Le sprint final est haletant. Dans les derniers instants d'un match que le Standard a oublié de gagner, par la faute d'un Renaud Emond imprécis et d'un Nicolas Penneteau des grands soirs, Charleroi frappe trois fois sans jamais mettre Liège au tapis. Adama Niane, Massimo Bruno et Ali Gholizadeh ont la victoire au bout du pied. Des noms qui résonnent comme les échos d'un nouveau Sporting.
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Le sprint final est haletant. Dans les derniers instants d'un match que le Standard a oublié de gagner, par la faute d'un Renaud Emond imprécis et d'un Nicolas Penneteau des grands soirs, Charleroi frappe trois fois sans jamais mettre Liège au tapis. Adama Niane, Massimo Bruno et Ali Gholizadeh ont la victoire au bout du pied. Des noms qui résonnent comme les échos d'un nouveau Sporting. Autour d'eux, Jérémy Perbet et Victor Osimhen ont également foulé la pelouse, sans se montrer très inspirés dans les seize mètres adverses. Dans le secteur offensif zébré, seul Cristian Benavente fait figure d'habitué. À l'exception du Péruvien, toute la force de frappe carolo est flambant neuve. Charleroi quitte Sclessin avec un peu d'amertume, mais surtout avec le sourire de celui qui retrouve un futur ensoleillé après avoir vaincu l'orage. À nouveau chambré par les tribunes liégeoises, sur l'air d'un chant que les supporters de Marseille avaient concocté en hommage au président de Lyon Jean-Michel Aulas, Mehdi Bayat ne sombre pas dans la mauvaise humeur. L'administrateur-délégué du Sporting accueille ce " folklore " rouche avec la satisfaction de celui qui a réussi à replacer son club sur la carte du pays, et à lui donner une image suffisamment importante pour qu'elle puisse être détestée par le rival wallon. L'homme fort des Zèbres était bien plus amer trois semaines plus tôt, quand ses propres tribunes avaient difficilement digéré la défaite face à Courtrai (la troisième en autant de sorties à domicile), quelques jours après la vente de Kaveh Rezaei qui avait laissé le seul Jérémy Perbet comme attaquant au sein du noyau. Confronté à une équipe mal déconstruite, orpheline de concurrence - voire de joueurs - à certains postes capitaux du dispositif de son entraîneur, Mehdi Bayat a prôné la patience. Leader incontestable du championnat sur le plan de la communication, l'administrateur-délégué s'est multiplié devant les médias pour expliquer les plans d'une dernière semaine de mercato chargée. Six jours et cinq transferts plus tard, Charleroi concluait sa mue. La victoire face à Mouscron, acquise à la fraîcheur plutôt qu'au tableau noir, permettait d'entamer la trêve internationale avec une bouteille d'oxygène posée dans le vestiaire. La reconstruction, spécialité maintes fois éprouvée de Felice Mazzù, pouvait commencer. " Il faut toujours construire à partir de l'arrière ", expliquait le coach des Zèbres en début de saison dernière. Pour établir des fondations solides, Mazzù a salué avec le sourire le retour de Nicolas Penneteau. Durant la préparation, le staff carolo a craint le pire pour son vétéran français, gêné par une douleur au dos pour laquelle l'équipe médicale n'osait se risquer au jeu des pronostics. Les sorties peu rassurantes de Parfait Mandanda, dont le manque de maîtrise contaminait la défense et faisait frémir le banc, ont même amené Mehdi Bayat à attirer Rémy Riou, sur une voie de garage en Turquie. L'ancien de Nantes n'a rien eu à se reprocher pour ses apparitions zébrées, mais le charisme et l'intelligence tactique de Penneteau manquaient cruellement à une défense qui cherchait ses repères en même temps que sa confiance. Face à un Standard encore à la recherche de son efficacité offensive, l'arrière-garde zébrée a conservé ses filets inviolés pour la première fois cette saison. Presque une curiosité, quand on sait que la solidité défensive a longtemps été la marque de fabrique des hommes de Mazzù. Le technicien carolo avait reconduit la défense victorieuse de Mouscron, fidèle à sa fameuse cohérence, malgré l'insistance de certains pour que Gabriele Angella prenne la place de Javier Martos, capitaine qui semble sur le déclin depuis plusieurs mois. Impressionnant de culture tactique et monstre physique, l'Italien impressionne aux entraînements, et pourrait bientôt envoyer sur le banc l'un des indéboulonnables historiques du onze du Pays Noir. Bien regroupé dans l'axe, où le Standard de Michel Preud'homme aime accumuler des joueurs en laissant les couloirs libres pour les arrières latéraux, Charleroi a fait le pari d'offrir un peu plus de liberté à Luis Pedro Cavanda et Collins Fai, considérant que la qualité de leurs centres n'était pas suffisante pour mettre régulièrement en danger la défense zébrée dans sa surface. Les Carolos ont commencé à souffrir quand Mehdi Carcela a déserté l'axe pour étirer le terrain en direction du flanc droit. Le Marocain a multiplié les un-contre-un face à Nurio. Le Portugais a plié, mais pas rompu. Une belle victoire pour le jeune latéral et pour le staff, qui