Ce matin-là, un manteau blanc rend impossible la pratique du football. De Lierre à Tubize, en passant par Saint-Gilles. Initialement prévu dans la province d'Anvers, l'entraînement matinal de l'Union aura donc lieu sous bulle, dans les installations fédérales de Tubize. Ce jeudi matin, il n'y a sans doute en Belgique pas meilleur endroit pour tâter le cuir. Pas meilleur spot non plus pour échanger avec un entraîneur soudainement redevenu audible, après avoir éteint tout suspense à mi-parcours en D1B. Le retour du soleil, en plein hiver, pour un coach fier d'être sorti tout seul du placard.
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Ce matin-là, un manteau blanc rend impossible la pratique du football. De Lierre à Tubize, en passant par Saint-Gilles. Initialement prévu dans la province d'Anvers, l'entraînement matinal de l'Union aura donc lieu sous bulle, dans les installations fédérales de Tubize. Ce jeudi matin, il n'y a sans doute en Belgique pas meilleur endroit pour tâter le cuir. Pas meilleur spot non plus pour échanger avec un entraîneur soudainement redevenu audible, après avoir éteint tout suspense à mi-parcours en D1B. Le retour du soleil, en plein hiver, pour un coach fier d'être sorti tout seul du placard. Felice, il fait froid, il neige, vous allez devoir vous entraîner dans une bulle où il fait encore plus froid qu'en extérieur, mais on te retrouve souriant, pétillant même. C'est la satisfaction d'avoir l'impression d'être de nouveau à ta meilleure place, sur le banc d'une équipe ambitieuse? FELICE MAZZÙ: J'ai retrouvé avec l'Union un club familial, un club avec une histoire. Peut-être que j'avais besoin de ça pour me ressentir bien dans le milieu du foot. Quand une situation comme ce qu'il m'est arrivé l'an dernier avec mon limogeage de Genk vous arrive pour la première fois en vingt ans, vous apprenez d'abord à la vivre. Donc j'ai d'abord eu besoin de deux, trois mois pour déconnecter complètement. Et puis, quand l'Union est venue, j'ai accepté de replonger. Et très vite, ici, j'ai retrouvé le plaisir. Ce que j'avais perdu à Genk, où j'étais déçu et frustré. Tout le monde se plaint, dans toutes les langues et dans tous les championnats, que le rythme est effréné, mais vous, avec l'Union, vous sortez d'une trêve d'un mois. Est-ce que l'inconvénient d'une si longue pause, ce n'est pas aussi qu'on en profite pour déjà tirer des conclusions. Et qu'à ce stade-ci, tout le monde vous voit déjà champions... MAZZÙ: On a arrêté le 20 décembre, on a repris les entraînements le 4 janvier et on reprend le championnat le 23, donc oui, c'est long. Et ça a forcément généré des moments de relâchement dans les esprits, tant les objectifs paraissaient très loin à un moment donné. Mais on savait qu'avec un championnat à huit équipes, notre saison ne serait pas très rythmée. La preuve, c'est qu'aujourd'hui, il nous reste treize matches. C'est peu, c'est très peu. Et le mauvais côté de la situation qui en découle, c'est qu'en effet, certains parlent déjà de titre. J'en ai déjà beaucoup discuté avec mes joueurs. Pour qu'on soit d'autant plus attentifs à tout ce qu'il se dit autour de nous. Nos neuf points d'avance, c'est bien, mais ça ne veut rien dire en football. Trois victoires, trois défaites, ça peut nous arriver demain. Ce sera donc à nous d'avoir cette bonne gestion mentale pour faire en sorte de rester maîtres de notre sort jusqu'au bout. C'est encore ce que je leur ai dit hier, après le match contre Genk ( 4-4, en amical mercredi dernier, après que l'Union a mené 1-4, ndlr). C'est la preuve qu'on n'était pas encore prêts à ce moment précis, que les joueurs n'étaient pas encore dedans. Et ça, c'est très embêtant, parce