Jean-Michel Saive et Roberto Martinez se sont déjà rencontrés l'une ou l'autre fois, par exemple quand le sélectionneur avait invité des champions d'autres disciplines à partager leurs expériences, dans une ambiance informelle, avec ses Diables. En route pour une heure et demie de conversation ouverte entre deux (presque) champions du monde.

ROBERTO MARTINEZ : J'ai toujours été intrigué par les sports collectifs mais aussi par les sports individuels. Dans une discipline individuelle, tu as ton talent, ton niveau, mais ce qui fait la différence pour aller chercher une grande victoire, les 5 % en plus, ils sont dans la tête. Croire en toi, contrôler tes émotions, c'est ça qui te permet d'y arriver. C'est pour ça que j'avais invité des athlètes, je voulais qu'ils expliquent leur parcours et leur solidité mentale à mes joueurs. J'ai fait venir Jean-Michel, Nafi Thiam, les Borlée, des athlètes paralympiques. Ils avaient tous leur histoire à raconter. La façon dont Jean-Michel s'est fait tout seul pour devenir numéro 1 mondial, son trajet personnel, c'est super intéressant et ça peut aussi inspirer des footballeurs.

Et puis on dit que le foot est le plus individuel des sports collectifs ! Chaque footballeur joue un peu pour lui, pour sa carrière, pour sa gloire, quand même ?

MARTINEZ : Je ne vois pas les choses comme ça. Je vois plutôt qu'un footballeur n'est jamais tout seul. Il travaille dans sa structure. Aujourd'hui, tous les joueurs de haut niveau ont leur équipe. Un préparateur physique, un nutritionniste, quelqu'un pour gérer leurs réseaux sociaux, etc.

JEAN-MICHEL SAIVE : Je pense que dans les sports individuels, j'ai été un des premiers en Belgique à construire une équipe. Je me rendais compte que je dépensais énormément d'énergie derrière la table et la fédération ne pouvait pas m'aider parce que le monde du tennis de table n'est pas riche comme le milieu du football. Dans mon club, par exemple, ça pouvait être le président qui jouait au kiné. J'étais tout seul. Quand je suis devenu le premier joueur non chinois à gagner l'Open de Chine, il n'y avait personne avec moi sur place. J'ai compris que si je voulais continuer à progresser, je devais me faire aider. J'ai trouvé un bon médecin. Mon coach chinois était assez malin pour le laisser faire, il se focalisait sur les aspects techniques et le docteur faisait le reste. C'est lui qui me disait combien d'entraînements je devais faire, combien d'intervalles, combien de temps en préparation physique. J'ai poussé les barrières, changé les mentalités. Vers 30 ans, j'avais vraiment besoin de quelqu'un pour m'accompagner. Tout seul, tu ne peux pas être au top tout le temps. Il me fallait quelqu'un pour me pousser, pour m'aider à conserver ma motivation, pour me dire certains jours : Allez, va t'entraîner. Entre-temps, même dans le tennis de table, c'est courant qu'un joueur ait une équipe complète derrière lui.

MARTINEZ : Sur un tournoi, j'ai un groupe de 23 joueurs... et un staff de 31 personnes, 32 si je me compte. C'est nécessaire si on veut avoir une bonne approche individuelle des joueurs. Tu ne traites pas de la même façon celui qui a joué une mi-temps sur les quatre premiers matches et celui qui a tout le temps été sur le terrain. La récupération, la prévention des blessures, tout ça doit être très individualisé.

SAIVE : Et si tu ne pouvais garder qu'une personne de ton staff, tu garderais qui ?

MARTINEZ : Tout dépendrait du momentum, du stade du tournoi où on se trouve. Il y a trois aspects cruciaux dans le travail : le boulot technique et tactique, le physique, et le psychologique. En début de tournoi, tout est très technique et tactique. Puis le physique devient un élément hyper important. Et puis sur la fin, c'est le psychologique. Parce qu'à ce moment-là, tout se joue dans les têtes. Qu'est-ce qui a fait la différence entre la troisième et la quatrième place à la Coupe du Monde ? Le mental. Après une défaite en demi-finale, tu dois encore trouver la motivation et le plaisir pour jouer le match pour la médaille de bronze. Là, c'est crucial d'avoir quelqu'un qui remotive les joueurs.

