Il y a un temps pour les certitudes. Celui de Kevin De Bruyne est visiblement arrivé. Débordant de confiance, le playmaker de Manchester City récite une nouvelle partition de haut vol à chaque apparition dans son costume bleu ciel. Le contraste est grand, entre ce joueur qui dégouline d'efforts et de certitudes, et celui qui changeait de chaussures à la mi-temps d'un match contre Roulers, quittant ses pantoufles jaunes pour un noir plus sobre en se fiant à ses superstitions.

Les souvenirs du premier De Bruyne s'installent sur le flanc gauche. Une position depuis laquelle il pouvait s'adonner à deux passions qu'il traînait depuis l'enfance, quand il faisait la moue si Charly Musonda, coach technique des jeunes joueurs de Gand, décidait de travailler autre chose à l'entraînement. Kevin voulait dribbler et frapper. Le tir, surtout, était une obsession.

Passé à Genk, où il faisait ses gammes sur les terrains de la topsportschool locale en plus des séances organisées par le club, KDB multipliait les heures supplémentaires pour peaufiner sa technique de frappe. Là, à l'abri d'une épaisse forêt, le Gantois préparait l'arme qui allait faire de lui le milieu de terrain le plus décisif de la planète.

Cette saison, le Belge est en route pour décrocher un troisième titre de meilleur passeur de Premier League en quatre ans passés sous les ordres de Pep Guardiola. Déjà auteur de seize passes décisives depuis le coup d'envoi de la saison, il est même sur les traces du record de Thierry Henry, qui avait empilé 20 assists en 2002-2003, une marque jamais atteinte depuis malgré les tentatives de KDB ou de Mesut Özil.

Pour moi, c'est le meilleur meneur de jeu du monde. " - Roberto Martinez

Dans les quatre plus grands championnats du continent, personne ne crée autant d'occasions de but par match que lui (en moyenne 3,7 key-passes, passes menant à un tir). Le Diable Rouge semble avoir complété sa métamorphose, passant en une dizaine d'années de l'aile gauche au coeur du jeu, avec une préférence pour les voyages sur le côté droit.

Attiré par le but comme un joueur qui aurait toujours rêvé d'être attaquant, De Bruyne a appris à être un milieu de terrain. Et pas n'importe lequel. Sans doute le meilleur du monde.

Façonné en Allemagne

La carrure internationale de KDB se sculpte en Allemagne. D'abord à Brême, mais surtout à Wolfsburg. En un an et demi chez les Loups, dans la discrétion du club-usine de Volkswagen dont la médiatisation moindre pardonne les moins bons matches et se rappelle surtout des bons, le Belge s'acclimate, puis explose.

La saison 2014-2015 est bouclée avec 21 passes décisives, un record absolu en Bundesliga. Attaquant de surface moyen, sublimé par les services de son passeur attitré, Bas Dost vole à la hauteur de Robert Lewandowski ou de Pierre-Emerick Aubameyang au classement des buteurs.

Le schéma est presque toujours identique : De Bruyne déborde, et dépose le ballon dans la boîte pendant que Dost sort de la sienne. " Kevin voit tout ", résume le Néerlandais.

Conscient du talent qu'il a entre les mains, Dieter Hecking offre à Kevin De Bruyne un système taillé sur mesure pour exploiter ses atouts : un appétit démesuré pour la profondeur, une capacité à répéter les efforts dignes d'un Flandrien sur les routes pavées du Ronde, et une qualité de pied au-dessus de la moyenne.

Sur le flanc droit, le coach allemand installe donc souvent Daniel Caligiuri, un Italo- Allemand pas franchement amoureux des débordements, qui décroche afin de vider le couloir, offert à l'instinct de prédateur de Kevin De Bruyne. Le Belge s'engouffre dans les espaces, distance les défenseurs adverses grâce à ses conduites de balle verticales et distribue du caviar.

