Le stade de Sclessin est en ébullition ce dimanche 11 septembre 2016. Les Rouches restent sur un triste bilan de 2 sur 9 en championnat et ce Racing Genk qui débarque fait plutôt peur avec ses Bailey, Ndidi et autres Pozuelo. Il ne faut néanmoins attendre que trente petites secondes pour entendre le stade Maurice Dufrasne exulter. Un but ? Non. Un corner ? Non plus. Bien mieux que ça : une charge fautive. À peine débarqué dans le championnat belge, Ishak Belfodil vient montrer de quel bois il se chauffe à Jere Uronen en l'envoyant au tapis. L'attaquant algérien dévoile en quelques instants toutes ses capacités d'engagement et ça, le public liégeois apprécie.
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Le stade de Sclessin est en ébullition ce dimanche 11 septembre 2016. Les Rouches restent sur un triste bilan de 2 sur 9 en championnat et ce Racing Genk qui débarque fait plutôt peur avec ses Bailey, Ndidi et autres Pozuelo. Il ne faut néanmoins attendre que trente petites secondes pour entendre le stade Maurice Dufrasne exulter. Un but ? Non. Un corner ? Non plus. Bien mieux que ça : une charge fautive. À peine débarqué dans le championnat belge, Ishak Belfodil vient montrer de quel bois il se chauffe à Jere Uronen en l'envoyant au tapis. L'attaquant algérien dévoile en quelques instants toutes ses capacités d'engagement et ça, le public liégeois apprécie. "Sur le terrain, Ishak peut être agressif dans les deux sens du terme", certifie Gérard Bonneau, qui a recruté Belfodil à Lyon en 2008. "Il ne se laisse pas bouger pour rire quand on vient au duel, mais il peut aussi avoir certaines réactions plus virulentes." Le recruteur des Gones fait peut-être référence à cette provocation du joueur il y a quelques années, sous la vareuse de Parme. Alors qu'il n'est pas désigné pour tirer un penalty, Belfodil s'empare du ballon... qu'il envoie sur le gardien, avant de le pousser finalement au fond. Il se retourne alors vers son banc avec le doigt devant sa bouche : Chut !"Ça a peut-être été mal interprété parce que je pense qu'il voulait calmer l'ardeur qui était montée juste après son raté", le défend son ancien coéquipier à Lyon Ali Touncara. "Mais ça reste une erreur de jeunesse." Voilà Ishak présenté.Mais s'il est parfois impétueux sur le terrain, Ishak est totalement différent dès qu'il quitte la pelouse. Là, on le considère plutôt comme un garçon réservé, limite timide. À son arrivée à Lyon à 16 ans, il ne parle pas beaucoup - certainement pas de lui - et reste plus facilement avec ses compatriotes algériens Rachid Ghezzal et Mehdi Zeffane. "Le déclic, ça a été la salle de jeu où on jouait tous à la PlayStation", se souvient Ali Touncara. "Un soir, on est resté tous les deux, on a discuté en jouant à FIFA - pour ne pas dire autre chose, on va dire que c'était serré (rires) - et c'est là que ça a commencé !"À force de connaître les gens qu'il côtoie, Ishak se sent plus à l'aise, se balade en ville, va s'acheter des crampons avec des potes... Toujours tranquille, jamais fêtard, il passe pas mal de temps avec Ali : "Il venait souvent à la maison où il était très apprécié par ma famille pour son comportement et sa modestie."L'humilité, c'est aussi ce qui a frappé Floriano Vanzo quand il est arrivé à Parme en 2012 et qu'il a rencontré le futur Standardman. Bien aidés par leur langue commune, les deux nouveaux réalisent leur préparation ensemble, mais alors que l'actuel médian de Waasland-Beveren répète les allers-retours vers la Belgique par la suite, Ishak se construit son petit quotidien parmesan. "Comme il avait déjà passé quelques mois à Bologne, il avait une sorte de maturité qui lui a permis de s'intégrer plus facilement", pense Vanzo. "Ishak savait comment se comporter avec les Italiens, c'est quelqu'un de très sociable qui ne prend pas les autres de haut, ce qui correspondait bien avec le style accueillant et chaleureux des Parmesans. Par contre, s'il parlait déjà un peu l'italien, on a beaucoup rigolé de sa première interview dans cette langue. Avec son accent français, c'était marrant ! "Août 2012, Ishak n'a que 20 ans, mais il entame déjà sa quatrième saison en tant que professionnel. Elle sera sa plus intéressante avec notamment 8 buts et 5 assists en 33 matchs. Pour celui qui n'a pas réussi à s'imposer à Lyon, c'est la délivrance. "On a tout de