L'ambiance feutrée du stade Alfredo Di Stéfano dans la Ciudad Deportiva de Valdebebas, habituel centre d'entraînement du Real, convenait finalement assez bien au moment. Parce qu' Eden Hazard n'avait de toute façon pas prévu de fêter son premier but de l'année 2020 en grandes pompes. Alors, au moment d'envoyer une frappe lourde dans les filets du dernier rempart de la modeste équipe de Huesca, quarante minutes seulement après avoir fait son retour sur les prés, le numéro 7 madrilène était content de ne pas devoir en faire des tonnes. Pas de courses effrénées vers le point de corner, pas de glissade sur les genoux, pas même de mains malicieusement glissées derrière les oreilles. Ses petits pas de course d'élan achevés pour armer, Eden s'est contenté d'une très sobre tape dans la main de Karim Benzema et d'une accolade timide avec Lucas Vázquez. Comme si, gêné d'avoir tant tardé pour offrir un peu de sa superbe à son employeur, le Diable avait décidé de la jouer profil bas.
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L'ambiance feutrée du stade Alfredo Di Stéfano dans la Ciudad Deportiva de Valdebebas, habituel centre d'entraînement du Real, convenait finalement assez bien au moment. Parce qu' Eden Hazard n'avait de toute façon pas prévu de fêter son premier but de l'année 2020 en grandes pompes. Alors, au moment d'envoyer une frappe lourde dans les filets du dernier rempart de la modeste équipe de Huesca, quarante minutes seulement après avoir fait son retour sur les prés, le numéro 7 madrilène était content de ne pas devoir en faire des tonnes. Pas de courses effrénées vers le point de corner, pas de glissade sur les genoux, pas même de mains malicieusement glissées derrière les oreilles. Ses petits pas de course d'élan achevés pour armer, Eden s'est contenté d'une très sobre tape dans la main de Karim Benzema et d'une accolade timide avec Lucas Vázquez. Comme si, gêné d'avoir tant tardé pour offrir un peu de sa superbe à son employeur, le Diable avait décidé de la jouer profil bas. Et de joindre finalement le geste à la parole, près d'un an et demi après avoir déclaré lors de sa conférence de presse de présentation ne pas encore se considérer comme "un Galactique". "Je n'en suis pas un. Du moins pas encore, j'espère le devenir un jour. Je suis Eden Hazard et tout ce que j'ai fait par le passé sera remis à zéro. C'est désormais à moi de prouver que je peux bien jouer au foot et ramener des trophées." De quoi déjà faire sérieusement retomber le mercure pour ses supporters venus assister en masse à la joyeuse entrée imposée en ce jeudi de juin 2019. 50.000 spectateurs accourus à l'heure de l'apéro pour garnir le stade Santiago Bernabéu et constater de visu que leur nouveau gadget à neuf chiffres était bien capable d'aligner cinq jongles à défaut d'enchaîner trois mots en espagnol. Instinctif, comme souvent. En détente, comme toujours. Le phrasé Hazard est emprunté depuis ses débuts pros au champ lexical de ces joueurs d'un naturel discret. Si aucun nouvel arrivant n'avait attiré autant de supporters au stade pour une présentation depuis Cristiano Ronaldo une décennie plus tôt, c'est sans doute le seul point commun entre le petit gars de Braine-le-Comte et l'homme qui a donné son nom à l'aéroport de Funchal. Eden Hazard n'a jamais rien eu de mégalo en lui. À part peut-être l'envie de faire lever les foules micro à la main sur l'Hôtel de ville de la Grand-Place de Bruxelles. De là à faire de l'apprenti DJ un Galactique en construction, il y a de la marge. Contrairement au Portugais dont, pendant neuf ans, la seule présence sur les terrains a suffi à personnifier les rêves de grandeurs de Florentino Pérez. "Eden ne peut pas devenir un Galactique", coupe court Frédéric Hermel, correspondant à Madrid pour le journal L'Équipe et biographe de Zinédine Zidane ( Zidane, aux éditions Flammarion). Parce qu'il ne veut pas être un Galactique. Eden, c'est un soliste, un violoniste. Il va finir par être décisif, mais il ne se fait pas mal, il profite de son art. Il ne