Les premiers rayons de soleil ont attiré du monde à l'extérieur, les terrasses sont bien remplies sur la Grand-Place de Vilvorde. Dans une rue adjacente à l'hôtel de ville, un père doit réaliser le sprint de sa vie pour éviter une collision entre son fils qui court et une voiture qui déboule. Les enfants jouent sur les marches du bâtiment communal, l'un d'eux porte même un maillot de l'Atlético de Madrid. L'influence espagnole n'a pas encore disparu dans cette petite ville de 45.000 habitants, située en périphérie de Bruxelles.
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Les premiers rayons de soleil ont attiré du monde à l'extérieur, les terrasses sont bien remplies sur la Grand-Place de Vilvorde. Dans une rue adjacente à l'hôtel de ville, un père doit réaliser le sprint de sa vie pour éviter une collision entre son fils qui court et une voiture qui déboule. Les enfants jouent sur les marches du bâtiment communal, l'un d'eux porte même un maillot de l'Atlético de Madrid. L'influence espagnole n'a pas encore disparu dans cette petite ville de 45.000 habitants, située en périphérie de Bruxelles. Le bourgmestre Hans Bonte (Vooruit) rayonne, lorsqu'il pose en photo avec Carmen, la mère, et Mylan, le frère du Diable rouge Yannick Carrasco (27 ans). Avec les amis d'enfance de Yannick, Hakim Saifi, Dalil Zghiri et Jeremy Da Silva, ils prennent place autour de la table dans la salle du collège de la ville. On se rend rapidement compte qu'ils se connaissent depuis longtemps. HANS BONTE: J'avais très envie d'aller assister sur place au dernier match à Valladolid, mais Hakim a refusé. ( hilarité générale). HAKIM SAIFI: Ce n'était pas l'envie qui manquait. Mais on ne pouvait pas prendre place en tribune. C'était aussi très compliqué de se rendre sur place, avec le Covid. Heureusement, il y a un plan B: se rendre ensemble à l'EURO. L'objectif, c'est le Danemark, le 17 juin. CARMEN CARRASCO: J'ai aussi été obligée de regarder le match du titre à la télévision. Pour résumer: j'ai crié, j'étais stressée, je courais dans tous les sens, mais au final, j'étais très heureuse avec le titre. D'autant que Yannick a joué un rôle décisif. Une belle récompense. J'en suis très fière. Heureusement, mes parents étaient auprès de Yannick. Et peu de temps après le coup de sifflet final, on a pu entrer en contact lui via FaceTime. C'était très émouvant. Un rêve s'est réalisé. Yannick le méritait. Mylan est et reste son premier supporter. MYLAN CARRASCO: Yannick nous montre l'exemple, nous sommes ses plus grands supporters. Moi aussi j'ai crié, aux côtés de ma femme, dans le salon. C'était du délire, comme si mon coeur s'était arrêté de battre pendant un moment. Je n'ai pas pu retenir mes larmes, comme en 2016, lorsqu'il avait marqué dans la finale perdue de Ligue des Champions contre le Real Madrid. DALIL ZGHIRI: J'en avais la chair de poule. C'était incroyable. JEREMY DA SILVA: Juste après l'appel à sa mère, on a aussi eu Yannick via FaceTime. Depuis le terrain, en pleine euphorie. On a vécu les festivités au premier rang. HAKIM: Nonante minutes d'adrénaline, avec un coeur qui bat la chamade. Comme si on jouait soi-même le match. C'était un suspense à couper le souffle. Je me suis directement fait la réflexion: "Incroyable, mon meilleur ami joue pour la meilleure équipe espagnole". Mais je sais aussi qu'il a fait beaucoup de sacrifices pour en arriver là et sa vie n'a pas été un long fleuve tranquille. Ses parents se sont rapidement séparés, il a perdu son père de vue, est rapidement devenu indépendant, est parti très jeune à Genk et à Monaco. Mais Yannick fera toujours tout pour atteindre le sommet. Je ne peux que lui tirer mon chapeau! CARMEN: Yannick est un garçon courageux. Il est parti à douze ans dans le Limbourg, dans la même famille d'accueil que Kevin De Bruyne. Il s'est retrouvé tout seul à Monaco à seize ans. Ce n'était pas simple, mais il était déterminé à réussir. On devait cependant toujours être dans les environs. Pas seulement moi, mais aussi ses amis. Ils ont logé chez lui à tour de rôle. Et aujourd'hui encore, il apprécie leurs efforts. DALIL: Yannick est vraiment focalisé sur son sport. Très discipliné, depuis