À distance, Henry Onyekuru (bientôt 20 ans) s'est bagarré avec Lukasz Teodorczyk pour terminer en tête du classement des buteurs. Le Nigérian a été une attraction de la saison. On le rencontre au moment où il boucle sa valise. Pour lui, c'est clair, Eupen est une histoire ancienne. Il n'y aura passé que deux ans. En réussissant, au passage, des play-offs 2 de feu. Il se dévoile au travers d'une trajectoire peu banale.
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À distance, Henry Onyekuru (bientôt 20 ans) s'est bagarré avec Lukasz Teodorczyk pour terminer en tête du classement des buteurs. Le Nigérian a été une attraction de la saison. On le rencontre au moment où il boucle sa valise. Pour lui, c'est clair, Eupen est une histoire ancienne. Il n'y aura passé que deux ans. En réussissant, au passage, des play-offs 2 de feu. Il se dévoile au travers d'une trajectoire peu banale. " Je n'ai jamais joué dans un club au Nigeria. Je jouais dans la rue et sur des terrains vagues avec mes potes. On dit que Lagos est une des villes les plus dangereuses du monde, ça me fait rigoler. C'est une des plus grandes villes d'Afrique, ça c'est sûr, mais je ne m'y suis jamais senti en danger. Mes parents me laissaient jouer dehors jusqu'à une heure du matin, ça veut tout dire. " " Un jour, les journaux et les chaînes de télé ont annoncé qu'il y aurait une grande opération de détection de joueurs de foot. Des recruteurs d'une académie qatarie allaient sillonner tout le pays pour trouver des talents. J'étais chaud. Ils sont venus à Lagos. Pour l'ensemble du Nigeria, ils ont d'abord retenu une cinquantaine de joueurs. Ils ont fait la même chose dans d'autres pays : Guinée, Ghana, Côte-d'Ivoire, Afrique du Sud. Et sur d'autres continents, notamment au Venezuela et au Costa Rica. Finalement, ils ont conservé quatre jeunes pour l'ensemble du Nigeria. J'étais dedans. J'ai été invité à aller passer des nouveaux tests à Doha. Et là-bas, j'ai été sélectionné. On me proposait de partir en formation dans l'académie Aspire au Sénégal. J'avais 13 ans. J'ai foncé. Mais ça a été terrible au début. Sans mes parents, sans mes grandes soeurs jumelles. Les premiers jours, j'ai plus chialé que joué au foot. J'avais ma mère très souvent au téléphone. Elle me disait chaque fois la même chose : -Ne lâche pas, tu peux vivre ton rêve. Je suis resté quatre ans à Dakar. Entraînement le matin puis école, et la même chose l'après-midi. On travaillait avec des formateurs espagnols. Chaque année, on passait quelques semaines à Doha. " " Je n'oublierai jamais le jour de juin 2015 où on m'a convoqué dans un bureau d'Aspire. C'était le moment de faire des choix, de faire un tri. Certains joueurs pouvaient aller faire des tests en Espagne ou au Portugal, notamment à La Corogne et à Porto. Mais sans aucune garantie d'être retenus dans ces clubs. Le top, le rêve pour les jeunes d'Aspire, il avait un nom : Eupen. On savait que si on était sélectionné pour Eupen, c'était pour y recevoir un contrat et pour débuter comme professionnels. À ce moment-là, je connaissais déjà le club parce que d'autres gars d'Aspire y étaient déjà. On visionnait les matches d'Eupen, je savais à quoi ressemblaient les stades de D2 belge. Alors, quand on m'a dit que j'étais choisi avec Eric Ocansey pour venir ici, ça a été terrible ! Je savais que ma carrière démarrait. " " Quand j'entends que j'ai profité des play-offs 2 pour rattraper Teodorczyk au classement des buteurs, quand on dit que c'était plus facile pour moi que pour lui, je tempère. Oui, c'est sans doute plus ouvert en play-offs 2 mais j'ai aussi prouvé que je pouvais marquer contre des bonnes équipes. En phase classique, j'ai buté contre Charleroi, Bruges, Ostende et Gand. Ce sont des équipes de play-offs 1, non ? J'ai aussi scoré contre Bruges en Coupe. Et à ceux qui pourraient penser que j'ai besoin de matches ouverts pour marquer, je réponds que j'ai aussi mis pas mal de buts la saison dernière, dans le championnat de D2 qui est quand même super compact. " " J'ai choisi de faire floquer mon prénom au lieu de mon nom sur le maillot d'Eupen. C'est mon amour pour Thierry Henry qui veut ça. Lui, c'est vraiment mon idole. Je ne regardais que lui. Il m'a fait devenir supporter d'Arsenal, et quand il est parti à Barcelone, mon équipe européenne préférée est restée Arsenal. " " Tout le monde essaie de savoir où j'étais au mois de janvier quand j'ai quitté Eupen. On m'a déjà posé plein de questions là-dessus. Oui, je voulais être transféré. Mais je n'ai pas envie de revenir sur l'histoire. C'était mon histoire. On m'a vite fait comprendre que l'entraîneur était très fâché. Il a déclaré que, même si je revenais, il ne me remettrait pas dans l'équipe. Il m'y a vite remis et j'ai vite recommencé à marquer. Où est le problème ? Je comprenais sa colère, il avait le droit de se sentir abandonné, mais j'ai prouvé directement que ma tête était de nouveau à Eupen et que j'allais tout faire pour aider l'équipe à se maintenir. J'ai planté le but décisif pour notre maintien : c'est un symbole, non ? Je ne regrette rien, j'assume tout. " " Une chose est sûre : je quitte Eupen. C'était flou en janvier mais ça ne l'est plus du tout aujourd'hui. J'ai un deal avec la direction, on me laisse partir. Il me reste à faire le bon choix. On cite plein de clubs, je lis les journaux. Je peux devenir le premier joueur d'Aspire à signer dans une grande équipe. Mon rêve absolu, c'est le championnat anglais. Je sais, je risque d'avoir un problème parce que je n'aurai pas facilement le permis de travail, vu que je ne suis pas international. Pas encore... Mais si un club est vraiment intéressé, il trouvera bien une solution, il déboursera s'il le faut ! On me contacte aussi d'Allemagne, de Russie, d'Espagne, d'Ecosse. Je ne veux pas trop me presser. Je pourrais aussi rester en Belgique puisqu'il y a de l'intérêt dans les meilleurs clubs. Tout est ouvert. Dans mon entourage, il y a des gens qui me conseillent de rester encore un peu dans ce championnat, pour continuer calmement mon apprentissage du football européen. J'écoute tout le monde mais je déciderai seul. Si je dois me planter dans une grande compétition, ce sera mon plantage à moi. Je ne veux pas que ce soit celui de quelqu'un d'autre. Je veux être le seul responsable de ma carrière. " Par Pierre Danvoye