Hugo, vous connaissez Luka depuis l'enfance. Racontez-nous le début de votre amitié.

HUGO LORIS : Quand je l'ai rencontré, il devait avoir quelque chose comme quatorze ans, j'en avais dix, mais contrairement à son père, il parlait un français parfait, sans accent et avec déjà une forme de tchatche, d'élégance dans le propos. C'était impossible de penser que ce n'était pas sa langue maternelle. Luka, c'était le grand frère de mon pote Rok, avec tout ce que ça comporte. Je traînais beaucoup chez eux, mais avec Luka, il y avait une forme de distance naturelle au début. Parce qu'il était toujours très sérieux, extrêmement studieux. Il inspirait beaucoup de respect. Et je sentais déjà chez lui cette envie de réussir plus que tout. Pour vous dire, je ne savais pas ce qu'il étudiait ni rien à l'époque, mais je le voyais toujours la tête dans les cahiers, plongé dans ses bouquins. Systématiquement en train de réviser pendant que nous, on allait jouer à la PlayStation (Il rit).

Quelle relation entretenez-vous encore aujourd'hui ?

LLORIS : Notre relation n'est pas la même que lorsque j'avais dix ans. On évolue en tant qu'homme, mais on s'est toujours suivi. Même de loin. Il est monté un week-end à Londres, avec son frère, voir le centre d'entraînement de Tottenham lorsque Mauricio Pochettino était encore là. Là, clairement, c'était son moment. Il était dans sa bulle professionnelle. C'était une époque où il se posait beaucoup de questions et Mauricio lui a apporté certaines réponses qui ont pu l'aider dans son développement professionnel. On parle de passion, de travail. On était en plein là-dedans.

À l'été 2019, Luka Elsner débarque à Amiens, tout juste promu en Ligue 1, à seulement 37 ans. Ce qui est plutôt rare pour un anonyme sans vécu dans l'Hexagone. Ça vous a surpris ?

LLORIS : La part de réussite dans une carrière est difficile à quantifier, mais je savais qu'il se donnerait toutes les chances d'y arriver. Comme je connais la personne, je me dis qu'il y a une forme de continuité dans tout ce qu'il fait. Le travail, le sérieux. Cette faculté à ne rien lâcher. Et puis, depuis toujours, il dégage cette forme d'assurance dans tout ce qu'il fait. C'est un leader avec des idées bien précises, ce qui donne envie de lui faire confiance. Mais ce n'est pas tout. Il a aussi les qualités de l'entraîneur moderne, qui ne débarque pas seulement avec sa gouaille mais avec ses idées. Ce qu'il amène à ses joueurs, c'est un concept et c'est primordial aujourd'hui. Et sa force, c'est qu'il réussit à faire adhérer ses joueurs à ses principes. Je suis admiratif de sa philosophie, de son approche du métier, de sa faculté à être centré sur tous les détails du job. Et je suis content qu'un club de renom comme le Standard lui offre la confiance qu'il mérite.

Vous-même, à bientôt 35 ans, vous vous projetez comme futur entraîneur ?

LLORIS : Je ne sais pas, mais là où je me sens sur la même ligne que Luka, c'est sur notre rapport au travail. Comme moi, Luka s'est donné les moyens de réussir. Mais en ce qui me concerne, je n'ai aucune idée de ce qui m'attend dans la deuxième partie de ma vie. Ce que je sais, c'est que j'ai des repères qui me serviront pour la suite. J'ai eu la chance d'avoir une première vie faite de rencontres multiples, de mélange de cultures, de nationalités. Un jour, je me poserai et je mettrai toutes ces choses-là dans l'ordre pour faire quelque chose qui me correspond.

On dit que les anciens gardiens font souvent des grands coaches...

LLORIS : Oui, je sais, il y a Michel Preud'homme notamment chez vous. Mais le souci que j'ai avec le fait d'entraîner, c'est que je crois qu'on sous-estime la tâche immense que ça représente. C'est quelque chose qui vous prend tout votre temps, qui demande d'immenses sacrifices et qui vous place sous une pression constante. En plus de vous imposer de grandes responsabilités. Tout ça pour une reconnaissance souvent assez minime. Personnellement, je trouve qu'on ne donne pas assez de crédit aux entraîneurs. C'est pour ça que je trouve Luka extrêmement courageux.

