De Bruyne ne connaît pas encore les conséquences de son acte.

En février 2010, on découvre seulement ce rouquin de 18 ans qui a juste joué une vingtaine de matches avec Genk. Il reçoit un Standard malade, toujours européen grâce à la fameuse reprise de la tête de Sinan Bolat mais largué en championnat. Ce jour-là, KDB marque le seul but du match. Un but qui est le dernier clou dans le cercueil liégeois de Laszlo Bölöni. Le divorce sera acté trois jours plus tard. Une " séparation de commun accord " pour les gens du club. Un C4 classique pour les autres.
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En février 2010, on découvre seulement ce rouquin de 18 ans qui a juste joué une vingtaine de matches avec Genk. Il reçoit un Standard malade, toujours européen grâce à la fameuse reprise de la tête de Sinan Bolat mais largué en championnat. Ce jour-là, KDB marque le seul but du match. Un but qui est le dernier clou dans le cercueil liégeois de Laszlo Bölöni. Le divorce sera acté trois jours plus tard. Une " séparation de commun accord " pour les gens du club. Un C4 classique pour les autres. Peu de temps avant ça, au moment des fêtes, son patron Lucien D'Onofrio nous avait accordé une longue interview. Il n'avait pas échappé à la question du moment : " Laszlo Bölöni subit pas mal de critiques. Avez-vous songé à le remplacer ? " Réponse franche : " Non, pas du tout. " Cause toujours. Et encore ceci dans la bouche du patron du Standard : " Il faut donner du temps au temps. Un entraîneur aura toujours ses partisans et ses opposants. C'est le cas dans l'adversité comme dans le succès. C'était déjà comme ça la saison passée. Comme Bölöni, Michel Preud'homme avait lui aussi des opposants, même dans le noyau. Ce n'est pas parce qu'on gagne que tout va bien ou que tout va mal quand on perd (...) Bölöni a des qualités de leader, une bonne vision du football, il est très fort tactiquement, il sait motiver ses joueurs, etc. " Entre juillet 2008, date à laquelle il a pris la succession du Preud'homme champion, et février 2010, date de son remplacement par Dominique D'Onofrio, le Roumain a passé un peu moins de 20 mois sur le banc liégeois. Pendant cette période, il nous avait accordé plusieurs entretiens XXL. On se replonge dans ses confessions de l'époque pour éclairer autrement son passage chez les Rouches. Personne n'a oublié qu'il a directement permis au Standard d'arracher un titre de champion. Le but charnière de Kevin De Bruyne, par contre, tout le monde l'avait zappé. Et il y a tant d'autres choses qui ont disparu de nos mémoires. Retour dans le temps, dans la tête de cet homme déjà énigmatique, surprenant et parfois cynique, il y a une décennie. Michel Preud'homme a le cul dans le beurre après avoir enfin ramené le trophée de champion à Liège. Mais l'homme a aussi des envies d'ailleurs, notamment motivées par le fait que le Standard ne lui offre qu'une prolongation d'un an. Il part donc à Gand. Laszlo Bölöni saute sur l'occasion et Sport/Foot Magazine se met à table avec lui dès son arrivée. Face à nous, un gars de 55 ans qui a les crocs. Et conscience que son défi ne va pas être simple. " Reprendre une équipe championne, ce n'est pas un cadeau ", nous lance-t-il pour commencer. " Parfois, c'est un cadeau, mais alors un cadeau empoisonné. Mais je ne le prends pas comme ça. Le Standard m'a choisi pour continuer sa progression. J'en suis ravi et je sais que mon vécu, un mélange de moments positifs et parfois moins agréables, constitue un atout dans mon nouveau job. " Il sort de deux expériences contrastées. D'abord à Monaco où, selon ses dires, il a été " heureux dix minutes, pas plus. " Ces dix minutes correspondent à un trajet Nice - Monaco en hélico, qu'il a offert à sa fille. " J'ai vu un immense émerveillement dans ses yeux. Mon Monaco se résume à ça. C'était une erreur de casting. " Après le Rocher, il s'est tapé un séjour aux Émirats, à Al Jazira. Pas folichon quand on a encore de grandes ambitions sportives. Dans cette interview, il refuse de donner son avis sur le départ surprise de Preud'homme. " Simplement, une place s'est libérée au Standard. Je ne sais pas pourquoi et ce n'est pas mon problème. Par contre, je mesure que c'est un magnifique challenge. Et je sais calculer... Je sais qu'au cours des 30 dernières années, Anderlecht a empoché 50 % des titres. Bruges a remporté les trois quarts de la dernière