Qu'est-ce qui t'a surpris le plus sur toi-même pendant la rédaction de ce livre ?
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Qu'est-ce qui t'a surpris le plus sur toi-même pendant la rédaction de ce livre ? Tout ce que j'ai gagné, comme joueur puis comme entraîneur. L'auteur en a fait la remarque une bonne dizaine de fois et c'est un constat agréable. On ne m'associe pas directement à la victoire. Le football est un sport d'équipe. J'ai remporté peu de prix individuels pendant ma carrière de joueur car je possédais trop peu de qualités. Se vendre est un art. Si j'avais régulièrement mis mon palmarès en avant, je n'aurais sans doute pas passé les cinq dernières années sans susciter le moindre intérêt. Avant, je n'avais pas de manager non plus. Je n'en ai engagé un qu'au moment où personne n'a plus pensé à moi. Je me suis dit que je devais sans doute me rappeler moi-même au bon souvenir des clubs. J'ai composé mon premier CV après avoir quitté Genk. Est-ce qu'il manque une anecdote dans ce livre ? Et Paul Van Himst avait-il vraiment le sentiment que tu étais toujours fâché sur lui parce qu'il avait mis un terme à ta carrière de joueur à Anderlecht ? Tout est dedans. Je n'ai jamais commis de folies, contrairement à tant de footballeurs. Je n'ai donc pas dû me brider dans nos entretiens ni biffer des paragraphes. Je ne voulais pas non plus écrire un livre pour raconter les frasques des autres. Qu'ils le fassent eux-mêmes. Je n'éprouve aucune rancune envers Paul. À l'époque, j'ai été terriblement déçu. À Anderlecht, les réserves portaient les sacs des titulaires, à l'époque. Quand tu as été titulaire pendant treize ans et qu'un entraîneur avec lequel tu n'as jamais joué t'écarte et te relègue au rang de porteur de valises, tu n'apprécies pas. Mais on en a discuté par la suite et on fait table rase. De quoi es-tu le plus fier, indépendamment de la Coupe d'Afrique ? D'avoir été champion avec les deux plus grands clubs belges, comme joueur et comme entraîneur, d'autant qu'à l'époque, il n'était pas évident de passer d'Anderlecht au Club Bruges ou l'inverse. Ceci dit, jamais je ne pourrai choisir entre les deux. J'ai gagné deux coupes d'Europe sous le maillot d'Anderlecht mais je vis dans la région de Bruges depuis 34 ans. Quelle est l'importance d'un entraîneur, que doit faire un bon coach et quels sont tes modèles ? Ce sont les joueurs qui comptent. Si le courant ne passe pas entre eux et l'entraîneur, tu peux être le meilleur du monde, tu n'as aucune chance de réussir. L'entraîneur doit se faire écouter. Pour cela, il doit comprendre la culture du club ou du pays où il travaille. Il doit être clair et transparent et avoir une vision qui séduit les joueurs. J'ai toujours été fidèle à mes principes. Une fois, en Algérie, un président a voulu se mêler de la composition d'équipe. Je suis parti. Hans Croon et Tomislav Ivic m'ont énormément appris. Raymond Goethals était très fort sur le plan tactique mais c'est une qualité innée. On l'a ou on ne l'a pas. Que serais-tu devenu si tu avais accepté la première proposition au terme de ta carrière de joueur et que tu étais devenu joueur-entraîneur d'Audenarde, avec en plus un job à la brasserie Roman ? Grimper les échelons aurait été nettement plus difficile. J'ai entamé ma carrière d'entraîneur en division 1, au RWDM. Je ne pense pas que le Club Bruges m'aurait proposé le poste d'entraîneur si j'avais été champion avec Audenarde. J'ai signé un beau parcours et je peux affirmer, la main sur le coeur, que je ne serai plus au bord du terrain le 1er juillet 2019. Je ne sais pas si je resterai sélectionneur du Cameroun jusqu'en juin 2019. Je l'espère. Si je n'y parviens pas, je veux continuer à entraîner jusqu'en 2019. Ensuite, je ne me croiserai pas les bras. J'espère trouver un poste de scouting ou de directeur technique, quelque chose dans le genre. Par Geert Foutré