multiplie depuis plusieurs semaines les découpages vidéo et les schémas pour faire comprendre à son gaucher les rouages indispensables pour remplir le rôle défensif d'un arrière latéral. Les couloirs étaient occupés la saison dernière par Amara Baby et Dodi Lukebakio, jusqu'à ce que Mamadou Fall s'installe à droite suite au départ de l'ancien Anderlechtois pour Watford. En manque de solutions sur les ailes, là où son système prend généralement son sens pour lancer les offensives, Felice Mazzù a bricolé au cours d'une année 2018 difficile, rythmée par les envies de départ de Baby et les limites footballistiques de Fall. Pour entamer le mois de septembre, le coach des Zèbres déborde désormais de solutions. Si David Henen, encore à la recherche de sa meilleure forme, n'entre pas encore en ligne de compte, les arrivées d' Ali Gholizadeh et de Massimo Bruno ont fait décoller la qualité sur les ailes zébrées. La venue d' Eric Ocansey aurait pu augmenter la concurrence, mais l'ailier d'Eupen a fait volte-face en dernière minute tandis que Mamadou Fall rejoignait le Kehrweg. Contre Mouscron puis à Sclessin, c'est donc Cristian Benavente qui s'est installé sur un flanc. Moins à l'aise que dans l'axe, le Péruvien, pas assez décisif en début de saison, a forcément vu le 4-4-1-1 bâti autour de son profil céder sa place à un 4-4-2 au sein duquel il doit évoluer dans un registre qui lui correspond moins. La vivacité et l'audace de Bruno, tout comme les qualités techniques impressionnantes de Gholizadeh, offrent de nouvelles perspectives à Mazzù pour construire son animation offensive. Une animation qui pourrait rapidement se passer de Jérémy Perbet, noyé dans le triangle des Bermudes composé par Laifis, Luyindama et Cimirot. Lors de la théorie, le staff carolo avait pourtant insisté sur les nombreuses erreurs hebdomadaires du colosse congolais, comme pour démythifier un joueur aux interventions toujours impressionnantes mais parfois trop improvisées. Une association entre Niane et Osimhen, également soufflée avec insistance à l'oreille de Mazzù ces derniers jours, aurait peut-être mis en difficulté plus fréquemment l'arrière-garde liégeoise. Mais là encore, la cohérence et la gestion de groupe du coach carolo ont pris le dessus. En ayant affiché ses limites, Perbet a peut-être invité le staff à redéfinir son rôle, pour son troisième passage au Sporting : un ouvre-boîte qui doit vivre à proximité des seize mètres adverses, utile quand Charleroi a le ballon et doit déverrouiller le marquoir, mais presque invisible dans une situation semblable à celle que les Zèbres ont rencontrée à Sclessin. Malgré ses efforts pour se maintenir en bonne forme physique, notamment via un travail individuel, l'ancien Taureau d'or ne peut rivaliser avec Niane et Osimhen à l'heure de multiplier les longues courses que Felice Mazzù demande souvent à ses attaquants. Dans ce domaine, Adama Niane n'a pas tardé à faire l'unanimité. Débarqué avec un titre de meilleur buteur de Ligue 2 dans les valises, et rapidement installé parmi les ambianceurs du vestiaire, le Malien présente un profil fait de courses verticales, de justesse dos au but et d'intelligence de déplacements qui a tout pour plaire à son entraîneur. Deux matches ont suffi pour que l'ancien joueur de Troyes fasse déjà figure d'incontournable dans le onze carolo. À Sclessin, il a été l'un des meilleurs Carolos, au même titre que Penneteau, Cristophe Diandy (garant de l'équilibre devant la défense et impressionnant dans les duels) et Marco Ilaimaharitra. Le Malgache, arrivé voici un an pour remplacer Damien Marcq, est indéniablement l'homme fort du début de saison au Mambour. Milieu de terrain moderne, très dynamique et puissant tout en présentant une grande qualité technique, " Marco " reste discret à l'échelle nationale. La faute, notamment, à une personnalité qui n'aime pas se vendre dans les médias, par peur du retour de manivelle en cas de contre-performance quelques jours après l'une ou l'autre déclaration. Une expérience qu'il a déjà connue lors de son passage à Sochaux, et qu'il veut éviter de reproduire dans le Pays Noir. Malgré tout, le Zèbre a tapé dans l'oeil de certains ténors du championnat. " S'il avait été belge, il se serait vendu dans un grand club à trois ou quatre millions cet été ", explique-t-on au sein d'un club du G5. Toujours bloqué en deuxième partie de tableau, avec un bilan chiffré indigne de ses ambitions, le Sporting carolo a véritablement entamé son nouveau cycle à Sclessin. Le tout avec un 0-0 devenu presque classique lors des affrontements entre les deux clubs wallons en Pro League. Depuis sa première visite en bord de Meuse, où ses Zèbres avaient marqué deux fois, Felice Mazzù n'a plus pu fêter un but des siens à Liège. Il y a cru, sans doute, quand Massimo Bruno s'est retrouvé seul face à Guillermo Ochoa, suite à un caviar d'Ilaimaharitra. Partie remise. Encore. Rendez-vous au printemps ? La course aux play-offs 1 des Carolos a enfin commencé. Avec quelques longueurs de retard...