Par Thibault Debrus

Lorsqu'il débarque à l'été 2020 de Stabaek, alors en première division norvégienne, Kristian Arnstad (16 ans) fait figure d'intrus à Neerpede. Dans les rangs de l'équipe espoir de Craig Bellamy, ils ne sont que deux autres joueurs à ne pas posséder de nationalité belge. L'un, Eduards Daskevics (18 ans), a débarqué de Lettonie il y a deux saisons. L'autre, Nathanio Junior Kompaoré (19 ans), est arrivé du Burkina Faso en 2019. Depuis l'arrivée du norvégien, seul Isaac Tshibangu, en provenance du TP Mazembe (RDC) l'été dernier, est venu renforcer la diversité de cet effectif. Pour le reste, l'antichambre de l'équipe première des mauves est exclusivement composée de joueurs "locaux", recrutés à tout âge aux quatre coins de la Belgique.

Au regard des autres grands clubs formateurs du continent, cette faible proportion de joueurs étrangers a de quoi surprendre. Le contraste avec l'équipe réserve du PSV par exemple, où les Hollandais y sont en minorité, est particulièrement flagrant.

Une singularité belge qui s'étend d'ailleurs aux autres académies de Pro League, à l'exception peut-être de celle du Club de Bruges. Depuis quelques saisons, grâce à leur carnet de chèques sans pareil en Belgique, les Blauw en Zwart semble, eux aussi, vouloir davantage miser sur des pépites étrangères. En atteste d'ailleurs le récent accord d'1 M€, conclu avec le Odense Boldklub (D1 danoise) pour deux illustres inconnus (Tobias Lund Jensen et Jonathan Foss).

Alors, pourquoi si peu d'étrangers dans nos équipes d'âges ?

Le premier élément de réponse est, bien entendu, d'ordre réglementaire. La FIFA interdit les transferts internationaux de joueur âgé de moins de 18 ans (Junior Kompaoré et Tshibangu étaient tous deux majeurs au moment de poser leur valise à Bruxelles). Au sein de l'Espace économique européen, les transferts sont, quant à eux, autorisés à partir de 16 ans, sous la réserve que le club hôte respecte un standing d'accompagnement aussi bien footballistique que scolaire.

Pour revenir au cas du Sporting d'Anderlecht, depuis 2016, les transferts de ce type n'ont concerné qu'une petite dizaine de joueurs, essentiellement d'origine africaine. Parmi eux, seuls les transferts de Mo Dauda (venu du Ghana en 2017) et d'Edo Kayembe (venu de RDC la même année) ont débouché sur des apparitions en équipe première. Un bilan peu concluant, qui ne fait que souligner le caractère exceptionnel de la "trouvaille" Arnstad.

Si cette filière est peu exploitée, cependant, ce n'est semble-t-il pas en raison de déficits commerciaux qui en découlerait. Le transfert sortant de l'actuel joueur de Watford (1M d'€ à Eupen en 2020) comble, quasiment à lui seul, les quelques échecs du genre survenus ces cinq dernières années à Saint-Guidon.

Edo Kayembe fait partie des rares étrangers formés à Neerpede à avoir effectué quelques apparitions en équipe première. Mais il n'a jamais su s'y imposer sur le long terme et est ensuite parti à Eupen., iStock
Edo Kayembe fait partie des rares étrangers formés à Neerpede à avoir effectué quelques apparitions en équipe première. Mais il n'a jamais su s'y imposer sur le long terme et est ensuite parti à Eupen. © iStock

Une concurrence déloyale

L'explication tient plutôt du fait qu'Anderlecht, pour espérer dénicher le futur Babayaro, Dindane, Mbemba, ou Acheampong, doit désormais se limiter à des coups de poker. L'extrême concurrence entretenue par les clubs étrangers, aux budgets et perspectives bien plus alléchantes, ne leur en laisse plus le choix.

Rares sont les talents qui échappent aux réseaux tentaculaires des cadors européens. Ces derniers se livrent une bataille féroce et savent y mettre les moyens. En 2019, Manchester United déboursait 10M d'euros (un quasi-record) pour arracher Hannibal Mejbri, 16 ans, à Monaco.

Les clubs belges ne jouent pas dans la même cour, même quand il s'agit de recruter des ados. Anderlecht et consorts en sont d'ailleurs, via les départs réguliers de certains de leurs talents (Bounida, Matazo, Lavia, et tant d'autres), les premières victimes. Pour y pallier, ils tâchent de recruter local, avant 16 ans, puis s'évertuent (de plus en plus systématiquement) à offrir des contrats professionnels dès l'âge minimum légal atteint (15 ans). Une manière de sécuriser le joueur et, éventuellement, de ne pas devoir se contenter des indemnités de formation en cas de départ.

Toutefois, on peut aussi se réjouir que nos meilleures équipes d'âge alimentent nos sélections nationales et non celles de nos voisins. À Neerpede, Kristian Arnstad, actuel international U19 norvégien, était quasiment le seul joueur à provenir d'une académie étrangère de bonne réputation. À l'époque, l'élégant milieu de terrain avait pourtant été sollicité par l'AC Milan, l'Ajax et avait eu l'occasion de faire une semaine de test à Manchester United. Ses parents s'étaient alors laissé convaincre par l'encadrement familial et affectif promis par les mauves à leur enfant. Un choix de carrière, presque anachronique, qui ne fait que renforcer la dimension singulière de ce recrutement.

