Parfois (mais rarement), le métier de journaliste est facile. Par exemple, lorsqu'une interview avec un joueur est programmée exactement un an après la précédente, au même endroit. Que fait-on, dans ce cas-là ? On prend l'interview précédente, et on commence par la même question.

Imaginez qu'aujourd'hui, vous êtes un journaliste qui interviewe Sander Berge : quelle question lui poseriez-vous ?

SANDER BERGE : Ouh là ! Quelle question m'étais-je posée, il y a un an ?

Quel était le principal point à travailler, pour Sander Berge.

BERGE : Aujourd'hui, je scinderais ma question en deux : où en suis-je, en tant que joueur, un an plus tard, et où en est l'équipe ?

Commençons par vous-même.

BERGE : Ma mission, c'est de devenir le moteur de l'équipe. J'essaie d'être plus créatif, de courir davantage dans un esprit offensif, y compris sans ballon. Je dois encore me montrer plus dangereux. En tant que milieu de terrain axial, je ne peux plus me contenter d'effectuer mon boulot dans l'entrejeu, mais je dois aussi demander le ballon plus haut, et me présenter de temps en temps dans les 16 mètres.

J'ai déjà marqué avec Genk, et aussi avec l'équipe nationale, et je me sens de mieux en mieux lorsque je monte. Parfois, on me demande de jouer plus défensivement, mais il arrive aussi qu'on me demande de jouer plus offensivement. Je dois encore apprendre à mieux lire le jeu dans ce cas-là.

L'objectif est de devenir plus régulier dans mes prestations. Les jeunes joueurs font parfois étalage de leur talent, avant de disparaître au match suivant. Ma force, c'est de ne jamais disparaître totalement, je conserve malgré tout une certaine forme de régularité. Du moins, c'est mon avis.

Pour l'équipe, le défi est de mieux protéger nos 16 mètres, de mettre une bonne structure en place, d'établir une base solide. À ce stade, nous n'y sommes pas encore totalement parvenus. Nous encaissons trop de buts, nous n'avons pas encore trouvé le bon équilibre entre l'attaque et la défense.

" J'ai progressé en matière de leadership "

Vous trouvez que vous avez progressé, en un an ?

BERGE : Oui, quand même, même si on gagne moins souvent qu'à l'époque. On est dans un processus de reconstruction. Je suis arrivé il y a deux ans et demi, et il a fallu plus de deux ans pour construire cette équipe championne. Aujourd'hui, l'équipe est nouvelle, il faudra donc aussi un peu de temps. Lorsque je suis arrivé, Genk était 10e au classement. On ne s'était même pas qualifié pour les play-offs 1. Aujourd'hui, on est champion et on dispute la CL. Le regard des gens a changé, les attentes sont plus grandes. À nous de répondre aux attentes. La saison dernière, on était les n°1, ce n'est plus le cas aujourd'hui. On a pris un autre chemin, avec beaucoup de nouveaux joueurs et un nouvel entraîneur.

Ma force, c'est de ne jamais disparaître totalement, je conserve malgré tout une certaine forme de régularité. " Sander Berge

Dans quel domaine trouvez-vous que vous avez progressé ?

BERGE : En matière de leadership. Malgré mon jeune âge, je suis devenu l'un des anciens. Mais je sais que ce processus prend du temps. Ce n'est pas un problème. Pour moi, le chemin qui mène aux sommets n'est pas un sprint, mais un marathon.

Que préférez-vous ? Rester sagement dans l'ombre ou vous retrouver sous les feux des projecteurs ?

BERGE : Avant, tout le monde était content lorsque je récupérais un ballon et que je parvenais à le transmettre à un partenaire. Aujourd'hui, on attend plus de moi. Je dois non seulement récupérer le ballon, mais aussi entreprendre une action et même, si possible, marquer. Mais pour moi, c'est simple : plus le match est difficile, plus le niveau est élevé, plus les duels sont âpres, plus je suis performant. Je ne suis pas le style de joueur qui se met en évidence dans les matches plus faciles. J'ai adoré jouer contre Naples, une équipe qui possède l'un des meilleurs entrejeux d'Europe.

