Ça commence souvent comme une action au ralenti. L'air de ne pas y toucher, le pied posé sur le ballon façon temps mort, puis ce corps qui pivote, protège, feinte puis déboule. Il y a dans le dribble de Joris Kayembe quelque chose d'immuable et de prémédité. Il y a surtout ce temps de latence qui freine autant le jeu sur la prise de balle qu'il ne l'accélère sur son premier dribble. Le changement de rythme comme arme de poing. L'élégance comme fil conducteur, avec cette part de risque du dribble défensif qui rend l'exercice si fragile.
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Ça commence souvent comme une action au ralenti. L'air de ne pas y toucher, le pied posé sur le ballon façon temps mort, puis ce corps qui pivote, protège, feinte puis déboule. Il y a dans le dribble de Joris Kayembe quelque chose d'immuable et de prémédité. Il y a surtout ce temps de latence qui freine autant le jeu sur la prise de balle qu'il ne l'accélère sur son premier dribble. Le changement de rythme comme arme de poing. L'élégance comme fil conducteur, avec cette part de risque du dribble défensif qui rend l'exercice si fragile. En septembre 2020, peu avant d'être appelé par Roberto Martínez en sélection, le joueur confiait, réaliste, s'être rendu compte dès 2015 qu'il serait à l'avenir plus souvent contraint de dribbler dans sa moitié de terrain que dans celle de l'adversaire. "À l'époque, en un an d'entraînement avec Porto, je ne crois pas avoir passé une seul fois Alex Sandro en un-contre-un. J'avais toujours été un joueur qui faisait la différence, mais en travaillant avec Julen Lopetegui et en me heurtant à des joueurs de ce niveau-là, j'ai compris que ce n'était probablement pas en tant qu'ailier que j'avais le plus de chances de percer pour de bon." Plus fort pour dessiner les espaces quand il a le jeu devant lui, le Bruxellois provoque pourtant toujours en 2021 trois fois plus de duels offensifs que défensifs. Suffisant pour en faire sans surprise l'un des dribbleurs les plus infatigables de l'élite, mais aussi et surtout le latéral de Pro League à chercher le plus assidûment la verticalité. Forcément moins à l'aise quand il s'agit de surveiller ses arrières, Joris Kayembe est le joueur de flanc qui offre à l'adversaire le plus de possibilité de manger son dos. Des lacunes compensées par une zone d'activité qui rougit avant tout la partie de terrain adverse et refrène bien souvent les envies de migration offensive de ses contradicteurs. Zoom grossissant de ce début de saison, sa performance contre Bruges le 18 décembre (défaite 0-1) dans un match régulièrement considéré comme l'un des plus aboutis depuis le début de saison, résume à elle seule ce qu'est Joris Kayembe dans le football d' Edward Still. Contre les champions de Belgique, seul Charles De Ketelaere (quatorze) aura tenté plus de dribbles que lui (huit), mais ce samedi soir-là, Kayembe s'arroge aussi seul le statut plus ingrat de joueur carolo à avoir gagné le moins de duels (sept sur 21 soit 33%). En déplacement dans le Pays Noir, le Club passe alors 85% de ses offensives, dont la plus décisive d'entre elles, via le flanc défendu par le piston gauche local. Dans le sens inverse, Joris Kayembe rend coup pour coup et le côté gauche carolo de se retrouver à l'initiative de 76% des mouvements vers l'avant zébrés. L'histoire d'une rencontre disputée sur une seule bande. De celles qui favorisent les embouteillages, mais n'empêchent jamais les jolies rencontres.