Dimanche soir, nous demandons au staff de l'Antwerp dans quelle condition se trouve Jordan Lukaku. La réponse est rapide : " Aucune idée, il ne s'est pas encore entraîné, Covid oblige ! "
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Dimanche soir, nous demandons au staff de l'Antwerp dans quelle condition se trouve Jordan Lukaku. La réponse est rapide : " Aucune idée, il ne s'est pas encore entraîné, Covid oblige ! " Si Ivan Leko a accordé du temps de jeu à Nana Ampomah, Cristian Benavente et Jérémy Gelin à Waregem, Jordan Lukaku, enrôlé pour renforcer le couloir gauche, n'a pas encore joué. Les trois autres se sont déjà distingués. Gelin par son calme et sa solidité dans les duels, même s'il n'égale pas De Laet, Ampomah par sa vitesse et Benavente par son sens du but et sa capacité à repérer les brèches. Leko a ensuite grommelé : " Notre saison commence maintenant. " L'entraîneur enrage d'avoir dû attendre aussi longtemps pour disposer des armes nécessaires et n'apprécie pas que depuis sa victoire en Coupe, on ait considéré l'Antwerp comme un candidat au titre. " Ce n'était pas encore le cas ", dit-il. Maintenant bien, compte tenu du talent du noyau, même si Leko n'est pas encore pleinement satisfait. " Dommage que nous n'ayons pas six semaines de préparation. Ampomah et Benavente ne sont encore qu'à 50% de leurs possibilités. " Lukaku n'atteint même pas ce pourcentage, même s'il ne signifie rien. Leko : " Encore trois séances et je le fais jouer. " Jordan, qui vient de passer quatre ans en Italie, possède le profil qu'apprécie Leko. L'Antwerp va avoir besoin de tous ses hommes, compte tenu de la succession rapide des matches. Jordan Lukaku est donc l'arme secrète du Great Old. L'ancien arrière gauche d'Ostende et d'Anderlecht n'a pas chômé cet été. Quand The Athletic l'a contacté, il venait d'achever une séance avec son entraîneur personnel à Bruxelles. Jouer à l'Antwerp lui permet aussi de se rendre plus facilement chez Lieven Maesschalck et son centre move to cure anversois. On y traite sa délicate blessure au genou depuis un an et demi. Il souffre d'une inflammation bilatérale au tendon rotulien. Il a divulgué le diagnostic sur Instagram en août 2018, pour expliquer son absence au Mondial russe et au stage de la Lazio. Ajoutant tout de même : " J'espère être guéri d'ici un mois ou deux. " Sa guérison va traîner, comme le révèlent ses statistiques. Il revient à la Lazio le 4 novembre, mais disparaît fin janvier 2019. Une nouvelle longue rééducation et la pandémie ont ralenti le processus, mais en juin, à la reprise de la Serie A, il semblait avoir surmonté ses problèmes. À l'exception de la rencontre face la Juventus, Simone Inzaghi a fait appel à Lukaku à chaque match dans sa chasse au titre. Malheureusement pour Jordan, il n'y avait plus de choc contre l'Inter de son frère Romelu au programme. Jordan a reconnu avoir traversé des moments pénibles. Les joueurs blessés passent de nombreuses heures par jour au club, plus que les autres. Il a eu le sentiment d'être isolé, seul, sans contact avec ses coéquipiers, sans ami. C'est ce qui lui a le plus manqué. Il a mis ce temps libre à profit pour lire. " Les gens croient que les footballeurs sont vissés à leur téléphone. Ils ne pensent pas à la technologie, qui permet de lire des livres sur son écran. " Il possède un Kindle et a notamment lu la biographie de Zlatan Ibrahimovic. En deux jours. Il s'est certainement reconnu dans certains passages. Comme le Suédois, les Lukaku n'ont pas baigné dans le luxe petits, même s'ils ont maintenant des revenus confortables : la Gazzetta vient d'estimer le salaire annuel de Jordan Lukaku la saison passée à 800.000 euros. Leur père, Roger, a certes été footballeur professionnel, mais il ne s'est jamais produit pour un grand club et n'a donc touché qu'un salaire moyen. Il a en outre souvent effectué de mauvais choix de vie, réalisé de mauvais investissements ou, selon ses dires, des gens ont profité de lui. Les deux garçons ont donc grandi dans un logement social, avec le revenu