Il fut un temps - pas si éloigné - où lier psychologie et ballon rond faisait rire tout le monde. Quand, en 2006, Franky Vercauteren décide d'élargir son staff pour y introduire notamment le psychologue Johan Desmadryl, beaucoup s'étonnent, voire ironisent sur la venue d'un tel personnage dans un vestiaire où les codes semblent figés et peu enclin à être bousculés. En stage, les séances de team building du duo Vercauteren-Desmadryl, aux allures de jeu de piste sont la risée de nombreux médias de l'époque.
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Il fut un temps - pas si éloigné - où lier psychologie et ballon rond faisait rire tout le monde. Quand, en 2006, Franky Vercauteren décide d'élargir son staff pour y introduire notamment le psychologue Johan Desmadryl, beaucoup s'étonnent, voire ironisent sur la venue d'un tel personnage dans un vestiaire où les codes semblent figés et peu enclin à être bousculés. En stage, les séances de team building du duo Vercauteren-Desmadryl, aux allures de jeu de piste sont la risée de nombreux médias de l'époque. Quelques années plus tard, c'est l'excentrique hollandais John Troost, auto-présenté comme Life coach, teacher, entertainer, qui arrive au chevet de son compatriote John van den Brom lors des play-offs de la saison 2012-2013. Après avoir dominé la compétition régulière, le tacticien batave semble aux abois lors de la dernière ligne droite de la compétition et invite Troost à redonner vie à un groupe sous tension. Les joueurs anderlechtois chantent, dansent et se prêtent à des séances de yoga afin d'éliminer le stress qui règne au sein du vestiaire mauve et blanc. Loufoque ? Burlesque ? Peut-être. Au final, Anderlecht s'empare d'un 32e sacre en championnat de Belgique. Dans une logique de professionnalisation afin de faire du Club Bruges une entreprise moderne et compétitive, le duo Vincent Mannaert-Bart Verhaeghe injecte lors de la saison 2011-2012 la dimension " psy " au sein d'un vestiaire brugeois alors dirigé par la main de fer de Christoph Daum. Titulaire d'une thèse en psychologie du sport, l'entraîneur allemand comprend mieux que quiconque un tel apport. Le mental coach, Rudy Heylen, qui avait au préalable travaillé pour l'équipe de Triathlon fondée par Bart Verhaeghe, débarque en plein stage à Marbella. " J'ai reçu un coup de fil de Henk Mariman, ( ex-directeur sportif à l'époque, ndlr) ", explique Heylen. " Le Club voulait amener un vent nouveau, renforcer l'aspect scientifique et apporter une dimension mentale à l'équipe première. Ils ont passé en revue la plupart des psychologues du sport en Belgique. Avec le recul, j'ai demandé à Henk pourquoi ils m'avaient choisi : tu étais le seul à être assez arrogant, à être capable de gérer ces egos. " Le 19 septembre 2013, Michel Preud'homme arrive en grande pompe en Venise du Nord, suite au licenciement du technicien espagnol Juan Carlos Guarrido. Après avoir ramené le Standard au sommet du foot belge, MPH doit faire de même à Bruges. Il est ce fameux chaînon manquant au projet Mannaert-Verhaeghe qui a logiquement tâtonné à ses débuts. L'ex- Vlerick boy Bart Verhaeghe bouscule dès sa prise de fonction en 2011 les traditions de management en vigueur dans le monde du foot. " D'ailleurs, ça a pris un peu de temps pour convaincre Michel ( Preud'homme, ndlr) de l'utilité d'un mental coach ", raconte le directeur général du Club, Vincent Mannaert. " Alors qu'aujourd'hui, il est devenu très important à ses yeux. " Au fil des semaines, MPH tourne le bouton et se rend compte du potentiel de Rudy Heylen au sein du groupe. " Michel pense davantage en terme de collectif, en terme de groupe. Rudy axe davantage son travail par rapport à l'individu. Ils se complètent parfaitement ", poursuit Mannaert. " Rudy est quelqu'un d'intelligent qui sait s'adapter à la personne qu'il a en face de lui, il sait comment gérer les egos des joueurs, quand il faut garder ses distances, quand il est nécessaire d'être plus proche, etc. Et il comprend aussi très bien la personnalité de Michel. Son travail est basé sur une approche scientifique, ce n'est pas un gourou aux pratiques assez floues comme on a pu en voir. " Le défenseur Björn Engels (aujourd'hui