Ivan De Witte pénètre dans sa suite présidentielle de la Ghelamco Arena vêtu d'un costume bleu. Un espace bien aménagé, qui offre une vue imprenable sur le terrain et les bureaux du stade. Après les derniers mois difficiles, le président a retrouvé le moral. Les critiques lui ont fait mal. " Car on travaille dur dans ce club. Les critiques me touchent d'autant plus ". Il ne nie cependant pas que des erreurs ont été commises et que certaines situations ont été mal évaluées.

Pendant près d'une heure et demie, De Witte nous a exposé sa vision des choses et a défendu son point de vue. Parfois avec le frein à mains. Pendant ce temps, le chef doublement étoilé Danny Horseele nous a servi de succulents amuse-bouches et un lunch. De Witte lui a signifié à quel moment les plats pouvaient être servis. Avec la même détermination avec laquelle il dirige le club. En 2015, Gand a remporté le premier titre de champion de Belgique de son histoire. Mais ce succès a été sans lendemain. Depuis, les transferts ont été nombreux, avec 87 entrants et 123 sortants...

Ivan De Witte : C'est effectivement beaucoup. Mais je voudrais tout de même remettre les choses dans leur contexte. Après le titre de champion, nous avons vécu deux campagnes européennes exceptionnelles, avec un huitième de finale de la Ligue des Champions et d'Europa League, où nous avons éliminé Tottenham. Malheureusement, les deux saisons suivantes, nous ne sommes pas parvenus à nous qualifier pour la phase de poules de l'Europa League. A partir de la saison 2017/18, les résultats ont été moins bons. Nous avons touché le fond lors de la finale de la Coupe de Belgique perdue en mai de cette année. Pour moi, c'était aussi le moment où il convenait d'inverser la tendance.

Entre l'été 2017 et aujourd'hui, j'ai recensé deux points noirs : l'élimination européenne contre Altach et la finale de la Coupe de Belgique perdue face à Malines. " Ivan De Witte

D'un autre côté, il ne faut pas dramatiser non plus. Après le titre, nous avons terminé deux fois deuxième, une fois quatrième et la saison dernière cinquième. Pour un club comme le nôtre, ce n'est pas si mal. Car, après tout, le club n'est pas la propriété d'un investisseur étranger. Nous nous débrouillons avec nos propres moyens financiers. Or, sur les cinq dernières années, nous sommes le troisième club belge au niveau des résultats sportifs.

" Gand évolue bien "

Pourtant, on n'en parle guère ?

De Witte : Peut-être parce que nous nous efforçons d'appliquer une bonne gestion, saine, sans coups d'éclat. Nous mettons l'accent sur les performances sportives, sans faire de vagues sur le plan extra-sportif. Regardez Anderlecht aujourd'hui : le Sporting est en pleine reconstruction sur le plan sportif, mais tous les regards sont tournés vers lui à cause de l'arrivée de Vincent Kompany. Du point de vue de Marc Coucke, c'était certainement un beau coup.

Bruges obtient des résultats grâce à une politique de transferts explosive. Chapeau. Nous suivons une ligne de conduite où les interventions spectaculaires sont rares. Les médias s'intéressent plus, vous ne pouvez pas le nier, à des faits qui défraient la chronique. Le titre de Genk en était un. Ce que le Standard a réalisé l'an passé avec la venue de Michel Preud'homme également. C'est plus intense. Et on retrouve moins cela à Gand.

Je trouve que nous travaillons bien. Et que ce club évolue bien. Nous n'avons pas été inquiétés dans le Footbelgate. Une perquisition a eu lieu, ici au stade. Trois jours plus tard, le juge d'instruction a fait savoir que tout était en ordre.

Lorsque vous dites que Gand n'a rien réalisé de spectaculaire, est-ce réellement le cas ? Votre stade fait l'admiration de tous. C'est encore le cas aujourd'hui, cinq ans après son inauguration.

De Witte : Je parle surtout de l'aspect sexy. Nous avons, effectivement, réalisé trop de transferts. Il faut pouvoir appeler un chat, un chat. Sous Hein Vanhaezebrouck, certains joueurs de l'équipe championne avaient atteint le sommet de leur art. Après de telles prestations, les sollicitations ne manquent pas. Genk est en train d'en faire l'expérience actuellement. C'est la loi du football : lorsqu'ils ont atteint le sommet, les meilleurs s'en vont. Nous ne sommes pas parvenus à reconstituer directement une équipe aussi performante. Par moments, nous avons vraiment tâtonné.

