Forteresse presque imprenable lors de la phase finale de l'EURO 2016, désormais armée d'une charnière centrale où le vétéran toujours bien en jambes Pepe est épaulé par un Ruben Dias auréolé de son statut de meilleur joueur de Premier League, la Seleção a des airs de coffre-fort. Pourtant, Rui Patricio est allé rechercher le ballon à six reprises au fond de ses propres filets lors des 180 dernières minutes portugaises de la phase de poules. Avec un dénominateur souvent commun.

Si les déplacements défensifs de Nelson Semedo sont pointés du doigt, surtout depuis cette rencontre face à l'Allemagne où le latéral de Wolverhampton semblait presque servir de sparring-partner à Robin Gosens, la source des faiblesses défensives portugaises est peut-être plutôt située à l'autre bout du terrain. Grâce à son excellente occupation des cinq couloirs offensifs (l'axe, les deux flancs et les deux zones intermédiaires, dites half-spaces) face à une défense à quatre, la Mannschaft est ainsi parvenue à libérer en position de centre à plus d'une reprise un Joshua Kimmich pourtant bien incapable de faire des différences individuelles, comme le prouve son unique dribble réussi en quatre tentatives depuis le début de l'EURO.

Sur le premier but allemand, la position de Müller parvient à libérer Kimmich, en bonne posture pour centrer, Printscreen Wyscout
Sur le premier but allemand, la position de Müller parvient à libérer Kimmich, en bonne posture pour centrer © Printscreen Wyscout
L'Allemagne crée une nouvelle fois le surnombre dans la zone entre l'ailier gauche portugais et Guerreiro, Printscreen Wyscout
L'Allemagne crée une nouvelle fois le surnombre dans la zone entre l'ailier gauche portugais et Guerreiro © Printscreen Wyscout

Jamais Fernando Santos n'a véritablement résolu ce problème, que ce soit en envisageant de passer à une défense à cinq ou en faisant revenir ses ailiers assez bas pour permettre à ses latéraux de se concentrer sur les joueurs disposés entre les lignes sans abandonner ceux qui animent les couloirs. Si elle s'est principalement finalisée à droite, la faiblesse est pourtant partie de l'aile gauche, occupée alternativement par Diogo Jota ou Cristiano Ronaldo en perte de balle.

Contrairement à Bernardo Silva, capable de défendre quand l'action se passe sur son flanc, les buteurs de Liverpool et de la Juventus ont rarement épaulé Raphael Guerreiro, souvent abandonné dans des situations difficiles où ses limites défensives - il évolue de préférence comme milieu de terrain - sont plus exposées. Le couloir droit est donc l'une des zones les plus indiquées pour faire souffrir les Portugais sur attaque placée. Après Kimmich, c'est ainsi Paul Pogba qui s'y est aventuré, de plus loin, pour offrir le deuxième but français à Karim Benzema au retour des vestiaires à Budapest.

À la base du deuxième but français, Paul Pogba est libéré dans une zone que pourraient exploiter De Bruyne, Tielemans ou Alderweireld, Printscreen Wyscout
À la base du deuxième but français, Paul Pogba est libéré dans une zone que pourraient exploiter De Bruyne, Tielemans ou Alderweireld © Printscreen Wyscout

Les Belges pourront-ils s'engouffrer dans cette brèche? La zone fébrile en question est en tout cas l'une des parcelles de prédilection d'un certain Kevin De Bruyne, qui aime s'y libérer sur les pelouses de Premier League en se présentant en soutien de son ailier pour ensuite délivrer son centre signature. Celui dont les courbes paraboliques retombent entre la défense et le gardien et gavent depuis de longues années les bilans statistiques de Sergio Agüero ou Raheem Sterling.

En une carte, réalisée par le compte Twitter de l'analyste du FF Viborg Marius Fischer, on constate sans peine que le terrain de chasse est propice aux flèches décochées par le pied droit chirurgical de KDB.

La carte des passes décisives de Kevin De Bruyne sous le maillot de City, avec une préférence marquée pour les ballons envoyés depuis le flanc droit, Twitter @gegenpressing91
La carte des passes décisives de Kevin De Bruyne sous le maillot de City, avec une préférence marquée pour les ballons envoyés depuis le flanc droit © Twitter @gegenpressing91

La faille sera-t-elle exploitée par Roberto Martinez dès le tableau noir? Secondé par une armée d'analystes qui sillonnent les quatre coins de l'Europe depuis le début du tournoi en quête d'informations sur les adversaires potentiels, le Catalan aurait l'avantage de ne pas devoir adapter démesurément son plan initial pour installer De Bruyne dans sa zone de confort. Quand le 3-4-2-1 est revêtu par les Diables face à un adversaire de haut rang, King Kev prend plutôt place dans le half-space offensif droit, avec une liberté de déplacement permise par un duo de milieux qui garantit l'équilibre derrière lui.

