On l'avait quitté en liesse à Courtrai, communiant comme rarement avec ses supporters. On le retrouve esseulé à la Haute École Condorcet de Tournai, avec seulement douze joueurs, dont deux tests et plusieurs jeunes. En début de semaine dernière, l'Excel Mouscron effectue sa rentrée des classes avec un effectif à faire pâlir tout bon directeur d'établissement. Une conséquence directe des nombreux prêts ou contrats en fin de vie, repartis comme ils étaient arrivés : sur la pointe des pieds.
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On l'avait quitté en liesse à Courtrai, communiant comme rarement avec ses supporters. On le retrouve esseulé à la Haute École Condorcet de Tournai, avec seulement douze joueurs, dont deux tests et plusieurs jeunes. En début de semaine dernière, l'Excel Mouscron effectue sa rentrée des classes avec un effectif à faire pâlir tout bon directeur d'établissement. Une conséquence directe des nombreux prêts ou contrats en fin de vie, repartis comme ils étaient arrivés : sur la pointe des pieds.Des "mercenaires" placés pour la plupart par les agents influents Pini Zahavi et Fali Ramadani, qui se cachent derrière l'actionnaire majoritaire du club, le groupe maltais Latimer. "Avec une armée de 'ic', on ne fait pas une équipe", pose le président, Patrick Declerck. "L'actionnaire l'a compris, il a changé son fusil d'épaule. On l'a rencontré et on n'a même pas dû sortir notre dossier : il nous a parlé de ce qu'on lui aurait suggéré." Soit stopper un carrousel infernal, alimenté par des poulains en bout de course, qui n'ont clairement pas le niveau."Tout le monde fait des erreurs. La volonté est vraiment de changer de modèle, c'est-à-dire remplacer le volume par la qualité." Avec l'arrivée de nouveaux éléments et du directeur sportif Jürgen Röber, l'Excel ne veut plus vivre de saisons galères comme les deux dernières. Pourtant, dans les termes, la rengaine reste la même : "valoriser le Futurosport et améliorer les résultats sportifs", dixit le DG Paul Allaerts. Pour rendre une copie conforme aux précédentes ou enfin amorcer le renouveau ?Jurica Selak et Humberto Païva sont les premières victimes de ce changement de cap. Il y a un mois et demi, les "actionnaires" veulent marquer le coup en ne reconduisant pas le duo énigmatique de directeurs sportifs. Un binôme mis en place deux ans plus tôt. "C'est une décision qui intervient suite au manque de résultats et peut-être aussi d'un souci de mentalité", commente sobrement Declerck, pour une fois. Quant à Allaerts, il évoque des "discutions confidentielles" entre membres du CA. Rien de plus.Dans les couloirs du Canonnier, on parle d'un "ego assez développé" de Selak, qui tente aussi d'imposer son fils, Martin. Contacté, le Belgo-Croate choisit le mutisme. "C'est une combinaison de plusieurs facteurs", lance Païva, retourné à ses activités d'agent. "On a signé pour deux ans pour assurer une période de transition. Seulement, les résultats n'étaient pas aussi bons que ceux attendus. À la fin de la journée, on regarde toujours si on a été productif ou non. C'est normal."En vérité, la relation avait fait son temps. "Selak s'est beaucoup battu en interne. Mais il en avait peut-être marre de devoir placer des joueurs amenés par les actionnaires", explique un agent qui connaît bien la maison. Dans la DH, il assure qu'il n'allait "pas continuer de toute façon", lassé de devoir oeuvrer dans l'urgence avec des moyens limités. "En signant à Mouscron, on connaissait les outils, les conditions et les règles que cela engendrait. On l'a accepté", poursuit son pendant brésilien, Païva. "Personnellement, ça a été dur à avaler, mais je ne serais pas resté non plus. Dans la foulée du dernier match à Courtrai, on avait déjà un arrangement. " Arrivés avec les actionnaires en 2015, Selak doit faire profiter le club de son réseau, étendu à l'Est, quand Païva se charge plutôt de son Amérique du Sud natale.Problème, les joueurs débarquent en nombre et la majorité le font tard, faute de mieux. Leur rendement frise le néant. Seul Filip Markovic tire son épingle du jeu, mais de manière trop irrégulière. Selak prend alors ses responsabilités avec des signatures plus cohérentes. Les régionaux de l'étape Jérémy Huyghebaert (été 2016) et Dino Arslanagic (hiver 2017) viennent poudrer le Canonnier. "Pour moi, Yuri et Humberto faisaient bien leur travail. Surtout Selak", atteste Thibaut Peyre, parti pour l'Union Saint-Gilloise après quatre années de bons et loyaux services. "À chaque fois qu'il a ramené quelqu'un de Belgique, c'était une bonne pioche. Mais, malheureusement, ce n'est pas lui qui tirait toutes les ficelles..."Chaque été, le recrutement s'effectue ainsi en deux salves, entre les joueurs souhaités par le duo et ceux qui viennent "d'au-dessus". Les deux hommes se permettent quelques infidélités mais gardent un champ d'action restreint. " Selak et Païva discutaient parfois dans le bureau du coach mais ce n'était jamais avec tout le staff", déplore Jacky Munaron, coach des gardiens la saison passée. "On n'avait pas de relation, on ne pouvait pas donner notre avis. Je n'ai jamais vu ça. À Mouscron, tu ne peux rien dire." Ou plutôt ne pas faire grand-chose sans l'aval de Latimer. Les joueurs apprennent l'éviction de Selak et Païva