Un costume pied-de-poule 3 pièces avec la pochette. Un noeud pap. Une grosse montre et une chaîne. Un soulier doré dans les mains. Et un large sourire.
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Un costume pied-de-poule 3 pièces avec la pochette. Un noeud pap. Une grosse montre et une chaîne. Un soulier doré dans les mains. Et un large sourire. On est fin avril 2019, dans le salon d'un hôtel de Bruxelles. Mehdi Carcela vient de recevoir le trophée du Lion Belge. C'est la troisième fois qu'il a l'honneur d'être reconnu comme le meilleur footballeur d'origine arabe de notre championnat. Il a reçu plus de points que les autres nommés dont Dylan Bronn, Selim Amallah, Zakaria Bakkali. Et surtout Hamdi Harbaoui, qui fonce pourtant vers un nouveau titre de meilleur buteur. Carcela a le bon goût de signaler, face micro, que le puncheur de Zulte Waregem méritait la récompense " au moins autant " que lui. " C'est plus facile de se faire remarquer quand on joue au Standard. Mais ce qu'il est occupé à faire avec Zulte Waregem, ce n'est pas rien. " Sur son propre niveau, il lâche : " Je vis une saison difficile, avec des hauts et des bas, à l'image de l'équipe. Je comprends les attentes des supporters, vu mes très bons play-offs il y a un an. Je donne tout ce que je peux. Parfois ça marche, parfois pas. " Avec sa troisième victoire dans ce référendum, il devient le seul recordman. Il efface Mbark Boussoufa et Hamdi Harbaoui, deux fois lauréats. Ce couronnement est sans doute le seul bon moment vécu par Mehdi Carcela en 2019. Durant l'année civile en cours, il a marqué, en tout et pour tout, un petit but ! C'était pendant les play-offs de la saison dernière. Le Carcela virevoltant de l'ère Ricardo Sa Pinto est bien loin. " Le soir de la cérémonie, on a vu un gars franchement heureux ", explique Nourddin Sbakh, un des organisateurs du Lion Belge. " Je peux te dire qu'il nous a aussi rendus heureux parce qu'on a l'habitude de l'inviter à la remise du trophée, et il ne vient pas systématiquement. C'est chaque fois l'incertitude. Il nous dit chaque fois qu'il faut passer par le club, on fait une demande officielle, mais parfois ça bloque. On ne sait pas toujours pourquoi. En avril de cette année, il était là. Et il en a profité pour signaler qu'il se sentait bien au Standard, qu'il n'avait pas l'intention de changer de club pendant l'été. Quelques semaines plus tard, je l'ai revu en privé et il m'a confirmé qu'il voulait rester à Liège. Son raisonnement était très simple : il veut gagner le championnat avec le Standard. Il estime que son boulot dans ce club ne sera pas terminé s'il s'en va avant de l'avoir aidé à gagner un titre. " Le sourire franc de Carcela, ce soir-là, tranche avec la période trouble que vit alors le Standard. Entre la mi-avril et la mi-mai, les Rouches se vautrent quatre fois de suite en play-offs. Le Marocain n'est pas dans le coup, comme beaucoup d'autres. Et c'est aussi une période où on entend et lit que le Standard va revoir son cap, laisser filer tous les enfants du club qui avaient été rapatriés. Mehdi Carcela et Paul-José Mpoku sont les premiers concernés par le grand nettoyage annoncé. Ils ne feraient " plus partie du projet. " Michel Preud'homme et la direction ne confirment pas officiellement la rumeur et les nouveaux plans, mais ils ne démentent pas non plus. Et Carcela a lui-même épaissi le mystère, quelques semaines plus tôt, en écrivant la formule J'ai tout donné dans une publication sur Instagram. Comme un message d'adieu. Il finira par s'en expliquer : " C'est juste un passage d'une chanson que j'aime bien. Ça ne veut pas dire que je pars. " La chanson en question, c'est... J'ai déconné, signée KeBlack ! Une chanson d'amour qui parle de coeur brisé et dans laquelle on entend Je reviendrai pas, mon coeur n'y est pas. Belle façon d'entretenir le mystère sur son avenir ! 13 mai : Selim Amallah. 21 juin : Aleksandar Boljevic. 25 juin : Anthony Limbombe. Trois transferts précoces, trois arrivées qui semblent confirmer que Carcela et Mpoku vont avoir chaud aux fesses et qu'on ne les retiendra pas. Mais pour des départs, il faut que tout le monde s'y retrouve. Et d'abord, il faut de l'intérêt. Pour Carcela, ça se limite à l'un ou l'autre club du Golfe. Et ce n'est pas son trip, malgré un salaire qui pourrait s'envoler. Les éventuels intéressés voient sans doute que le génie a rarement été exceptionnel durant ses expériences à l'étranger. Que ce soit à Anzhi, à Benfica, à Grenade ou à l'Olympiacos, il a rarement été aussi intenable que pendant ses plus belles séquences avec le Standard. Il avoue que, dans son parcours international, il lui manque l'Angleterre, et il ajoute que " ce n'est pas un rêve abandonné. " Il reprend les entraînements avec le groupe, même si on pressent qu'il est toujours sur le départ. Quelques dizaines d'heures avant la fermeture du marché, la direction signale encore qu'une offre de dernière minute peut toujours arriver. Mehdi Carcela est