" Kevin possède un sens inouï des brèches ", explique Dieter Hecking à l'heure de mettre des mots sur le phénomène qu'il a entre les mains. " Il a la liberté de se déplacer sur toute la largeur du terrain, parce qu'il cherche toujours les espaces. " Dans une équipe organisée, qui base surtout son football sur des reconversions très verticales, la tâche est évidemment facilitée. "

Alors cité au Bayern, De Bruyne est sur toutes les lèvres suite à son titre de joueur de l'année en Allemagne. Celles de Franck Ribéry s'expriment dans les colonnes de Bild, et visent en pleine lucarne : " C'est un super joueur, mais il n'est pas comme Arjen Robben ou moi. Ce n'est pas un joueur qui, balle au pied, cherche le dribble et aime effacer son adversaire. De Bruyne est excellent en contre, quand il a de l'espace. Mais au Bayern, l'espace est très limité. "

Kevin De Bruyne se joue de Phil Jones lors du derby mancunien en League Cup. Si Man City est moins performant cette saison, les stats de KDB sont toujours aussi impressionnantes., Getty
Kevin De Bruyne se joue de Phil Jones lors du derby mancunien en League Cup. Si Man City est moins performant cette saison, les stats de KDB sont toujours aussi impressionnantes. © Getty

De Pellegrini à Guardiola

Finalement, c'est la Premier League des allers-retours incessants qui accueille KDB. Direction Manchester City, alors drivé par le football suave de Manuel Pellegrini et dirigé sur la pelouse par la surpuissance nonchalante de Yaya Touré.

Chez les Citizens, De Bruyne débarque comme un hyperactif dans une maison de retraite. Son rôle est surtout de conférer du dynamisme, de la profondeur et de la verticalité à un noyau qui multiplie les joueurs de ballon au détriment des amoureux de l'espace. " Kevin peut jouer à trois postes : derrière l'attaquant ou sur les deux flancs ", esquisse son manager. " Il est très dynamique, et son football est très direct. "

Paradoxe s'il en est, celui qui était le roi des passes en Allemagne quelques mois plus tôt boucle sa première saison anglaise avec plus de buts (16) que de passes décisives (12), toutes compétitions confondues. Au bout de l'été, traversé comme un fantôme sur les pelouses de France après une saison épuisante qui l'a mené jusqu'en demi-finales de la Ligue des Champions, KDB fait une rencontre décisive pour la suite de sa carrière. Manuel Pellegrini est poliment congédié de l'Etihad Stadium, et cède son poste de manager à Pep Guardiola.

L'arrivée du technicien catalan dans un nouveau club alimente toujours les chroniques tactiques. Qui va-t-il faire évoluer à une position inattendue ? Quel joueur sera transformé par ses méthodes ? Pour De Bruyne, la comparaison la plus répandue dresse un parallèle avec Toni Kroos. Milieu offensif qui frappait dans toutes les positions avant sa rencontre avec Guardiola, l'Allemand est devenu le maestro du Real Madrid, installé bien plus bas sur la pelouse, au bout d'une petite année bavaroise sous les ordres de l'ancien coach du Barça. De Bruyne suivra-t-il la même trajectoire ?

Apprendre à organiser

Les premiers mois de cohabitation installent le Belge dans un rôle de milieu intérieur droit, dans le traditionnel 4-3-3 de Pep Guardiola. Le jeu de position strict prôné par le Catalan affiche de premières limites, notamment à la relance où les Citizens manquent de pieds de qualité.

Pour résoudre l'équation, le coach de City s'inspire d'une rencontre qualificative pour le Mondial russe entre la Belgique et l'Estonie. Une démonstration (8-1) au cours de laquelle De Bruyne est placé aux côtés d'Axel Witsel, devant la défense, par Roberto Martinez.

Guardiola ordonne alors le football de son Diable Rouge. Celui dont Vincent Kompany avait dit, à ses débuts à City, que " la façon dont se déroule le match n'a pas vraiment d'influence sur lui ", devient le rouage central du football des Skyblues. L'homme qui va chercher le ballon dans les pieds de ses défenseurs centraux pour lui faire franchir la ligne médiane.

Conscient de ses atouts et de ceux de ses coéquipiers installés plus haut sur la pelouse, comme Raheem Sterling et Leroy Sané, De Bruyne s'en accommode : " Les joueurs qui m'entourent sont si bons en un-contre-un. Moi, je suis plutôt un passeur. "

Très vite, Pep Guardiola se rend compte que ce De Bruyne ne lui suffit pas. S'il est indispensable à la relance, le Belge manque dans la zone de vérité. Là où il est capable de faire les différences qui comptent le plus. Celles qui s'inscrivent sur la feuille de match.