que notre valeur depuis le début de saison, c'est le travail. Si on perd ça, on perd tout. Je n'étais pas content et je leur ai fait savoir. Comme à Genk au début de la saison précédente, tu vas entamer l'année 2021 avec le statut d'équipe à abattre. Ça change quoi concrètement dans la préparation d'un match de ne pas être l'outsider? MAZZÙ: Ça joue beaucoup sur l'aspect mental. C'est une mise en situation. En début de saison, Westerlo clamait qu'il voulait être champion, comme nous. À Seraing, par contre, l'appétit est venu en mangeant. Mais aujourd'hui, ils sont comme nous, ils le veulent, ce titre. Ce discours-là, c'est celui que je tiens à mes joueurs. Leur dire que c'est à nous de continuer de prouver qu'il n'y a pas de place pour d'autres que nous tout en haut de ce classement. Dans l'optique d'une montée, qu'est-ce le partenariat avec un club comme Brighton a comme impact concret sur la vie du club au quotidien? MAZZÙ: Le seul impact, c'est qu'il y a de la sécurité au niveau de l'ambition. C'est la troisième année que les Anglais sont là et c'est la troisième année qu'ils mettent des budgets assez conséquents par rapport à la D1B. Mais attention, il ne faut pas croire qu'ils font des folies non plus. Ce n'est pas différent de Lommel ou Westerlo. Ce qui est intéressant, c'est qu'indépendamment de l'aspect financier, il y a une certitude de vouloir bien faire. Et que le club ne lâchera pas tant qu'il ne sera pas arrivé à son objectif. C'est très sécurisant de travailler dans un contexte comme celui-là. Très intéressant pour un coach de se dire qu'en plein mercato, tu n'as pas à avoir peur de perdre tes meilleurs éléments. Pour le reste, on a un directeur technique anglophone et des réunions régulières, par visioconférence, avec Brighton pour prendre les grosses décisions. C'est ça, l'impact concret sur notre quotidien. À t'entendre, et sachant aussi que le club s'entraîne à Lierre, que tous les joueurs ou presque vivent dans la province d'Anvers, il ne reste quand même plus grand-chose de ce petit club familial dont tu nous parlais... MAZZÙ: C'est un état d'esprit qui se ressent dans le relationnel. Après, évidemment que grâce à Brighton, on bénéficie d'un impact structurel important, grâce notamment à ce centre d'entraînement extraordinaire au Lierse. C'est phénoménal de travailler dans des conditions comme celles-là, j'en suis conscient. Mais ce n'est pas parce qu'un club est hyper professionnel qu'il ne peut pas être dans le même temps hyper familial. Et l'inverse est aussi vrai, d'ailleurs. C'était le cas à Charleroi, par exemple. Là-bas, tu dois faire vingt minutes de car pour aller t'entraîner à Marcinelle. Mais ce n'est pas ça qui fait que tout n'est pas hyper pro à Charleroi. L'avantage des clubs bien structurés, c'est qu'on dit d'eux qu'ils ont parfois un ou deux temps d'avance sur la concurrence. Notamment en termes de recrutement. C'est sans doute tabou d'en parler déjà maintenant, mais est-ce que le club planche déjà sur un potentiel recrutement estival dans l'optique d'une accession à la D1A? MAZZÙ: Non, pas du tout. Tant que le travail n'est pas terminé, moi je ne m'occupe pas de l'avenir. Après, on sait que nos dirigeants, ici à l'Union, ce sont des gens qui ont fait fortune dans les statistiques sportives à tous les niveaux. Et on sait aussi qu'à partir de là, la direction travaille à l'anglaise, avec une structure de recrutement statistique, fondée sur des bases de données analytiques importantes. Bien évidemment, ils se projettent déjà dans le futur. Avec des plans A, des plans B, mais moi, je veux montrer du respect à mon groupe et il n'est pas question à ce stade de créer des interférences