Par Thibault DebrusLorsqu'il débarque à l'été 2020 de Stabaek, alors en première division norvégienne, Kristian Arnstad (16 ans) fait figure d'intrus à Neerpede. Dans les rangs de l'équipe espoir de Craig Bellamy, ils ne sont que deux autres joueurs à ne pas posséder de nationalité belge. L'un, Eduards Daskevics (18 ans), a débarqué de Lettonie il y a deux saisons. L'autre, Nathanio Junior Kompaoré (19 ans), est arrivé du Burkina Faso en 2019. Depuis l'arrivée du norvégien, seul Isaac Tshibangu, en provenance du TP Mazembe (RDC) l'été dernier, est venu renforcer la diversité de cet effectif. Pour le reste, l'antichambre de l'équipe première des mauves est exclusivement composée de joueurs "locaux", recrutés à tout âge aux quatre coins de la Belgique.Au regard des autres grands clubs formateurs du continent, cette faible proportion de joueurs étrangers a de quoi surprendre. Le contraste avec l'équipe réserve du PSV par exemple, où les Hollandais y sont en minorité, est particulièrement flagrant.Une singularité belge qui s'étend d'ailleurs aux autres académies de Pro League, à l'exception peut-être de celle du Club de Bruges. Depuis quelques saisons, grâce à leur carnet de chèques sans pareil en Belgique, les Blauw en Zwart semble, eux aussi, vouloir davantage miser sur des pépites étrangères. En atteste d'ailleurs le récent accord d'1 M€, conclu avec le Odense Boldklub (D1 danoise) pour deux illustres inconnus (Tobias Lund Jensen et Jonathan Foss).Le premier élément de réponse est, bien entendu, d'ordre réglementaire. La FIFA interdit les transferts internationaux de joueur âgé de moins de 18 ans (Junior Kompaoré et Tshibangu étaient tous deux majeurs au moment de poser leur valise à Bruxelles). Au sein de l'Espace économique européen, les transferts sont, quant à eux, autorisés à partir de 16 ans, sous la réserve que le club hôte respecte un standing d'accompagnement aussi bien footballistique que scolaire.Pour revenir au cas du Sporting d'Anderlecht, depuis 2016, les transferts de ce type n'ont concerné qu'une petite dizaine de joueurs, essentiellement d'origine africaine. Parmi eux, seuls les transferts de Mo Dauda (venu du Ghana en 2017) et d'Edo Kayembe (venu de RDC la même année) ont débouché sur des apparitions en équipe première. Un bilan peu concluant, qui ne fait que souligner le caractère exceptionnel de la "trouvaille" Arnstad. Si cette filière est peu exploitée, cependant, ce n'est semble-t-il pas en raison de déficits commerciaux qui en découlerait. Le transfert sortant de l'actuel joueur de Watford (1M d'€ à Eupen en 2020) comble, quasiment à lui seul, les quelques échecs du genre survenus ces cinq dernières années à Saint-Guidon.L'explication tient plutôt du fait qu'Anderlecht, pour espérer dénicher le futur Babayaro, Dindane, Mbemba, ou Acheampong, doit désormais se limiter à des coups de poker. L'extrême concurrence entretenue par les clubs étrangers, aux budgets et perspectives bien plus alléchantes, ne leur en laisse plus le choix.Rares sont les talents qui échappent aux réseaux tentaculaires des cadors européens. Ces derniers se livrent une bataille féroce et savent y mettre les moyens. En 2019, Manchester United déboursait 10M d'euros (un quasi-record) pour arracher Hannibal Mejbri, 16 ans, à Monaco.Les clubs belges ne jouent pas dans la même cour, même quand il s'agit de recruter des ados. Anderlecht et consorts en sont d'ailleurs, via les départs réguliers de certains de leurs talents (Bounida, Matazo, Lavia, et tant d'autres), les premières victimes. Pour y pallier, ils tâchent de recruter local, avant 16 ans, puis s'évertuent (de plus en plus systématiquement) à offrir des contrats professionnels dès l'âge minimum légal atteint (15 ans). Une manière de sécuriser le joueur et, éventuellement, de ne pas devoir se contenter des indemnités de formation en cas de départ.Toutefois, on peut aussi se réjouir que nos meilleures équipes d'âge alimentent nos sélections nationales et non celles de nos voisins. À Neerpede, Kristian Arnstad, actuel international U19 norvégien, était quasiment le seul joueur à provenir d'une académie étrangère de bonne réputation. À l'époque, l'élégant milieu de terrain avait pourtant été sollicité par l'AC Milan, l'Ajax et avait eu l'occasion de faire une semaine de test à Manchester United. Ses parents s'étaient alors laissé convaincre par l'encadrement familial et affectif promis par les mauves à leur enfant. Un choix de carrière, presque anachronique, qui ne fait que renforcer la dimension singulière de ce recrutement.