Peter Verbeke n'a que 37 ans, mais déjà un solide parcours. Après avoir entraîné les jeunes de Deinze, ce diplômé en droit est devenu coordinateur du recrutement sportif au Club Bruges, d'abord à l'académie, ensuite pour le noyau pro. Il y est resté cinq ans. En 2018, il a signé pour cinq années supplémentaires à Gand, dans le costume de manager sportif. Il a décidé de prendre un nouveau virage en février dernier, quand Anderlecht l'a appelé. La mission confiée par Wouter Vandenhaute et Karel Van Eetvelt? Esquisser la politique sportive des Mauves en binôme avec Vincent Kompany. Un défi ambitieux pour cet homme peu habitué à compter ses heures. La maison a entre-temps perdu une pépite, Jérémy Doku. Mais Peter Verbeke a prolongé d'autres enfants du club: Killian Sardella, Antoine Colassin, Francis Amuzu, ou encore Marco Kana. "Anderlecht reviendra au sommet, on est sur le bon chemin", martèle le Head of Sports. "On a toujours le potentiel d'un club du top."
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Peter Verbeke n'a que 37 ans, mais déjà un solide parcours. Après avoir entraîné les jeunes de Deinze, ce diplômé en droit est devenu coordinateur du recrutement sportif au Club Bruges, d'abord à l'académie, ensuite pour le noyau pro. Il y est resté cinq ans. En 2018, il a signé pour cinq années supplémentaires à Gand, dans le costume de manager sportif. Il a décidé de prendre un nouveau virage en février dernier, quand Anderlecht l'a appelé. La mission confiée par Wouter Vandenhaute et Karel Van Eetvelt? Esquisser la politique sportive des Mauves en binôme avec Vincent Kompany. Un défi ambitieux pour cet homme peu habitué à compter ses heures. La maison a entre-temps perdu une pépite, Jérémy Doku. Mais Peter Verbeke a prolongé d'autres enfants du club: Killian Sardella, Antoine Colassin, Francis Amuzu, ou encore Marco Kana. "Anderlecht reviendra au sommet, on est sur le bon chemin", martèle le Head of Sports. "On a toujours le potentiel d'un club du top." Qu'est-ce qui vous a le plus surpris quand vous avez débarqué? PETER VERBEKE: L'absence d'une vision claire et d'une stratégie pour le noyau A. Alors que c'est le premier ingrédient qu'on veut inclure dans une entreprise moderne dans le monde du foot. On devait savoir clairement où on voulait aller, et aussi connaître notre position sur le marché. Anderlecht est un club du top en Belgique, pas à l'échelle internationale. Si on veut réussir, on doit viser des transferts bien précis. On doit construire nos succès sur la formation, un recrutement intelligent et une stabilité du noyau. Quels sont les autres ingrédients? VERBEKE: Neerpede a une réputation dans toute l'Europe, on l'a vu avec les transferts de Bornauw, Saelemaekers et Doku. Mais c'est insuffisant. Anderlecht doit aussi avoir une très bonne cellule de scouting. On doit recruter des joueurs qui ont un potentiel de croissance. Évidemment, il faut avoir un certain portefeuille. Notre noyau pro doit être un mélange de jeunes qu'on a formés nous-mêmes ou qu'on a achetés avec une marge de progression, et de joueurs expérimentés. On ne gagne pas un titre avec une équipe composée exclusivement de gars de 18 à vingt ans. Ça ne permet pas non plus d'aller loin en Europe. Et pour parvenir à une certaine continuité, on ne peut pas amener chaque année dix nouveaux joueurs dans le groupe. C'est donc important de faire signer aux talents des contrats longue durée. C'est comme ça qu'on obtient des succès sportifs, qu'on joue la Coupe d'Europe, puis qu'on peut éventuellement vendre un joueur avec une plus-value quand il est arrivé au top de sa valeur financière. Je ne veux plus jamais faire trente transactions en un seul mercato. Si on veut construire le RSCA avec une vision à long terme, il faut bien regarder ce qui est possible d'un point de vue financier. Une de mes premières décisions a été de mettre le CFO dans le même bureau que moi. Chaque décision sportive est prise et devra l'être à l'avenir en concertation avec le département financier, que ce soit un transfert, une indemnité ou d'autres recrutements. Tout doit rester dans les limites de nos capacités. Ça manquait de clarté au club quand vous êtes arrivé? VERBEKE: Tout à fait. Ce n'était pas logique d'avoir un joueur-entraîneur et deux coaches. On a donc remodelé complètement le staff technique. On a maintenant un nouvel entraîneur de seulement 34 ans qui en est à sa première saison dans ce métier. On est tous convaincus du potentiel de Vincent Kompany. Il a toutes les qualités pour devenir un grand coach. Parce qu'il est intelligent, parce qu'il travaille beaucoup, parce qu'il voit bien les choses, et aussi parce qu'il s'entoure bien. Jelle ten Rouwelaar est arrivé pour entraîner