KDB l'organisateur est capable de briller dans l'axe, parce qu'il " fait partie de cette classe de joueurs qui sont capables de s'orienter à 360 degrés, qui savent se tourner des deux côtés et voient tout le terrain ", explique Xavi, expert en la matière, dans El País. Le voilà désormais armé d'une nouvelle dimension, synthétisée par Mikel Arteta, alors adjoint de Guardiola : " Pep lui a donné une nouvelle façon de voir les choses et de contrôler les matches. Maintenant, il comprend le terrain, son équipe, le jeu en combinaisons... Il sait ce que le jeu demande. "

Pep lui a donné une nouvelle façon de voir les choses et de contrôler les matches. Maintenant, il comprend le terrain, son équipe ... Il sait ce que le jeu demande. " - Mikel Arteta

L'action indéfendable

Mais le Diable rouge reste un joueur agressif, vertical. Il ne cesse jamais de faire écho aux mots de Manuel Pellegrini, qui expliquait son recrutement en toute simplicité : " Si nous avons acheté Kevin, c'est parce qu'il est capable de marquer des buts ou d'en faire marquer. "

Parce que cette dimension reste précieuse, et que De Bruyne est peut-être le joueur le plus à même de créer le danger quel que soit le scénario du match, Guardiola cultive évidemment cette facette de son jeu. Toujours attentif à ce qui se déroule dans les autres sports, le Catalan est notamment fasciné par le basket et ses attaques chorégraphiées au point qu'elles peuvent devenir " impossibles à défendre ".

Il crée alors l'action parfaite, conclue par un tour de magie de KDB : le jeu des Citizens s'installe sur la droite, où un ailier - que ce soit Riyad Mahrez ou Bernardo Silva étire le terrain au maximum, en largeur comme en profondeur. Une fois alerté, le joueur remise le ballon pour Kevin De Bruyne, parti de sa position axiale pour trouver de l'espace entre les lignes sur le côté droit. Protégé par l'arrivée de Rodri, indéboulonnable devant la défense, il peut désormais se concentrer encore plus sur cette tâche qui lui est assignée dans la partie offensive du terrain.

KDB survole la Premier League. Après ses titres de meilleur passeur de 2017 et 2018, il est en route pour réaliser la passe de trois., Getty
KDB survole la Premier League. Après ses titres de meilleur passeur de 2017 et 2018, il est en route pour réaliser la passe de trois. © Getty

En un temps, le centre du Belge, avec sa courbe parabolique qui le rend insaisissable pour les défenseurs tout en restant hors de portée du gardien, fait presque toujours mouche. Sergio Agüero ou Raheem Sterling se régalent. Les amoureux des chiffres aussi : meilleur passeur d'Angleterre en 2017 et en 2018, le Diable Rouge est en route pour réaliser la passe de trois après une saison pourrie par les blessures, et ainsi égaler Frank Lampard, Cesc Fabregas et David Beckham.

Parfois, je vois le futur proche. Je sais comment l'action va se dérouler avant qu'elle ait lieu. " - Kevin De Bruyne

C'est sans doute à ce dernier que renvoient le plus souvent les caviars de KDB, distillés depuis ces espaces nettoyés pour lui sur le flanc droit. La mise en scène de Guardiola permet de servir le Belge face au jeu, avec quelques secondes de liberté qui l'affranchissent du besoin de dribbler, une qualité qu'il ne porte pas au niveau des plus grands acrobates du monde.

À partir de là, tout va très vite. Parce que " parfois, je vois le futur proche. Je sais comment l'action va se dérouler avant qu'elle ait lieu ", expliquait l'intéressé au Telegraph. Visiblement, ses coéquipiers le savent aussi. Aujourd'hui, les centres de KDB sont presque aussi dangereux qu'un penalty. " Pour moi, c'est le meilleur meneur de jeu du monde ", conclut Roberto Martinez. " Parce qu'il est capable de donner un assist avant même que n'importe qui d'autre n'ait eu le temps de le voir. "

Les chiffres fous de KDB

Jeter un coup d'oeil sur les statistiques avancées en termes de passes revient à voir le nom de Kevin De Bruyne apparaître à tous les étages. À commencer par celui des passes décisives, évidemment. Déjà passeur à 16 reprises en Premier League, le Belge est la référence incontestable dans les quatre grands championnats européens. Son poursuivant le plus proche, le très dynamique ailier de Dortmund Jadon Sancho, pointe à deux longueurs.

