Il est à peine 17 heures et il fait déjà bien sombre sur la Place Maurice Van Meenen de Saint-Gilles. Devant le splendide Hôtel de ville de style néo-renaissance française, les échoppes du traditionnel marché du lundi sont bel et bien présentes. Pourtant, très peu d'animation à signaler. À la place des groupes habituels de Saint-Gillois bavardant un verre de vin blanc à la main, seuls une poignée de courageux ont bravé le froid piquant de cette fin d'après-midi de décembre pour s'offrir quelques victuailles. En plus d'un sapin de travers, des illuminations de Noël de particuliers tentent vainementd'égayer le décor, mais ne rendent la scène que plus sinistre encore. Foutu Covid...
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Il est à peine 17 heures et il fait déjà bien sombre sur la Place Maurice Van Meenen de Saint-Gilles. Devant le splendide Hôtel de ville de style néo-renaissance française, les échoppes du traditionnel marché du lundi sont bel et bien présentes. Pourtant, très peu d'animation à signaler. À la place des groupes habituels de Saint-Gillois bavardant un verre de vin blanc à la main, seuls une poignée de courageux ont bravé le froid piquant de cette fin d'après-midi de décembre pour s'offrir quelques victuailles. En plus d'un sapin de travers, des illuminations de Noël de particuliers tentent vainementd'égayer le décor, mais ne rendent la scène que plus sinistre encore. Foutu Covid... Plus de 120 ans plus tôt, c'est pourtant à cet endroit précis que les joueurs de l'Union Saint-Gilloise, tout juste créée, tapent leurs premiers ballons. Une installation éphémère: rapidement, les Unionistes sont délogés en raison des travaux de construction du futur Hôtel de ville, qui sera inauguré en 1904. Déjà, l'Union quitte Saint-Gilles pour s'installer près du Bois de la Cambre, derrière le Vélodrome de Longchamps. Après bien des pérégrinations du côté d'Uccle, les Saint-Gillois finissent par s'installer au Parc Duden (qui comme chacun le sait se trouve à... Forest) en 1919. En plus d'un siècle d'existence, l'Union a connu de grands moments, a fêté des titres, disputé des rencontres européennes de prestige. Pourtant, rares sont les supporters actuels à avoir vécu une aussi belle période qu'en ce moment. Relégué en D2 à l'issue à l'issue du championnat 1972-1973, le club saint-gillois n'a depuis plus jamais été aussi proche de tutoyer l'élite. Fermement installée en tête de la D1B à mi-parcours, l'Union a toutes les cartes en main pour s'assurer une promotion parmi les ténors du Royaume. Pour l'heure, seul Seraing, promu, s'accroche encore à bonne distance. Difficile pourtant de percevoir la ferveur que ces résultats engendrent auprès des fans saint-gillois. Pandémie oblige, ces derniers n'ont, comme tous les supporters du pays, que très peu eu l'occasion de voir leurs favoris à l'oeuvre au stade. L'éclaircie de l'automne dans la grisaille du coronavirus leur a tout au plus permis d'assister à trois rencontres dans des conditions très strictes: une victoire sur le fil face à Seraing (3-2), un succès contre Lommel (4-2) et une qualification sans encombre face à Heist (4-0) en Coupe de Belgique. Des conditions loin de faciliter l'ambiance et la communion avec les joueurs. En Coupe surtout, l'atmosphère est pesante malgré le large succès: masque obligatoire en toutes circonstances, bières et cigarettes interdites, et récalcitrants expulsés manu militari par des stewards zélés, le Stade Joseph Marien est méconnaissable en cette triste après-midi d'octobre. Les plus acharnés des supporters Jaune et Bleu avaient toutefois eu une occasion de plus de voir évoluer les leurs deux bons mois plus tôt. Le 15 août, les Bruxellois répétaient en effet une dernière fois leurs gammes à Valenciennes, une semaine avant le coup d'envoi de la saison. Les supporters étant déjà autorisés en tribunes en France à cette époque, quelques dizaines de Saint-Gillois avaient traversé la frontière sous un soleil de plomb pour faire connaissance avec