Sander Berge : " La continuité, c'est peut-être la chose la plus importante en football. ", belgaimage - christophe ketels
Sander Berge : " La continuité, c'est peut-être la chose la plus importante en football. " © belgaimage - christophe ketels

" Genk et moi, c'est une bonne association "

La Champions League est l'une des raisons pour lesquelles vous êtes resté. Vous en profitez ?

BERGE : Si vous jouez la Champions League et que vous progressez en affrontant les meilleures équipes d'Europe, on vous considère différemment que si vous vous contentez de jouer la Jupiler Pro League ou l'Europa League. C'est, effectivement, l'une des raisons pour lesquelles je suis resté. Mais pas la seule.

J'ai le sentiment que je peux encore progresser dans cette équipe, qui reste une équipe jeune avec beaucoup de talent, et un club où la mentalité est excellente. Si on m'avait dit qu'à 21 ans, je serais l'un des leaders d'une équipe qui a remporté le titre et qui dispute la Ligue des Champions, je ne l'aurais pas cru.

Je considère toujours comme un honneur de pouvoir défendre les couleurs du KRC Genk. C'est si facile de se perdre en route. Autour de moi, on spécule depuis deux ans et demi sur ma future destination. Ruslan Malinovskyi et Alejandro Pozuelo étaient plus âgés, je n'ai encore que 21 ans, ne l'oubliez pas. Je n'ai pas le sentiment que, pour moi, c'est maintenant ou jamais. Genk et moi, c'est une bonne association, je trouve.

Vous n'avez pas la bougeotte, vous ne cherchez pas un nouveau club chaque année.

BERGE : La continuité, c'est peut-être la chose la plus importante en football, certainement si l'on veut devenir une équipe qui gagne. Si, chaque année, on change tout, c'est difficile de conserver une bonne structure. Ici, je peux rester moi-même. À Genk, je trouve un cadre de travail agréable où l'on peut dialoguer facilement avec les gens et l'entourage du club, en parlant de ce qui fonctionne bien, et de ce que l'on peut encore améliorer. Genk est toujours resté très ouvert avec moi, et je trouve que c'est une bonne base pour gérer le club avec succès.

" On est peut-être trop sympas "

Vous aimez être un leader, ou vous auriez préféré rester un porteur d'eau ?

BERGE : Ça va de soi, que j'apprécie être un leader. La première année, je me profilais rarement comme un leader, mais il y avait alors des joueurs plus âgés pour remplir ce rôle. Mais, depuis l'arrivée de Philippe Clement, j'ai grandi dans ce rôle. Je veille à ce que chacun soit bien dans sa peau, vienne s'entraîner avec plaisir. Je le répète : ce que l'on donne, on le reçoit souvent en retour. Ça va dans les deux sens. Je parle beaucoup avec mes partenaires, et je reçois des réactions. On s'entend bien, et on essaye de se tirer mutuellement vers le haut.

En 2019, avec tous les égos, c'est encore possible de former une véritable équipe ?

BERGE : Oui, bien sûr. On a un très bon groupe.

Trop gentil, dit-on.

BERGE : Trop sympa, peut-être. C'est, en tout cas, le vestiaire le plus agréable que j'ai fréquenté. On s'entend bien, sur et en dehors du terrain. Le défi, c'est de trouver le bon équilibre entre le respect mutuel et la volonté de se surpasser. En ce moment, on est encore - en dehors du terrain comme pendant les matches - trop respectueux envers nos partenaires, mais aussi envers l'adversaire.

Dans quelles conditions apprenez-vous le plus, en tant que joueur : lorsque tout se passe bien, comme la saison dernière, ou lorsque c'est plus difficile, comme maintenant ?

BERGE : Lorsqu'on parvient à se sortir d'une situation compliquée. Lorsque vous êtes au tapis et que vous ne parvenez pas à vous relever, il y a un problème. Lorsque tout va bien, c'est facile. On a alors l'impression d'être tous des joueurs de haut niveau.

Vous estimez avoir votre part de responsabilité, lorsque ça va mal ?

BERGE : Bien sûr. Je me regarde toujours dans le miroir, je ne pointerai jamais personne du doigt en l'accusant de ne pas avoir été bon.

" Le bon équilibre reste à trouver "

Que voyez-vous aujourd'hui, lorsque vous vous regardez dans le miroir ?