via les journaux, ce que la direction leur présente ensuite comme "la fin d'un cycle".Le 9 juin, l'Excel publie un communiqué concernant le recrutement d'un nouvel entraîneur des gardiens, Éric Deleu, qui a côtoyé Mircea Rednic à Sclessin. "La dernière semaine de la saison, Rednic a dit que le staff restait intact s'il resignait. Je suis parti en vacances, tranquille", raconte Munaron, amer. L'ex-coéquipier au Standard et déjà collègue du Roumain à Gand apprend sur Twitter qu'il n'est pas reconduit."J'avais confiance en lui. Une parole est une parole. Je trouve ça mesquin de sa part. Surtout qu'il n'a répondu ni à mes SMS, ni à mes appels." Rednic réfute la version de Munaron, arrivé sous l'ère Glen De Boeck. "C'est le foot ". Quoi qu'il en soit, avec la récente signature de Yannis Mbombo et la probable d'un autre assistant sorti de sa manche, Rednic s'installe et pose logiquement sa patte dans la construction du noyau hurlu.Après un sauvetage miracle au bout de six mois compliqués, le technicien des Carpates en avait fait une condition sine qua non à sa prolongation, actée fin mai. Mais là encore, de l'aveu de Declerck, sa marge de manoeuvre reste de l'ordre du conseil : "Si on ne nomme pas Rednic comme manager à l'anglaise, c'est qu'on ne veut pas non plus lui donner les pleins pouvoirs. Il peut donner son avis, mais au-dessus de lui, il y aura toujours quelqu'un pour lui dire oui ou non." Ce qui ne facilite ni la communication, ni la vitesse d'exécution des dirigeants du REM. D'abord pris par la Cour belge d'arbitrage pour le Sport (CBAS) dans le but d'obtenir sa licence, le board mouscronnois laisse sur le feu pas mal de dossiers chauds.Parmi eux, les renouvellements de contrat des historiques Thibaut Peyre et Dimitri Mohamed. "On m'a dit d'attendre. Mais d'attendre quoi ? Jusqu'à quand ? ", s'interroge Peyre. "J'ai essayé de me retenir au maximum, mais je ne pouvais pas prendre le risque de me retrouver sans rien." Theo Defourny, arrivé au Canonnier peu avant les investisseurs, vient de signer à Tubize. Le néo-Sang et Or abonde : "Ils ont envoyé un mauvais signal. Ces joueurs sont des gens bien pour le vestiaire, pour l'image du club et pour les supporters. Certains l'ont vécu comme un manque de reconnaissance." Si Mërgim Vojvoda et Fabrice Olinga rempilent assez tôt, Dimitri Mohamed tergiverse avant de resigner."S'ils avaient mis un directeur sportif après le sauvetage ou au tout début des play-offs, c'était différent", termine Defourny. Dans l'attente de l'homme providentiel, le déjà Directeur général Paul Allaerts doit donc s'improviser au poste, pour lequel il n'a aucun background, pour assurer l'intérim. L'ancien arbitre veut "trouver l'équilibre" entre jeunesse et expérience, mais peine à recruter rapidement. Il tente d'amadouer Christophe Lepoint, avant de s'incliner devant Courtrai, qui offre de meilleures garanties financières au désormais ex-médian de Zulte Waregem. Avec un budget global avoisinant les 6,5 millions d'euros, similaire à celui du dernier exercice, l'Excel tient encore le rôle du petit poucet de l'élite.En coulisses, Allaerts avoue les difficultés de la mise en place du projet. En conférence de presse, il se dit ouvert aux "soldes" du mois août, ce qui n'est pas sans rappeler la fin des deux précédents mercatos d'été. Rednic contredit l'idée en conférence de presse, la semaine dernière : "Si on est dans cette situation aujourd'hui, c'est à cause de la philosophie de l'an dernier où on misait sur des prêts. C'est terminé". Le Roumain ne panique pas avec sa reprise à douze mais aimerait disposer de 90% de son effectif pour le stage prévu à Spa début juillet. Dimanche, à Dottignies (4-0), en plus de quelques joueurs en test, il a dû aligner des jeunes pour faire le nombre et ne pas cramer d'entrée ses éléments importants.À terme, Paul Allaerts souhaite constituer un groupe de vingt-trois joueurs, avec trois gardiens et trois produits du Futurosport, le centre de formation dont va probablement s'emparer Latimer. Mickaël Tirpan n'en fera pas partie. Sur le départ et écarté par Rednic, l'une des seules satisfactions de l'ère Latimer touche un salaire de 2.500 euros brut (hors primes), soit bien moins que pas mal de mercenaires déposés par Zahavi et Ramadani, qui, dans l'ensemble, n'ont que peu joué. Le prix de Tirpan, initialement fixé entre 800 et 900.000 euros par le REM, refroidit les ardeurs de ses potentiels acquéreurs. "On prend notre temps", ressasse Allaerts. Du temps, il en aura fallu pour nommer le nouveau directeur sportif (voir cadre).Passé par pas mal de bancs teutons prestigieux, comme celui de Dortmund, Jürgen Röber s'occupait dernièrement du club turc d'Osmanlispor. Il a été préféré à Mbo Mpenza, longtemps en pôle mais finalement jugé trop tendre pour le poste. Les deux premiers exercices du Mouscron maltais avaient débuté par un zéro sur neuf. Röber a la lourde tâche de faire enfin tourner la machine pour qu'elle atteigne la colonne de gauche. Choisi "en concertation avec les actionnaires", selon les mots d'Allaerts, il rallie Belgrade et le Partizan en 2005, par l'entremise de... Fali Ramadani. Plus qu'une fracture ouverte, la venue de l'Allemand chez les Picards s'apparente plutôt à une douce révolution de velours.Par Nicolas Taïana