En termes d' expected assists, soit de passes décisives " attendues " en fonction de la qualité de la position de frappe offerte par la dernière passe, De Bruyne est également le roi des grandes compétitions avec 11,91 xA. Son premier poursuivant est un autre joueur habitué à distribuer les caviars à distance depuis le côté droit, l'arrière latéral de Liverpool Trent Alexander-Arnold.

Également numéro 1 dans la catégorie " occasions créées " (96 depuis le début de saison), KDB ne doit céder le leadership que dans des catégories plus pointues. Parce qu'il n'est pas toujours possible de s'installer au sommet de la hiérarchie quand l'un des concurrents s'appelle Lionel Messi. L'Argentin fait mieux que De Bruyne en quantité de through passes (les ballons envoyés dans le dos de la défense), smart passes (les passes qui cassent une ligne, éliminant un certain nombre de joueurs) et deep completions (les passes réussies à proximité du but adverse), mais KDB est son dauphin et son seul véritable concurrent dans ces domaines.

Si le roi du ballon rond est aussi le roi de la passe, le prince héritier venu de Belgique semble de plus en plus proche de contester son trône.

Il y a un temps pour les certitudes. Celui de Kevin De Bruyne est visiblement arrivé. Débordant de confiance, le playmaker de Manchester City récite une nouvelle partition de haut vol à chaque apparition dans son costume bleu ciel. Le contraste est grand, entre ce joueur qui dégouline d'efforts et de certitudes, et celui qui changeait de chaussures à la mi-temps d'un match contre Roulers, quittant ses pantoufles jaunes pour un noir plus sobre en se fiant à ses superstitions. Les souvenirs du premier De Bruyne s'installent sur le flanc gauche. Une position depuis laquelle il pouvait s'adonner à deux passions qu'il traînait depuis l'enfance, quand il faisait la moue si Charly Musonda, coach technique des jeunes joueurs de Gand, décidait de travailler autre chose à l'entraînement. Kevin voulait dribbler et frapper. Le tir, surtout, était une obsession. Passé à Genk, où il faisait ses gammes sur les terrains de la topsportschool locale en plus des séances organisées par le club, KDB multipliait les heures supplémentaires pour peaufiner sa technique de frappe. Là, à l'abri d'une épaisse forêt, le Gantois préparait l'arme qui allait faire de lui le milieu de terrain le plus décisif de la planète. Cette saison, le Belge est en route pour décrocher un troisième titre de meilleur passeur de Premier League en quatre ans passés sous les ordres de Pep Guardiola. Déjà auteur de seize passes décisives depuis le coup d'envoi de la saison, il est même sur les traces du record de Thierry Henry, qui avait empilé 20 assists en 2002-2003, une marque jamais atteinte depuis malgré les tentatives de KDB ou de Mesut Özil. Dans les quatre plus grands championnats du continent, personne ne crée autant d'occasions de but par match que lui (en moyenne 3,7 key-passes, passes menant à un tir). Le Diable Rouge semble avoir complété sa métamorphose, passant en une dizaine d'années de l'aile gauche au coeur du jeu, avec une préférence pour les voyages sur le côté droit. Attiré par le but comme un joueur qui aurait toujours rêvé d'être attaquant, De Bruyne a appris à être un milieu de terrain. Et pas n'importe lequel. Sans doute le meilleur du monde. La carrure internationale de KDB se sculpte en Allemagne. D'abord à Brême, mais surtout à Wolfsburg. En un an et demi chez les Loups, dans la discrétion du club-usine de Volkswagen dont la médiatisation moindre pardonne les moins bons matches et se rappelle surtout des bons, le Belge s'acclimate, puis explose. La saison 2014-2015 est bouclée avec 21 passes décisives, un record absolu en Bundesliga. Attaquant de surface moyen, sublimé par les services de son passeur attitré, Bas Dost vole à la hauteur de Robert Lewandowski ou de Pierre-Emerick Aubameyang au classement des buteurs. Le schéma est presque toujours identique : De Bruyne déborde, et dépose le ballon dans la boîte