BERGE : Qu'on n'a pas encore trouvé l'équilibre entre le jeu offensif et le jeu défensif, malgré l'énorme potentiel que recèle ce noyau, et malgré la victoire contre Ostende et la bonne heure de jeu à Saint-Trond. Mais on progresse au fil des semaines. Je crois beaucoup dans ce staff technique et dans ce groupe. Je m'entraîne tous les jours avec ces joueurs et je sais ce dont ils sont capables. Un jour, ça portera ses fruits.

On attend trop de Genk ?

BERGE : Je n'ai aucune idée de ce que les autres attendent de nous.

Que vous luttiez pour le titre, que vous développiez un beau football, du tiki-taka.

BERGE : On n'est pas devenu champions grâce au tiki-taka. Dans la plupart des matches de play-offs 1, on n'a pas dominé durant 90 minutes. Le Genk des play-offs 1 n'était pas le même que celui de la phase classique du championnat. Durant la phase classique, on a brillé par des actions individuelles, alors que pendant les play-offs, on a formé un bloc. Ce qui compte en football, c'est la victoire. Bien sûr, on préférerait jouer un football dominant, mais à la fin, le plus important reste le résultat. Bien sûr, mieux on joue, plus on a de chances de remporter la victoire. C'est aussi pour ça qu'on doit encore élever notre niveau de jeu.

Ma mission, c'est de devenir le moteur de l'équipe. " Sander Berge

Combien de points donneriez-vous à Genk, sur dix, par rapport au potentiel de l'équipe ?

BERGE : Cinq sur dix. Le potentiel de l'équipe est énorme. Lors de la deuxième mi-temps à Bruges, on a atteint le huit ou le neuf sur dix. Là, on a vraiment montré de quoi on était capable. Dans les autres matches, on l'a montré par intermittence, mais on a aussi connu des creux. La peur de perdre ne doit pas prendre le pas sur le plaisir de gagner.

" D'une saison à l'autre, on a perdu beaucoup d'automatismes "

C'est le cas ?

BERGE : Ça peut arriver dans tous les clubs. L'aspect mental joue un grand rôle en football, même au plus haut niveau. Rappelez-vous de Barcelone, qui a pris l'eau à Liverpool la saison dernière. On se demandait tous : comment est-ce possible ? Et comment l'Ajax a-t-il pu encaisser trois buts en fin de match contre Tottenham, alors qu'il contrôlait le match ? Souvent, les équipes qui ont un retard à combler évoluent de façon plus libérée, alors que celles qui doivent défendre une avance, sont plus crispées.

Vous êtes surpris par le départ poussif de Genk ?

BERGE : Non. On cherche encore la meilleure manière de jouer et le meilleur dispositif. L'essentiel, c'est qu'on progresse de semaine en semaine. Ça commence par l'enthousiasme du vestiaire et de l'équipe sur le terrain. On a le plus beau métier du monde, autant le pratiquer dans la joie.

Felice Mazzù met-il l'accent sur d'autres aspects que Philippe Clement ?

BERGE : La manière de jouer est restée la même, mais on a perdu beaucoup d'automatismes de la saison dernière. Et construire des automatismes, ça ne se fait pas du jour au lendemain. On a tendance à l'oublier. Les équipes qui gagnent, que ce soit en football ou en basket, sont souvent celles qui ont gardé leurs joueurs pendant plusieurs années.

Pourquoi êtes-vous passés complètement au travers lors de votre premier match de Champions League ? Vous étiez trop impressionnés ?

BERGE : On n'a pas trouvé le bon équilibre. À ce niveau-là, on ne peut pas être naïf. Chaque erreur se paie cash. En Jupiler Pro League, on peut parfois commettre deux ou trois erreurs, sans qu'elles ne portent nécessairement à conséquence. Salzbourg nous a punis pour chaque erreur. On a beaucoup appris là-bas. Cette punition doit nous renforcer pour la suite de la saison. Contre Naples, vous avez déjà vu un Genk bien différent.

" Je n'ai pas peur de commettre des erreurs "

Ne vous êtes-vous pas demandé : où en suis-je, si des clubs comme Salzbourg se disent : c'est lui le Sander Berge pour lequel Genk demande 20 millions ?

