La joie immense d'un nouveau but inscrit est ce qui reste le plus en mémoire lorsqu'on évoque Imoh Ezekiel. Comme le double salto et la génuflexion avec les bras levés au ciel en remerciement à Dieu qui suivaient. Mais on se souvient également d'une accélération fulgurante qui laissait les adversaires sur place, et permettait d'éviter les tacles et d'échapper aux mains des mauvais défenseurs qui tentaient de s'agripper au maillot.
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La joie immense d'un nouveau but inscrit est ce qui reste le plus en mémoire lorsqu'on évoque Imoh Ezekiel. Comme le double salto et la génuflexion avec les bras levés au ciel en remerciement à Dieu qui suivaient. Mais on se souvient également d'une accélération fulgurante qui laissait les adversaires sur place, et permettait d'éviter les tacles et d'échapper aux mains des mauvais défenseurs qui tentaient de s'agripper au maillot. D'une détente verticale étonnante, aussi, qui l'autorisait, malgré sa petite taille, à reprendre des centres de la tête. De réactions rapides devant le but pour reprendre des ballons relâchés par le gardien. De coups de génie. De moments de pure jouissance comme son premier but en Jupiler Pro League le 6 mai 2012 en play-offs 1 avec le Standard contre Genk, lorsqu'il s'est libéré du marquage de quatre hommes dans les 16 mètres avant de propulser le cuir dans la lucarne. Ce qu'on a vu ensuite, c'était la joie d'un tout jeune Africain qui goûte pour la première fois au succès en Europe. Un Nigérian de 18 ans qui, cinq mois plus tôt, avait été refusé par le Club Bruges et était prêt à reprendre l'avion pour rentrer chez lui. Il neigeait et gelait à pierre fendre lorsqu'Imoh Ezekiel s'est présenté au stade Jan Breydel avec son agent, l'Albanais de Bruxelles Luan Ahmetaj, en janvier 2012. Il avait inscrit 34 buts sous le maillot du 36 Lion FC, en deuxième division nigériane, et avait été invité pour un essai d'une semaine avec l'équipe Espoirs de Philippe Clement. Mais, par une température inférieure de 30 à 40 degrés à celle à laquelle il était habitué, il n'est pas parvenu à démontrer toute l'étendue de son talent. Après le premier entraînement, il a trempé ses pieds trop longtemps dans l'eau chaude et n'est plus parvenu à enfiler ses chaussures. Le lendemain, on lui a dit qu'il ne devait plus venir et il était au bord du désespoir. Son rêve européen semblait déjà s'envoler. Mais au bout du compte, grâce à l'intervention de plusieurs personnes, il a encore pu passer un test au Standard et s'en est beaucoup mieux sorti : après cinq jours, on lui a dit qu'il pouvait rester jusqu'à la fin de la saison. Nous sommes le 31 janvier lorsque la mise à disposition gratuite est officiellement signée. À Liège aussi, il fait froid. Mais là, on peut s'entraîner à l'intérieur. Et, lorsqu'au repos d'un match d'entraînement avec les U19 contre une équipe de P1, il révèle que ses membres inférieurs sont transis de froid, il reçoit un solide massage et, dans la foulée, inscrit trois buts en deuxième mi-temps. Chez les Espoirs, il impressionne par sa vitesse au démarrage et marque beaucoup. Le 19 février, déjà, José Riga le fait monter au jeu en équipe Première à Waregem et lors de la 4e journée des play-offs 1, le petit Nigérian est titularisé une première fois à Courtrai. Lors de la 6e journée, contre cette même équipe de Courtrai, il est impliqué dans les deux buts et reçoit une standing ovation lorsqu'il quitte le jeu. Et lors de la 8e journée, il inscrit son premier but contre Genk. Il profite de la suspension de Michy Batshuayi et des blessures de Mémé Tchité et Gohi Bi Cyriac, mais quand même ; pour un adolescent tout juste débarqué d'Afrique, il épate tout le monde. Il est récompensé par un contrat de trois ans. Imoh Ezekiel est désormais footballeur professionnel en Europe. Il n'a pas encore de permis de conduire. Au début, il loge à l'académie, puis il déménage dans un appartement à Ans. C'est un garçon courtois, calme, un peu réservé, mais ce qui le caractérise surtout, c'est sa volonté de réussir, de saisir la moindre chance qu'on lui offre. Il n'a peur de rien et se donne à fond lors de chaque match. Avec sa vitesse, sa condition physique et son corps trapu mais musclé, il se montre insaisissable pour des joueurs plus grands et moins souples comme Kanu (1m97) et Felipe (1m93). Les deux défenseurs brésiliens bousculent régulièrement le petit Imoh " pour le calmer ". Il