On frappe clairement à la bonne porte, chez Igor de Camargo, quand on veut préfacer la finale Standard - Genk. Pas possible de trouver un footballeur qui connaîtrait mieux les deux clubs. Au total, il a passé une dizaine d'années dans les deux environnements. Avec des buts, beaucoup de buts, près de 80 en plus de 300 matches. Un titre avec Genk, deux avec le Standard, une finale de Coupe perdue avec les Rouches. Des matches de Ligue des Champions avec les deux équipes. Et, vingt ans après ses débuts pros chez nous, toujours la même niaque. Il aura 38 ans le mois prochain. Prêt pour la quille? Que nenni!
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On frappe clairement à la bonne porte, chez Igor de Camargo, quand on veut préfacer la finale Standard - Genk. Pas possible de trouver un footballeur qui connaîtrait mieux les deux clubs. Au total, il a passé une dizaine d'années dans les deux environnements. Avec des buts, beaucoup de buts, près de 80 en plus de 300 matches. Un titre avec Genk, deux avec le Standard, une finale de Coupe perdue avec les Rouches. Des matches de Ligue des Champions avec les deux équipes. Et, vingt ans après ses débuts pros chez nous, toujours la même niaque. Il aura 38 ans le mois prochain. Prêt pour la quille? Que nenni! IGOR DE CAMARGO: J'avais dit à ma femme que j'arrêterais à 35 ans mais je me sens encore tellement bien... La météo ici, ça me dégoûte, mais le foot et le pays en général me plaisent toujours autant. Tu sais que le moment où tu décideras de stopper, ça sera difficile? DE CAMARGO: Clairement. J'essaie de ne pas y penser. Quand je vois comment Steven Defour vit depuis quelques semaines, ça fait mal. Il souffre parce que son corps le lâche et aussi parce que c'est la fin d'une longue aventure. Parfois, quand je rentre dans le vestiaire, j'ai un flash, je me dis que ce sera bientôt fini. Mais je me concentre directement pour passer à autre chose. Ça ne sert à rien de me faire mal avant ce moment! Au Brésil, on dit qu'un joueur de foot meurt deux fois. Quand il arrête de jouer et quand il meurt pour toujours... Débarquer comme ado en Belgique et tomber sur un gueulard comme Johan Boskamp, ça doit déstabiliser, non? DE CAMARGO: C'était... spécial, je dirais. J'ai loupé Aimé Anthuenis de peu, dommage parce que j'aurais bien voulu travailler avec lui. Avec Boskamp, ce n'était pas simple. Déjà parce qu'il y avait une grosse pression. Genk venait d'être champion et de gagner la Coupe, le statut du club avait complètement changé, les attentes aussi. Par rapport à ce que les joueurs avaient connu avec un gars aussi calme qu'Anthuenis, l'approche de Boskamp était complètement différente. Déjà, moi, je ne comprenais à ce moment-là que quelques mots de néerlandais. Alors, comprendre ce que Boskamp hurlait avec son accent à couper au couteau, impossible. Je ne captais rien du tout. Après Boskamp, vous avez Sef Vergoossen, difficile de trouver plus opposé. DE CAMARGO: Oui, vraiment. Vergoossen, c'était le calme, la tranquillité. Il était complètement naturel, zen à fond. Je ne l'ai vu perdre ses moyens qu'une seule fois. On va jouer au Real en Ligue des Champions. À dix minutes de la fin, je suis à l'échauffement, Vergoossen me rappelle pour me faire monter. C'est déjà 6-0. Il me donne ses consignes, et là, je me rends compte qu'il tremble comme une feuille. Il me tient par le bras et ça tremble, ça tremble... Je lui dis: "Ne vous inquiétez pas, coach, on n'a quand même plus rien à perdre, laissez-moi courir seulement". Les gars du Real faisaient circuler le ballon dans tous les sens, on n'en touchait pas une, mais ça reste une de mes plus belles expériences. J'avais 19 ans et j'ai échangé mon maillot avec Roberto Carlos, peut-être le plus grand back gauche de l'histoire, une légende au Brésil. Dans des moments pareils, tu te dis que tu es en train de réaliser ton rêve! René Vandereycken, c'était encore un profil complètement différent. DE CAMARGO: Les gens le trouvaient fermé, il l'était, il avait sa vision, très précise. Mais il parlait aussi aux joueurs. Fermé mais pas borné. Il y avait un vrai dialogue avec lui, il tenait parfois compte de nos avis pour décider de sa tactique, ce n'est pas nécessairement l'impression qu'on avait de l'extérieur. Il m'appréciait et il m'a repris en équipe nationale. Par contre, tu ne vas pas dire que ça s'est bien passé avec Peter Maes quand tu es retourné à Genk après tes années en Allemagne et ton deuxième passage au Standard! Maes est plus proche du profil de Boskamp, plus rentre-dedans. DE CAMARGO: Ouais, il a aussi sa façon de voir les choses, on le voit aujourd'hui à Saint-Trond, où il fait ce qu'il a fait partout ailleurs: mettre sa griffe sur l'équipe. Je ne sais pas ce qu'il s'est passé derrière la scène pour que je doive partir après un an. Tout s'est bien passé jusqu'au mois de décembre, je jouais presque tout, je mettais des buts. Puis, subitement, Maes m'a dit qu'il n'allait plus beaucoup m'utiliser. Ça s'est confirmé. À la fin de la saison, j'ai compris et je suis parti à Chypre. Tu avais très peu joué quand Genk a été champion au moment de ton arrivée en Belgique, par contre tu as été un vrai acteur du titre du Standard avec Michel Preud'homme. Comment tu définirais ta relation avec lui? DE CAMARGO: Pour faire grandir une équipe pendant une saison, il est très fort. Il sait mener un groupe vers