qui pourraient nous nuire. Tu refuses de te projeter, mais c'est évident que de voir comment se comporte le Beerschot d'Hernán Losada cette saison, avec une équipe quasiment inchangée par rapport à l'an dernier en D1B, ça doit te donner des idées. Même chose d'ailleurs pour OHL, même si le coach a changé entre-temps... MAZZÙ: C'est la preuve que tant Hernán Losada que Marc Brys sont de supers entraîneurs. Et que si la D1B a été et est encore décriée, ces deux équipes-là prouvent qu'il serait peut-être temps de tenir compte du nombre de joueurs de qualité qui évoluent à ce niveau pour en faire un vrai championnat. Et que le modèle ferait donc aussi peut-être bien d'être repensé. Parce qu'en termes de mise en avant du produit, la D1B est très en dessous de ce qu'elle mérite. Se retrouver à huit équipes, avec l'une d'elles qui ne peut ni jouer la montée ni la descente, c'est de l'expérimentation pure et dure et c'est dommage pour la série. Ça fausse tout, comme le fait de ne pas avoir de VAR, par exemple. Le vrai problème, c'est que ça dévalorise un championnat qui mérite mieux que la formule actuelle. Beaucoup mieux. Personnellement, retrouver la D1A dès l'an prochain, ce serait malgré tout une petite revanche personnelle? MAZZÙ: Je n'ai pas envie de dire que ce serait une revanche, encore moins un aboutissement personnel. La seule chose, c'est que par rapport à ce qu'il s'est passé à Genk, c'est la meilleure des manières de retrouver la D1A. À savoir, pouvoir remontrer avec son club. Pour qu'on dise de moi que j'ai retrouvé la D1A à force de travail. Sans qu'on m'offre une place au chaud. De toute façon, je n'ai pas l'habitude que ce soit le cas. J'ai été limogé une fois en vingt ans et je me suis retrouvé sur la touche. D'autres accumulent les échecs, mais finissent toujours par retrouver une place. C'est ainsi, le crédit qu'on porte à l'un n'est pas celui qu'on porte à l'autre. C'est une question de perception. Et je constate que celle qu'on a longtemps eue de moi n'était visiblement pas la bonne. Cette perception, tu penses que c'est le rendu médiatique qui la forge? MAZZÙ: Oui, clairement. Et ce n'est pas contre vous. Ce n'est même pas une critique. Mais c'est le public, les réseaux sociaux, les médias qui génèrent cette perception. On n'y peut pas grand-chose, nous. Au moment de ma période à Genk, j'ai bien vu qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas. Mais bon, c'est ainsi. À mon âge, ce qui compte, c'est d'avoir retrouvé la passion, l'envie. Le reste... Tu parlais plus tôt de l'amical organisé contre Genk. C'est donc que les relations sont restées cordiales avec la direction limbourgeoise? MAZZÙ: Il n'y a pas à avoir de bonnes ou mauvaises relations. C'est le foot, c'est la vie. J'étais dans un projet, ça n'a pas marché. Les gens qui ont pris leur décision à l'époque avaient leurs raisons, il faut l'accepter. À partir de là, il n'y a pas de rancoeur à avoir, je connaissais les règles du jeu avant de commencer. C'est comme moi avec mes joueurs quand je dessine mon onze. Certains sont sur le banc, ils sont déçus, d'autres sur le terrain, ils sont contents. Ce sont des choix et ils seront toujours assez subjectifs finalement. Paul Onuachu, troisième du Soulier d'Or, ça te surprend? MAZZÙ: Non, pas du tout. Pour moi, un joueur comme lui ou Theo Bongonda aurait même pu monter sur la première marche du podium. C'était d'ailleurs mon choix très personnel et la preuve que je ne suis pas rancunier. Paul, je l'ai eu, il venait d'arriver. Il avait déjà les mêmes qualités qu'aujourd'hui, mais moi, j'avais Aly Samatta qui était le titulaire indiscutable devant et un nombre conséquent de joueurs dans ma ligne médiane. Tout