" Cette année, nos achats sont des réussites "

Quelles conclusions en avez-vous tiré ?

De Witte : Notre club vit par ses propres moyens. En matière de revenus, nous sommes le deuxième ou le troisième club belge. Mais pour que tout fonctionne bien, nous avons aussi besoin de vendre des joueurs. Et, dans ce cas, on doit souvent tenter des paris et acheter des joueurs qui ne rapporteront une plus-value que deux ou trois ans plus tard.

Je pense d'ailleurs que c'est aussi la politique menée par Genk. Et, bien sûr, la réussite de ces transferts n'est jamais garantie à 100%. C'est d'ailleurs le cas pour tous les transferts.

Cette saison, le recrutement a été plus calme. Les achats ont été ciblés. Afin d'avoir un meilleur équilibre dans l'équipe. Nous n'avons pas encore trouvé la personne qui ne se trompera jamais dans les transferts. Mais je pense que, cette année, les achats effectués sont plutôt des réussites et que nous allons réaliser une bonne saison.

J'espère que nous avons mangé notre pain noir. En outre, on ne peut pas réaliser des tours de magie. Il faut toujours un peu chercher pour trouver la bonne formule.

Cela signifie-t-il que vous continuez à chercher ?

De Witte : Après le titre, nous n'avons probablement pas tout géré à bon escient, je ne le cache pas.

Pourtant, après le titre, les bases étaient là. Qu'est-ce qui n'a pas bien fonctionné, dans ce cas ?

De Witte : Nous aurions dû mieux anticiper la baisse de régime. Gouverner, c'est prévoir. Là, nous avons peut-être failli. Mais, finalement, nous nous en sommes encore bien sortis.

" Après le titre, la barre a peut-être été placée trop haut "

La conquête du titre a peut-être donné l'impression que Gand était meilleur qu'il ne l'était, que le club lutterait chaque année pour les écussons et qu'il avait définitivement sa place dans la cour des grands...

De Witte : Bien sûr, après ce titre, la barre a été placée très haut. Peut-être trop haut. Les attentes n'étaient pas réalistes. Y compris dans notre chef. La communication a parfois été défaillante. Mais n'exagérons rien : après tout, nous n'avons jamais terminé 12e.

Effectivement, vous avez chaque année participé aux play-offs 1. Mais en 2015, vous aviez déclaré vouloir un nouveau titre endéans les cinq ans. L'échéance approche.

De Witte : J'en suis conscient. Lors de l'inauguration du stade, j'avais également prédit un délai de cinq ans pour la conquête du premier titre. Nous sommes devenus champions dans les deux ans ( il rit). Nous avons donc pris trois ans d'avance. Entre l'été 2017 et aujourd'hui, j'ai recensé deux points noirs : l'élimination européenne des oeuvres des Autrichiens d'Altach et la finale de la Coupe de Belgique perdue en 2019. Cette défaite contre Malines, au stade Roi Baudouin, m'a fait très mal. Il fallait une réaction.

Ivan De Witte dans le stade qu'il a fait construire : une Ghelamco Arena qui fait toujours saliver bon nombre de clubs., BELGAIMAGE
Ivan De Witte dans le stade qu'il a fait construire : une Ghelamco Arena qui fait toujours saliver bon nombre de clubs. © BELGAIMAGE

Par la suite, aucune communication n'a été faite concernant la confiance accordée - ou non - à l'entraîneur Jess Thorup. Etait-ce lié à la déception ?

De Witte : Evidemment. Je voulais m'accorder un peu de temps pour prendre la bonne décision. Peu de temps après la finale, nous avons discuté pendant des heures avec lui, Michel Louwagie et moi. Ce fut une discussion très constructive. Les deux parties ont alors décidé de poursuivre leur route ensemble.

Certaines rumeurs ont circulé dans la presse à propos d'un éventuel retour de Hein Vanhaezebrouck. Etaient-elles fondées ?

De Witte : C'est notre devoir de réfléchir pendant une moindre période. Mais il n'y a jamais eu de vraie discussion avec Hein, en ma présence ou en présence d'un administrateur du club.

" Nous devons nous spécialiser davantage sur le plan sportif "

Qu'est-ce que Gand doit encore améliorer ?