BERGE : Non. Je ne perds pas confiance sur un seul match, fut-il aussi dramatique que celui-là. Je joue la Ligue des Champions, alors que beaucoup d'autres bons joueurs n'ont pas cette chance. Ce sont des moments où l'on apprend énormément, c'est une nouvelle expérience. C'est tout de même fantastique, de pouvoir jouer contre les champions d'Europe, et contre l'équipe qui les a battus lors de la journée d'ouverture.

Vous sentez que vous avez le niveau, ou vous avez l'impression de devoir marcher sur la pointe des pieds ?

BERGE : Je n'ai pas ce sentiment. Si vous trouvez que ça va trop vite, autant arrêter et regarder la Ligue des Champions dans votre fauteuil, à la maison. Je n'ai pas quitté le terrain avec un grand sourire aux lèvres, à Salzbourg, mais je n'ai pas perdu toutes mes qualités en un jour. Je n'ai pas peur de commettre des erreurs. Et, par ailleurs, ça ne sert à rien d'adresser des reproches à un partenaire, après une mauvaise prestation. Celui qui le fait, devrait opter pour un autre sport.

Vous avez déclaré que vous regardiez beaucoup de matches de football, et que vous en tiriez toujours des leçons. C'est encore le cas ?

BERGE : Oui. Le football représente tout pour moi. J'y consacre toute mon énergie, et je recherche la meilleure solution dans toutes les situations, qu'il s'agisse de l'alimentation ou de tout autre aspect. J'écoute aussi les interviews des grands joueurs, afin de comprendre de quelle manière ils envisagent le football, et j'essaie toujours de regarder comment les grands joueurs réussissent à lire des situations de jeu, même lorsque le match est fermé. Depuis que Clement m'a confié plus de responsabilités, je discute aussi plus souvent avec l'entraîneur. Je ne me contente pas de m'entraîner ou de jouer mon match. Je monte tous les jours sur le terrain pour apprendre.

La leçon de Naples

Lors du match Genk-Naples, SanderBerge était le joueur qui a couru le plus de kilomètres (11,7 pour être précis) et qui a adressé le plus de bonnes passes (plus de 70%). Si on ne l'a pas vu à son avantage à Salzbourg, il a prouvé contre un club du top italien qu'il avait raison de déclarer, dans cette interview : " plus le défi est difficile, mieux je me sens ".

Il est surtout heureux que Genk ait joué de manière intelligente contre Naples : " Ils nous ont offert des espaces, on en a profité. Mais on ne s'est pas engouffré aveuglément dans ces espaces, afin de ne pas se faire prendre en contre. C'est une des leçons du premier match. "

Cette prestation illustre aussi ce qu'il a déclaré durant l'interview à propos de Genk : " Je m'entraîne tous les jours avec ces garçons, je sais ce dont ils sont capables. Je sais que ces joueurs sont talentueux et que leur talent finira par s'exprimer. "