minimum. Adolphine, leur mère, faisait le ménage dans des maisons et des cafés d'Anvers. Après l'entraînement à Boom, les gamins allaient souvent l'aider. Ils ont sauvé la famille grâce au football. Zlatan a grandi dans des conditions similaires. Ce qui ne l'a pas empêché d'encore claquer deux buts dans le derby milanais. Jordan a lu un autre livre : le Secret footballer, qui dévoile les petits secrets du milieu dans lequel il baigne depuis plus d'une décennie. La biographie de Marco van Basten l'a également marqué. " Je peux imaginer à quel point il doit être dur de devoir tout arrêter quant on est au sommet de son art. " Heureusement, son genou est de nouveau en parfait état et il n'est pas question de devoir abandonner le football. Jordan quitte donc la Botte l'espace d'un an - la durée de sa location à l'Antwerp - et effectue un pas en arrière, comme en août 2013. Il avait alors quitté Anderlecht pour Ostende, où Marc Coucke effectuait ses débuts et avait offert à son club Fernando Canesin, Jordan Lukaku, puis Franck Berrier. Les supporters pensaient avoir un attaquant de plus, car John van den Brom avait posté Lukaku sur l'aile gauche durant ses derniers matches. Deux saisons plus tard, devenu international à l'arrière gauche, il avait reconnu qu'un poste aussi avancé ne lui convenait pas. " J'ai plus de perspectives comme latéral. " Il manquait de précision pour une position plus offensive, alors qu'il pouvait faire mal à l'adversaire, grâce à ses sprints et à son abattage en ayant le terrain devant lui. Il avait aussi admis que s'il avait dû effectuer un pas en arrière en rejoignant la Côte, c'était parce qu'il n'avait pas reçu sa chance à Anderlecht, mais aussi à cause de son caractère. " Il ne convient pas au monde du football. " Il devait devenir un des porte-drapeaux du nouveau RSCA, avec Tielemans, mais il avait provoqué trop de frictions. Il est revenu sur ce thème dans nos colonnes début 2016. " Je n'aime pas tourner autour du pot. Or, on ne peut pas être direct dans le football. On est puni d'être soi-même. Disons que j'ai mal accepté ça dans le passé. J'oubliais que je n'étais encore qu'un jeune footballeur. On peut se permettre plus de choses quand on est important et qu'on jouit du soutien du groupe, mais je n'avais pas ce statut à Anderlecht et j'ai tapé sur les nerfs de certains en arrivant en retard et en commettant d'autres faux-pas de ce genre. " Une blessure lui a déjà joué des tours. Il a entamé les play-offs en 2012, mais la saison suivante, il a souffert d'une fracture de stress et n'a pu confirmer. En réalité, les blessures lui ont coûté beaucoup de temps. Fred Vanderbiest l'a accueilli à bras ouverts à Ostende et l'a reconverti au back. Ce n'était pas évident, car Jordan, qui analysait des matches internationaux avec son père et son frère depuis l'enfance, était fou des arrières offensifs. Ils ont maté toutes les vidéos du Mondial 1998, quand Roberto Carlos était une référence à ce poste. Marcelo est un autre de ses modèles. Lukaku nous le confirmait, en 2016 : " J'ai commencé à jouer parce que j'aimais attaquer et dribbler. Il n'y avait pas de défenseurs parmi mes idoles. Roberto Carlos n'était pas célèbre pour son travail défensif, mais pour ses tirs, ses centres, ses sprints. J'aime les joueurs qui dribblent et provoquent leur adversaire, comme Marcelo. " Cet été, il a confié à The Athletic qu'il voulait en fait devenir... athlète, à l'image de son héros, Maurice Greene. Jordan avait six ans quand Greene a remporté les Jeux Olympiques de Sydney. Mais Adolphine s'y est opposée. S'il voulait faire du sport, il devait opter pour le football. Romelu, d'un an son aîné, s'y était déjà mis et Jordan devait suivre son exemple. Vanderbiest, aujourd'hui entraîneur du RWDM, a hérité d'un diamant brut. " Rapide. Doté d'une bonne passe, d'un grand abattage. Mais parfois trop nonchalant. Il avait du travail sur le plan défensif. Jordan s'occupait tellement de l'attaque qu'il se faisait piéger dans les transitions. Il compensait beaucoup ses lacunes grâce à sa