Ces problèmes entre clubs et managers ne peuvent-ils se produire qu'en Belgique ?
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Ces problèmes entre clubs et managers ne peuvent-ils se produire qu'en Belgique ? La situation n'est pire nulle part ailleurs à cause de l'absence totale, en Belgique, de transparence et de respect des contrats. La réglementation du management accuse des années-lumières de retard sur d'autres pays civilisés comme l'Angleterre, les Pays-Bas, l'Allemagne, la France, l'Espagne, le Portugal et même l'Italie. Il s'est passé des choses fort peu correctes entre managers et clubs. La réglementation belge encourage ces pratiques. Les trois régions permettent à l'athlète ou au joueur de signer un contrat avec un manager puis de le rompre du jour au lendemain, sans la moindre répercussion. L'intention de départ est de protéger le sportif mais du coup, les clubs peuvent avoir recours à un agent qui n'a rien à voir avec le joueur. Ce n'est pas possible à l'étranger. L'Angleterre a un règlement très strict, comme la France. Un club peut impliquer son propre manager mais doit respecter les droits de l'agent du joueur, y compris sur le plan financier. Le règlement anglais opère un distinguo strict entre le manager du club et celui du joueur, il stipule les droits et les devoirs de chacun. Ceux qui ne respectent pas cette ligne de conduite sont suspendus. Chacun sait exactement qui fait quoi et combien chacun touche. La proposition de loi faite par Denis Ducarme en 2011 constitue-t-elle la solution ? Ce projet de loi revient à tirer au pistolet à eau, ne serait-ce que parce qu'il a été présenté au parlement fédéral alors que c'est une matière régionale. La proposition en soi n'a de toute façon aucune valeur. En 2012, en tant que dirigeant, j'ai participé à la confection d'un règlement clair et strict à la Ligue Pro. Nous voulions que les transactions passent par un organe de contrôle et soient complètement transparentes. Le thème a été discuté au sein de la commission juridique, jusqu'à ce que Laurent Denis, plusieurs managers mais aussi Dirk Degraen au nom de Genk, Mehdi Bayat pour Charleroi et Anderlecht protestent. Une commission mixte a alors rejeté la proposition. En tant que CEO d'un club de D1, le Lierse, avez-vous eu de mauvaises expériences avec les managers ? Au Lierse, c'était simple. La première chose que j'ai faite a été de dire à Dejan Veljkovic, Mogi Bayat et consorts que notre budget transferts serait de zéro euro pendant deux ans, à cause de nos dettes. Je me rappelle avoir dit à Veljkovic que nous ne prendrions plus ses joueurs et il a réagi amicalement. Les managers disent parfois quelque chose en riant mais le dirigeant a quand même le dernier mot. Pour une raison très simple : il y a trop de joueurs. C'est donc la loi de l'offre et de la demande qui règne. Il faut aussi veiller à ne pas avoir trop de joueurs représentés par le même agent. En tant que manager, avez-vous dû caser des joueurs par l'intermédiaire d'un autre, un manager-maison ? Oui. Un Belge à l'étranger voulait revenir dans un grand club ici. Je me suis rendu dans ce club, qui trouvait que c'était prématuré. Puis, quelques semaines plus tard, un autre manager a contacté mon joueur et lui a expliqué avoir reçu un mandat de ce club, qui me faisait poireauter pendant ce temps. Finalement, j'ai dit au joueur : " Vas-y car je ne pense pas que tu puisses rejoindre le club autrement.'' Comment peut-on résoudre ce problème ? Et qui doit s'en charger ? Il faut avoir un règlement professionnel, comme à l'étranger, qui opère une distinction entre le rôle du manager de club et celui de manager du joueur. Qui intervient au nom de qui et qui reçoit quel mandat ? Une fois cet aspect clarifié, il faut un contrôle effectif. Et des sanctions pour ceux qui enfreignent ce règlement, ce qui suppose que celui-ci soit clair et comporte des punitions. Le CEO de la fédération et son pendant de la Pro League doivent le rédiger. Au fond, il y a une meilleure proposition mais alors, elle doit s'étendre au monde entier : qu'on supprime le système des transferts. Les clubs n'en mourront pas.