Par Pierre Danvoye

Retrouvez l'intégralité de la double interview Roberto Martinez - Jean-Michel Saive dans votre Sport/Foot Magazine

Jean-Michel Saive et Roberto Martinez se sont déjà rencontrés l'une ou l'autre fois, par exemple quand le sélectionneur avait invité des champions d'autres disciplines à partager leurs expériences, dans une ambiance informelle, avec ses Diables. En route pour une heure et demie de conversation ouverte entre deux (presque) champions du monde.ROBERTO MARTINEZ : J'ai toujours été intrigué par les sports collectifs mais aussi par les sports individuels. Dans une discipline individuelle, tu as ton talent, ton niveau, mais ce qui fait la différence pour aller chercher une grande victoire, les 5 % en plus, ils sont dans la tête. Croire en toi, contrôler tes émotions, c'est ça qui te permet d'y arriver. C'est pour ça que j'avais invité des athlètes, je voulais qu'ils expliquent leur parcours et leur solidité mentale à mes joueurs. J'ai fait venir Jean-Michel, Nafi Thiam, les Borlée, des athlètes paralympiques. Ils avaient tous leur histoire à raconter. La façon dont Jean-Michel s'est fait tout seul pour devenir numéro 1 mondial, son trajet personnel, c'est super intéressant et ça peut aussi inspirer des footballeurs.Et puis on dit que le foot est le plus individuel des sports collectifs ! Chaque footballeur joue un peu pour lui, pour sa carrière, pour sa gloire, quand même ?MARTINEZ : Je ne vois pas les choses comme ça. Je vois plutôt qu'un footballeur n'est jamais tout seul. Il travaille dans sa structure. Aujourd'hui, tous les joueurs de haut niveau ont leur équipe. Un préparateur physique, un nutritionniste, quelqu'un pour gérer leurs réseaux sociaux, etc.JEAN-MICHEL SAIVE : Je pense que dans les sports individuels, j'ai été un des premiers en Belgique à construire une équipe. Je me rendais compte que je dépensais énormément d'énergie derrière la table et la fédération ne pouvait pas m'aider parce que le monde du tennis de table n'est pas riche comme le milieu du football. Dans mon club, par exemple, ça pouvait être le président qui jouait au kiné. J'étais tout seul. Quand je suis devenu le premier joueur non chinois à gagner l'Open de Chine, il n'y avait personne avec moi sur place. J'ai compris que si je voulais continuer à progresser, je devais me faire aider. J'ai trouvé un bon médecin. Mon coach chinois était assez malin pour le laisser faire, il se focalisait sur les aspects techniques et le docteur faisait le reste. C'est lui qui me disait combien d'entraînements je devais faire, combien d'intervalles, combien de temps en préparation physique. J'ai poussé les barrières, changé les mentalités. Vers 30 ans, j'avais vraiment besoin de quelqu'un pour m'accompagner. Tout seul, tu ne peux pas être au top tout le temps. Il me fallait quelqu'un pour me pousser, pour m'aider à conserver ma motivation, pour me dire certains jours : Allez, va t'entraîner. Entre-temps, même dans le tennis de table, c'est courant qu'un joueur ait une équipe complète derrière lui.MARTINEZ : Sur un tournoi, j'ai un groupe de 23 joueurs... et un staff de 31 personnes, 32 si je me compte. C'est nécessaire si on veut avoir une bonne approche individuelle des joueurs. Tu ne traites pas de la même façon celui qui a joué une mi-temps sur les quatre premiers matches et celui qui a tout le temps été sur le terrain. La récupération, la prévention des blessures, tout ça doit être très individualisé.SAIVE : Et si tu ne pouvais garder qu'une personne de ton staff, tu garderais qui ?MARTINEZ : Tout dépendrait du momentum, du stade du tournoi où on se trouve. Il y a trois aspects cruciaux dans le travail : le boulot technique et tactique, le physique, et le psychologique. En début de tournoi, tout est très technique et tactique. Puis le physique devient un élément hyper important. Et puis sur la fin, c'est le psychologique. Parce qu'à ce moment-là, tout se joue dans les têtes. Qu'est-ce qui a fait la différence entre la troisième et la quatrième place à la Coupe du Monde ? Le mental. Après une défaite en demi-finale, tu dois encore trouver la motivation et le plaisir pour jouer le match pour la médaille de bronze. Là, c'est crucial d'avoir quelqu'un qui remotive les joueurs.Par Pierre DanvoyeRetrouvez l'intégralité de la double interview Roberto Martinez - Jean-Michel Saive dans votre Sport/Foot Magazine