Est-ce que Vincent Kompany doit rester joueur ? Oui ! Est-ce qu'il y a un meilleur défenseur central que lui dans le noyau d'Anderlecht ? Non !

Seulement voilà, même quand on s'appelle Vincent Kompany, on ne peut pas tout faire. N'importe quel homme, n'importe quel sportif a ses limites. Et le Kompany qu'on a vu le week-end dernier à Courtrai, impliqué dans trois des quatre buts adverses, c'est un homme qui en prend trop sur ses épaules. Quand ton équipe est dominée, quand l'adversaire a des grosses occasions, en tant que défenseur, tu dois pouvoir te concentrer à fond sur ton job. C'est impossible de rester bon là-dedans si, en plus, tu commences à réfléchir aux changements qu'il va falloir faire. Bref, on a eu la plus parfaite illustration que la double casquette de joueur et entraîneur à un niveau pareil, c'est vraiment compliqué à assumer.

Depuis le début, depuis que sa philosophie a été dévoilée, depuis qu'il a expliqué qu'il allait surtout travailler avec des jeunes, on a compris qu'il y aurait des hauts et des bas dans le processus. Ça a été confirmé entre-temps. Mais ce qui me choque, c'est le changement de visage aussi soudain que ce qu'on a vu à Courtrai. En rentrant au vestiaire à la mi-temps, Anderlecht restait sur trois matches et demi consécutifs où on avait vu des choses intéressantes, à défaut d'avoir pris beaucoup de points. Puis là, d'un coup, l'équipe s'est effondrée. Elle n'a plus existé en deuxième mi-temps. Je n'ai aucune explication qui tienne la route.

En tout cas, dans un moment pareil, Anderlecht aurait eu bien besoin de joueurs focus à 100 % sur leur boulot de joueurs, et d'un entraîneur concentré à fond sur son job d'entraîneur. Mais dans le mode de fonctionnement actuel du club, c'est donc impossible. En plus, à ce moment-là, le boulot de coach était énorme parce que l'équipe était mauvaise à tous ses étages. Ce n'est pas simplement en défense, dans les parages de Kompany, qu'il fallait adapter certaines choses. C'était derrière, au milieu, devant.

" Si Milic ou Lawrence fait le même match que Kompany à Courtrai, il se fait huer et n'est plus sur le terrain pour le match suivant. "

Est-ce que les bonnes leçons vont être tirées d'un naufrage pareil ? Il y aussi d'autres choses à se demander, d'autres trucs qui interpellent. Imagine que dans un match perdu 4-2 à Courtrai, il y ait trois buts pour la pomme d'un James Lawrence ou d'un Antonio Milic. Qu'est-ce qui se passerait dans ce cas-là ? D'abord, le Milic ou le Lawrence, il se ferait huer par les supporters. Ensuite, le Milic ou le Lawrence, il serait sur le banc ou dans la tribune pour le match du week-end suivant.

C'est super ambigu, cette situation de joueur-entraîneur. Encore une autre illustration. Il va y avoir une trêve pour les matches des équipes nationales. Dans n'importe quel club qui ne tourne pas, c'est une excellente occasion pour tout recadrer, pour faire un travail spécifique, pour rendre de la confiance aux joueurs. Dans des moments pareils, le travail de l'entraîneur est hyper important. Mais à Anderlecht, ça ne devrait à nouveau pas se passer comme ailleurs puisque l'entraîneur sera probablement repris avec les Diables Rouges ! Si c'est le cas, ce sera une belle occasion ratée de remettre de l'ordre dans la maison. Et puis il y aura le match de gala de Kompany à Manchester. Je répète que sa place, à ce moment-là, est à Anderlecht et nulle part ailleurs.

Tout le monde doit se poser les bonnes questions. La direction doit se demander ce qui est le mieux pour elle, Kompany doit se demander ce qui est le mieux pour lui - et aussi se demander pourquoi il n'est pas bon en ce moment. Je ne fais pas ici un plaidoyer pour tout jeter. Au contraire, il y a des choses que je trouverais bien de conserver : la philosophie de jeu, la confiance aux jeunes. Ce que je conserverais aussi, donc, c'est un Kompany joueur !