Il y a ceux qui pensent que le brassard de capitaine n'est qu'un morceau de tissu anodin. Et puis, il y a les autres. Notamment ces supporters qui jouent des coudes et des épaules dans les tribunes de Wembley quand, quelques mètres plus loin, Vincent Kompany ôte son brassard et semble vouloir le jeter en direction de la tribune. Le titre de champion d'Angleterre, le troisième pour Vince The Prince, est à portée de mains. Dans la tribune, les molosses au coeur skyblue finissent par s'écarter en entendant crier : "Daddy, Daddy!" C'est Pierre Kompany, présent pour l'occasion, qui ramènera le brassard à Bruxelles.
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Il y a ceux qui pensent que le brassard de capitaine n'est qu'un morceau de tissu anodin. Et puis, il y a les autres. Notamment ces supporters qui jouent des coudes et des épaules dans les tribunes de Wembley quand, quelques mètres plus loin, Vincent Kompany ôte son brassard et semble vouloir le jeter en direction de la tribune. Le titre de champion d'Angleterre, le troisième pour Vince The Prince, est à portée de mains. Dans la tribune, les molosses au coeur skyblue finissent par s'écarter en entendant crier : "Daddy, Daddy!" C'est Pierre Kompany, présent pour l'occasion, qui ramènera le brassard à Bruxelles. " C'est très rare ", reconnaît le père du capitaine des Citizens en racontant l'anecdote. Il promène l'objet comme un trophée, en compagnie d'une paire de chaussures portées par son fils lors du Mondial brésilien et d'un maillot des Diables. Pourtant, des brassards, Vince en a porté un paquet depuis la fin de l'année 2010, moment où il devient à la fois capitaine de City et des Diables. A Manchester, ce sont les envies de départ du capitaine Carlos Tevez qui obligent Roberto Mancini à désigner un nouveau Captain pour éteindre l'incendie autour de son attaquant argentin. Le coach pense d'abord à Nigel de Jong, son aboyeur du rond central, mais finit par opter pour Vinnie, figure respectée dans un vestiaire où il fait déjà figure d'ancien, vu la fièvre acheteuse des nouveaux propriétaires du club. " Même quand Tevez était capitaine, je faisais partie de ceux qui donnaient de la voix dans le vestiaire ", confie l'intéressé quelques mois après sa nomination. " J'ai toujours fait partie de ceux qui mettent les choses en place, qui parlent à leurs coéquipiers. " " Même en jeunes à Anderlecht, il aurait mérité d'être capitaine ", surenchérit François, son petit frère. " Sauf qu'à cette époque, c'était une politique d'amis-amis qui te permettait de porter le brassard. Mais que ce soit dans un vestiaire ou sur le terrain, il parle beaucoup trop pour qu'on ne le lui donne pas. " Georges Leekens finit par donner raison à la théorie du cadet des Kompany. Au beau milieu de l'année 2010, quand Thomas Vermaelen soigne une blessure tandis que Daniel Van Buyten se prépare à affronter l'Inter de José Mourinho en finale de la Ligue des Champions, Long Couteau place le brassard au bras de Vince, capitaine par intérim avant de le devenir pour de bon quelques mois plus tard. La consécration par le biceps aurait même pu survenir plus tôt, si Vincent n'avait pas été blessé au moment où Dick Advocaat avait confié la charge à son Verminator. Les relations tendues entre l'exigeant Néerlandais et le Prince des Belges avaient, de toute façon, retardé l'échéance. " Il m'a épaté. Il a assumé ses responsabilités, sur la pelouse et dans le vestiaire, en parlant beaucoup ", confie alors Leekens. Même hors du stade, Kompany ne tarde pas à prendre son nouveau rôle très au sérieux. A la fin de l'année 2010, après un partage spectaculaire contre l'Autriche, il s'installe en figure de proue des nouveaux Diables rouges. " Nous nous sommes réunis et nous avons tout analysé ", raconte-t-il à L'Écho en 2016. " Le marketing, les