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Hugo, vous connaissez Luka depuis l'enfance. Racontez-nous le début de votre amitié.HUGO LORIS : Quand je l'ai rencontré, il devait avoir quelque chose comme quatorze ans, j'en avais dix, mais contrairement à son père, il parlait un français parfait, sans accent et avec déjà une forme de tchatche, d'élégance dans le propos. C'était impossible de penser que ce n'était pas sa langue maternelle. Luka, c'était le grand frère de mon pote Rok, avec tout ce que ça comporte. Je traînais beaucoup chez eux, mais avec Luka, il y avait une forme de distance naturelle au début. Parce qu'il était toujours très sérieux, extrêmement studieux. Il inspirait beaucoup de respect. Et je sentais déjà chez lui cette envie de réussir plus que tout. Pour vous dire, je ne savais pas ce qu'il étudiait ni rien à l'époque, mais je le voyais toujours la tête dans les cahiers, plongé dans ses bouquins. Systématiquement en train de réviser pendant que nous, on allait jouer à la PlayStation (Il rit).Quelle relation entretenez-vous encore aujourd'hui ?LLORIS : Notre relation n'est pas la même que lorsque j'avais dix ans. On évolue en tant qu'homme, mais on s'est toujours suivi. Même de loin. Il est monté un week-end à Londres, avec son frère, voir le centre d'entraînement de Tottenham lorsque Mauricio Pochettino était encore là. Là, clairement, c'était son moment. Il était dans sa bulle professionnelle. C'était une époque où il se posait beaucoup de questions et Mauricio lui a apporté certaines réponses qui ont pu l'aider dans son développement professionnel. On parle de passion, de travail. On était en plein là-dedans.À l'été 2019, Luka Elsner débarque à Amiens, tout juste promu en Ligue 1, à seulement 37 ans. Ce qui est plutôt rare pour un anonyme sans vécu dans l'Hexagone. Ça vous a surpris ?LLORIS : La part de réussite dans une carrière est difficile à quantifier, mais je savais qu'il se donnerait toutes les chances d'y arriver. Comme je connais la personne, je me dis qu'il y a une forme de continuité dans tout ce qu'il fait. Le travail, le sérieux. Cette faculté à ne rien lâcher. Et puis, depuis toujours, il dégage cette forme d'assurance dans tout ce qu'il fait. C'est un leader avec des idées bien précises, ce qui donne envie de lui faire confiance. Mais ce n'est pas tout. Il a aussi les qualités de l'entraîneur moderne, qui ne débarque pas seulement avec sa gouaille mais avec ses idées. Ce qu'il amène à ses joueurs, c'est un concept et c'est primordial aujourd'hui. Et sa force, c'est qu'il réussit à faire adhérer ses joueurs à ses principes. Je suis admiratif de sa philosophie, de son approche du métier, de sa faculté à être centré sur tous les détails du job. Et je suis content qu'un club de renom comme le Standard lui offre la confiance qu'il mérite. Vous-même, à bientôt 35 ans, vous vous projetez comme futur entraîneur ?LLORIS : Je ne sais pas, mais là où je me sens sur la même ligne que Luka, c'est sur notre rapport au travail. Comme moi, Luka s'est donné les moyens de réussir. Mais en ce qui me concerne, je n'ai aucune idée de ce qui m'attend dans la deuxième partie de ma vie. Ce que je sais, c'est que j'ai des repères qui me serviront pour la suite. J'ai eu la chance d'avoir une première vie faite de rencontres multiples, de mélange de cultures, de nationalités. Un jour, je me poserai et je mettrai toutes ces choses-là dans l'ordre pour faire quelque chose qui me correspond.On dit que les anciens gardiens font souvent des grands coaches...LLORIS : Oui, je sais, il y a Michel Preud'homme notamment chez vous. Mais le souci que j'ai avec le fait d'entraîner, c'est que je crois qu'on sous-estime la tâche immense que ça représente. C'est quelque chose qui vous prend tout votre temps, qui demande d'immenses sacrifices et qui vous place sous une pression constante. En plus de vous imposer de grandes responsabilités. Tout ça pour une reconnaissance souvent assez minime. Personnellement, je trouve qu'on ne donne pas assez de crédit aux entraîneurs. C'est pour ça que je trouve Luka extrêmement courageux.