Jess Thorup n'est pas près d'oublier son arrivée en Belgique. En une du magazine qui annonce l'arrivée du Danois, on titre sur un scandale qui vient d'éclater. L'ancien avant s'en souvient bien. " Je me suis demandé dans quoi je tombais. Le championnat de Belgique me semblait propre, normal. J'ai donc été stupéfait. "
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Jess Thorup n'est pas près d'oublier son arrivée en Belgique. En une du magazine qui annonce l'arrivée du Danois, on titre sur un scandale qui vient d'éclater. L'ancien avant s'en souvient bien. " Je me suis demandé dans quoi je tombais. Le championnat de Belgique me semblait propre, normal. J'ai donc été stupéfait. " Qu'est-ce qui vous a marqué durant cette première année en Belgique ? JESS THORUP : J'ai découvert une ville agréable, pas trop grande et passionnée de football. Je peux m'y promener à mon aise. Les gens me reconnaissent mais ça reste agréable. Que pensez-vous du football belge ? THORUP : Il est mieux coté que le danois. J'avais envie de découvrir comment les footballeurs progressaient pour rejoindre les grands championnats européens. Pourquoi la Belgique est-elle un tremplin idéal, comment a-t-elle dépassé les Pays-Bas, que les Danois admirent tant ? Je savais que c'était une compétition dure, avec des joueurs mobiles mais aussi costauds et beaucoup de duels. Qu'avez-vous appris ? THORUP : Les jeunes travaillent beaucoup individuellement : comment vais-je gagner mes duels défensifs, comment puis-je générer une situation offensive homme contre homme ? Le Danemark s'intéresse davantage à la tactique générale qu'au développement personnel. Pouvez-vous apporter quelque chose au football belge ? THORUP : Oui, sur le plan collectif. Je veux faire progresser les joueurs mais aussi leur apprendre différents styles. Les Belges aiment avoir le ballon mais doivent mieux fonctionner sans. Comment courir, que faire quand un coéquipier a le ballon ? Nous avons une marge de progression. Si tout le monde travaille bien, c'est le club le plus riche qui gagne, normalement. Il faut s'y prendre autrement pour bousculer cette hiérarchie. Sur une échelle de un à dix, qu'avons-nous déjà vu de vos capacités ? THORUP : Sept sur dix ? A mon arrivée, les PO1 étaient l'objectif fixé. Il ne paraissait pas réaliste mais nous avons terminé cinquièmes et perdu la finale de la coupe. Parfois, on apprend plus d'une défaite que d'une victoire. Cette saison, malgré l'arrivée de dix joueurs, l'équipe est déjà capable de rivaliser avec les meilleures. En quoi les défaites sont-elles des leçons ? THORUP : Avant la finale de coupe contre Malines, on se demandait uniquement où placer le trophée. Quand tout va bien, l'entraîneur peut faire ce qu'il veut mais le moi réel ne ressort que quand ça va mal. On se demande alors sur qui on peut compter dans les moments difficiles. On en apprend beaucoup sur les joueurs et les collaborateurs du club. Que vous apprennent de tels moments sur vous-même ? THORUP : Comment suis-je capable de gérer la claque ? Est-ce que je me cache ou est-ce que je me bats pour revenir et prouver que je peux amener chacun à un certain niveau ? C'est un combat sur plusieurs fronts : avec les dirigeants, la presse, les joueurs, les supporters. Ça a été la période la plus difficile de ma carrière. La pression est-elle plus forte qu'au Danemark ? THORUP : Oui. Gand veut être un grand club. Pour cela, il faut figurer parmi les trois premiers pendant cinq à dix ans et être européen chaque saison. On n'est pas un grand club parce qu'on a remporté le titre il y a quatre ans. On s'attarde trop sur le passé, ici, alors qu'il faut se demander comment progresser à partir de sa position actuelle. Il vaut mieux y aller par petits pas qu'être une fois le numéro un puis le sept et le cinq. Mais à partir de la cinquième place, on peut viser la quatrième, la troisième, etc. La pression est-elle paralysante ? THORUP : L'essentiel est que l'entraîneur tienne compte de ce que veut la direction. Pour le reste, je ne tiens compte d'aucune attente. Je crée les miennes, celles qui me mettent moi-même sous pression. Les attentes sont énormes ici et c'est normal mais il faut rester réaliste. Il ne suffit pas d'acheter quelques joueurs pour être champion. La construction d'une équipe dure au moins deux ans. La saison passée, vous avez parfois été sur la sellette. Cela vous affecte beaucoup ? THORUP : Non. Si je pense à ce qui pourrait m'arriver demain ou à l'avis des autres, je perds mon focus. Je suis là pour travailler le mieux possible, au quotidien, tant qu'on trouve que je suis l'homme indiqué. Avez-vous souvent dû vous fâcher ? THORUP : Une fois. Cette saison contre Courtrai, parce qu'après dix minutes, des joueurs affichaient leur frustration. J'ai gueulé et lancé