De Witte : ( il réfléchit longuement) En fait, nous devrions nous spécialiser davantage sur le plan sportif, Jess est d'accord avec nous. Mais il s'agit de spécialistes que l'on ne trouve pas à chaque coin de rue. Comme des spécialistes de la rentrée en touche, des coups francs, ou un entraîneur spécifique pour les attaquants. Tout des détails qui peuvent faire la différence. L'informatisation, c'est une nouvelle donnée, et dans ce domaine nous sommes désormais parés avec Peter Verbeke.

Et en dehors du terrain ?

De Witte : Il faut bien tenir à l'oeil la partie business.

Effectivement, car le nombre d'abonnés a chuté de 17.250 au début de la saison dernière à un peu plus de 16.000 cet été, et les skyboxes ne sont plus toujours tous occupés non plus.

De Witte : Les assistances ont fortement augmenté après le titre, mais bien sûr, certains renoncent lorsque les résultats deviennent un peu moins bons. Je préfère parler d'un léger déclin plutôt que d'une chute. Mais, en ce qui concerne l'aspect business, nous devons encore nous comporter de manière plus dynamique. Avoir davantage la fibre commerciale.

Et qu'en est-il de la communication ?

De Witte : Nous devrions pouvoir être davantage proactifs. Anticiper, convoquer la presse pour éclairer certains points. Nous ne le faisons pas encore assez souvent.

Vous avez déclaré que le club n'avait pas été inquiété dans l'affaire du Footbelgate. Depuis, un an a passé. Avez-vous l'impression que certaines choses ont changé dans le football belge ?

De Witte : Hmm. Il faut distinguer deux choses : la partie football et la partie judiciaire. Je comprends que, pour cette dernière partie, les enquêtes et les auditions puissent prendre du temps. Mais il faut aussi comprendre que cette lenteur est préjudiciable. Je comprends que ce n'est pas facile, mais certains dossiers devraient pouvoir être traités en urgence.

" Mogi Bayat nous a déjà rendu beaucoup de services "

Lesquels ?

De Witte : Je trouve que, dans les affaires de matchfixing, il a fallu beaucoup trop de temps avant qu'elles ne soient traitées en première instance. Et puis, il y a eu cette décision de la CBAS. Je comprends que l'on puisse traiter l'affaire d'un point de vue strictement juridique, mais en tout, il y a l'esprit et la lettre. Je n'ai rien contre Malines. Mais, en réalité, ce qu'il s'est passé n'est pas bon. Je pense cependant que certaines choses ont changé et que le message est passé. Mais le fléau a-t-il été éradiqué ? J'ai mes doutes.

Après le titre, nous n'avons probablement pas tout géré à bon escient, je ne le cache pas. " Ivan De Witte

Tous les agents ont repris leur vie normale. Y compris Mogi Bayat, qui a réglé pour vous la location de Sven Kums avec Anderlecht. Qu'en pensez-vous ?

De Witte : Mogi Bayat nous a déjà rendu beaucoup de services, surtout sur le plan purement footballistique. Mogi est très compétent dans un domaine : il connaît tellement bien le monde du football qu'il est capable d'aller chercher certains joueurs pour les placer ailleurs. Dans ce domaine-là, il est le meilleur. Presque tous les clubs collaborent de nouveau avec lui. Je pense que Gand ferait une erreur en se privant de lui. Il n'empêche que je ne suis pas d'accord avec certaines choses. Et je constate que l'UEFA se montre très prudente avant d'intervenir. Dans cette matière, il ne faut pas vouloir jouer les Don Quichotte. Ce n'est pas l'affaire d'un club, mais de la ligue, de la fédération, de l'UEFA, de la FIFA et du législateur.

Le fait que Mogi Bayat soit toujours partie prenante dans les transactions ne vous gêne pas ?

De Witte : Je ne veux pas jouer les hypocrites. Je connais des clubs avec lesquels il continue de collaborer, mais dont le président ne lui parle plus. Vous comprenez ? On le rejette sans vraiment le faire. Et les transactions que nous avons réalisées avec Mogi Bayat, ont été très correctes.

N'est-il pas dommage que l'on n'ait pas effectué le grand nettoyage ?

De Witte : Oui, mais on est toujours confronté avec la concurrence et la justice civile. Je continue de penser que tout cela devrait être réglé par l'UEFA, la FIFA et la législation. Mais c'est un travail de longue haleine.

Mais, en tant qu'ancien président de la Pro League, vous avez quand même toujours prôné l'éthique.