Sander Berge : " Salzbourg nous a punis pour chaque erreur.", belgaimage - christophe ketels
Sander Berge : " Salzbourg nous a punis pour chaque erreur." © belgaimage - christophe ketels
Parfois (mais rarement), le métier de journaliste est facile. Par exemple, lorsqu'une interview avec un joueur est programmée exactement un an après la précédente, au même endroit. Que fait-on, dans ce cas-là ? On prend l'interview précédente, et on commence par la même question. Imaginez qu'aujourd'hui, vous êtes un journaliste qui interviewe Sander Berge : quelle question lui poseriez-vous ? SANDER BERGE : Ouh là ! Quelle question m'étais-je posée, il y a un an ? Quel était le principal point à travailler, pour Sander Berge. BERGE : Aujourd'hui, je scinderais ma question en deux : où en suis-je, en tant que joueur, un an plus tard, et où en est l'équipe ? Commençons par vous-même. BERGE : Ma mission, c'est de devenir le moteur de l'équipe. J'essaie d'être plus créatif, de courir davantage dans un esprit offensif, y compris sans ballon. Je dois encore me montrer plus dangereux. En tant que milieu de terrain axial, je ne peux plus me contenter d'effectuer mon boulot dans l'entrejeu, mais je dois aussi demander le ballon plus haut, et me présenter de temps en temps dans les 16 mètres. J'ai déjà marqué avec Genk, et aussi avec l'équipe nationale, et je me sens de mieux en mieux lorsque je monte. Parfois, on me demande de jouer plus défensivement, mais il arrive aussi qu'on me demande de jouer plus offensivement. Je dois encore apprendre à mieux lire le jeu dans ce cas-là. L'objectif est de devenir plus régulier dans mes prestations. Les jeunes joueurs font parfois étalage de leur talent, avant de disparaître au match suivant. Ma force, c'est de ne jamais disparaître totalement, je conserve malgré tout une certaine forme de régularité. Du moins, c'est mon avis. Pour l'équipe, le défi est de mieux protéger nos 16 mètres, de mettre une bonne structure en place, d'établir une base solide. À ce stade, nous n'y sommes pas encore totalement parvenus. Nous encaissons trop de buts, nous n'avons pas encore trouvé le bon équilibre entre l'attaque et la défense. Vous trouvez que vous avez progressé, en un an ? BERGE : Oui, quand même, même si on gagne moins souvent qu'à l'époque. On est dans un processus de reconstruction. Je suis arrivé il y a deux ans et demi, et il a fallu plus de deux ans pour construire cette équipe championne. Aujourd'hui, l'équipe est nouvelle, il faudra donc aussi un peu de temps. Lorsque je suis arrivé, Genk était 10e au classement. On ne s'était même pas qualifié pour les play-offs 1. Aujourd'hui, on est champion et on dispute la CL. Le regard des gens a changé, les attentes sont plus grandes. À nous de répondre aux attentes. La saison dernière, on était les n°1, ce n'est plus le cas aujourd'hui. On a pris un autre chemin, avec beaucoup de nouveaux joueurs et un nouvel entraîneur. Dans quel domaine trouvez-vous que vous avez progressé ? BERGE : En matière de leadership. Malgré mon jeune âge, je suis devenu l'un des anciens. Mais je sais que ce processus prend du temps. Ce n'est pas un problème. Pour moi, le chemin qui mène aux sommets n'est pas un sprint, mais un marathon. Que préférez-vous ? Rester sagement dans l'ombre ou vous retrouver sous les feux des projecteurs ? BERGE : Avant, tout le monde était content lorsque je récupérais un ballon et que je parvenais à le transmettre à un partenaire. Aujourd'hui, on attend plus de moi. Je dois non seulement récupérer le ballon, mais aussi entreprendre une action et même, si possible, marquer. Mais pour moi, c'est simple : plus le match est difficile, plus le niveau est élevé, plus les duels sont âpres, plus je suis performant. Je ne suis pas le style de joueur qui se met en évidence dans les matches plus faciles. J'ai adoré jouer contre Naples, une équipe qui possède l'un des meilleurs entrejeux d'Europe. La Champions League est l'une des raisons pour lesquelles vous êtes resté. Vous en profitez ? BERGE : Si vous jouez la Champions League et que vous progressez en affrontant les meilleures équipes d'Europe, on vous considère différemment que si vous vous contentez de jouer la Jupiler Pro League ou l'Europa League. C'est, effectivement, l'une des raisons pour lesquelles je suis resté. Mais pas la seule. J'ai le sentiment que je peux encore progresser dans cette