les gardiens, Nicolás Frutos est aussi un débutant dans son rôle d'adjoint. On doit donc les soutenir. C'est pour ça qu'on collabore avec Gert Vande Broek. Il les assiste en matière de coaching, de dynamique de groupe, de techniques de motivation. On a aussi Damian Roden, qui vient de la Premier League, comme directeur du département des performances. Il gère le physique, le médical, le mental, l'alimentation. Et depuis début novembre, on collabore avec l'hôpital universitaire de Gand, avec le docteur Luc Van Den Bossche. Vous n'êtes pas loin de dire que vous avez découvert un chantier! VERBEKE: Je pensais que les structures étaient plus solides. Vous avez directement signalé qu'il faudrait du temps pour mettre tout cela en place? Alors que dans un club comme Anderlecht, on demande très vite des résultats. VERBEKE: Le président et le CEO sont parfaitement conscients du fait que tout cela ne se fait pas en un claquement de doigts. On parle ici d'un projet qui s'étend sur plusieurs années. J'ai connu ça à Bruges, c'est un avantage. Les supporters adverses se moquaient du Club, disaient qu'on ne serait plus jamais champions. Le chemin a été long, mais ça s'est bien terminé. Vous avez dû vous montrer créatif pour finaliser certains deals pendant l'été. VERBEKE: J'ai failli avaler de travers quand j'ai appris que je devais faire disparaître près de quinze joueurs du payroll pour disposer de quatre millions pour attirer des renforts. Je ne m'attendais pas à ça. Donc, il a fallu imaginer des solutions. Comme les locations de Derrick Luckassen, Lukas Nmecha, Percy Tau et Matt Miazga. Ce n'est pas l'idéal. Mais il n'était pas possible de les acheter. Combien de scouts aviez-vous? VERBEKE: Il n'y avait pas vraiment de cellule de scouts moderne au RSCA. On a géré le mercato à cinq et on a commencé à zéro. Vincent Kompany, Franky Vercauteren, Nicolás Frutos et Jonas De Roeck ont aussi participé. Le scouting moderne, ce sont les datas. Aller voir les joueurs sur place, ce n'est plus qu'une partie de l'analyse? VERBEKE: On doit surtout faire venir des jeunes avec un haut potentiel pour pouvoir les revendre en faisant une plus-value après avoir obtenu des succès sportifs. L'avantage pour nous, c'est que le championnat de Belgique est un palier idéal vers les grandes compétitions en Europe. On peut recruter dans le monde entier, du Japon à la Colombie, de la Norvège à l'Afrique du Sud. C'est un marché énorme. On utilise le meilleur logiciel pour faire un premier tri en fonction de certaines données, de key performance indicators: âge, nombre de buts, nombre d'assists. Puis on va plus loin en analysant le nombre de duels gagnés, la qualité du passing. Je m'intéresse aussi beaucoup aux données physiques quand elles sont disponibles: le nombre de mètres parcourus en sprints, les courses à haute intensité. Après ça, il nous reste une liste de noms par position. Seulement à ce moment-là, on commence le scouting vidéo. Puis, le dernier contrôle, c'est le scouting en live. Vous vous intéressez aussi au profil humain des joueurs? VERBEKE: Oui, c'est très important. On essaie d'analyser leur mentalité et leur situation personnelle en discutant avec des anciens coéquipiers, des anciens coaches, des amis, etc. Il ne faut surtout pas sous-estimer cet aspect du travail. Les joueurs qui voient Anderlecht comme un palier vers un plus grand championnat doivent avoir la grinta, ils doivent avoir faim. Ils ne doivent pas choisir notre club pour des raisons financières, mais avec le but d'aller plus haut. Il est donc peu probable qu'Anderlecht attire un gars comme Didier Lamkel Zé, avec ses excès? VERBEKE: On ne peut pas recruter de produit fini. Parce qu'on n'a pas les moyens pour faire ça. Donc, chaque transfert qu'on fait est quelque part un risque. Technique, tactique, physique, mais aussi mental. En quoi le boulot d'un directeur sportif a-t-il évolué depuis vingt ans? VERBEKE: Ce n'est plus comparable. Aujourd'hui, il faut maîtriser l'aspect financier, l'aspect juridique - les contrats des joueurs et des agents - et on doit s'entourer de spécialistes en matière de performances. Mais j'ai toujours bien écouté et observé autour de moi. Vous en êtes déjà à votre troisième grand club belge! VERBEKE: Dans ma jeunesse, à une certaine période, il n'y avait que le foot qui comptait. J'avais envie de devenir un très bon entraîneur de jeunes. Jusqu'il y a sept ans, quand Vincent Mannaert m'a appelé. Il était occupé à réorganiser le Club Bruges avec Bart Verhaeghe et ils ont pensé à moi, vu ma passion pour le foot et mon bagage juridique. Vous aviez encore plusieurs années de contrat à Gand quand Anderlecht vous a contacté. La décision a été facile à prendre? VERBEKE: Non... Déjà parce que Michel Louwagie me donnait du temps et des libertés pour changer différentes choses à La Gantoise. Je sentais une grande confiance. Mais le défi qu'on me proposait à Anderlecht était énorme. Et puis le courant est passé directement avec Wouter Vandenhaute et Vincent Kompany. Le fait que j'aie toujours été supporter du Sporting a aussi pesé dans la balance. On arrive, à Anderlecht, à oublier ce qu'il s'est passé ces dernières années? VERBEKE: Tout le monde regarde droit devant. Il n'y a aucun négativisme. Personne ne se plaint de ce qui est arrivé. On doit avancer, tirer le maximum du noyau à court terme et essayer de finir dans les quatre premiers. François Pinault, le propriétaire de Rennes, est une des plus grosses fortunes de France. Il voulait absolument Doku. Ce n'était pas possible de toucher encore plus pour votre meilleur joueur? Ou alors, ces 26 millions étaient le maximum du maximum possible? VERBEKE: J'ai déjà dit et répété que la vente de Doku ne cadrait pas avec notre nouvelle vision. Mais pour que cette stratégie soit réalisable au cours des prochaines années, il fallait faire cette opération. Parce qu'on avait besoin de cet argent. On peut donc imaginer que des joueurs comme Hendrik Van Crombrugge, Albert Sambi Lokonga et Yari Verschaeren partent prochainement, toujours pour boucher les trous? VERBEKE: On espère que ça ne sera pas nécessaire. La plupart des clubs belges ne peuvent rien faire contre les équipes étrangères qui participent à la Ligue des Champions? VERBEKE: Pas nécessairement. S'ils ont l'occasion de jouer l'Europe avec nous, ça peut les inciter à rester une année de plus. Mais il faut accepter de voir les choses en face, de reconnaître que certains rapports de force ont changé. Le Cercle Bruges a dépensé beaucoup plus d'argent que nous pendant le mercato. Monaco a sorti dix millions pour acheter Jean Marcelin. Franck Kanouté a coûté deux millions. À côté de la montée en puissance de l'Antwerp et de Charleroi, qui fait que le G5 n'existe plus, on a Louvain et le Cercle qui sont soutenus par des propriétaires étrangers. On doit en tenir compte. De quel coup êtes-vous le plus fier depuis que vous travaillez au plus haut niveau? VERBEKE: Je citerais en priorité peut-être Marvelous Nakamba. C'est un cas à part. Un médian défensif très mobile, rapide, dynamique, qui récupère beaucoup de ballons, agressif dans le bon sens du terme. Il n'est pas spécialement grand, ce n'est pas une bête, pas un tank. C'est le profil qu'on a très peu de chances de trouver. S'il me laisse un très bon souvenir, c'est aussi parce qu'il a de grandes qualités humaines et une excellente mentalité. Je ne lui souhaite que du bon! C'est simple de négocier avec les joueurs et les agents? VERBEKE: Les agents étrangers ne savent pas à quel point notre situation financière est difficile. Ils croient toujours qu'Anderlecht est le club qui paie le mieux en Belgique. Et le club qui fait les transferts les plus chers. On doit leur expliquer que ce n'est plus comme ça. Vous pourrez transférer en janvier? Ou la caisse est carrément vide? VERBEKE: Avec la cellule de scouting, on établit une grande base de données. Mais le mercato d'été a été très long, on n'a plus de moyens et on continuera donc la saison avec le groupe actuel. C'est de ce noyau qu'il faut tirer le meilleur rendement possible. Même si on pourra envisager quelque chose en cas de blessure ou de circonstances exceptionnelles. Suite au déclenchement de l'opération Mains Propres, certains clubs ont décidé de ne plus traiter avec des agents maison. Quelle est votre position? VERBEKE: Je raisonne d'abord comme juriste. Vous êtes innocent jusqu'à preuve du contraire. Je n'ai pas de liste noire. Et c'est connu que je ne travaille pas avec des agents fixes. Si vous analysez les trente dernières transactions, il y a peut-être 25 agents différents, et pas toujours les trois mêmes. Pour vous, le monde du foot, c'est une jungle où seuls les plus forts survivent? VERBEKE: Ma femme travaille à la cellule blanchiment. Elle dit toujours que, partout où il est possible de gagner beaucoup d'argent en peu de temps, on rencontre des gens mal intentionnés. C'est comme ça dans le football. C'est certainement une jungle, oui, mais j'y trouve mon chemin. Que vous faudra-t-il pour être satisfait de la saison d'Anderlecht en mai? VERBEKE: Je serai satisfait si on termine dans le top 4 et qu'on se qualifie pour l'Europe. Après tout ce qu'on a connu, ce serait une réussite. Mais ça va être une guerre, les joueurs doivent être prêts à la mener. Il faudra une qualification européenne pour conserver les meilleurs joueurs? VERBEKE: Certainement. Ce sera un argument supplémentaire pour les conserver.