suite vu son envie et son sérieux alors qu'il avait quand même des pointures comme Sansone et Amauri devant lui ", reprend Vanzo.Au top de sa forme, Ishak est alors transféré à l'Inter qui, d'après les médias de l'époque, débourse une somme de 10 millions d'euros plus Antonio Cassano pour se l'offrir. Quand il quitte Parme, le jeune attaquant déclare, ambitieux, qu'il n'a pas encore montré grand-chose. Quelque temps plus tard, Floriano Vanzo croise son ancien coéquipier après un match des Interistes. "Il m'a donné son maillot... que j'ai encore", sourit le Waaslandien. "À ce moment-là, tout allait bien pour lui, il ne parlait pas de ses craintes d'être mis sur le banc. De toute façon, c'est quelqu'un qui continue à travailler même quand il ne joue pas."Pourtant, sur le banc, Ishak baisse vite les bras et montre peu de caractère. "Il me disait qu'il passait des moments difficiles, qu'il sentait qu'il y avait des groupes qui se formaient et qui ne le mettaient pas vraiment à l'aise", soutient Ali. Ishak débute alors une série noire de près de deux ans sans marquer. L'hiver arrive et, affamé, Ishak veut du temps de jeu : il quitte donc l'Inter pour un prêt à Livourne." Il a montré trop peu de patience ", estime Ali."Je ne sais pas s'il se rendait compte qu'il avait signé à l'Inter, et pour cinq ans en plus ! "Le mental. Voilà probablement ce qui a manqué à Belfodil à plusieurs reprises dans sa carrière. Roberto Donadoni, son coach à Parme, lui conseillait d'ailleurs régulièrement de changer sa mentalité s'il voulait devenir efficace et gravir les échelons. Pourtant, c'est avec la confiance de Donadoni qu'Ishak a réussi ses plus belles performances en Serie A."C'est un grand gaillard, mais il fonctionne beaucoup à l'affectif et aime bien sentir qu'on est proche de lui", place Ali. "Le coach idéal pour Ishak, c'est celui qui lui parle beaucoup pour évoquer le positif comme le négatif, mais en aparté : pas besoin d'étaler tout ça devant le groupe, ça lui mettrait un coup au moral." De retour de son prêt loupé à Livourne à l'été 2014, Ishak sait qu'il va définitivement quitter l'Inter. Pour lui, cette voie qui semble sans issue n'est pas inédite, vu qu'il a déjà connu pareille situation du côté de l'Olympique Lyonnais quelques années plus tôt. Pourtant, chez les Rhodaniens, tout avait commencé comme dans un rêve...Repéré quand il évoluait à Clermont, Belfodil a convaincu le staff de l'OL en quelques matchs et une prestation de feu face à ses futurs coéquipiers. "Ce jour-là, le coach nous avait prévenus qu'il fallait bien le surveiller, étant donné qu'il était le meilleur joueur... et qu'il y avait des chances qu'il signe chez nous ", resitue le gardien de Mouscron Théo Defourny, lyonnais à l'époque. "Effectivement, il nous a fait mal et on ne s'est pas gêné de le rappeler au défenseur qui s'est fait travailler.""Il était au-dessus", ajoute Ali."Au point qu'il a été transféré en cours de saison, ce qu'on n'avait jamais vu chez les jeunes. Son arrivée était un peu comme celle d'une star, même s'il ne se comportait pas comme ça."Peut-être pas, mais son club fonde en tout cas beaucoup d'espoirs en lui, le président lyonnais Jean-Michel Aulas allant même jusqu'à déclarer au quotidien espagnol El Pais que "s'il y en a un capable de gagner le Ballon d'Or, c'est lui ! "Il faut dire qu'avant de signer à Lyon, Belfodil était la priorité de Guy Hillion, recruteur de Chelsea. Mis au courant de l'intérêt des Blues, Gérard Bonneau accélère les formalités pour faire visiter les installations lyonnaises à la famille d'Ishak."C'était des gens très chaleureux", se rappelle le recruteur des Gones. "Un papa très présent et une maman fort attachée aux à-côtés du foot : elle voulait que son fils se sente bien chez nous, qu'il soit bien encadré. Au final, je pense que c'est la formation française qui a dû faire la différence, en plus de notre projet citoyen et sportif avec la perspective d'arriver rapidement au niveau professionnel si tout se passait bien."Les débuts d'Ishak sont fantastiques et le gamin profite de son talent pour être très rapidement surclassé, fait rare à l'époque. "Mais ça ne choquait personne", assure Théo Defourny. "Il n'a jamais été en difficultés dans les différents niveaux où il a joué, on a donc vite compris qu'il n'était pas venu pour s'éterniser en catégorie d'âge."