"Je viens de lire qu'on vend des Africains sur un marché d'esclaves en Libye. Triste. Le foot n'est malheureusement pas en reste. Il y a un vrai trafic de joueurs africains et la falsification des dates de naissance est une pratique courante, en vogue aussi chez les Sud-Américains. Ça se passe à tous les niveaux - je pense à des ténors comme Samuel Eto'o et Didier Drogba - et ce n'est pas nouveau. Prenez les Ivoiriens de Beveren à l'époque. On a quand même toujours dit qu'ils avaient trafiqué leurs passeports ?
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"Je viens de lire qu'on vend des Africains sur un marché d'esclaves en Libye. Triste. Le foot n'est malheureusement pas en reste. Il y a un vrai trafic de joueurs africains et la falsification des dates de naissance est une pratique courante, en vogue aussi chez les Sud-Américains. Ça se passe à tous les niveaux - je pense à des ténors comme Samuel Eto'o et Didier Drogba - et ce n'est pas nouveau. Prenez les Ivoiriens de Beveren à l'époque. On a quand même toujours dit qu'ils avaient trafiqué leurs passeports ? Mais les joueurs ne sont pas toujours à l'origine de la tromperie. Parfois, on les oblige à adapter leur âge. Les clubs belges qui ont une équipe-satellite en Afrique ou qui collaborent avec une académie là-bas sont souvent au courant de ces manipulations, à moins qu'ils n'y participent allègrement. Le club en retire un double profit : il peut acquérir le joueur à un prix inférieur à cause de son jeune âge puis le vendre plus cher parce qu'il a soi-disant une énorme marge de progression. C'est comme ça que fonctionne le foot business. On fait souvent des modifications subtiles à l'âge d'un joueur. Il s'agit de trois, quatre ou cinq ans. Ce sont les cas douteux. D'autres sont flagrants. Au point qu'on se demande comment la combine a pu réussir. J'ai joué avec un international guinéen qui était considéré comme une star dans son pays. Il avait les traits d'un trentenaire mais il affirmait en avoir 20 et des poussières. Tous les joueurs de l'équipe étaient sûrs qu'il mentait sur son âge. Ce n'est pas un hasard si nous l'appelions papy ou tonton. Il m'a rappelé Hervé Onana, qui a évolué en D1. Quand on a évoqué son transfert dans un de mes anciens clubs, j'ai cherché une photo de lui sur internet. J'étais stupéfait... Officiellement, il a trente ans mais je pense qu'il est plus près des 40. Il a rapidement sombré dans un de ses clubs. Son corps n'en voulait plus. Manifestement, les entraîneurs le méprisaient à cause de son âge. Au sein du même club, les autres joueurs le taquinaient, voire le harcelaient, mais il tenait bon. Ça ne lui faisait pas grand-chose. Ça peut paraître ridicule mais il avait appris par coeur sa nouvelle date de naissance et avait bien adapté son histoire. D'après ceux qui ont joué avec lui, il était impossible de l'amener à se contredire. Même nos grands clubs font semblant de rien quand ils sont confrontés à des tricheurs. Je sais de source sûre qu'au moins deux anciens joueurs d'Anderlecht ont été affiliés avec un âge erroné ces dernières années. À la fin, ce n'était même plus un secret de polichinelle. L'un d'eux se produit maintenant en Angleterre et il pourra vivre de ses rentes au terme de sa carrière. A-t-il posé le bon choix en trichant ? Naturellement. J'aurais fait pareil à sa place. Je ne pense pas que ces manipulations plaisent particulièrement aux joueurs africains mais ils s'en servent pour pénétrer plus facilement en Europe. Ils sont obligés de mentir ou d'inventer une histoire pour arriver chez nous et avoir une chance de devenir footballeurs professionnels. N'oubliez pas que toute leur famille compte sur eux. Quelque part, ils se sacrifient. Je ne les approuve pas mais je les comprends. Quelles sont les perspectives d'un footballeur en Afrique noire ? J'ai un peu pitié de ces fraudeurs. Il ne faut pas sous-estimer l'impact que ça a sur leur vie sociale. Pour rester crédibles, ils ne peuvent pas en parler ouvertement à leurs coéquipiers. Ils se retrouvent donc dans des situations pénibles. Par exemple, ils doivent porter le matériel, puisqu'ils sont considérés comme les petits jeunes du groupe. Ils ne peuvent confier leur secret qu'à leurs amis et à leur compagne. Finalement, ils se punissent eux-mêmes car ils ne peuvent stopper l'affaiblissement de leur corps. Un footballeur joue généralement jusqu'à 35 ans mais les Africains munis de faux papiers sont obligés de tenir plus longtemps. Cette saison, j'ai croisé quelques Nigérians et Congolais dont je me suis demandé s'ils étaient vraiment aussi jeunes qu'ils le disaient. Un membre de mon équipe a suscité mes doutes aussi. On s'est rapidement lié et il me donne des conseils ici et là. C'est le genre de type qu'on aimerait avoir comme grand frère. En fait, il a trois ans de moins que moi. On est bons copains mais je ne lui ai jamais demandé son âge explicitement. Je ne veux pas l'embarrasser. Il est arrivé en Europe par le biais d'un autre club, qui a sans doute tout arrangé pour lui. Ces pratiques ne me choquent plus. À partir d'un certain âge, on lutte à armes égales. Ce qui se passe en équipes d'âge est bien plus préoccupant. Quand j'étais jeune, Anderlecht était passé spécialiste dans l'inscription d'Africains plus âgés. Je ne sais pas si c'est toujours le cas. C'était efficace puisqu'il gagnait quasi tous les tournois en Belgique. À l'étranger, ce qui me frappait, c'était le gabarit des formations d'âge françaises. On ne comprenait pas comment on pouvait être bâti comme ça à cet âge. C'était comme s'ils avaient eu une nourriture différente de la nôtre. En U8, j'ai vu un Africain d'Anderlecht qui devait avoir douze ans en réalité. En équipes d'âge, cette différence est considérable. Il émergeait largement : il nous surpassait par sa vitesse et nous battait à plates coutures dans les duels. J'ai cru comprendre que ça ne se passait pas très bien avec ses camarades de classe. Cela ne m'étonne pas, vu qu'ils avaient quatre ans de moins que lui... Jouer contre une bête pareille n'est évidemment pas marrant mais quand on est petit, on ne fait pas attention. C'est surtout les parents qui se plaignaient à l'entraîneur ou à l'arbitre mais ceux-ci ne pouvaient que constater ce qui figurait sur la carte d'identité des joueurs. Ce qui est dommage, c'est que ce genre de situation déteint sur tous les joueurs d'origine africaine. Pourquoi croyez-vous que Romelu Lukaku a dû se battre pendant des années contre toutes sortes de soupçons ? Je ne sais pas si, en Belgique, on soumet systématiquement les jeunes joueurs étrangers à un scanner des os. L'Italie le fait et au moindre doute, les clubs ne prennent pas le joueur. Peut-être la Belgique devrait-elle adopter ce système, à terme. "