son plus jeune âge. Il a toujours respecté une hygiène de vie irréprochable. HAKIM: On est son soutien moral depuis le début. Lorsque Yannick a appris qu'il allait disputer son premier match pro à Monaco, il a directement téléphoné à sa mère et elle a acheté un billet d'avion. Elle ne pouvait pas rater ça. CARMEN: Inoubliable. DALIL: Et il a directement marqué. CARMEN: À 10 heures, j'ai reçu un coup de fil m'informant que mon billet d'avion était prêt et que je pouvais partir. Je ne pouvais pas rêver mieux. JEREMY: Ça peut paraître curieux, mais en fait, on vivait aussi comme des footballeurs professionnels. On se levait à la même heure, on l'accompagnait au club, on pouvait disposer des facilités, on pouvait même consulter le kiné si on avait mal au genou, on prenait les repas avec les joueurs. On se rend alors pleinement compte du monde dans lequel les footballeurs vivent, de la pression des résultats. HANS: On parle souvent du vedettariat des footballeurs, mais derrière se cache une discipline de fer et une maturité précoce, surtout dans le chef de Yannick. MYLAN: Grâce à Yannick, j'ai aussi eu la chance de jouer à l'étranger, ce qui m'a rendu plus fort mentalement. Après une petite saison à l'Atlético de Madrid, je suis redescendu dans un club de troisième division espagnole. Mais le niveau était un peu trop élevé et les jeunes recevaient peu de chances de s'exprimer. Je voulais jouer en équipe première et ce n'était pas possible là-bas, je suis donc rentré en Belgique. Mais je ne perds pas l'espoir de rejouer plus haut. CARMEN: Chacun, ici à table, a déconseillé à Yannick de partir en Chine. Mais il n'a rien voulu entendre. Un choix personnel. On n'a pas insisté. HANS: C'était un choix surprenant, mais en même temps, il avait bien pesé le pour et le contre. D'un point de vue rationnel, ce n'était pas très malin. Mais, avec le recul, il faut admettre qu'il est revenu à son meilleur niveau à l'Atlético, au point de s'imposer comme un titulaire incontestable et de remporter le titre. Il avait opté pour l'argent, au risque d'aller s'enterrer. C'est ce qu'il disait. CARMEN: Les critiques ne l'ont pas épargné. Au final, ça a été une expérience incroyable. Sur le plan footballistique et surtout sur le plan humain, Yannick est devenu un autre homme après deux saisons au Dalian Yifang. Je préfère voir mes enfants poursuivre leurs rêves, plutôt que les voir avec des regrets plus tard, parce qu'ils n'ont pas essayé. JEREMY: S'il a, temporairement, fait un pas en arrière, c'était aussi pour une raison physique. Jouer chaque semaine avec une infiltration, comme en Espagne, ce n'était pas tenable sur le long terme. HAKIM: C'était une sorte de période de revalidation. DALIL: Un autre monde. Yannick était la vedette là-bas, on attendait de lui qu'il porte l'équipe. Il ne s'est pas trop mal débrouillé. Une nouvelle preuve à mes yeux qu'il est animé d'une énorme volonté. Tout le monde comptait sur lui. HAKIM: Il a aussi une grande part de mérites dans le titre de l'Atlético, avec ses buts et ses assists. Il a sans cesse arpenté son flanc, trouvé les espaces, cherché Luis Suárez pour combiner... Phénoménal. Diego Simeone l'a constaté également. Il comptait sur lui et sur Angel Correa pour faire la différence. MYLAN: Yannick a été l'un des joueurs-clés, au deuxième tour. Simeone l'a poussé à encore travailler davantage. Aujourd'hui, il est capable d'arpenter son flanc sans relâche pendant nonante minutes et d'encore se montrer décisif. HANS: C'est devenu une machine, il prend de plus en plus de place. Avant, il suivait toujours à la lettre les lignes qui avaient été tracées. Il était bridé dans sa créativité. Ces derniers mois, il s'est davantage exprimé librement, ce qui a eu un impact sur les résultats. DALIL: Il a besoin de cette liberté. Ballon au pied, Yannick reste un artiste incroyable. Vous vous souvenez de la manière dont il a fait passer le ballon entre les jambes du gardien du Barça? Ça demande une grande maîtrise de soi et beaucoup de calme. HAKIM: Il sait désormais qu'il a l'entière confiance du coach, ce qui est toujours un atout. Simeone a bien constaté que Yannick était toujours présent dans les grands matches. CARMEN: Le coach harangue constamment ses troupes, mais ça ne pose aucun problème à Yannick. Il n'abandonne jamais. HAKIM: Entièrement d'accord. Je me souviens d'une petite partie de padel. Même là, Yannick ne voulait jamais s'avouer vaincu. CARMEN: C'est un mauvais perdant. JEREMY: C'est nécessaire à ce niveau, on ne parvient jamais à s'imposer si on n'a pas la grinta. Yannick le montre à chaque match. MYLAN: L'Atlético, c'est un vrai club familial. On y est accueilli à bras ouverts, on vous accepte comme vous êtes et on vous met directement à l'aise. On retrouve cet état d'esprit dans l'équipe. Yannick a parfois l'impression de jouer avec ses amis. En fait, on ne peut que se sentir bien, dans ces conditions. J'en a fait moi-même l'expérience, pendant une saison. Ça me donne encore toujours des frissons quand j'y repense. HANS: La différence d'ambiance, dans l'enceinte du stade, est très perceptible. Au Real, c'est plus grand, plus froid. À l'Atlético, on n'arrête pas de chanter, on est beaucoup plus détendu. Je ressens davantage de spontanéité dans le chef des aficionados de l' Atléti. CARMEN: Ça reste un club populaire. HAKIM: Ils ont une chanson pour l'entraîneur, mais aussi pour chaque joueur. Fantastique. À Valladolid, les fans avaient pris place sur le parking pour pouvoir fêter leurs champions malgré tout. DALIL: Yannick a offert son maillot à un garçon qui était au sol ( il s'était blessé lors des célébrations, ndlr). Ça ne m'a pas étonné: ça lui ressemble complètement. MYLAN: Toujours les deux pieds sur terre. HANS: Ici, à Vilvorde, il a parfois distribué des cadeaux à des enfants dans les hôpitaux, pendant la période de Noël-Nouvel An. Yannick se vend bien, en tant que marque. HAKIM: Il veut représenter quelque chose. La création de YCFIVE pour Vilvorde en est un bel exemple. Ce complexe sportif dans un entrepôt est un hommage à l'endroit où tout a commencé, pour lui. Au parc Hanssens, près du Quick, où il jouait avec Mylan. Il aime mobiliser les footballeurs en herbe. HANS: C'est chouette qu'un joueur de son calibre s'implique ainsi dans un projet pour les jeunes. N'oubliez pas qu'il y a une centaine de nationalités dans cette ville. Et énormément d'enfants. Sur les terrains de sport, ça fourmille d'activités. Les scouts d'Anderlecht, de Bruges et du Standard connaissent bien ces endroits. C'était le rêve de Yannick d'offrir une chance aux jeunes qui ont un certain potentiel. Aujourd'hui, on peut enfin les encadrer nous-mêmes. Yannick rassemble les gens et ne fait aucune différence entre les races et les cultures. CARMEN: Yannick n'oubliera jamais les années de sa jeunesse à Vilvorde. Lorsqu'il est en Belgique, il partage toujours son temps entre la famille et les amis. MYLAN: Et en bon Belge qui se respecte, il va directement à la friterie. CARMEN: Comme il n'a plus de père, Yannick est très possessif. Depuis tout jeune. On vient toujours en première place pour lui. Il est notre pilier. MYLAN: Yannick, c'est notre pater familias. Le patriarche, l'homme qui nous protège et qui unit tout le monde. Il prend ce rôle très à coeur. CARMEN: On ne fait rien sans en avertir préalablement Yannick. HAKIM: Yannick n'a pas encore atteint son sommet, sportivement parlant. MYLAN: S'il parvient à ouvrir d'autres registres, le meilleur est encore à venir. DALIL: Il a appris à défendre à l'Atlético. Vous savez combien de kilomètres il parcourt par match, actuellement? HAKIM: Onze à douze. JEREMY: Messi en court généralement six au Barça... CARMEN: Yannick devient de plus en plus un athlète. HAKIM: Il travaille surtout ses cuisses. MYLAN: Dans le football moderne, on a besoin d'être au point physiquement. Et il n'a plus de problème de genoux. DALIL: J'espère au moins la finale, à l'EURO. JEREMY: Une médaille d'or, à Wembley, ce serait grandiose. HAKIM: De préférence avec une revanche contre la France. CARMEN: Et avec Yannick comme ailier gauche. HANS: Si on arrive jusqu'à Wembley, je compte bien m'y rendre. On attend ça depuis longtemps. Tous ensemble. HAKIM: D'abord à Copenhague, monsieur le bourgmestre. Avec le minibus. HANS: Les gars, ça fait 906 kilomètres, j'ai déjà fait le calcul. MYLAN: C'est une belle trotte.