À l'aube de la saison 2009-2010, alors qu'il est dans sa chambre avec Ali Touncara, ce dernier lui confie qu'il sent que le prochain à être appelé dans le groupe pro sera Ishak, alors âgé de 17 ans. " Il ne voulait pas trop y croire, ne pensant pas qu'il gravirait si vite les échelons. Mais trois jours plus tard, il montait au jeu en Ligue 1 contre Auxerre et la semaine suivante, il jouait 30 minutes à Anderlecht en qualif' pour la Champions League."Né en Algérie, Belfodil a vécu à Mostaganem, dans le nord du pays, jusqu'à ses 13 ans. "En Algérie, on ne manquait de rien", a confié l'intéressé à la DH. "Mon papa était douanier et il a toujours fait le maximum pour subvenir à nos besoins. Nous ne vivions pas dans le luxe mais on avait ce qu'il nous fallait."C'est à 13 ans que le jeune homme quitte l'Afrique pour rejoindre la France et sa capitale. "Une fois en région parisienne, dans les quartiers, ce n'est pas toujours facile et on peut vite basculer du mauvais côté."Ce ne sera pas le cas d'Ishak, loin s'en faut, mais au moment où il arrive à Lyon, il a déjà une expérience bien différente de celle des autres jeunes formés au club depuis leur enfance. "Ishak n'avait pas connu le savoir-être, la tactique, la technique et tout ce qui caractérise spécifiquement l'école lyonnaise en aboutissant à l'OL à 16 ans", soutient Gérard Bonneau."Quand il est arrivé en pro, il s'est passé 2-3 petites choses, il n'était peut-être pas prêt sur le plan mental... Avoir moins de temps de jeu, redescendre par moments en réserve, respecter les horaires, etc. Ishak a mis du temps pour rentrer dans ce moule alors que quand on n'est pas prêt tout de suite à ce niveau-là, le train passe."Est-ce Ishak qui n'a pas tout fait pour réussir ? Est-ce l'OL qui ne lui a pas donné tous les moyens ? Quoi qu'il en soit, la relation prend fin en janvier 2013 quand l'Algérien rejoint Bologne en prêt après seulement 13 (bouts de) matchs avec les Gones.Avant d'atterrir au Standard, Ishak a donc testé la Serie A avec Bologne, Parme et l'Inter, mais il a aussi anticipé ce que beaucoup de joueurs réalisent plutôt en fin de carrière : assurer ses arrières aux Emirats Arabes Unis. À l'issue de la saison 2014-2015, l'attaquant se retrouve libre de tout contrat après une dernière pige à Parme qui vient d'être déclaré en faillite. Il tourne alors le dos à l'Italie - en faisant une croix sur ce que le club lui doit encore - et rejoint la banale équipe de Baniyas, qui ne possède qu'une Coupe du golfe des clubs champions à son palmarès sur ces vingt dernières années. Le joueur a beau retrouver ses sensations et de la confiance (11 buts et 5 passes décisives), il s'envoie lui-même aux oubliettes, notamment celles de son pays. Là-bas, le site n°1 d'infos sportives Le Compétiteur va même jusqu'à faire dire au président de la Fédération Algérienne de Football que l'ancien Lyonnais n'est plus sélectionnable 'tant que sa nullité n'évolue pas.' Pourtant, quelques mois plus tôt, il faisait partie des titulaires potentiels des Fennecs, avait participé à la CAN 2015 et avait même signé un doublé en amical contre Oman. Grassement payé, Belfodil ne se complaît néanmoins pas dans cette situation d'exilé et d'oublié aux Emirats. Début de l'été 2016, il annonce qu'il a très envie de retrouver un grand championnat européen, quitte à cracher sur les 2,3 millions d'euros que lui offre Baniyas pour sa deuxième année de contrat.Finalement, c'est dans les dernières heures du mercato que l'Algérien se retrouve au Standard. Rapidement intégré sportivement en plantant notamment un but en amical contre l'Olympique de Marseille, Ishak ne prendra probablement pas beaucoup plus de temps pour s'entendre avec ses coéquipiers, lui qui cultive un humour pince-sans-rire."Quand il commence à charrier quelqu'un, c'est difficile de lui répondre. Avec les coachs, il est plus respectueux vu sa timidité envers les anciens, mais dès qu'il a quelque chose à dire aux gens de son âge, ça sort", se marre Ali Touncara, bientôt complété par Théo Defourny qui se souvient d'un de ses coups lyonnais. "Comme il venait d'un quartier, il voulait faire croire que c'était très dangereux là-bas, il faisait le dur. Certains ont vite compris que c'était de la déconne, mais d'autres pas donc il en profitait pour en rajouter une couche."Par Emilien Hofman