pendant que Dost sort de la sienne. " Kevin voit tout ", résume le Néerlandais. Conscient du talent qu'il a entre les mains, Dieter Hecking offre à Kevin De Bruyne un système taillé sur mesure pour exploiter ses atouts : un appétit démesuré pour la profondeur, une capacité à répéter les efforts dignes d'un Flandrien sur les routes pavées du Ronde, et une qualité de pied au-dessus de la moyenne. Sur le flanc droit, le coach allemand installe donc souvent Daniel Caligiuri, un Italo- Allemand pas franchement amoureux des débordements, qui décroche afin de vider le couloir, offert à l'instinct de prédateur de Kevin De Bruyne. Le Belge s'engouffre dans les espaces, distance les défenseurs adverses grâce à ses conduites de balle verticales et distribue du caviar. " Kevin possède un sens inouï des brèches ", explique Dieter Hecking à l'heure de mettre des mots sur le phénomène qu'il a entre les mains. " Il a la liberté de se déplacer sur toute la largeur du terrain, parce qu'il cherche toujours les espaces. " Dans une équipe organisée, qui base surtout son football sur des reconversions très verticales, la tâche est évidemment facilitée. " Alors cité au Bayern, De Bruyne est sur toutes les lèvres suite à son titre de joueur de l'année en Allemagne. Celles de Franck Ribéry s'expriment dans les colonnes de Bild, et visent en pleine lucarne : " C'est un super joueur, mais il n'est pas comme Arjen Robben ou moi. Ce n'est pas un joueur qui, balle au pied, cherche le dribble et aime effacer son adversaire. De Bruyne est excellent en contre, quand il a de l'espace. Mais au Bayern, l'espace est très limité. " Finalement, c'est la Premier League des allers-retours incessants qui accueille KDB. Direction Manchester City, alors drivé par le football suave de Manuel Pellegrini et dirigé sur la pelouse par la surpuissance nonchalante de Yaya Touré. Chez les Citizens, De Bruyne débarque comme un hyperactif dans une maison de retraite. Son rôle est surtout de conférer du dynamisme, de la profondeur et de la verticalité à un noyau qui multiplie les joueurs de ballon au détriment des amoureux de l'espace. " Kevin peut jouer à trois postes : derrière l'attaquant ou sur les deux flancs ", esquisse son manager. " Il est très dynamique, et son football est très direct. " Paradoxe s'il en est, celui qui était le roi des passes en Allemagne quelques mois plus tôt boucle sa première saison anglaise avec plus de buts (16) que de passes décisives (12), toutes compétitions confondues. Au bout de l'été, traversé comme un fantôme sur les pelouses de France après une saison épuisante qui l'a mené jusqu'en demi-finales de la Ligue des Champions, KDB fait une rencontre décisive pour la suite de sa carrière. Manuel Pellegrini est poliment congédié de l'Etihad Stadium, et cède son poste de manager à Pep Guardiola. L'arrivée du technicien catalan dans un nouveau club alimente toujours les chroniques tactiques. Qui va-t-il faire évoluer à une position inattendue ? Quel joueur sera transformé par ses méthodes ? Pour De Bruyne, la comparaison la plus répandue dresse un parallèle avec Toni Kroos. Milieu offensif qui frappait dans toutes les positions avant sa rencontre avec Guardiola, l'Allemand est devenu le maestro du Real Madrid, installé bien plus bas sur la pelouse, au bout d'une petite année bavaroise sous les ordres de l'ancien coach du Barça. De Bruyne suivra-t-il la même trajectoire ? Les premiers mois de cohabitation installent le Belge dans un rôle de milieu intérieur droit, dans le traditionnel 4-3-3 de Pep Guardiola. Le jeu de position strict prôné par le Catalan affiche de premières limites, notamment à la relance où les Citizens manquent de pieds de qualité. Pour résoudre l'équation, le coach de City s'inspire d'une rencontre qualificative pour le Mondial russe entre la Belgique et l'Estonie. Une démonstration (8-1) au cours de laquelle De Bruyne est placé aux côtés d'Axel Witsel, devant la défense, par Roberto Martinez. Guardiola ordonne alors le football de son Diable