De Witte : Oui, je sais. C'est compliqué ( il n'ose pas trop s'avancer) ? Je ne devrais pas trop m'exprimer à ce sujet. Les choses sont ce qu'elles sont. Je ne peux pas jouer les Don Quichotte ou les Chevaliers Blancs. On peut avoir une opinion, mais pour l'appliquer, il faut qu'elle soit partagée par une grande majorité. Ce n'est qu'alors que l'on peut apporter du changement. Commitment et engagement, tout tourne autour de cela.

Jacques Sys et Frédéric Vanheule

Ivan De Witte pénètre dans sa suite présidentielle de la Ghelamco Arena vêtu d'un costume bleu. Un espace bien aménagé, qui offre une vue imprenable sur le terrain et les bureaux du stade. Après les derniers mois difficiles, le président a retrouvé le moral. Les critiques lui ont fait mal. " Car on travaille dur dans ce club. Les critiques me touchent d'autant plus ". Il ne nie cependant pas que des erreurs ont été commises et que certaines situations ont été mal évaluées. Pendant près d'une heure et demie, De Witte nous a exposé sa vision des choses et a défendu son point de vue. Parfois avec le frein à mains. Pendant ce temps, le chef doublement étoilé Danny Horseele nous a servi de succulents amuse-bouches et un lunch. De Witte lui a signifié à quel moment les plats pouvaient être servis. Avec la même détermination avec laquelle il dirige le club. En 2015, Gand a remporté le premier titre de champion de Belgique de son histoire. Mais ce succès a été sans lendemain. Depuis, les transferts ont été nombreux, avec 87 entrants et 123 sortants... Ivan De Witte : C'est effectivement beaucoup. Mais je voudrais tout de même remettre les choses dans leur contexte. Après le titre de champion, nous avons vécu deux campagnes européennes exceptionnelles, avec un huitième de finale de la Ligue des Champions et d'Europa League, où nous avons éliminé Tottenham. Malheureusement, les deux saisons suivantes, nous ne sommes pas parvenus à nous qualifier pour la phase de poules de l'Europa League. A partir de la saison 2017/18, les résultats ont été moins bons. Nous avons touché le fond lors de la finale de la Coupe de Belgique perdue en mai de cette année. Pour moi, c'était aussi le moment où il convenait d'inverser la tendance. D'un autre côté, il ne faut pas dramatiser non plus. Après le titre, nous avons terminé deux fois deuxième, une fois quatrième et la saison dernière cinquième. Pour un club comme le nôtre, ce n'est pas si mal. Car, après tout, le club n'est pas la propriété d'un investisseur étranger. Nous nous débrouillons avec nos propres moyens financiers. Or, sur les cinq dernières années, nous sommes le troisième club belge au niveau des résultats sportifs. Pourtant, on n'en parle guère ? De Witte : Peut-être parce que nous nous efforçons d'appliquer une bonne gestion, saine, sans coups d'éclat. Nous mettons l'accent sur les performances sportives, sans faire de vagues sur le plan extra-sportif. Regardez Anderlecht aujourd'hui : le Sporting est en pleine reconstruction sur le plan sportif, mais tous les regards sont tournés vers lui à cause de l'arrivée de Vincent Kompany. Du point de vue de Marc Coucke, c'était certainement un beau coup. Bruges obtient des résultats grâce à une politique de transferts explosive. Chapeau. Nous suivons une ligne de conduite où les interventions spectaculaires sont rares. Les médias s'intéressent plus, vous ne pouvez pas le nier, à des faits qui défraient la chronique. Le titre de Genk en était un. Ce que le Standard a réalisé l'an passé avec la venue de Michel Preud'homme également. C'est plus intense. Et on retrouve moins cela à Gand. Je trouve que nous travaillons bien. Et que ce club évolue bien. Nous n'avons pas été inquiétés dans le Footbelgate. Une perquisition a eu lieu, ici au stade. Trois jours plus tard, le juge d'instruction a fait savoir que tout était en ordre. Lorsque vous dites que Gand n'a rien réalisé de spectaculaire, est-ce réellement le cas ? Votre stade fait l'admiration de tous. C'est encore le cas aujourd'hui, cinq ans après son inauguration. De Witte : Je parle surtout de l'aspect sexy. Nous avons, effectivement, réalisé trop de transferts. Il faut pouvoir appeler un chat, un chat. Sous Hein Vanhaezebrouck, certains joueurs de l'équipe