racontera plus tard que, dans ces moments-là, l'envie de rentrer chez lui le reprenait parfois. À l'intérieur du lionceau de Lagos, se cache une âme sensible. Parfois, il lui arrive de pleurer à l'entraînement, que ce soit sur le terrain ou plus tard, dans un coin du vestiaire. Certaines remarques émanant de coéquipiers ou d'entraîneurs lui font mal aussi. Il expliquera souvent qu'il se sentait mal dans sa peau, mais chaque fois, certains étaient là pour le soutenir. Comme le capitaine Jelle Van Damme, qui l'a pris sous son aile protectrice, ou le délégué d'équipe Pierre Locht qui s'est occupé de lui en dehors du football. L'épouse du directeur général Pierre François a tenté de lui apprendre quelques mots de français. Sur le plan tactique, il semble parfois un peu perdu, et son pied gauche doit encore être amélioré. Lors d'un contrôle, il arrive aussi que le ballon rebondisse un peu trop loin. Et à certains moments, il est invisible. Mais lorsqu'on joue sur ses qualités, il peut faire mal à beaucoup de défenseurs avec ses percées, ses appels en profondeur, son accélération et son sens du but. Durant la saison 2012/13, il devient une valeur sûre et il dépasse toutes les attentes avec ses 16 buts. Rapidement, aux côtés de Luan Ahmetaj et de l'agent français Michel Sagesse, de nouveaux conseillers se manifestent pour theNigeria's next big thing. Ainsi, le manager turc Hasan Egilmez affirme sur All Nigeria Soccer qu'il discute avec Tottenham Hotspur, la Fiorentina et le Genoa en tant que représentant d'Ezekiel, mais qu'il doit encore convaincre le Standard de le libérer. Nous sommes le 31 octobre 2012. Ezekiel vient d'avoir 18 ans, il n'est pas encore en Belgique depuis dix mois et il a inscrit six buts en Jupiler Pro League. Dans les médias, des noms de clubs russes, espagnols, français et allemands apparaissent, tous désireux de le transférer lors du prochain mercato hivernal. En janvier 2013, les Rouches revoient son contrat à la hausse et en juillet 2013, il est de nouveau réévalué. Ezekiel démarre également sa deuxième saison sur les chapeaux de roue, en inscrivant le but le plus rapide du championnat de Belgique le 11 août contre Genk, après dix secondes de jeu. Avec dix buts en saison régulière, deux en play-offs 1 et un en Coupe de Belgique, il confirme tout son potentiel. Le 6 mars 2014, il fête sa première sélection en équipe nationale à l'occasion d'un match contre le Mexique. Le sélectionneur nigérian Stephen Keshi l'introduit au jeu à 19 minutes de la fin. Fin juillet 2014, on apprend qu'Imoh Ezekiel a été acheté au Standard pour 8 millions par un fonds d'investissement du Qatar et qu'il a signé à Doha un contrat de quatre ans avec le club d'Al Arabi SC, qui lui garantit entre 1,8 et 2 millions d'euros par saison. L'affaire est réglée par un Anversois actif dans le Golfe, Mitch Bakkovens de MB Sports Agency. La Qatar Stars League est-elle la meilleure étape pour un jeune joueur de 20 ans qui veut développer sa carrière ? Non. C'est une question d'argent pure et simple. Imoh, le garçon arrivé deux ans et demi plus tôt d'un quartier pauvre de Lagos, devient subitement scandaleusement riche. Tout le monde en a profité, déclarera-t-il lors des interviews. Enfin, tout le monde ? Pas tout à fait. Sur All Nigeria Soccer (ANS), le scout nigérian Michael Nicholas témoigne. Il affirme que le 36 Lion FC a bien reçu 15 % (1,2 million d'euros) de la somme de transfert (8 millions d'euros), comme cela avait été prévu contractuellement, mais que Gafar Liameed, le propriétaire du 36 Lion FC, n'a pas respecté l'accord qui avait été conclu en 2012. L'homme réclame 300.000 euros parce que : (1) il a renseigné jadis Ezekiel à Luan Ahmetaj, son partenaire en Belgique ; (2) il a payé le billet d'avion du joueur pour Bruxelles le 1er janvier 2012 ; et (3) il l'a poussé à ne pas reprendre l'avion pour Lagos après son test raté à Bruges, ce qui avait permis à Ahmetaj de lui faire passer un nouveau test au Standard via son ami Willy Holvoet. Pour prouver son rôle dans la percée d'Ezekiel, il fournit à ANS l'invitation signée par le scout principal Raymond Mommens et Patrick Van de Cappelle le 29 octobre 2011, que le Club Bruges avait envoyée à l'ambassade de Belgique à Abuja. Au début 2015, Nicholas communique, par l'intermédiaire du même organe de presse, qu'entre-temps tout est rentré dans l'ordre et qu'il remercie Liameed pour cela. Ezekiel ne jouera pas longtemps pour Al Arabi. En