On est en janvier 2012. A Turgutlu, pas loin de la côte ouest turque, dans la région d'Izmir. Un tournoi international U16. Belgique - Grèce : 5-4. Trois buts de Zakaria Bakkali, les autres par Andreas Pereira et Charly Musonda Jr. Quelques semaines plus tôt, la même équipe belge a atomisé deux fois la Géorgie : 3-0 et 9-0. Lors de ce 9-0, les trois mêmes joueurs ont scoré. Mais aussi Andy Kawaya et Mathias Bossaerts. Ce team est une machine de guerre.
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On est en janvier 2012. A Turgutlu, pas loin de la côte ouest turque, dans la région d'Izmir. Un tournoi international U16. Belgique - Grèce : 5-4. Trois buts de Zakaria Bakkali, les autres par Andreas Pereira et Charly Musonda Jr. Quelques semaines plus tôt, la même équipe belge a atomisé deux fois la Géorgie : 3-0 et 9-0. Lors de ce 9-0, les trois mêmes joueurs ont scoré. Mais aussi Andy Kawaya et Mathias Bossaerts. Ce team est une machine de guerre. En début d'année 2012, Johan Boskamp est sur le plateau de la télé flamande. Les jeunes, c'est son dada. Il fait cette confidence : "Quand je termine un week-end sans avoir vu un bon match, ou quand je me sens un peu dépressif, je mets un DVD dans l'appareil. Un DVD des U16 belges. Ça me remonte le moral. Ces gars-là savent tellement bien jouer au foot. C'est pas normal. C'est la plus belle génération des 40 dernières années. C'est la plus belle équipe du monde. Là-dedans, il y en a au moins cinq ou six qui deviendront incontournables chez les Diables Rouges." On parle de la fameuse génération 96. Siebe Schrijvers en fait aussi partie. Pour Boskamp, c'est carrément le meilleur de tous. Il y a match avec Musonda, que Herman Van Holsbeeck qualifie de "meilleur jeune joueur en Europe". A propos de Musonda, Boskamp dit : "La dernière fois qu'il a perdu un ballon, il devait avoir cinq ans." On imagine alors que ces champions sont l'avenir, la future colonne vertébrale de l'équipe nationale A. Et même que ça pourrait aller très vite. Même s'il y a quelques grincheux. Comme Gert Verheyen : "Je vais être positif. Si la génération 95-96 devient l'équipe nationale de demain, il se pourrait très bien qu'elle ne fasse jamais de résultats. On sait déjà, au moins, qu'on verra du beau football. Mais le grand défi, ce sera l'efficacité. En football, c'est le résultat final au marquoir qui est important, pas les trois petits ponts qu'un joueur réussirait à faire dans le même match." Marc Wilmots est bien plus cash, moins diplomate : "Point de vue individuel, des grands talents. Mais collectivement, un gros zéro. Et une équipe qui ne raisonne pas collectivement, elle ne peut jamais être bonne." "On leur a peut-être dit trop vite qu'ils étaient les meilleurs" Cinq ans plus tard, ces stars ont autour de 21 ans. L'âge où, si on est exceptionnel, on est international A - voir l'encadré qui montre que presque tous les joueurs du noyau actuel ont disputé leur premier match avec les Diables à un âge compris entre 16 et 21 ans. Même constat pour quelques perles de 1995 comme Theo Bongonda, Jason Denayer, Adnan Januzaj, Leander Dendoncker, Pieter Gerkens, Timothy Castagne ou Divock Origi. Certains sont bel et bien devenus Diables. Mais, pour la plupart, ils ne se sont pas développés au rythme prévu et ils sont loin, très loin d'une place dans le noyau de Roberto Martinez. Il y a clairement quelque chose qui a bloqué / qui bloque encore. Génération 96, génération désenchantée ? La concurrence de fou dans le groupe actuel ne peut quand même pas suffire à tout expliquer. Johan Walem, coach des Espoirs qui a eu ou a toujours certains joueurs concernés sous ses ordres, ne veut pas voir du mal où il