ça faisait que c'était compliqué de l'intégrer tout de suite. Il a joué, il a été bon, mais il ne s'exprimait pas encore aussi bien qu'il le fait pour le moment. Aujourd'hui, je suis certain qu'il va finir meilleur buteur du championnat. Parce qu'un joueur comme ça, aussi atypique et avec le gabarit qu'il a, si tu acceptes d'adapter ton système en fonction de ses qualités, il peut te rendre meilleure toute une équipe. Ce que Genk fait très bien aujourd'hui avec la percussion d'ailiers comme Ito et Bongonda, qui amènent beaucoup de danger par leurs centres. Justement, comment expliquer une telle différence entre le Theo Bongonda actuel, qui marche sur l'eau, et celui de la saison dernière, qui ne pesait pas autant sur le jeu limbourgeois? MAZZÙ: Bongonda, il est arrivé et il a été blessé pendant trois mois. Un joueur qui reste à l'arrêt si longtemps, il lui faut la même période pour retrouver son meilleur niveau. Donc Bongonda, trois plus trois, ça fait six, c'est la période pendant laquelle j'étais à Genk. Malheureusement pour moi. Et puis, c'est vrai qu'après, ça a encore mis un peu de temps. Mais actuellement, c'est certainement l'un des meilleurs joueurs du championnat, parce qu'il a de la percussion, du feeling, de la vitesse. Après, c'est un joueur avec un profil mental atypique. S'il est performant maintenant, c'est que son entraîneur a trouvé la bonne manière de le prendre. Intégrer un joueur au gabarit atypique, concerner un autre peut-être plus instable émotionnellement, c'est la partie du job qui te plaît le plus? MAZZÙ: C'est une des parties du job. Les joueurs ne sont pas des robots ni des objets. Ce que j'ai toujours essayé de faire, c'est de mixer le côté humain à la discipline. Et à partir de là, travailler sur une philosophie de jeu. Parce que pour que les joueurs s'y intéressent, tu dois d'abord être parvenu à les concerner. Faire en sorte de les avoir avec toi. Oui, c'est une partie du job assez prenante. À entendre ce qui a pu se dire de toi ces derniers mois dans la bouche de certains de tes anciens joueurs du côté de Charleroi, ça ne semblait plus être le cas à la fin de ton aventure là-bas. Ça t'a fait mal d'entendre certaines critiques? MAZZÙ: Je pense que tout le monde avait besoin de quelque chose de nouveau. Et dans le football, le passé ne compte pas. Ou du moins certains l'oublient très vite et ne voient que le présent et le futur proche. Je peux comprendre le raisonnement, mais ça n'empêche pas que par rapport à l'attitude et à la relation que j'ai toujours eues avec mes joueurs à Charleroi, il y a des choses que j'ai entendues de la part de quelques-uns qui ne m'ont pas toujours fait plaisir. Par moment, j'aurais mieux fait de me boucher les oreilles. Ce n'est pas facile à accepter, mais c'est le monde du foot. Reste que, et c'était le cas lors du premier coup de moins bien de la saison carolo cet automne, on a l'impression que dès que le club traversera une période de secousses, ton nom continuera de revenir inlassablement dans la bouche des observateurs qui suivent le club. Comme si tu étais lié à vie à ce club? MAZZÙ: Charleroi, ce n'est pas que mon club, c'est beaucoup plus que ça. C'est ma ville. C'est la région de mon papa, c'est mon enfance. Je n'y associerai toujours que du positif. Après, qu'on ait cité mon nom dans la salle de presse, ça ne m'apporte rien de spécial. D'abord parce que je pense que Karim ( Belhocine, ndlr) fait un boulot extraordinaire depuis presque deux saisons, ensuite parce que c'est derrière moi aujourd'hui. Ce qui n'empêche pas que si un jour Charleroi devait rouvrir ses portes pour moi, c'est sûr qu'émotionnellement, ce serait quelque chose de fantastique.