serait pas arrivé avec sept kilos de trop à son premier entraînement, sinon. Cristiano, c'est tout l'inverse. C'était un marteau piqueur. Dont le talent était sublimé par la valeur travail." Pas franchement la spécialité maison du Diable, qui s'est lui, par exemple, toujours refusé à vouloir soulever de la fonte pour faire valoir ses trapèzes. Mais ce désamour pour la musculation n'explique pas non plus le surpoids affiché pour ses débuts avec le Real à son retour de vacances en juillet 2019. Quand il débarque à Madrid, la presse espagnole constate rapidement qu'il a pris quelques kilos. Eden finit par reconnaître publiquement qu'il en a pris cinq, en se justifiant par cette formule: "Quand je suis en vacances, je suis en vacances". À ceux qui lui font remarquer, dans les travées du stade Roi Baudouin, qu'il fallait oser débarquer dans le club de ses rêves sans être au mieux de sa forme pour y relever le défi de sa vie, il répond que la Coupe du monde en Russie l'a privé de vacances depuis deux ans, et qu'il voulait absolument profiter des quelques jours qu'il avait enfin devant lui. Carbonisé aussi bien physiquement que mentalement par deux dernières saisons anglaises achevées à plus de cinquante matches, Eden s'octroie là un passe-droit impensable, même pas réservé aux initiés de la Casa Blanca. Une entrée en matière manquée qui lui permet de faire la connaissance avec les Unes sans pitié des quotidiens espagnols. Et avec certains analystes. Parmi ceux-ci, Terry Gibson, ancien de Premier League (Tottenham, Manchester, Wimbledon), devenu spécialiste de la Liga pour Sky Sport et qui s'étonnait cet été dans The Athletic de l'attitude globale du Diable. "Ça m'a un peu déconcerté. Vous déménagez dans l'un des plus grands clubs du monde, si ce n'est le plus grand. Un transfert de rêve. Et pourtant, vous avez un peu trop profité de l'été. C'est compréhensible d'une part, mais tu dois aussi avoir envie de laisser une bonne impression. C'était quand même la superstar de l'été. On attendait beaucoup de lui.". Sauf qu'Eden Hazard n'est définitivement pas une superstar comme les autres. Et peut-être définitivement pas un Galactique comme les autres. À son arrivée à Madrid, il n'était d'ailleurs pas attendu comme l'héritier de Cristiano Ronaldo, même s'il a choisi de récupérer son numéro. "Comme un Galactique bien, par contre", nous glisse un proche du club. "Cela faisait plusieurs années que le Real n'avait pas signé un grand joueur, une référence internationale comme l'était Eden pour plus de cent millions, donc le club s'attendait à ce qu'il soit son nouveau Galactique. Tout le monde au club était convaincu d'engager un joueur décisif. Aujourd'hui, il y a plus de doutes, vu ses blessures. Certains se demandent s'il pourra un jour afficher le niveau sur base duquel il a été recruté." Bien aidé par les présences francophones de Thibaut Courtois, Ferland Mendy, Karim Benzema ou Raphaël Varane, mais aussi assez proche de Toni Kroos et, avant son transfert, de Gareth Bale, les plus optimistes voient Eden Hazard faire son trou dans les prochains mois et enfin se rapprocher un peu du seul Galactique de l'histoire madrilène qui lui ressemble peut-être un peu, un certain Zinédine Zidane , lui aussi débarqué à 28 ans à Madrid. "Il parle peu. Il est simple", disait de lui Eden en début d'année. (...) "C'est le gars normal. Il ne fait pas de chichi pour rien. Il va droit au but. Il ne parle pas pour rien et il aime ses joueurs. Il conserve ce côté affectif." Une base non négociable pour finir par faire briller un joueur qui depuis son arrivée dans la capitale espagnole a marqué autant de buts en équipe nationale qu'en club. Quatre en tout, donc. La faute à une première saison de toutes les galères, débutée de la pire des manières à la veille de la reprise de la Liga, en août 2019. Quand une simple et a priori anodine douleur ressentie dans le haut de la cuisse droite en venait à le priver du premier mois de compétition. Revenu physiquement dans l'équipe mi-septembre, le switch mental