n'y en a pas mais nous fait directement cette réflexion : "On leur a peut-être trop dit, et trop vite, qu'ils étaient les plus beaux et les meilleurs. On ne leur a pas rendu service." Il n'y a pas, chez nos meilleurs jeunes, que des gars qui acceptent les remarques et les prennent de façon constructive. Johan Walem a fait plus d'une fois le constat chez les Espoirs, Enzo Scifo s'en est aussi rendu compte quand il occupait le poste. "Prends l'exemple de Dennis Praet", explique Walem. "Je l'ai un jour remis publiquement à sa place, j'ai dit qu'il devait se bouger et ça m'a valu les pires emmerdes. Je ne disais pourtant rien de mal, je signalais qu'il suffisait de regarder ses statistiques pour comprendre qu'il y avait un souci. Mais Praet, au moins, a su avoir la bonne réaction. Il s'est remis en question à Anderlecht. Quand il est parti en Italie, il a souffert pendant six ou sept mois. Parce que c'était le haut niveau. Il a continué à se poser les bonnes questions là-bas. Et maintenant, il est titulaire." "Comment veux-tu progresser si tu es, au mieux, sur le banc ?" Au-delà d'une mentalité parfois déficiente, Johan Walem pointe les choix de nos jeunes pépites. "Il arrive un moment où tu dois jouer, point à la ligne. A 21 ans, il est grand temps. C'est bien d'être dans un tout grand club européen, mais comment veux-tu progresser si tu es, au mieux, sur le banc ? Ils doivent apprendre à être titulaires et ça traîne. Et puis ils n'ont toujours rien gagné, ça compte aussi dans le développement d'un joueur. Les qualités footballistiques, ils les ont, ça saute aux yeux, tout le monde le sait, personne ne remet ça en question. A côté de ça, il faut la mentalité, l'abnégation, l'envie de se surpasser, de repousser ses limites, de s'imposer. De temps en temps, tu dois pouvoir accepter les choix de ton club : si tu ne joues pas, il y a des raisons à ça." A côté de la réaction de Praet, le coach des Espoirs cite le bon exemple de Siebe Schrijvers, son capitaine actuel : "Il a eu le courage de quitter Genk pour partir en prêt à Waasland Beveren. Il a continué son développement là-bas et il est rentré plus fort dans son club." Il cautionne moins le choix de Charly Musonda : "Il a accepté de quitter Chelsea pour être prêté au Betis Séville. Là-bas, ça n'a pas mal commencé pour lui, puis il a stagné. Maintenant, il est rentré à Chelsea. Il est souvent sur le banc, c'est une progression. Mais il ne joue pratiquement jamais. Qu'est-ce qui est mieux pour l'évolution d'un jeune ? Une place sur le banc de Chelsea ou un rôle de titulaire chaque semaine dans un bon club du championnat de Belgique ? Je ne sais pas si Musonda se voit à court terme chez les Diables avec les choix qu'il fait. Il faudrait lui poser la question !" Pour le moment, il ne fait carrément plus partie des Espoirs. Walem ne l'a pas repris pour les deux matches tout récents contre la Suède et Chypre. Une sanction pour celui-qui avait renoncé à sa convocation précédente, quand il avait préféré rester en Angleterre pour "régler sa situation avec Chelsea" ? Zakaria Bakkali rame de la même façon. Il a quitté le PSV pour Valence et se retrouve aujourd'hui en prêt à La Corogne, où son temps de jeu est loin d'être extraordinaire. "Il a eu quelques blessures", signale Johan Walem. "Mais il n'a pas non plus choisi le championnat le plus facile. Je répète que le championnat belge reste une très bonne école pour un jeune qui veut grimper vers le top. Un gars comme Mathias Bossaerts l'a compris. Il s'est bien rendu compte que ce serait hyper compliqué pour lui à Manchester City, alors il a fait choix de venir à Ostende. Là, au moins, il a trouvé du temps de jeu la saison passée."