équipe, qui reste une équipe jeune avec beaucoup de talent, et un club où la mentalité est excellente. Si on m'avait dit qu'à 21 ans, je serais l'un des leaders d'une équipe qui a remporté le titre et qui dispute la Ligue des Champions, je ne l'aurais pas cru. Je considère toujours comme un honneur de pouvoir défendre les couleurs du KRC Genk. C'est si facile de se perdre en route. Autour de moi, on spécule depuis deux ans et demi sur ma future destination. Ruslan Malinovskyi et Alejandro Pozuelo étaient plus âgés, je n'ai encore que 21 ans, ne l'oubliez pas. Je n'ai pas le sentiment que, pour moi, c'est maintenant ou jamais. Genk et moi, c'est une bonne association, je trouve. Vous n'avez pas la bougeotte, vous ne cherchez pas un nouveau club chaque année. BERGE : La continuité, c'est peut-être la chose la plus importante en football, certainement si l'on veut devenir une équipe qui gagne. Si, chaque année, on change tout, c'est difficile de conserver une bonne structure. Ici, je peux rester moi-même. À Genk, je trouve un cadre de travail agréable où l'on peut dialoguer facilement avec les gens et l'entourage du club, en parlant de ce qui fonctionne bien, et de ce que l'on peut encore améliorer. Genk est toujours resté très ouvert avec moi, et je trouve que c'est une bonne base pour gérer le club avec succès. Vous aimez être un leader, ou vous auriez préféré rester un porteur d'eau ? BERGE : Ça va de soi, que j'apprécie être un leader. La première année, je me profilais rarement comme un leader, mais il y avait alors des joueurs plus âgés pour remplir ce rôle. Mais, depuis l'arrivée de Philippe Clement, j'ai grandi dans ce rôle. Je veille à ce que chacun soit bien dans sa peau, vienne s'entraîner avec plaisir. Je le répète : ce que l'on donne, on le reçoit souvent en retour. Ça va dans les deux sens. Je parle beaucoup avec mes partenaires, et je reçois des réactions. On s'entend bien, et on essaye de se tirer mutuellement vers le haut. En 2019, avec tous les égos, c'est encore possible de former une véritable équipe ? BERGE : Oui, bien sûr. On a un très bon groupe. Trop gentil, dit-on. BERGE : Trop sympa, peut-être. C'est, en tout cas, le vestiaire le plus agréable que j'ai fréquenté. On s'entend bien, sur et en dehors du terrain. Le défi, c'est de trouver le bon équilibre entre le respect mutuel et la volonté de se surpasser. En ce moment, on est encore - en dehors du terrain comme pendant les matches - trop respectueux envers nos partenaires, mais aussi envers l'adversaire. Dans quelles conditions apprenez-vous le plus, en tant que joueur : lorsque tout se passe bien, comme la saison dernière, ou lorsque c'est plus difficile, comme maintenant ? BERGE : Lorsqu'on parvient à se sortir d'une situation compliquée. Lorsque vous êtes au tapis et que vous ne parvenez pas à vous relever, il y a un problème. Lorsque tout va bien, c'est facile. On a alors l'impression d'être tous des joueurs de haut niveau. Vous estimez avoir votre part de responsabilité, lorsque ça va mal ? BERGE : Bien sûr. Je me regarde toujours dans le miroir, je ne pointerai jamais personne du doigt en l'accusant de ne pas avoir été bon. Que voyez-vous aujourd'hui, lorsque vous vous regardez dans le miroir ? BERGE : Qu'on n'a pas encore trouvé l'équilibre entre le jeu offensif et le jeu défensif, malgré l'énorme potentiel que recèle ce noyau, et malgré la victoire contre Ostende et la bonne heure de jeu à Saint-Trond. Mais on progresse au fil des semaines. Je crois beaucoup dans ce staff technique et dans ce groupe. Je m'entraîne tous les jours avec ces joueurs et je sais ce dont ils sont capables. Un jour, ça portera ses fruits. On attend trop de Genk ? BERGE : Je n'ai aucune idée de ce que les autres attendent de nous. Que vous luttiez pour le titre, que vous développiez un beau football, du tiki-taka. BERGE : On n'est pas devenu champions grâce au tiki-taka. Dans la plupart des matches de play-offs 1, on n'a pas dominé durant 90 minutes. Le Genk des play-offs 1 n'était pas le même que celui de la phase classique du championnat. Durant la phase classique, on a brillé par des actions individuelles, alors que pendant les play-offs, on a formé un bloc. Ce qui compte en football, c'est la victoire. Bien sûr, on préférerait jouer un football dominant, mais à la fin, le plus important reste le résultat. Bien sûr, mieux on joue, plus on