le haut et il utilise parfois des images qu'il prend dans d'autres domaines. Par exemple, il comparait notre parcours à une course cycliste: "Aujourd'hui, on attaque la montagne, ça va grimper fort, puis on se laissera descendre et il faudra garder de l'énergie pour le sprint final". Et puis il y avait ses superstitions, dont son fameux pull orange. On n'y faisait pas vraiment attention, à la limite c'était en voyant les résumés à la télé qu'on se faisait la remarque qu'il avait encore mis le même pull. Ses superstitions, on les respectait sans s'y intéresser vraiment. Avec Laszlo Bölöni, ça a encore été un changement radical, non? DE CAMARGO: Chaque entraîneur a sa façon de jouer, encore plus quand c'est un coach avec beaucoup d'expérience. Mais Bölöni a été assez malin pour ne pas trop changer ce que Preud'homme avait mis en place. On a continué sur notre élan, et si tu interroges des supporters, ils vont te dire que c'était une des meilleures équipes du Standard de tous les temps. J'ai été surpris de voir plus tard l'Antwerp de Bölöni, j'avais l'impression que ce n'était plus du tout le même entraîneur. Même chose pendant son petit passage à Gand. Ça n'avait rien à voir avec ce qu'il produisait au Standard, avec le jeu offensif qui nous avait permis de gagner un deuxième titre. C'était peut-être le plus exigeant de tous tes coaches, non? DE CAMARGO: Clairement, il se donnait tous les moyens pour avoir la meilleure équipe possible le week-end. S'il estimait qu'un terrain d'entraînement n'était pas bon, on prenait le matériel et on partait sur un autre. Il accordait une importance énorme à la récupération des joueurs. Il insistait sur les séances de sauna, il nous obligeait à passer un long moment chez les kinés deux jours avant le match. Et tant pis s'ils devaient quitter l'académie tard le soir, ce n'était pas son problème. La transition entre Bölöni et Dominique D'Onofrio, c'était encore quelque chose d'abrupt! DE CAMARGO: On voyait D'Onofrio plus comme un papa que comme un entraîneur. C'était un style à l'ancienne. Avec son sang latin. Tu as fini au Standard avec Ivan Vukomanovic et José Riga. DE CAMARGO: Riga, c'était un Sef Vergoossen qui parlait français... La même sérénité. Vukomanovic, c'était un caractère complètement différent. Il avait arrêté de jouer peu de temps avant et ça se ressentait. Il était toujours dedans, encore sur le terrain. Il avait toujours en lui des petits trucs de joueur, un côté malin, roublard. Avec des coaches aussi exigeants que Preud'homme, Bölöni ou Maes, on a l'impression que c'est difficile de travailler dans la durée. On peut accepter leurs méthodes extrêmes pendant une ou deux saisons, mais pas beaucoup plus. Après, on craque et on laisse tomber, non? DE CAMARGO: Souvent, ça dépend des résultats. S'ils sont bons, tu peux tenir plus longtemps. Tu as vu des joueurs craquer face aux méthodes d'un Bölöni, par exemple? DE CAMARGO: Si je dois te raconter tout ce qu'il se passait dans le vestiaire, je vais en avoir pour deux jours... Genre? DE CAMARGO: Il y a eu presque des bagarres, parfois. L'entraîneur ou des joueurs disaient des choses qui n'étaient pas acceptées par d'autres et c'était l'escalade. Dans des moments pareils, la façon dont on s'exprime peut faire toute la différence. Mais le bon ton, il faut encore arriver à le trouver. Tu as le coach qui veut poser sa philosophie, et en face, un joueur qui veut montrer qu'il est le meilleur. Un entraîneur peut perdre un groupe parce qu'il n'a pas été capable de trouver la bonne méthode pour parler à un joueur qui est fort utile à l'équipe. Dans ces moments-là, par solidarité, les autres gars se mettent du côté du joueur. Et c'est comme ça qu'un groupe arrive à virer des entraîneurs. J'ai entendu des choses là-dessus et je pense que je l'ai vécu une fois ou deux. Mais bon, je ne veux pas en dire plus... Gérer un vestiaire, ce n'est vraiment pas facile. C'est encore plus difficile quand la moyenne d'âge est élevée parce que beaucoup de joueurs expérimentés ont plus de caractère et ne se laissent pas faire. J'ai connu ça à Chypre. Tu peux avoir des leaders positifs, mais aussi des leaders négatifs. Qu'est-ce qu'ils font, les leaders négatifs? DE CAMARGO: Ils s'imposent dans le groupe, mais ils sont toujours négatifs. Et comme ils sont bons sur le terrain, ils sont suivis par une majorité et c'est comme ça qu'un entraîneur perd un groupe. Une pomme pourrie peut contaminer tout le panier, c'est exactement comme ça dans un vestiaire. J'ai vécu ça dans plusieurs clubs. Il faut l'enlever à temps pour ne pas perdre les autres, mais ça ne réussit pas toujours. Et il y a aussi le fait que si le joueur en question est bon, les autres n'ont pas nécessairement envie de le virer. Ils ne sont pas bêtes, ils voient leur intérêt. Et donc, au final, c'est l'entraîneur qui paie la facture. Mais j'ai l'impression que le risque est moins grand aujourd'hui qu'il y a quelques années, parce qu'il y a beaucoup de jeunes dans les noyaux. Les mentalités sont différentes. Pour les entraîneurs, c'est plus facile. Comment tu peux t'imposer quand tu as des gars avec plein d'expérience, qui ont gagné des titres et qui sont vus comme des leaders par leurs coéquipiers? Comment tu fais pour parler aux anciens sans qu'il y ait des risques de clash? Parfois, tu trouves des joueurs avec un caractère encore pire que les coaches!