Rouge. Celui dont Vincent Kompany avait dit, à ses débuts à City, que " la façon dont se déroule le match n'a pas vraiment d'influence sur lui ", devient le rouage central du football des Skyblues. L'homme qui va chercher le ballon dans les pieds de ses défenseurs centraux pour lui faire franchir la ligne médiane. Conscient de ses atouts et de ceux de ses coéquipiers installés plus haut sur la pelouse, comme Raheem Sterling et Leroy Sané, De Bruyne s'en accommode : " Les joueurs qui m'entourent sont si bons en un-contre-un. Moi, je suis plutôt un passeur. " Très vite, Pep Guardiola se rend compte que ce De Bruyne ne lui suffit pas. S'il est indispensable à la relance, le Belge manque dans la zone de vérité. Là où il est capable de faire les différences qui comptent le plus. Celles qui s'inscrivent sur la feuille de match. KDB l'organisateur est capable de briller dans l'axe, parce qu'il " fait partie de cette classe de joueurs qui sont capables de s'orienter à 360 degrés, qui savent se tourner des deux côtés et voient tout le terrain ", explique Xavi, expert en la matière, dans El País. Le voilà désormais armé d'une nouvelle dimension, synthétisée par Mikel Arteta, alors adjoint de Guardiola : " Pep lui a donné une nouvelle façon de voir les choses et de contrôler les matches. Maintenant, il comprend le terrain, son équipe, le jeu en combinaisons... Il sait ce que le jeu demande. " Mais le Diable rouge reste un joueur agressif, vertical. Il ne cesse jamais de faire écho aux mots de Manuel Pellegrini, qui expliquait son recrutement en toute simplicité : " Si nous avons acheté Kevin, c'est parce qu'il est capable de marquer des buts ou d'en faire marquer. " Parce que cette dimension reste précieuse, et que De Bruyne est peut-être le joueur le plus à même de créer le danger quel que soit le scénario du match, Guardiola cultive évidemment cette facette de son jeu. Toujours attentif à ce qui se déroule dans les autres sports, le Catalan est notamment fasciné par le basket et ses attaques chorégraphiées au point qu'elles peuvent devenir " impossibles à défendre ". Il crée alors l'action parfaite, conclue par un tour de magie de KDB : le jeu des Citizens s'installe sur la droite, où un ailier - que ce soit Riyad Mahrez ou Bernardo Silva étire le terrain au maximum, en largeur comme en profondeur. Une fois alerté, le joueur remise le ballon pour Kevin De Bruyne, parti de sa position axiale pour trouver de l'espace entre les lignes sur le côté droit. Protégé par l'arrivée de Rodri, indéboulonnable devant la défense, il peut désormais se concentrer encore plus sur cette tâche qui lui est assignée dans la partie offensive du terrain. En un temps, le centre du Belge, avec sa courbe parabolique qui le rend insaisissable pour les défenseurs tout en restant hors de portée du gardien, fait presque toujours mouche. Sergio Agüero ou Raheem Sterling se régalent. Les amoureux des chiffres aussi : meilleur passeur d'Angleterre en 2017 et en 2018, le Diable Rouge est en route pour réaliser la passe de trois après une saison pourrie par les blessures, et ainsi égaler Frank Lampard, Cesc Fabregas et David Beckham. C'est sans doute à ce dernier que renvoient le plus souvent les caviars de KDB, distillés depuis ces espaces nettoyés pour lui sur le flanc droit. La mise en scène de Guardiola permet de servir le Belge face au jeu, avec quelques secondes de liberté qui l'affranchissent du besoin de dribbler, une qualité qu'il ne porte pas au niveau des plus grands acrobates du monde. À partir de là, tout va très vite. Parce que " parfois, je vois le futur proche. Je sais comment l'action va se dérouler avant qu'elle ait lieu ", expliquait l'intéressé au Telegraph. Visiblement, ses coéquipiers le savent aussi. Aujourd'hui, les centres de KDB sont presque aussi dangereux qu'un penalty. " Pour moi, c'est le meilleur meneur de jeu du monde ", conclut Roberto Martinez. " Parce qu'il est capable de donner un assist avant même que n'importe qui d'autre n'ait eu le temps de le voir. "