vitesse. À un niveau supérieur, ses erreurs auraient été sanctionnées, mais pas chez nous. Il a bien fait de jouer à Ostende. C'est moins le cas des joueurs issus du Standard, car le style de jeu est différent, mais ceux qui viennent d'Anderlecht défendent généralement moins bien. Ils ont souvent des problèmes au moment où l'équipe perd le ballon. C'était le cas de Jordan, mais je dois dire qu'il a rapidement progressé. " Vanderbiest a parfois écarté Lukaku. Il a ensuite été remplacé par Yves Vanderhaeghe : " J'ai aimé travailler avec Jordan. Il était encore irrégulier durant sa première année, mais il s'est épanoui la suivante. Il constituait une menace permanente sur son flanc. Nous procédions en 3-4-3 et il pouvait monter dans l'entrejeu. Il défendait un peu moins bien, mais nous avons remanié le flanc gauche.Nous avons beaucoup travaillé son endurance pendant la préparation, ce qui lui a évité des blessures en cours de saison. Il a un corps exceptionnel. Explosivité, puissance, vitesse... " Président ou pas, Jordan n'a pas hésité à échanger des tweets avec Marc Coucke. Il est resté direct, mais ça ne lui a pas causé d'ennuis cette fois. " Il était encore très jeune à Anderlecht ", se souvient Vanderhaeghe. " Jordan a un vocabulaire étoffé et on l'a sans doute encensé trop tôt. Il a probablement oublié qu'il devait travailler pour atteindre ses objectifs. J'ai parfois dû lui taper sur les doigts parce qu'il était en retard. C'est ça, la jeunesse. Mais il n'a jamais été difficile, que du contraire. C'est un bon gars. Il est aussi discipliné que son frère. Le programme TV auquel il a participé en Flandre, De school van Lukaku (L'école de Lukaku, en VF), n'a pas fait de bien à sa réputation. Mais cette image est tronquée : Jordan est un chouette garçon, qui ne crée pas de soucis. Je n'ai jamais eu à m'en plaindre. " Les deux entraîneurs se rejoignent pour dire qu'Ivan Leko va lui convenir. " Jordan va pouvoir se livrer offensivement sous les ordres d'Ivan ", estime Vanderbiest. " Les trois arrières restent généralement haut et les médians abattent beaucoup de travail offensif. " Vanderhaeghe abonde dans son sens : " Il va s'intégrer parfaitement dans le système de Leko. Jordan a besoin d'une certaine couverture. À Ostende, il aimait jouer... le vent dans le dos, disons. Mais quand le vent souffle dans l'autre direction, il faut resserrer les rangs. Il manquait parfois de réalisme, pensant pouvoir tout résoudre en jouant. Je suppose qu'en Italie, il a dû travailler cet aspect. "Lukaku l'a confirmé cet été dans les colonnes de The Athletic. Au début, il a profité de l'effet de surprise, puisque personne ne le connaissait. Tout a changé après sa bonne prestation en demi-finale de la Coupe d'Italie, un derby contre l'AS Rome. Il a constaté que ses adversaires le contraient autrement, avec une double couverture, pour éviter des duels directs. La Lazio a donc été contrainte de corriger le jeu de Lukaku et de lui apprendre les concepts défensifs dont la Serie A est si friande. " Nous avons souvent travaillé la défense à l'entraînement. Comment courir sur une ligne, en émerger, quand pivoter. J'ai beaucoup appris ", dit le principal intéressé. Ivan Leko espère en profiter bientôt. " Jordan a évidemment eu de nombreuses blessures, mais un club peut engager un joueur en forme qui s'occasionne une déchirure musculaire le lendemain ", relativise le manager général Sven Jaecques. Dans ses transferts, l'Antwerp a surtout opté pour des footballeurs dans la fleur de l'âge, des joueurs capables d'évoluer à différentes positions, dans des systèmes variés. En ce sens, Lukaku est particulièrement intéressant puisqu'il maîtrise plusieurs registres. À Courtrai, l'Antwerp s'est rendu compte qu'il n'avait pas d'alternative directe : Simen Juklerød a dû déclarer forfait juste avant le match et Leko a dû remanier l'équipe. Il a finalement placé Bruny Nsimba sur le flanc, soutenu par Ritchie De Laet. En principe, celui-ci devait coulisser, mais ça n'a pas fonctionné. Lukaku offre une option de talent à Leko.