relations avec les supporters, l'amélioration de l'expérience autour de l'équipe nationale. Nous voulions que les supporters ne paient pas seulement pour un billet. Il fallait que ce soit une relation win-win pour renforcer à terme les Diables Rouges. " Conforté dans son rôle par la confirmation de son capitanat au retour de Vermaelen, adoubé par Leekens qui en fait " le meilleur capitaine depuis longtemps ", Kompany prend du galon jusque dans les bureaux les plus importants de la Maison de Verre. En 2012, après le départ de Long Couteau pour Bruges, c'est vers lui que se tourne Philippe Collin pour savoir si Marc Wilmots peut être plus qu'un sélectionneur intérimaire. La décision d'installer Willy à la tête des Diables est avalisée par le capitaine, qui élargit encore son champ d'influence grâce à ses excellentes relations avec Steven Martens, alors CEO de l'Union Belge.C'est avec une aura incontestable et un leadership incontesté que Vince emmène " ses " Diables au Brésil. Le capitaine se mue en héros au détour d'un match joué avec le nez cassé face aux Serbes, d'un but magistral face à l'Ecosse ou d'une célébration en civil sur la pelouse de Glasgow, où il avait fait le déplacement malgré sa blessure. " Kompany m'a vraiment impressionné ", confiera Sammy Bossut, invité-surprise des 23 Brésiliens, après la Coupe du Monde. " On dirait un général qui rassemble ses troupes. Le contenu de son speech n'a rien d'extraordinaire, mais il dégage un énorme charisme. " " C'est mon bras droit ", reconnaît volontiers Marc Wilmots, patron théorique d'une sélection où le capitaine semble avoir autant de pouvoir que le coach. Kompany a un droit de regard sur le onze de base, joue un rôle majeur dans la sélection d' Anthony Vanden Borre et passe de longs moments à dialoguer avec Wilmots. Vince doit tout savoir, alors que ses coéquipiers s'irritent parfois de ne pas être au courant de l'évolution de ses pépins physiques, découvrant souvent sur le terrain qu'il ne participera pas à la séance du jour. L'étoile commence à pâlir quand la Belgique retraverse l'Atlantique. Certains lui reprochent sa perte de balle sur le but assassin de Gonzalo Higuain, d'autres comme Daniel Van Buyten se lassent de ses pouvoirs démesurés, et beaucoup au sein du groupe diabolique se sentent floués par l'affaire Bonka Circus, du nom de la société de Kompany qui avait obtenu très (trop ? ) facilement les droits pour la réalisation du documentaire Les Diables au coeur, filmé pendant la campagne qualificative et diffusé en apéritif de l'été brésilien. Plus qu'une question d'argent, certains Diables y voient une trahison, car tout s'est fait sans qu'ils soient consultés. Les nombreux articles sur les profits réalisés par Kompany dans l'opération ont beaucoup irrité l'intéressé, qui n'a jamais manqué de le confier en privé mais qui, par orgueil, n'a jamais voulu s'abaisser à réagir publiquement aux affaires. Les blessures de plus en plus fréquentes finissent par priver Vincent d'une place à l'EURO français. Et c'est finalement là, en son absence, que le groupe réalise son importance dans le quotidien d'un grand tournoi. Vincent n'est pourtant jamais bien loin. C'est même lui qui, après le clash entre Marc Wilmots et Thibaut Courtois, prend la parole dans le vestiaire pour dicter aux Diables une ligne de conduite après l'élimination douloureuse face aux Gallois. Quelques instants plus tard, dans les couloirs du Stade Pierre Mauroy, il est aperçu en grande discussion avec Thomas Meunier, le félicitant pour son EURO et son transfert à Paris, alors que la rumeur disait que l'Ardennais ne pouvait pas voir le Citizen en peinture. " Il faut quelqu'un qui dégage quelque chose au niveau de la communication ", analyse Meunier. " Et chez les Diables, tout le monde fait son job, mais personne ne dépasse