des objets dans le vestiaire. J'accepte beaucoup de choses mais pas ça. J'étais plus fâché qu'après la finale perdue parce que là, personne ne s'était caché en deuxième mi-temps. Tout le monde en voulait. Ceci dit, je peux vraiment me fâcher. Vous ne nous y avez pas habitué. THORUP : Gentleman Jess, hein ! Ne l'êtes-vous pas ? THORUP : Je le suis dans mes contacts humains. Je traite les autres comme je voudrais qu'ils me traitent mais ça ne veut pas dire que je ne peux pas être dur. J'ai déjà renvoyé dans le noyau B des joueurs qui en ont pleuré. Je suis impitoyable quand on franchit la ligne fixée. J'ai prévenu mes joueurs. En un an, avez-vous griffé Gand ? THORUP : Oui, même si je ne suis pas de ceux qui s'appuient sur un système déterminé. Ce n'est d'ailleurs pas si important. Je tiens compte des qualités de mes joueurs. Par exemple, c'est la première fois que j'utilise un losange médian, en 4-4-2 mais je ne sais pas si ce sera toujours le cas dans deux mois. Il faut normalement six mois pour former une équipe quand elle compte beaucoup de nouveaux. Nous y sommes parvenus assez vite. Qu'est-ce qui est perfectible ? THORUP : L'aspect défensif. Nous avons assez de schémas et de trajectoires offensifs, nous nous créons suffisamment d'occasions mais nous sommes fragiles derrière. Pourquoi ? THORUP : Je dispose de bons joueurs qui cherchent des solutions footballistiques. Ils n'envoient pas bêtement le ballon dans les tribunes. Nous sommes bons en possession du ballon mais je veux retrouver ça en défense aussi. Nous devons travailler cet aspect. On vante les nombreux buts du Club Bruges mais savez-vous quel est son point fort ? La défense. Elle n'a pris que trois buts en dix matches. Un football réaliste en défense implique que les éléments offensifs participent à la réflexion. Je pourrais aligner plus de joueurs défensifs mais je préfère assigner des tâches défensives aux footballeurs offensifs. Jonathan David assume ses tâches défensives. THORUP : C'est lui qui court le plus, neuf matches sur dix. Jonathan recule, choisit bien sa position et met la pression. Ses coéquipiers peuvent prendre exemple sur lui. C'est surtout une question mentale. Il ne jouait pas à mon arrivée et pourtant, il m'a immédiatement impressionné à l'entraînement. Je me suis donc demandé comment l'employer. Il est plutôt un numéro dix qui se meut entre les lignes et surgit dans le rectangle qu'un avant qui joue dos au but. En plus, quand on lui tend la main, Jonathan s'en sert. Quel impact avez-vous sur l'évolution de vos joueurs ? THORUP : Je leur explique ce que j'attends d'eux et dans nos entretiens individuels, j'essaie de leur apprendre quelque chose, de les tirer de leur zone de confort, pour vois comment ils réagissent. Ils peuvent aussi tout me demander. Nous essayons aussi d'établir ensemble des plans. Comme ça, ils comprennent le sens des efforts demandés. Pourquoi Vadis Odjidja est-il capitaine ? THORUP : La saison passée, j'ai remarqué que beaucoup de joueurs le suivaient. Nana Asare reste un capitaine mais Vadis apporte un plus. Je veux que mon capitaine assume des responsabilités. On reconnaît les vrais leaders quand ça va moins bien. Ce sont ceux qui se lèvent et disent aux autres : Suivez-moi. Kumst et Lustig en sont. Vous avez aussi obtenu le concours de joueurs qui revenaient de l'étranger ou d'un grand club. Restent-ils assez ambitieux ? THORUP : C'est la question. Kums arrive plus tôt à l'entraînement pour effectuer des exercices de plus et il est le dernier à s'en aller. J'en ai vu assez au bout d'une semaine. Laurent Depoitre aussi a beaucoup travaillé au début, pour montrer son ambition. Yaremchuk et David intéressaient des clubs étrangers. Les avez-vous mis sous pression pour qu'ils restent ? THORUP : Je leur ai demandé s'ils voulaient gagner beaucoup d'argent de suite ou progresser. Le président et le manager ont décidé de les conserver. J'espère qu'ils vont sentir qu'ils peuvent gagner un prix s'ils restent ensemble et qu'ils préfèrent Gand à un petit club d'un grand championnat. Qu'estimez-vous possible cette saison ? THORUP : Je sens que quelque chose de beau est en train d'émerger. Ça ne veut pas dire que nous allons être champions. Je ne peux pas coller de place à l'équipe mais nous partageons tous cet optimisme. Vous visiez le top trois en début de saison. THORUP : En effet et je persiste. Pour mettre un peu plus de pression à l'équipe et à moi-même. Il serait trop facile de prétendre se contenter du top cinq. Il faut placer la barre le plus haut possible. Que manque-t-il à l'équipe pour rivaliser vraiment avec le Club ? Qu'a-t-il de plus ? THORUP : Bruges conserve depuis plusieurs saisons ses fondations et a enrôlé de grands footballeurs. Il en est au stade que j'espère atteindre d'ici deux ans.