février 2015, il est loué au... Standard. Il vit ce retour comme une libération, car il ne se sentait pas bien au Qatar. En 13 matches, il inscrit encore six buts pour les Rouches, dont la moitié contre le grand rival bruxellois en play-offs 1. Ce qui incitera Herman Van Holsbeeck à demander à Mogi Bayat de régler le transfert du petit attaquant de poche au stade Constant Vanden Stock. L'accouchement sera difficile, plusieurs personnes exigeant leur part du gâteau, dont notamment Liameed. Mais, fin juillet, l'affaire est dans le sac : Anderlecht loue Ezekiel pour une saison à Al Arabi. Ce ne sera pas une réussite. Besnik Hasi opte pour un système avec un seul attaquant de pointe, alors qu'Ezekiel se sent plus à l'aise dans un système à deux attaquants, aux côtés d'un target-man capable de conserver le ballon, de le dévier de la tête et d'exploiter au mieux sa pointe de vitesse. Il finit par se retrouver sur le flanc, avec Stefano Okaka comme centre-avant. Ce n'est ni sa position naturelle, ni le rôle pour lequel il a été formé. Il parviendra de temps en temps à réaliser l'un ou l'autre éclair, avec des infiltrations dans le dos des défenseurs. Mais, sur le plan défensif surtout, il peine à remplir les tâches que l'on attend d'un joueur de flanc. En 20 matches de championnat, il inscrit un but, lors de la 13e journée à Courtrai (l'équipe qui lui avait tellement bien réussi à ses débuts). Début novembre, il égalise contre Tottenham en Europa League, mais il ne parvient pas à être régulier. Il ne se montre pas à la hauteur des attentes élevées qui ont été placées en lui par le Sporting. Et l'ambiance négative qui l'entoure ne l'aide pas, lui le garçon sensible de Lagos. Il retrouve le plaisir de jouer avec l'équipe olympique du Nigéria, avec laquelle il remporte, comme titulaire, la médaille de bronze aux Jeux Olympiques de Rio en 2016. Mais après cet intermède, il doit retourner à Al Arabi, où il aurait préféré ne jamais remettre les pieds. Il inscrit huit buts en 24 matches, ce qui porte son total en Q-League à 11/33. Il en restera là. Car, début juillet 2017, Al Arabi vend Imoh Ezekiel (avec l'intervention de Mitch Bakkovens) au club turc de Konyaspor, où le Nigérian signe un contrat jusqu'en 2020. Est-ce là que ce garçon sensible et introverti pourra retrouver son meilleur niveau ? Encore une fois, non. Lui qui a besoin de se sentir aimé et apprécié pour atteindre un rendement maximum, s'adapte difficilement. Après deux matches à peine comme titulaire, 271 minutes de jeu et aucun but en 13 matches, son contrat de trois ans est rompu fin décembre. L'Antwerp se rensegne via Mitch Bakkovens, une connaissance de Luciano D'Onofrio, mais les négociations n'aboutissent pas et les dirigeants du Bosuil finissent par abandonner. Le 10 février, Ezekiel signe donc jusqu'en juin 2019 pour le club espagnol de première division de l'UD Las Palmas, aux îles Canaries. Ce ne sera pas davantage un succès. En dix matches (468 minutes de jeu), il n'inscrit pas le moindre but. Le club ne peut éviter la relégation et il est libéré anticipativement. Fin avril-début mai, Imoh Ezekiel, qui n'a encore que 24 ans, suscite l'intérêt de Courtrai, via une relation d'affaires de Mitch Bakkovens, mais à ce moment-là, il est impayable. Fin juin, le contact est renoué. Apparemment, aucune offre sportivement plus intéressante et financièrement plus lucrative ne s'est présentée à lui, et début juillet, le Nigérian signe un contrat de travail avec le KVK. Avant même que tout ne soit réglé, que ce soit le problème du visa ou les tests médicaux. Des agents qui gravitent autour du joueur essaient encore de le placer ailleurs. Finalement, l'attaquant n'atterrit au stade des Éperons d'Or que deux mois plus tard. Les tests à l'effort passés à la Bakala Academy de Louvain la semaine dernière confirment ce que l'on pressentait : sur le plan de la condition physique, Ezekiel accuse un énorme retard. Apparemment, il ne s'est pas beaucoup entraîné ces derniers mois dans son pays. Le lion affamé d'autrefois est-il rassasié ? A-t-il oublié comment il devait chasser ? Glen De Boeck l'a en tout cas déjà repris dans sa sélection pour le match à domicile contre Ostende, tout en sachant qu'il n'était en état de jouer que dix minutes ou un quart d'heure. C'est d'ailleurs ce qu'il s'est passé, samedi : Ezekiel est monté au jeu à la 80e minute pour remplacer le capitaine Hannes Van der Bruggen. Mais il n'a pu éviter la défaite.