l'équipe amenée à en découdre pour cet exercice 2020-2021. Nonante minutes plus tard, aucun ne regrettait de s'être déplacé au Stade du Hainaut. Brillants dans tous les secteurs du jeu, les Unionistes avaient cet après-midi-là donné une leçon aux pensionnaires de Ligue 2 (0-3) et dans le bloc réservé aux Bruxellois, les "Mazzù! Mazzù!" se mêlaient déjà au classique "Bruxelles, ma ville, je t'aime" scandés par les visiteurs. Car il était bien là, l'événement-phare de l'été unioniste: l'arrivée au poste de T1 de Felice Mazzù! Si ses prédécesseurs Luka Elsner, parti ensuite pour Amiens en Ligue 1 et aujourd'hui sans club, puis Thomas Christiansen, actuellement à la tête de l'équipe nationale panaméenne, n'avaient pas démérité, cela faisait un bail qu'un entraîneur aussi coté que le Carolo ne s'était plus établi au Parc Duden. Annoncée fin mai, l'arrivée de l'ancien entraîneur des Zèbres et de Genk est forcément synonyme d'ambitions. Et le nouveau T1, après avoir paraphé son contrat d'un an assorti d'une année supplémentaire, ne s'en cache pas: "J'attendais un projet ambitieux. Un club avec une histoire, un projet, une envie. Des paramètres pour développer une énergie positive. Je suis un entraîneur qui a envie de coacher de manière positive et en amenant une équipe le plus haut possible. L'objectif c'est la montée, sinon rien!" Retour à Saint-Gilles. Plutôt que de monter, nous redescendons vers la Barrière et empruntons la chaussée de Waterloo et ses nombreux commerces. Si ce n'est pas l'affluence des grands jours, les gens s'engouffrent néanmoins dans les magasins dont les décos de Noël toutes plus kitsches les unes que les autres rivalisent entre elles. Arrivé au Parvis, haut-lieu des soirées saint-gilloises, les terrasses, encore bondées cet été, sont toutes repliées depuis un bon moment. À côté de l'église, la brasserie Verschueren et sa façade Art Déco ne peut compter sur personne pour admirer ses tableaux de classement à l'ancienne, où l'Union figure en bonne place. Tranquillement installé, Pepsi, le chat de l'établissement, veille au grain et à la quiétude des lieux. De l'autre côté de la chaussée, le Louvre, l'un des sponsors de l'Union depuis quelques saisons, n'est pas plus animé. Habituellement si chaleureux, le Parvis prend des airs de défaite suite à la crise sanitaire. De défaites, il n'en a pas pourtant pas été souvent question pour l'Union cette saison. Après une préparation ponctuée de plusieurs victoires face à des formations de D1A, les débuts de Mazzù à la tête du matricule 10 n'ont cependant pas été aussi idylliques qu'annoncés. Après un premier succès sur le terrain de Deinze, grâce notamment à un superbe coup franc de Casper Nielsen, les Bruxellois ont enchaîné par deux partages: à domicile face à Westerlo et, plus décevant, à Lokeren, où se disputent les rencontres du Club NXT, les U23 du Club Bruges parachutés en D1B en dernière minute pour faire nombre. Si la victoire face à Seraing qui a suivi a permis aux Unionistes d'aborder le premier Derby de la Zwanze face au RWDM depuis 35 ans avec un bilan de huit sur douze, les Jaune et Bleu ont flanché face au rival molenbeekois. Après un début de match encourageant, l'Union a sombré au Machtens (3-1) face à des Coalisés plus déterminés. Un revers qui a fait figure de déclic pour les hommes de Mazzù, qui ont par la suite aligné une impressionnante série de six victoires consécutives en championnat, dont un carton face au Club NXT (6-0) et un plantureux succès au Kuipje de Westerlo (1-4). Débarqué au Parc Duden fin septembre, le Bulgare Edisson Jordanov n'est pas étranger à la bonne forme retrouvée des Bruxellois. Infatigable sur son flanc, le joueur formé au Hansa Rostock (il a d'ailleurs été international dans les équipes de jeunes allemandes) est arrivé tardivement de l'Excelsior Virton et s'est immédiatement adapté au jeu saint-gillois. Il faut dire qu'il arrivait en terrain connu puisqu'il a retrouvé pas moins de trois coéquipiers de la saison précédente. En