championne avaient atteint le sommet de leur art. Après de telles prestations, les sollicitations ne manquent pas. Genk est en train d'en faire l'expérience actuellement. C'est la loi du football : lorsqu'ils ont atteint le sommet, les meilleurs s'en vont. Nous ne sommes pas parvenus à reconstituer directement une équipe aussi performante. Par moments, nous avons vraiment tâtonné. Quelles conclusions en avez-vous tiré ? De Witte : Notre club vit par ses propres moyens. En matière de revenus, nous sommes le deuxième ou le troisième club belge. Mais pour que tout fonctionne bien, nous avons aussi besoin de vendre des joueurs. Et, dans ce cas, on doit souvent tenter des paris et acheter des joueurs qui ne rapporteront une plus-value que deux ou trois ans plus tard. Je pense d'ailleurs que c'est aussi la politique menée par Genk. Et, bien sûr, la réussite de ces transferts n'est jamais garantie à 100%. C'est d'ailleurs le cas pour tous les transferts. Cette saison, le recrutement a été plus calme. Les achats ont été ciblés. Afin d'avoir un meilleur équilibre dans l'équipe. Nous n'avons pas encore trouvé la personne qui ne se trompera jamais dans les transferts. Mais je pense que, cette année, les achats effectués sont plutôt des réussites et que nous allons réaliser une bonne saison. J'espère que nous avons mangé notre pain noir. En outre, on ne peut pas réaliser des tours de magie. Il faut toujours un peu chercher pour trouver la bonne formule. Cela signifie-t-il que vous continuez à chercher ? De Witte : Après le titre, nous n'avons probablement pas tout géré à bon escient, je ne le cache pas. Pourtant, après le titre, les bases étaient là. Qu'est-ce qui n'a pas bien fonctionné, dans ce cas ? De Witte : Nous aurions dû mieux anticiper la baisse de régime. Gouverner, c'est prévoir. Là, nous avons peut-être failli. Mais, finalement, nous nous en sommes encore bien sortis. La conquête du titre a peut-être donné l'impression que Gand était meilleur qu'il ne l'était, que le club lutterait chaque année pour les écussons et qu'il avait définitivement sa place dans la cour des grands... De Witte : Bien sûr, après ce titre, la barre a été placée très haut. Peut-être trop haut. Les attentes n'étaient pas réalistes. Y compris dans notre chef. La communication a parfois été défaillante. Mais n'exagérons rien : après tout, nous n'avons jamais terminé 12e. Effectivement, vous avez chaque année participé aux play-offs 1. Mais en 2015, vous aviez déclaré vouloir un nouveau titre endéans les cinq ans. L'échéance approche. De Witte : J'en suis conscient. Lors de l'inauguration du stade, j'avais également prédit un délai de cinq ans pour la conquête du premier titre. Nous sommes devenus champions dans les deux ans ( il rit). Nous avons donc pris trois ans d'avance. Entre l'été 2017 et aujourd'hui, j'ai recensé deux points noirs : l'élimination européenne des oeuvres des Autrichiens d'Altach et la finale de la Coupe de Belgique perdue en 2019. Cette défaite contre Malines, au stade Roi Baudouin, m'a fait très mal. Il fallait une réaction. Par la suite, aucune communication n'a été faite concernant la confiance accordée - ou non - à l'entraîneur Jess Thorup. Etait-ce lié à la déception ? De Witte : Evidemment. Je voulais m'accorder un peu de temps pour prendre la bonne décision. Peu de temps après la finale, nous avons discuté pendant des heures avec lui, Michel Louwagie et moi. Ce fut une discussion très constructive. Les deux parties ont alors décidé de poursuivre leur route ensemble. Certaines rumeurs ont circulé dans la presse à propos d'un éventuel retour de Hein Vanhaezebrouck. Etaient-elles fondées ? De Witte : C'est notre devoir de réfléchir pendant une moindre période. Mais il n'y a jamais eu de vraie discussion avec Hein, en ma présence ou en présence d'un administrateur du club. Qu'est-ce que Gand doit encore améliorer ? De Witte : ( il réfléchit longuement) En fait, nous devrions nous spécialiser davantage sur le plan sportif, Jess est d'accord avec nous. Mais il s'agit de spécialistes que l'on ne trouve pas à chaque coin de rue. Comme des spécialistes de la rentrée en touche, des coups francs, ou un entraîneur spécifique pour les attaquants. Tout des détails