à Aston Villa) doit notamment beaucoup au coach mental du Club. " J'ai subi deux opérations de la hanche très jeune, ce qui n'avait rien d'une rigolade. J'ai d'abord pensé pouvoir m'en sortir seul. Aujourd'hui, je dois reconnaître que Rudy Heylen est d'une importance énorme pour moi et pour le groupe de joueurs en général. " Après le sacre du Club sous la tutelle d'Ivan Leko lors de la saison 2017-2018, le Campinois, Rudy Heylen est en route vers Genk, qui se trouve à moins d'une demi-heure de son domicile, pour y rejoindre Philippe Clement avec qui il a également travaillé à Bruges. Mais Michel Preud'homme fait barrage et l'invite à l'aider dans ses nouvelles attributions en bord de Meuse. Les casquettes de vice-président, directeur technique, coach sont bien trop lourdes pour un seul homme. MPH se dote alors d'un staff renforcé et teinté de Blauw en Zwart avec Renaat Phillipaerts (préparateur physique), Jan Van Steenberghe (entraîneur des gardiens), et finalement, Rudy Heylen, chipé au voisin limbourgeois. Sclessin assiste à une nouvelle révolution en coulisses et sur le terrain. Emilio Ferrera impose sa griffe. " Au départ, je n'y croyais pas trop ", reconnaît d'ailleurs l'ex-T1 bis. " Mais quand j'ai vu ce que Rudy faisait ici, je me suis vite mis à croire en son utilité. Il nous donne plein d'infos sur les joueurs, il nous explique comment intervenir sur untel ou untel dans des cas précis. Avec certains, il faut être dur. Avec d'autres, c'est mieux d'être diplomate. Il nous a confirmé que les renversements de situation sous Sa Pinto n'étaient pas étonnants, vu la personnalité et l'instinct de survie de certains joueurs. " Rudy Heylen n'est pas non plus continuellement fourré du côté de l'Académie puisque le groupe des joueurs le voit débarquer environ dix fois par mois ( il poursuit ses activités auprès d'autres sportifs en dehors, voir cadre). Mais il est une oreille précieuse pour MPH qui connaît des débuts difficiles pour son retour à Sclessin. La mission est colossale et Rudy Heylen n'est pas consulté uniquement pour ses facultés de coach mental mais aussi pour l'aspect plus structurel d'un club dont l'organisation est défaillante. Aujourd'hui encore, le rôle d'Heylen dépasse le cadre stricto-sensu " psychologique ". Lors d'une saison où le trop-plein de consignes tactiques et de directives imposées par Ferrera brident certains joueurs et en dépriment d'autres, le mental coach des Rouches connaît une première saison chargée. Notamment auprès de Samuel Bastien ou de Maxime Lestienne qui ne sont que l'ombre d'eux-mêmes et totalement libérés cette saison. Si Bastien est figé dans un poste de pur récupérateur qui ne lui ressemble pas, Lestienne est, lui, préparé pendant un an, tant d'un point de vue physique que psychologique. En fin de saison dernière, MPH fait passer plusieurs messages insidieux dans les médias qui pointent les problèmes de mentalité au sein du groupe. Les nouveaux transfuges qui débarquent l'été dernier doivent apporter un surplus dans l'intensité physique mais aussi être irréprochables mentalement. Chaque joueur est d'ailleurs screené par Heylen avant de parapher son contrat. La belle réussite d'Arnaud Bodart en ce début de saison n'est d'ailleurs pas étrangère au travail du mental coach. " Dès qu'on a quelque chose en tête, on peut lui parler. Parfois, ça dure 5 minutes, pas plus. C'est une personne extérieure au monde du football et j'aime discuter avec lui ", confirme le jeune gardien liégeois. Jef Brouwers, qui a longtemps été la référence en Belgique en matière de psychologie du sport, témoigne : " Rudy est un collègue de très haut niveau, qui s'est spécialisé dans le domaine de la neuroscience. Si le Standard n'a pas été le club le plus stable ces dernières années, Michel Preud'homme et Rudy Heylen forment un bon couple. Ils ont prouvé par le passé qu'ils pouvaient construire quelque chose. " Véritable personnage de l'ombre, Rudy Heylen a, de l'avis de plusieurs joueurs, un véritable impact sur la bonne santé du noyau mais aussi (et surtout) sur son coach qui, s'il ne se débarrassera assurément jamais de ses crises d'hystérie en bord de touche, semble avoir retrouvé le sourire en dehors.