effet, l'Union a largement profité des déboires extra-sportifs des Gaumais, puisqu'en plus de Guillaume François, le gardien Anthony Moris et l'offensif Loïc Lapoussin ont rallié la capitale. Irréprochable dans ses cages, l'international luxembourgeois ( voir encadré) a d'ores et déjà fait oublier Adrien Saussez, mis de côté par le club sans avoir démérité, et a pris le dessus sur Anders Kristiansen, toujours au rendez-vous lorsque l'on fait appel à lui. Et que dire de Lapoussin? Déjà impressionnant durant la préparation, le Franco-Malgache s'est érigé en titulaire indiscutable au cours de la saison. Virevoltant, rapide et très à l'aise techniquement, l'ex-Virtonais de 24 ans, deux buts et trois assists, ne déparerait pas dans de nombreux clubs de l'élite. Car en plus de la confirmation de Teddy Teuma, du regain de forme de Nielsen et du judicieux repositionnement de Mathias Fixelles plus bas dans l'entrejeu, l'Union doit une bonne partie de son succès actuel à la réussite de ses transferts estivaux. En plus de ceux déjà cités, le défenseur axial anglais Christian Burgess, arrivé de Portsmouth, est venu apporter sa taille et sa force dans les duels pour remplacer l'ex-capitaine Pietro Perdichizzi, tandis que son compatriote Alex Cochrane, prêté par Brighton & Hove Albion, ne démérite pas depuis quelques semaines sur son flanc. Mais la recrue-phare du mercato saint-gillois porte évidemment le nom de Dante Vanzeir. Acquis de façon définitive au Racing Genk, qui l'avait auparavant prêté au Beerschot et à Malines, le numéro 13 saint-gillois fait flèche de tout bois aux avant-postes et emmènerait même le classement des buteurs de la D1B si le phénomène sérésien Georges Mikautadze n'avait pas explosé cette saison. Convaincant au point d'être rappelé chez les Espoirs par Jacky Mathijssen, le Limbourgeois peut en plus compter sur Brighton Labeau et Deniz Undav à ses côtés. S'ils se montrent moins prolifiques que leur coéquipier, le Français au prénom bien adéquat apporte de la profondeur, tandis qu'Undav, 17 buts en D3 allemande la saison dernière, dispose d'un gabarit intéressant et commence à trouver le chemin du but. À Forest, du côté du Stade Marien, les rues d'ordinaires bien calmes de ce quartier résidentiel ne dérogent pas à la règle. La quiétude n'est même plus interrompue tous les quinze jours par le flot de fidèles supporters Jaune et Bleu. À quelques encablures de là, Sylvain, bonnet Mickey sur le crâne et barbe cachée par son masque, s'affaire derrière le comptoir du Dekkera. S'il poursuit les ventes à emporter de sa large gamme de bières artisanales, le Bruxellois ne peut plus accueillir les fans unionistes qui ont leurs habitudes dans son bar, tant pour la diffusion des rencontres en déplacement que pour un verre avant et/ou après les matches à domicile. S'il ne peut profiter du succès actuel de sa voisine, l'Union, elle, au-delà de sa réussite sportive, bénéficie de circonstances favorables cette saison. Décidée en dernière minute, la double promotion du Beerschot et d'OHL l'a débarrassée de facto d'un sérieux rival pour le titre. Alors qu'elle a été épargnée par le Covid, Westerlo, autre candidat sérieux à la promotion, ne peut pas en dire autant et cela a probablement coûté quelques unités aux ouailles de Bob Peeters. Lommel souffle le chaud et le froid, tandis que Deinze, le RWDM et le Lierse, tous promus, ambitionnent avant tout de se maintenir à cet étage. Reste la surprenante équipe de Seraing. Victorieuse des Bruxellois à domicile fin novembre, l'équipe d' Emilio Ferrera fait pour l'instant figure de principale adversaire des Bruxellois dans la course à la montée. Encore faudra-t-il que les Métallos, venus tout droit de D1 Amateurs et friables en défense, tiennent la route sur la longueur. Plus que jamais, l'Union a toutes les cartes en main pour décrocher son ticket pour la D1A. À Felice Mazzù de maintenir son noyau en alerte pour éviter les pièges à venir. Et fêter le titre au printemps avec ses supporters?