"J'évolue bien, dans un autre rôle qu'en 6", affirme Ruud Vormer (32 ans). "J'ai gagné des titres, une Coupe, le Soulier d'Or. J'ai progressé physiquement et mentalement. Je n'ai jamais manqué d'assurance. L'expérience et la succession des matches m'ont appris à doser mes efforts. Le football est un business. Le brassard ne m'a pas changé.
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"J'évolue bien, dans un autre rôle qu'en 6", affirme Ruud Vormer (32 ans). "J'ai gagné des titres, une Coupe, le Soulier d'Or. J'ai progressé physiquement et mentalement. Je n'ai jamais manqué d'assurance. L'expérience et la succession des matches m'ont appris à doser mes efforts. Le football est un business. Le brassard ne m'a pas changé. Je suis toujours le premier arrivé, le matin, avec Brandon Mechele et Simon Mignolet. Nous devons arriver à 8h55. Je conduis les enfants à l'école avant. La ponctualité est importante. Depuis cette saison, nous nous échauffons tous ensemble. Je me livre toujours à fond à l'entraînement. Je ne peux pas me contenter de 70%. Les performers, qui jouent pour le public et accordent moins d'importance à l'entraînement, souffrent plus de l'absence des supporters, même si j'ai aussi besoin d'eux. J'adore les entendre scander mon nom quand je botte un corner. Je pose moins de questions qu'avant, mais je veux quand même savoir ce qu'il se trame, pourquoi nous faisons ceci ou cela. Je veux participer à la réflexion. Même si c'est moins fréquent qu'avant, l'entraîneur me surprend parfois et je me dis: Bien vu. Nous ne changeons pas de système, mais de toute façon, ça concerne surtout les ailiers. Hans Vanaken et moi nous trouvons les yeux fermés. Hans sait exactement où je vais envoyer le ballon, comme je sais où il va surgir. Je m'occupe des coups francs, mais la plupart de mes assists proviennent d'actions en course, car elles sont plus difficiles à parer. Hans est la tête, je suis le coeur." La construction du jeu s'opère surtout de la droite, depuis deux ans, ce qui a un impact sur son jeu. "Je marque moins. Anthony Limbombe m'adressait des passes fantastiques. Je n'avais plus qu'à me démarquer, comme Hans avec moi maintenant. À droite, il y a Clinton Mata et Krepin Diatta. Je suis donc moins impliqué dans les actions du rectangle. Peu importe. J'ai travaillé ma technique de frappe pendant des heures avec mon père, jadis, après l'école. J'en suis récompensé et je ne peux que conseiller aux jeunes de s'exercer toujours plus! Par la suite, Ronald Koeman a perfectionné mon coup franc. Je prenais un long élan, mais Koeman m'a appris à rester plus près du ballon, pour mieux contrôler mon corps et exercer plus de force sur le ballon. Ça s'entraîne." Il accepte la critique. "Hum... Ça dépend de qui elle vient. Mon père connaît le contexte, mes tâches. Les critiques de la presse font partie du jeu. Même si on s'entraîne à fond, on ne peut pas toujours être à 100%. L'équipe évolue bien en Europe. Nous étions mécontents du 1-1 contre la Lazio, alors qu'il y a deux ou trois ans, nous aurions fait la fête dans le vestiaire. Nous commettons quand même des faux-pas. Contre Manchester United, le PSG, les grands clubs. Je suis donc curieux de voir ce que nous allons faire contre Dortmund. Mais prenez Tottenham: on peut réussir quelque chose avec de l'agressivité, de l'impact. On ne donnait aucune chance à l'Antwerp non plus. Les Londoniens ont peut-être fait preuve de nonchalance. Ça nous arrive aussi, alors qu'on devient champion en gagnant ces matches-là". Vormer soigne son corps. "Chaque jour. Repos et entraînement. En vacances, au bout de deux jours, je vais courir. J'en ai besoin. Je cours avec le chien sur la plage, je fais du vélo avec les enfants. Je m'ennuie à la maison. Heureusement, j'avais un tapis roulant pendant la première phase de la pandémie. Je m'entretiens, même si je m'accorde un morceau de tarte, après un match, en famille. Il faut se gâter, même si c'est difficile avec le rythme actuel. Non qu'il me pèse, tant que je suis en forme. Je n'ai jamais peur du résultat des tests. J'évite les contacts. Je ne passe pas mon temps à faire la leçon, mais si quelqu'un est trop près de moi, je lui fais une remarque. Je comprends que les personnes âgées, comme ma mère, aient très peur de ce virus, ceci dit." Vormer est parfois victime de la rotation. "Je n'aime pas ça. Je comprends l'entraîneur, mais je ne suis pas fatigué et je veux garder mon rythme. Les 25 joueurs du noyau veulent se montrer, c'est normal mais ce n'est pas marrant." Pourrait-il encore donner un coup de pied à un bidon, comme