qui peuvent faire la différence. L'informatisation, c'est une nouvelle donnée, et dans ce domaine nous sommes désormais parés avec Peter Verbeke. Et en dehors du terrain ? De Witte : Il faut bien tenir à l'oeil la partie business. Effectivement, car le nombre d'abonnés a chuté de 17.250 au début de la saison dernière à un peu plus de 16.000 cet été, et les skyboxes ne sont plus toujours tous occupés non plus. De Witte : Les assistances ont fortement augmenté après le titre, mais bien sûr, certains renoncent lorsque les résultats deviennent un peu moins bons. Je préfère parler d'un léger déclin plutôt que d'une chute. Mais, en ce qui concerne l'aspect business, nous devons encore nous comporter de manière plus dynamique. Avoir davantage la fibre commerciale. Et qu'en est-il de la communication ? De Witte : Nous devrions pouvoir être davantage proactifs. Anticiper, convoquer la presse pour éclairer certains points. Nous ne le faisons pas encore assez souvent. Vous avez déclaré que le club n'avait pas été inquiété dans l'affaire du Footbelgate. Depuis, un an a passé. Avez-vous l'impression que certaines choses ont changé dans le football belge ? De Witte : Hmm. Il faut distinguer deux choses : la partie football et la partie judiciaire. Je comprends que, pour cette dernière partie, les enquêtes et les auditions puissent prendre du temps. Mais il faut aussi comprendre que cette lenteur est préjudiciable. Je comprends que ce n'est pas facile, mais certains dossiers devraient pouvoir être traités en urgence. Lesquels ? De Witte : Je trouve que, dans les affaires de matchfixing, il a fallu beaucoup trop de temps avant qu'elles ne soient traitées en première instance. Et puis, il y a eu cette décision de la CBAS. Je comprends que l'on puisse traiter l'affaire d'un point de vue strictement juridique, mais en tout, il y a l'esprit et la lettre. Je n'ai rien contre Malines. Mais, en réalité, ce qu'il s'est passé n'est pas bon. Je pense cependant que certaines choses ont changé et que le message est passé. Mais le fléau a-t-il été éradiqué ? J'ai mes doutes. Tous les agents ont repris leur vie normale. Y compris Mogi Bayat, qui a réglé pour vous la location de Sven Kums avec Anderlecht. Qu'en pensez-vous ? De Witte : Mogi Bayat nous a déjà rendu beaucoup de services, surtout sur le plan purement footballistique. Mogi est très compétent dans un domaine : il connaît tellement bien le monde du football qu'il est capable d'aller chercher certains joueurs pour les placer ailleurs. Dans ce domaine-là, il est le meilleur. Presque tous les clubs collaborent de nouveau avec lui. Je pense que Gand ferait une erreur en se privant de lui. Il n'empêche que je ne suis pas d'accord avec certaines choses. Et je constate que l'UEFA se montre très prudente avant d'intervenir. Dans cette matière, il ne faut pas vouloir jouer les Don Quichotte. Ce n'est pas l'affaire d'un club, mais de la ligue, de la fédération, de l'UEFA, de la FIFA et du législateur. Le fait que Mogi Bayat soit toujours partie prenante dans les transactions ne vous gêne pas ? De Witte : Je ne veux pas jouer les hypocrites. Je connais des clubs avec lesquels il continue de collaborer, mais dont le président ne lui parle plus. Vous comprenez ? On le rejette sans vraiment le faire. Et les transactions que nous avons réalisées avec Mogi Bayat, ont été très correctes. N'est-il pas dommage que l'on n'ait pas effectué le grand nettoyage ? De Witte : Oui, mais on est toujours confronté avec la concurrence et la justice civile. Je continue de penser que tout cela devrait être réglé par l'UEFA, la FIFA et la législation. Mais c'est un travail de longue haleine. Mais, en tant qu'ancien président de la Pro League, vous avez quand même toujours prôné l'éthique. De Witte : Oui, je sais. C'est compliqué ( il n'ose pas trop s'avancer) ? Je ne devrais pas trop m'exprimer à ce sujet. Les choses sont ce qu'elles sont. Je ne peux pas jouer les Don Quichotte ou les Chevaliers Blancs. On peut avoir une opinion, mais pour l'appliquer, il faut qu'elle soit partagée par une grande majorité. Ce n'est qu'alors que l'on peut apporter du changement. Commitment et engagement, tout tourne autour de cela. Jacques Sys et Frédéric Vanheule