Probablement flanqué d'un Thomas Meunier capable de fixer le latéral adverse très haut sur son flanc droit, KDB aurait alors le loisir de trouver de l'air entre les lignes, hors de portée du milieu portugais et dans le dos de l'ailier gauche lusitanien. Restera alors à faire parler la magie. Celle qui peut transformer Thorgan Hazard en Robin Gosens.

Par Guillaume Gautier

Forteresse presque imprenable lors de la phase finale de l'EURO 2016, désormais armée d'une charnière centrale où le vétéran toujours bien en jambes Pepe est épaulé par un Ruben Dias auréolé de son statut de meilleur joueur de Premier League, la Seleção a des airs de coffre-fort. Pourtant, Rui Patricio est allé rechercher le ballon à six reprises au fond de ses propres filets lors des 180 dernières minutes portugaises de la phase de poules. Avec un dénominateur souvent commun.Si les déplacements défensifs de Nelson Semedo sont pointés du doigt, surtout depuis cette rencontre face à l'Allemagne où le latéral de Wolverhampton semblait presque servir de sparring-partner à Robin Gosens, la source des faiblesses défensives portugaises est peut-être plutôt située à l'autre bout du terrain. Grâce à son excellente occupation des cinq couloirs offensifs (l'axe, les deux flancs et les deux zones intermédiaires, dites half-spaces) face à une défense à quatre, la Mannschaft est ainsi parvenue à libérer en position de centre à plus d'une reprise un Joshua Kimmich pourtant bien incapable de faire des différences individuelles, comme le prouve son unique dribble réussi en quatre tentatives depuis le début de l'EURO.Jamais Fernando Santos n'a véritablement résolu ce problème, que ce soit en envisageant de passer à une défense à cinq ou en faisant revenir ses ailiers assez bas pour permettre à ses latéraux de se concentrer sur les joueurs disposés entre les lignes sans abandonner ceux qui animent les couloirs. Si elle s'est principalement finalisée à droite, la faiblesse est pourtant partie de l'aile gauche, occupée alternativement par Diogo Jota ou Cristiano Ronaldo en perte de balle.Contrairement à Bernardo Silva, capable de défendre quand l'action se passe sur son flanc, les buteurs de Liverpool et de la Juventus ont rarement épaulé Raphael Guerreiro, souvent abandonné dans des situations difficiles où ses limites défensives - il évolue de préférence comme milieu de terrain - sont plus exposées. Le couloir droit est donc l'une des zones les plus indiquées pour faire souffrir les Portugais sur attaque placée. Après Kimmich, c'est ainsi Paul Pogba qui s'y est aventuré, de plus loin, pour offrir le deuxième but français à Karim Benzema au retour des vestiaires à Budapest.Les Belges pourront-ils s'engouffrer dans cette brèche? La zone fébrile en question est en tout cas l'une des parcelles de prédilection d'un certain Kevin De Bruyne, qui aime s'y libérer sur les pelouses de Premier League en se présentant en soutien de son ailier pour ensuite délivrer son centre signature. Celui dont les courbes paraboliques retombent entre la défense et le gardien et gavent depuis de longues années les bilans statistiques de Sergio Agüero ou Raheem Sterling. En une carte, réalisée par le compte Twitter de l'analyste du FF Viborg Marius Fischer, on constate sans peine que le terrain de chasse est propice aux flèches décochées par le pied droit chirurgical de KDB.La faille sera-t-elle exploitée par Roberto Martinez dès le tableau noir? Secondé par une armée d'analystes qui sillonnent les quatre coins de l'Europe depuis le début du tournoi en quête d'informations sur les adversaires potentiels, le Catalan aurait l'avantage de ne pas devoir adapter démesurément son plan initial pour installer De Bruyne dans sa zone de confort. Quand le 3-4-2-1 est revêtu par les Diables face à un adversaire de haut rang, King Kev prend plutôt place dans le half-space offensif droit, avec une liberté de déplacement permise par un duo de milieux qui garantit l'équilibre derrière lui. Probablement flanqué d'un Thomas Meunier capable de fixer le latéral adverse très haut sur son flanc droit, KDB aurait alors le loisir de trouver de l'air entre les lignes, hors de portée du milieu portugais et dans le dos de l'ailier gauche lusitanien. Restera alors à faire parler la magie. Celle qui peut transformer Thorgan Hazard en Robin Gosens.Par Guillaume Gautier