ne semble lui pas devoir s'opérer tout de suite. Discret pour ses premières apparitions avec son nouveau maillot, Eden disparaît à nouveau de la circulation fin novembre, à l'occasion de la réception du PSG en Ligue des Champions, suite à un contact fortuit avec Thomas Meunier. Un duel comme l'ancien Lillois en subi parfois dix par match depuis ses débuts pros, mais un duel de trop. Ce jour-là, Meunier retombe en fait sans le savoir à l'endroit même de la cheville d'Eden où ce dernier s'était fait poser une plaque de métal en 2017. "On va dire qu'Eden était fragile à ce moment-là. Qu'ils n'ont pas eu de chance." C'est ainsi que Thorgan Hazard résumait à la presse belge la blessure de son aîné par son actuel coéquipier à la veille du déplacement du Borussia à Bruges en CL. La guigne, c'est aussi le mot qui revient dans la bouche de Lieven Maesschalck, le kiné star des Diables et l'un des hommes derrière la micro polémique de septembre, quand Eden Hazard avait préféré accompagner les Diables au Danemark pour ne pas y jouer une minute plutôt que de rentrer à Madrid. "J'ai eu un contact avec le kiné de Madrid", explique Maesschalck. "On a parlé un petit peu, on s'est transmis les dossiers, il n'y avait pas de problème. Le seul problème qu'Eden a eu pendant un an, c'est qu'il n'a pas eu de chance. Il ne faut pas chercher ailleurs les raisons de son moins bien. Eden, depuis que je le connais, du temps de Georges Leekens en équipe nationale, c'est un mauvais client, je ne le voyais jamais, il n'était jamais blessé, mais là, depuis, un an, il a enchaîné les bobos. C'est de la malchance, il n'y a rien d'autre." De la malchance et quelques fautes de goût, qui ne comprennent pas qu'un amour réel pour la charcuterie espagnole. À Madrid, l'escapade de septembre est restée un temps en travers de la gorge de certains pontes du club. Et si Zidane a toujours mis un point d'honneur à ne pas interférer dans la vie des sélections, l'ancien capitaine des Bleus a été le premier étonné du mauvais tour joué par Eden à son employeur. Pas de quoi fouetter un chat, mais de quoi cerner un peu mieux l'image d'un joueur apparu seulement 22 fois en short en matches officiels au cours de la saison 2019-2020, et qui ne semble pas trop s'en préoccuper. Malgré les blessures, on dit de lui à Madrid qu'il a impressionné au sein du club par sa capacité à toujours relativiser. Et à aborder un match au sommet comme si c'était un toro, avec le même relâchement. Là-bas, on s'étonne que ses blessures à répétition n'aient jamais entamé sa bonne humeur. Amoureux du jeu, Eden s'est aussi toujours refusé à jouer sous infiltration, de peur de perdre ses sensations. "Mais même à 50% de son potentiel, il donne du sens au jeu", certifie Frédéric Hermel. "Zidane me le disait encore la semaine dernière. Pour lui, c'est le transfert de l'été parce qu'il donne du liant. Ce n'est pas un joueur d'impact comme Vinícius, mais c'est un joueur de contrôle, qui fluidifie le jeu de toute une équipe. Eden, il a un QI football incroyable. Comme Benzema." Karim Benzema, un autre profil rarement assimilé à un Galactique, mais qui a fait de la maison madrilène son nouveau chez lui, onze ans après son arrivée. En quinze mois à Madrid, Eden Hazard en est encore à devoir trouver ses repères. Mais peut compter sur une cote de popularité étonnamment en hausse, malgré des statistiques toujours en berne. Un statut tellement rare pour ces joueurs débarqués à prix d'or dans un club qui ne pardonne pas l'échec ( voir encadré). Contrairement à certains de ses prédécesseurs, Eden Hazard a lui toujours eu le bénéfice du doute. Sans doute parce que les supporters et les experts du Bernabéu ont vite appris à connaître l'homme. Et à l'apprécier. Aux antipodes des années folles de CR7, la simplicité du Belge semble plaire, au point de lui accorder un crédit de patience inédit. On pardonne tous les rendez-vous manqués à ses sourires et à ses clins d'oeil. Heureusement pour Eden, désormais ralenti par le Covid, nouvel obstacle sur sa route blanche.