé, qui entraînait alors les U17. Cependant, nos plus belles cartes de visite pour l'étranger sont Kevin et Thibaut. Les gens veulent savoir comment nous avons fait et nous les invitons. Nous sommes invités à des tournois étrangers qui n'auraient jamais pensé à nous avant.