jamais ce cadre. Sauf Vincent, pour qui c'est naturel. " Michy Batshuayi synthétise en une punchline : " Vincent, c'est la parole de l'équipe. " Une voix de référence qui manque au coeur de l'été français, durant lequel les invitations de certains joueurs dans la chambre de Marc Wilmots pour des discussions en tête-à-tête attisent des jalousies au sein du groupe. L'autorité de Vincent, elle, est incontestable. L'affaire Bonka Circus est désormais oubliée, et même ceux qui se présentent en privé comme des " anti-Kompany " reconnaissent son leadership. " Je n'irai jamais au restaurant avec lui, mais c'est lui le capitaine ", confie un Diable. Même Eden Hazard n'a aucun mal à admettre que son brassard est à classer au rang des apparences trompeuses : " A mes yeux, le vrai capitaine, c'est Vincent. Il en a plus l'âme. C'est quelqu'un que tout le monde écoute. " " C'est le leader, reconnu par tous ", confirme Chris Van Puyvelde, le directeur technique de la fédé. Quand la grogne monte dans les tribunes, après une large victoire contre Gibraltar à Sclessin au terme de laquelle certains joueurs oublient de saluer le public, c'est lui qui, en compagnie de Hazard et Axel Witsel, rencontre une délégation de supporters dans les travées de l'arène liégeoise. C'est encore lui qui s'installe à la table des dirigeants pour renégocier les primes, fixées à des plafonds intenables à l'époque de Steven Martens, pour renouer un dialogue rendu difficile par les sorties médiatiques bouillantes de Bart Verhaeghe. " A ce niveau-là, la longue absence de Vincent s'est fait ressentir ", reconnaît Jan Vertonghen. " Il y avait comme un vide dans ce genre de décision. Il a repris les choses en mains, il s'y connaît bien. " " Quand vous êtes capitaine, vous n'avez aucun réel pouvoir sur qui que ce soit. C'est une voie très difficile pour être un leader, car vous n'avez aucun outil à exploiter ", confie Kompany au Financial Times. Pour régner sur le vestiaire diabolique, l'enfant prodige de la capitale a pu compter sur un atout de taille, esquissé par les mots de Jean-François Gillet : " C'est notre leader indiscutable parce qu'il a une certaine façon de s'exprimer, c'est quelque chose d'inné. " " Eden est notre leader technique, mais ce n'est pas lui qui va l'ouvrir. Alors que Vincent, lui, il ne va pas hésiter ", confirme Marouane Fellaini, rejoint par Christian Benteke au moment de faire l'éloge des qualités de meneur d'hommes du Prince de l'Etihad Stadium : " Certains peuvent prendre la parole, mais ils n'ont pas son autorité naturelle. Il fait partie des gens que tu écoutes quand ils parlent. Il est convaincant, charismatique, il dégage vraiment quelque chose. C'est un vrai capitaine. " S'il a laissé de côté son omnipotence au sein de la Maison de Verre, et qu'il a réintégré le groupe sans récupérer un brassard que Roberto Martinez a laissé à Eden Hazard, Kompany n'a pas tardé à reprendre sa place privilégiée au sein d'un vestiaire où le trône était resté sans occupant. " Je pense que personne ne l'a vraiment remplacé ", explique d'ailleurs Laurent Depoitre, témoin lors du rassemblement de novembre dernier d'une vie de Diables sans la présence de Kompany. Mais quelqu'un aurait-il vraiment pu reprendre le flambeau ? " Un leader comme ça, c'est très rare ", rétorque Nacer Chadli. " C'est un repère pour toute notre génération. Il a toujours eu les mots justes. C'est une sorte de grand frère. " Un grand frère qui, voici quelques années, était plutôt du genre Big Brother, filmant toute sa famille et voulant tout savoir de ses moindres faits et gestes. Avant de finalement faire un pas de côté. Le voilà revenu à l'époque de ses jeunes années à Neerpede. Sans le brassard, mais avec une voix qui, une fois qu'elle se fait entendre dans le vestiaire, éteint naturellement toutes les autres.