part du gâteau. Le reste est généralement revenu au Standard, à Genk, à Malines, etc. Notre but sera d'améliorer ce qui a été fait jusqu'à présent, de décrocher aussi une qualification pour les poules de la Ligue des Champions. Je serais hyper content si je pouvais dépasser la performance de la saison passée. Cela dit, le champion est toujours la bête à abattre. Et c'est deux fois la bête à abattre quand le champion est le Standard." L'équipe fait le taf dès la première présence du Roumain sur le banc : victoire en Supercoupe contre Anderlecht. Quelques jours plus tard, il y a le double affrontement avec Liverpool sur la route de la Ligue des Champions. L'élimination, à trois minutes de la fin des prolongations, fait mal. Quelques semaines plus tard, on refait un point complet avec le coach. Il tacle les Anglais à hauteur de la carotide : " En deux matches et deux prolongations, ils ont eu une occasion et demie. Ce n'était rien par rapport à nous. Malheureusement, c'est Liverpool qui est passé, pas nous. On n'a pas exploité nos bons moments. " On lui fait remarquer que les Anglais n'étaient peut-être pas encore prêts à ce stade de la saison. Réplique cinglante : " C'est leur problème, pas le mien. Si on raisonne comme ça, alors je vous signale que je venais d'arriver alors que Rafael Benitez travaille à Liverpool depuis quelques années et a reçu des joueurs qui valent 25 millions d'euros. " Dans ces confrontations, il s'est d'ailleurs fritté directement avec le technicien espagnol. Sans regrets après coup : " J'ai eu raison à 1.000 %. Ses joueurs ne nous ont pas rendu le ballon après qu' Aragon Espinoza l'a dégagé en touche pour qu'on puisse soigner un blessé de notre équipe. C'était un manque de respect des Reds. Benitez a essayé de m'expliquer qu'il avait raison. Excusez-moi, j'ai passé plus d'années que lui sur un terrain. Avec les Anglais, c'est toujours la même chose : ils sont fair-play quand ça les arrange, pas autrement. Je sais de quoi je parle. D'ailleurs, il m'arrive parfois d'un peu imiter les Anglais quand ça m'arrange... " L'occasion de disserter avec Bölöni sur son comportement parfois à la limite devant son banc. Sur ses provocations face à des adversaires et des arbitres. " Je sais jusqu'où je peux aller avec les arbitres mais je dois quand même me maîtriser. Pour le moment, je me force à ne pas dire tout ce que je pense. En tant que joueur, j'étais un provocateur. Je voulais tout le temps gagner et je parlais sur le terrain pour déstabiliser mes adversaires. " Il n'est pas dans le métier pour se faire des amis. Pour lui, l'entraîneur assis sur le banc d'à côté est un confrère, pas un pote. Un moment, il décide de ne plus donner sa conférence de presse d'après-match en même temps que le coach adverse. Le soir où ça arrive après une rencontre face à Roulers, ce coach adverse, Dennis Van Wijk, donne le fond de sa pensée : " C'est un manque de respect total. Toute la presse est dans le couloir à attendre Bölöni. Pour m'écouter, vous n'êtes qu'une poignée. J'avais déjà senti ce manque de respect sur le terrain. " Face aux Reds, le Standard de Bölöni a montré zéro complexe et ça a failli passer. C'est une autre constante dans la philosophie du Roumain. Quelques mois après son arrivée, il nous l'explique dans le détail : " J'ai directement été frappé ici par le jeu petit bras et sans courage, aussi bien dans les clubs engagés en Coupe d'Europe qu'en équipe nationale. Il faut trouver les moyens d'être plus téméraires, oser prendre des risques. Ça passe par des solutions tactiques et mentales qui ne garantissent pas le succès mais qui multiplient les chances de gagner un match. Dès mon arrivée, j'ai eu le sentiment qu'on cherchait d'abord les moyens qui permettent de ne pas perdre. Tout est trop prudent. Je continuerai à ambitionner toujours la victoire. Je ne vois pas pourquoi Steven Defour devrait avoir des complexes quand il joue contre Andrea Pirlo, par exemple. Tout se passe dans la tête. Et je vous affirme qu' Axel Witsel n'est pas inférieur à Steven Gerrard. " Le stratège impose un pressing haut. " Je dépeuple parfois mon entrejeu pour être encore plus offensif. Je condamne mes attaquants à une efficacité obligatoire. Ils ont le droit d'exiger plus de soin dans la dernière passe mais ils ont le devoir d'être plus italiens, c'est-à-dire plus réalistes. Les parlottes dans les médias, ça ne compte