il l'avait fait quand Ivan Leko l'avait remplacé? "On a exagéré les faits. Nous jouions contre Gand et nous faisions match nul. J'aurais mieux fait d'en parler au coach après, mais j'avais tellement envie de gagner... On a dit que nous ne nous supportions pas. C'est faux: nous sommes toujours en contact. D'ailleurs, je ne suis pas un joueur difficile." Vormer a trois enfants. Il n'est pas un père sévère. "Mon épouse Roos est plus stricte. Si les enfants veulent une friandise, je la leur donne alors que Roos va dire non, car on va bientôt dîner. J'essaie d'entreprendre des activités amusantes avec eux. Je m'en veux d'aller faire la sieste en rentrant de l'entraînement. Mon fils comprend que je ne peux pas toujours jouer avec lui, mais pas mes filles, elles sont trop petites. Roos me console: dans quelques années, je serai constamment disponible." Le plus jeune de ses enfants souffre d'un problème immunitaire. "Il va mieux depuis qu'il prend des antibiotiques, mais je me tracasse beaucoup. Les deux autres, âgés de quatre et huit ans, vont bien. Je voulais en rester à deux enfants, mais Roos m'a un peu poussé. J'ai une soeur, elle vient d'une famille de quatre. Trois, c'est un beau chiffre. La maison est animée, avec trois enfants et un chien." La nuit, c'est Roos qui se lève. "Je trouve que c'est plutôt le rôle de la mère et si je dois m'entraîner le lendemain... "Il poursuit: "Mon fils peut devenir footballeur, mais à condition de tout mettre en oeuvre pour réussir. Mon père était sévère aussi. Si d'ici cinq ans je constate que Valente a du talent, je serai strict. Sinon, je préfère qu'il s'amuse, mais en s'appliquant. Je comprends mieux les parents qui s'énervent le long de la ligne, maintenant. Je sais qu'ils stressent leur gosse, mais ils veulent qu'il réussisse. En voiture, je lui demande souvent ce qu'il pense de son match. Mon père le faisait et ça a un impact. Valente joue à Knokke, en U10. Pas au Club, il n'est pas encore assez bon. Reste à voir ce que ça donnera à quinze ou seize ans, quand ses copains sortiront, qu'il s'intéressera aux filles. Mon père m'autorisait à sortir, mais seulement quand il n'y avait pas football." Hoorn by night n'était pas non plus un paradis. Vormer rigole. "Non, il n'y avait pas grand-chose à faire. Les autres allaient à Amsterdam. J'étais tellement obsédé par l'ambition de passer pro que ça ne me perturbait pas." Est-il un bon mari? "Il faut poser la question à Roos. Je pense que oui, même si je suis parfois difficile, surtout après un match, même si j'ai appris à relativiser, avec l'âge. Encore que... Je veux gagner pour moi, mais aussi pour les supporters. Le confinement n'a pas modifié notre relation. Je suis plus proche des enfants. J'ai beaucoup écouté Roos, qui travaille comme médecin-urgentiste à l'hôpital. Elle était abattue, après une journée là-bas. Tout ce que je pouvais faire, c'était l'écouter. Certains ne prennent pas le virus au sérieux, mais en l'entendant, je me dis: - Faites attention! Restez chez vous, ne faites pas la fête. Vous pourrez bientôt reprendre une vie normale. Il y a assez de gens qui souffrent comme ça. Récemment, en rentrant, elle m'a parlé d'un vieil homme qui n'avait plus d'air. C'était terrible." Il a assisté une cousine gravement malade jusqu'à son dernier souffle. "Je ne la connaissais pas très bien. Elle avait 29 ans. Je ne l'ai pas vraiment soignée. Je lui ai simplement coupé des tranches de melon. Son destin est tragique. Il faut parfois faire ce dont on a envie, profiter de la vie, quoi qu'en pensent les gens, car on ne sait pas ce qui peut arriver." Vormer s'astreint à de longues navettes pour revoir sa famille, ce qu'il n'a pu faire au printemps, les frontières étant fermées. "Trois heures aller, trois heures retour, mais ce n'est pas grave. Je mets la radio, je bois un café et je roule. J'ai toujours adoré les autos, comme mon père. Valente a chopé le microbe. J'ai une Mercedes GL du Club et une Porsche 992. La conduire me procure une immense joie. Et j'en suis fier. Faire rugir le moteur... Je me moque de ce que les gens en pensent. Vraiment! Peu m'importe aussi qu'un joueur se rende à l'entraînement en Rolls Royce ou en hélicoptère. À chacun son truc, à condition d'être performant sur le terrain." Ruud Vormer n'est pas très dépensier, mais il s'offre tout de même quelques plaisirs. "J'aime aussi bien manger. Et j'investis dans l'immobilier. J'ai un appartement à Knokke. J'en ai deux autres, neufs, à Diemen, près d'Amsterdam, et je fais construire à Nieuport. Il faut bien, en prévision de l'avenir: ce sera ma pension."