a de chances de remporter la victoire. C'est aussi pour ça qu'on doit encore élever notre niveau de jeu. Combien de points donneriez-vous à Genk, sur dix, par rapport au potentiel de l'équipe ? BERGE : Cinq sur dix. Le potentiel de l'équipe est énorme. Lors de la deuxième mi-temps à Bruges, on a atteint le huit ou le neuf sur dix. Là, on a vraiment montré de quoi on était capable. Dans les autres matches, on l'a montré par intermittence, mais on a aussi connu des creux. La peur de perdre ne doit pas prendre le pas sur le plaisir de gagner. C'est le cas ? BERGE : Ça peut arriver dans tous les clubs. L'aspect mental joue un grand rôle en football, même au plus haut niveau. Rappelez-vous de Barcelone, qui a pris l'eau à Liverpool la saison dernière. On se demandait tous : comment est-ce possible ? Et comment l'Ajax a-t-il pu encaisser trois buts en fin de match contre Tottenham, alors qu'il contrôlait le match ? Souvent, les équipes qui ont un retard à combler évoluent de façon plus libérée, alors que celles qui doivent défendre une avance, sont plus crispées. Vous êtes surpris par le départ poussif de Genk ? BERGE : Non. On cherche encore la meilleure manière de jouer et le meilleur dispositif. L'essentiel, c'est qu'on progresse de semaine en semaine. Ça commence par l'enthousiasme du vestiaire et de l'équipe sur le terrain. On a le plus beau métier du monde, autant le pratiquer dans la joie. Felice Mazzù met-il l'accent sur d'autres aspects que Philippe Clement ? BERGE : La manière de jouer est restée la même, mais on a perdu beaucoup d'automatismes de la saison dernière. Et construire des automatismes, ça ne se fait pas du jour au lendemain. On a tendance à l'oublier. Les équipes qui gagnent, que ce soit en football ou en basket, sont souvent celles qui ont gardé leurs joueurs pendant plusieurs années. Pourquoi êtes-vous passés complètement au travers lors de votre premier match de Champions League ? Vous étiez trop impressionnés ? BERGE : On n'a pas trouvé le bon équilibre. À ce niveau-là, on ne peut pas être naïf. Chaque erreur se paie cash. En Jupiler Pro League, on peut parfois commettre deux ou trois erreurs, sans qu'elles ne portent nécessairement à conséquence. Salzbourg nous a punis pour chaque erreur. On a beaucoup appris là-bas. Cette punition doit nous renforcer pour la suite de la saison. Contre Naples, vous avez déjà vu un Genk bien différent. Ne vous êtes-vous pas demandé : où en suis-je, si des clubs comme Salzbourg se disent : c'est lui le Sander Berge pour lequel Genk demande 20 millions ? BERGE : Non. Je ne perds pas confiance sur un seul match, fut-il aussi dramatique que celui-là. Je joue la Ligue des Champions, alors que beaucoup d'autres bons joueurs n'ont pas cette chance. Ce sont des moments où l'on apprend énormément, c'est une nouvelle expérience. C'est tout de même fantastique, de pouvoir jouer contre les champions d'Europe, et contre l'équipe qui les a battus lors de la journée d'ouverture. Vous sentez que vous avez le niveau, ou vous avez l'impression de devoir marcher sur la pointe des pieds ? BERGE : Je n'ai pas ce sentiment. Si vous trouvez que ça va trop vite, autant arrêter et regarder la Ligue des Champions dans votre fauteuil, à la maison. Je n'ai pas quitté le terrain avec un grand sourire aux lèvres, à Salzbourg, mais je n'ai pas perdu toutes mes qualités en un jour. Je n'ai pas peur de commettre des erreurs. Et, par ailleurs, ça ne sert à rien d'adresser des reproches à un partenaire, après une mauvaise prestation. Celui qui le fait, devrait opter pour un autre sport. Vous avez déclaré que vous regardiez beaucoup de matches de football, et que vous en tiriez toujours des leçons. C'est encore le cas ? BERGE : Oui. Le football représente tout pour moi. J'y consacre toute mon énergie, et je recherche la meilleure solution dans toutes les situations, qu'il s'agisse de l'alimentation ou de tout autre aspect. J'écoute aussi les interviews des grands joueurs, afin de comprendre de quelle manière ils envisagent le football, et j'essaie toujours de regarder comment les grands joueurs réussissent à lire des situations de jeu, même lorsque le match est fermé. Depuis que Clement m'a confié plus de responsabilités, je discute aussi plus souvent avec l'entraîneur. Je ne me contente pas de m'entraîner ou de jouer mon match. Je monte tous les jours sur le terrain pour apprendre.