pas par rapport au nombre de buts et d'assists. " Confronté à la présence de trois attaquants de haut niveau pour deux places ( Dieumerci Mbokani, Igor de Camargo et Milan Jovanovic), il trouve une parade pour les aligner tous les trois. " Je n'avais pas envie d'en sacrifier un. " Il a un quatrième castar dans son noyau mais il ne compte pas sur lui. Confirmé par cette déclaration qui fait du bruit sur le moment même : " Christian Benteke doit vaincre le petit fainéant qui dort en lui. S'il s'ouvre à cette réalité, ça l'aidera à progresser. C'est un très bon joueur mais c'est à lui de démarrer. " Pour compenser le départ de Marouane Fellaini quelques semaines après son arrivée, il forme un duo fort dans l'entrejeu : Steven Defour - Axel Witsel. " Fellaini, c'était un joueur et demi, presque deux. " Et puis, il profite d'un rendez-vous avec Sport/Foot Magazine pour lancer une pierre dans le jardin de Michel Preud'homme : " Bravo pour le titre avec lui mais il faut accepter le fait que le Standard n'a pas toujours gagné brillamment, que l'équipe s'est aussi appuyée sur sa niaque. " Le titre arraché par le Standard de Böloni restera dans l'histoire pour s'être décidé lors d'un double test match, contre Anderlecht. Encore deux occasions pour le Roumain d'aller au clash avec le coach adverse. Quelques semaines après le sacre, Ariel Jacobs nous confie son énervement. " À trois minutes de la fin du test match retour, il s'est levé et est venu vers mon banc pour me serrer la main. Mais le match n'était pas fini ! Ça ne se fait pas, c'était ridicule. Je suis heureux de ne pas être comme lui. Cet incident en dit plus sur lui que sur moi. Je ne lui ai même pas tendu la main. " La rivalité entre Mauves et Rouches atteint des sommets pendant cet été-là. Avec en point d'orgue la phase Axel Witsel - Marcin Wasilewski lors d'un des premiers matches de la nouvelle saison. Il faut attendre un paquet d'années pour que Bölöni accepte de nous en parler ouvertement. Et il fait du Bölöni. Il est coach de l'Antwerp quand il revient avec nous sur le clash. " Wasilewski avait le profil du joueur que je détestais. Quand je déteste un joueur d'une équipe adverse, c'est parce qu'il m'emmerde avec ses qualités ! Lui, c'est parce qu'il était agressif. Tu as parfois besoin de joueurs comme ça dans ton équipe, mais s'il y en a un qui méritait de recevoir une baffe, c'était Wasilewski. Il taclait tout le monde, il marchait sur des cadavres. En plus, il était à Anderlecht. Il croyait qu'il pouvait tout se permettre. C'était le joueur qui pouvait dire : Je suis le défenseur qui a tapé tous les attaquants du championnat de Belgique. Il avait l'habitude que tout le monde se retire. Ce jour-là, il a trouvé en face de lui quelqu'un qui ne s'est pas retiré. La tension, ça existe. On choisit de l'entretenir ou pas. Nous aussi, on a joué à ça. Quand j'ai parlé de mes salopards au Standard, les journaux me l'ont reproché. Je disais ça dans le bon sens du terme. Oguchi Onyewu était un salopard, Dante aussi, Milan Jovanovic pareil. Steven Defour, salopard. Axel Witsel, salopard. Mohamed Sarr, un vrai salopard. Igor de Camargo pouvait mettre un petit coup de temps en temps, discrètement, l'adversaire ne savait pas d'où ça venait." Les propos de Lucien D'Onofrio, en fin d'année 2009, c'est du vent. Le patron continue à défendre publiquement son entraîneur mais on sent clairement que Böloni va sauter. Il tord ses joueurs. Quand les résultats suivent, ça passe. Quand il y a plus de défaites que de victoires, l'entente avec l'entraîneur finit par se fissurer. Début 2010, deux gros couacs, avant le fameux but de Kevin De Bruyne, annoncent la séparation.Il y a une défaite historique, à domicile, contre Anderlecht : 0-4. Et une interview du rebelle français Olivier Dacourt dans Le Soir. Il dézingue son coach, met en cause sa gestion des hommes. La direction essaie de lui fourguer un nouvel adjoint, histoire de réparer son lien avec le groupe. Il ne veut pas en entendre parler. Bölöni fonce. Dans le mur. Et il part. " Il n'y avait plus de solutions, j'ai donc présenté ma démission. D'un commun accord, on a décidé d'arrêter là. C'était devenu trop dur de continuer, le climat était trop lourd pour tout le monde. " Il a eu le bon goût d'anticiper une décision inévitable, le licenciement brut. Et au moins, ça lui a permis de rester en bons termes avec Lucien D'Onofrio.