Sans voiture depuis peu, je profite du covoiturage. Un copain fait chaque jeudi un crochet pour venir me chercher et nous emmener à l'entraînement. Je me force à être à l'heure, histoire que mon chauffeur ne soit pas mis à l'amende par la police du vestiaire qui facture pas pour rire. Deux euros par retard, cinq si ça dépasse le quart d'heure. Et avec mon sens du timing désastreux, ce fichu sport ne me coûte pas que des cagnottes en troisième mi-temps.
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Sans voiture depuis peu, je profite du covoiturage. Un copain fait chaque jeudi un crochet pour venir me chercher et nous emmener à l'entraînement. Je me force à être à l'heure, histoire que mon chauffeur ne soit pas mis à l'amende par la police du vestiaire qui facture pas pour rire. Deux euros par retard, cinq si ça dépasse le quart d'heure. Et avec mon sens du timing désastreux, ce fichu sport ne me coûte pas que des cagnottes en troisième mi-temps. Toujours est-il que je redécouvre le plaisir de déposer mon sac sans hâte, d'enfiler mes chaussettes tranquillement, discuter avec les uns à moitié à poil, regarder les autres fumer leur clope, boire une petite binouze discretos pendant que le coach place ses plots. Jeudi passé, je rentre dans le vestiaire à l'avance et Koug (qui ne s'appelle évidemment pas Koug parce que personne ne fait jamais honneur à son prénom dans un vestiaire de foot, j'hallucine tout le temps au moment de l'appel des joueurs pendant un match, quand le délégué massacre les vrais noms de chacun, et qu'aucun ne leur va aussi bien que ceux qu'on leur a choisis), donc Koug a son PC portable allumé sur la banquette d'en face, il regarde Galatasaray-Marseille. C'est un fou de Marseille, le pauvre, donc il est là, les yeux fixés sur l'écran, à tenter de faire rentrer son pied droit dans sa pompe gauche alors que Dieng (? ) place une tête dans la lucarne, sauf que Muslera se détend et l'arrête, tout le vestiaire crie, surtout Koug, et surtout pas moi qui m'en cale comme de l'an 20. Je dis: "Sérieux, ça vous chauffe?" Et ils me disent: "Bah ouais, quand même". Et ils se mettent à parler de Marseille, de certains joueurs, et je découvre que des gens s'intéressent sincèrement au championnat français, je suis scié sur place, les deux jambes. Je suis pas capable de citer deux joueurs de Marseille si ce n'est les ratés de l'étranger, genre Payet, Guendouzi et Milik. D'ailleurs je sais même pas en citer dix de Ligue 1. J'entends des noms comme Rongier (?? ), Bertelli (??? ), Pitou (qui est d'ailleurs le surnom d'un de nos gars), j'ai la tête qui commence à tourner. J'ai pas d'avis sur le niveau des équipes. Mais pour moi, la Ligue 1, c'est pas beaucoup plus qu'une fusion indigeste d'une télé-réalité et d'un magazine people. Mbappé a traité Neymar de clochard, Herrera s'est fait carjacker par un travelo, Aulas pleurniche encore, Ménès met des mains au cul des filles, Payet décroche un Oscar après avoir pris une bouteille de Vittel. Han, ouais? Et justement, voilà qu'éclate une embrouille au coin du terrain entre les joueurs et Koug qui dit: "Oh non, sérieux, pas encore une bouteille, c'est quoi notre problème avec les corners?" Mais ouf, le jeu reprend. C'est passé inaperçu, mais lors de la branlée que Leipzig a infligé à Bruges, alors que les Allemands venaient de marquer le troisième, quatrième ou cinquième goal de la honte et qu'ils revendaient sur Seconde Main le piédestal sur lequel PhilippeClement s'était endormi, un gobelet de chope bien rempli est venu s'écraser, depuis la tribune, en plein dans le visage JoskoGvardiol, ce colosse qui a encore des restes de CharlesDeKetelaere au coin de la bouche. Une bonne bière plate dans la gueule, bam. On n'a pas vu le gars rouler au sol ou demander la fin du match. Il s'est séché sur son col, a passé sa langue sur ses lèvres pour comparer la pils belge à l'allemande et il est retourné manger le reste de l'attaque brugeoise. Attention, je dis pas que c'est bien de jeter des objets sur les joueurs. Je me dis juste que si une bouteille en plastique fait l'actu pendant deux semaines, c'est qu'il y a pas grand-chose à se mettre sous la dent. En attendant, Paris, Lille, Lyon, Monaco, Rennes passent en Europe. Alors que les clubs belges...