donc entre deux et ça explique sûrement son temps de jeu limité entre le début du championnat et la clôture du mercato : un seul match complet en cinq journées, et surtout des montées au jeu en cours de rencontres. Ça lui suffit pour distribuer quatre assists. Il fait basculer les matches au Cercle et contre Courtrai. Mais dans le même temps, la concurrence, à la fois dans l'axe et sur les flancs, fait le boulot. Maxime Lestienne est un des meilleurs joueurs du championnat dans la première ligne droite, Amallah est une révélation, Boljevic digère bien la transition Beveren - Standard, Limbombe montre des bonnes choses, Mpoku marque et fait marquer. Mehdi Carcela est devenu un joker de luxe ! Un footballeur qu'on envoie au feu pour la dernière partie d'un match, en espérant profiter de sa fraîcheur face à des défenseurs sur les genoux. Rien de plus. " Un Carcela frais contre une défense fatiguée, ça peut faire mal ", confirme Preud'homme. Mais à certains moments, on sent l'impatience de Mehdi monter, comme quand il déclare dans SudPresse : " Je veux bien aller de temps en temps sur le banc, mais pas une fois sur deux (...) Tout ce que je mérite, c'est de jouer. " Le parcours liégeois de Mehdi Carcela a souvent été tortueux. Même chose pour sa vie avec la sélection marocaine. 22 matches joués depuis sa première convocation en 2011 ! 28 sélections mais seulement 5 apparitions au coup d'envoi. 10 matches entiers sur le banc. Vahid Halilhodzic, devenu sélectionneur des Lions de l'Atlas en août dernier, semble avoir les mêmes réserves que Michel Preud'homme. Il a appelé Carcela pour deux (morceaux de) matches en septembre de cette année. Puis il l'a ignoré pour les deux matches amicaux tout récents contre la Libye et le Gabon. Avant de l'appeler quand même, par défaut, pour remplacer Amallah, blessé et donc incapable d'honorer sa toute première sélection. " C'est étonnant parce que Halilhodzic était obligé de ratisser très large à cause du Championnat d'Afrique des Nations ", dit Nourddin Sbakh. Concrètement, au moment des matches de l'équipe A contre la Libye et le Gabon, le Maroc devait aussi se produire dans cette compétition réservée aux joueurs évoluant sur le continent noir. Et donc, les meilleurs éléments des championnats africains n'étaient pas disponibles. Ça ouvrait une voie royale à des Marocains actifs à l'étranger, mais pas à Mehdi Carcela. Le bouillant coach bosnien s'est servi en France, en Angleterre, en Turquie, en Italie, en Espagne, aux Pays-Bas, au Portugal, en Allemagne, en Arabie Saoudite. Et le seul joueur de notre compétition qu'il a repris dans un premier temps, c'était Amallah. " On ne va pas se mentir, les gens au Maroc ne font pas un scandale si Carcela n'est pas repris ", poursuit l'organisateur du Lion Belge. " Ce championnat les intéresse très peu, comparé à la Liga et la Premier League. Carcela a montré quelques bonnes choses dans les deux matches amicaux qu'il a joués en partie au mois de septembre, contre le Burkina Faso et le Niger. Les commentaires sur ses prestations étaient positifs. Mais pas assez pour qu'il devienne un incontournable. " Clairement, son temps de jeu avec le Standard et ses stats faméliques doivent avoir joué contre lui. Le magicien est clairement dans le dur. Il n'a plus été décisif depuis son assist contre Courtrai à la fin du mois d'août. Il a entre-temps connu l'affront de montées au jeu anecdotiques, pour une dizaine de minutes. Dans les trois matches complets qu'il a disputés cette saison, il y a eu deux défaites (Saint-Trond, Anderlecht) et un nul (Antwerp). Michel Preud'homme au crachoir : " Je sais pourquoi il n'est pas titulaire, il le sait aussi, je n'en dirai pas plus, c'est de la cuisine interne. Je l'adore, ce n'est pas nouveau, souvenez-vous que j'avais déjà voulu l'emmener à Bruges. Mais on voudrait encore donner une dimension supplémentaire à son jeu. " On est quand même loin de l'une ou l'autre sortie spectaculaire de MPH en cours de saison dernière, quand il mettait ouvertement en cause le comportement extra-sportif de son joueur, son manque de sérieux et d'implication. Aujourd'hui, le coach signale que Carcela n'arrive plus jamais en retard aux rendez-vous, et ça, c'est une évolution. " Il est irréprochable sur le plan de la discipline. " À partir du moment où Mehdi Carcela n'est pas un joueur comme un autre, son cas est abondamment commenté. " Quand il est bien dans sa tête et qu'il est à 100 %, on sait tous qu'il peut être décisif à tout moment ", lâche Samuel Bastien. " On ne sait jamais ce qu'il va sortir de sa poche. " Aad de Mos s'est exprimé dans un quotidien flamand : " Un joueur comme lui, qui apporte de la créativité, c'est toujours une plus-value pour une équipe. " Dans le même canard, Wilfried Van Moer est allé plus loin : " Avec ses qualités, Carcela doit toujours jouer. Maintenant, il faut voir comment il se comporte par rapport au groupe et à l'entraîneur. Ce n'est pas un gars facile, tout le monde le sait. "