Ce n'est pas un talent naturel qui a rejoint le centre de formation d'un club de l'élite entre sa première communion et sa communion solennelle. Leandro Trossard allait déjà avoir 16 ans lorsqu'il a quitté Bocholter VV, un club de D3, pour rejoindre le KRC Genk. Un an et demi plus tard, il intégrait le noyau A et, cette même saison, il effectuait ses débuts en équipe A durant les play-offs 1. Son entrée dans la Luminus Arena ne passe pas inaperçue. Comme en témoigne l'ancien entraîneur des Espoirs, Domenico Olivieri.
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Ce n'est pas un talent naturel qui a rejoint le centre de formation d'un club de l'élite entre sa première communion et sa communion solennelle. Leandro Trossard allait déjà avoir 16 ans lorsqu'il a quitté Bocholter VV, un club de D3, pour rejoindre le KRC Genk. Un an et demi plus tard, il intégrait le noyau A et, cette même saison, il effectuait ses débuts en équipe A durant les play-offs 1. Son entrée dans la Luminus Arena ne passe pas inaperçue. Comme en témoigne l'ancien entraîneur des Espoirs, Domenico Olivieri. " Leandro était petit, frêle, mobile et avait de bons pieds, mais il n'était pas toujours sérieux et lorsqu'on lui faisait une remarque, il avait toujours une réponse toute prête ", se souvient Olivieri, qui est aujourd'hui l'assistant de l'entraîneur Philippe Clement. " Une tête brûlée. Chacun était convaincu qu'il avait une bonne vision du jeu et qu'il agissait plus vite que les autres mais physiquement, il travaillait très peu. C'était pourtant un bon gars, mais il fallait parfois le réveiller car il avait tendance à prendre les choses à la légère. Lorsqu'on lui demandait de bouger davantage et de se démarquer de son opposant direct, il répondait : " Mais lorsque j'ai le ballon, j'en fais tout de même bon usage ? " Nous avons essayé de lui inculquer le goût du travail défensif et de lui faire comprendre que le talent seul ne suffisait pas pour réaliser son rêve de devenir footballeur professionnel. Aujourd'hui, il a progressé sur le plan physique et il effectue sa part de boulot. Il n'est toujours pas très grand, mais il ne recule devant personne. Il n'a peur ni du duel physique ni de l'affrontement verbal. Leandro ne doute jamais de lui-même. Les qualités qu'il démontre aujourd'hui, il les avait déjà précédemment, mais il devait apprendre à travailler davantage. C'est récurrent chez les joueurs qui ont plus de talent que les autres. " Lorsqu'il a intégré le noyau A, Trossard aurait voulu y rester, mais tout ne s'est pas passé comme il l'avait espéré. Il a été loué, à contrecoeur. D'abord à Lommel, alors en D3, fin janvier 2013. Il y inscrira sept buts en 12 rencontres. Puis à Westerlo, en D2, où il inscrira cinq buts. Et en 2014 de nouveau à Lommel, qui était monté en D2 entre-temps et où il réalisera une saison fantastique sous la direction de Stijn Vreven. Même si, parfois, il y avait des frictions entre eux deux. " Je me souviens très bien de notre première rencontre ", raconte Vreven. " Je me suis rapidement rendu compte que c'était un sacré petit bonhomme. Malgré son jeune âge, il savait déjà ce qu'il voulait et aussi ce qu'il ne voulait pas. Il avait déjà décidé pour lui de la manière dont il voulait jouer, de ce qu'il devait faire et de ce qu'il ne devait pas faire. Tout était déjà dans sa tête. Je lui ai fait quelques remarques et il ne les a pas toujours acceptées. Lorsque je lui ai dit que je comptais l'aligner en n°11, il s'est énervé. Dans son esprit, il était un n°10, et rien d'autre. J'estimais que les adversaires, qui étaient au courant de ses qualités, parviendraient trop facilement à le neutraliser en position centrale. Alors que sur l'aile, c'était beaucoup plus compliqué pour eux car il est malin et peut courir entre les lignes. En outre, je savais que pour un jeune joueur, c'était plus facile de s'imposer comme n°11 que comme n°10, un poste que l'on confie généralement à une pièce maîtresse. Il n'a pas apprécié que je l'aligne sur l'aile. Mais il a quand même inscrit 16 buts et délivré 10 assists. Il était lancé ". " Nous avons souvent eu des frictions " poursuit Vreven. " Lorsqu'il se contentait de s'entraîner sur son simple talent, par exemple. Il lui est arrivé de claquer la porte de mon bureau. Mais il a fini par comprendre que je ne lui voulais que du bien et que je faisais tout pour faire de lui un meilleur joueur. Je voulais aussi qu'il le montre tous les jours, et pas seulement en match. Je ne pouvais donc avoir qu'une relation d'amour-haine avec lui. Dès son plus jeune âge, Leandro n'en a toujours fait qu'à sa tête. Si l'on n'accepte pas la critique et que l'on n'est pas ouvert à d'autres idées, on ne progresse pas. Mais il est parvenu à tourner le bouton. Il n'accepte jamais du premier coup, il faut le convaincre du bien-fondé de vos idées. C'est propre aux joueurs qui ont un talent exceptionnel. En outre, on se demande toujours, lorsqu'on voit sa tête : est-il convaincu ou pas ? Son regard oscille entre l'arrogance et l'amour, et l'on a parfois du mal à savoir ce qu'il pense. Il a l'art de trouver la bonne position et les bons espaces. Lorsqu'il joue comme ailier, il peut dribbler le long de la ligne ou rentrer dans le jeu, centrer du gauche ou du droit. Il a toutes les qualités pour devenir un joueur de haut niveau : il a procédé par étapes, a une petite amie, vient d'être papa... Il ne faudra plus attendre très longtemps, selon moi, avant qu'il ne devienne international. " En 2015, Trossard, qui a alors 20 ans, est mis à la disposition de Oud-Heverlee Louvain, tout juste promu en première division. C'est une saison mouvementée, avec un changement d'entraîneur fin novembre. Emilio Ferrera a pris la place de Jacky Mathijssen, mais n'a pu éviter la relégation. Ce qui n'empêche pas Trossard de s'imposer en D1 avec, entre autres, neuf buts à son actif. " Il n'était pas toujours titulaire chez nous, car nous luttions en bas de classement et qu'il oubliait parfois ses tâches défensives ", se souvient Sven Vandenbroeck, alors assistant de Mathijssen. " Sur base de ses qualités offensives, il aurait mérité d'intégrer le onze de base, et s'il avait joué dans une équipe mieux classée, cela aurait certainement été le cas. Mais à Louvain, on ne pouvait pas se le permettre. Il avait du mal à l'accepter, mais il est toujours resté positif et a travaillé pour se montrer. Certes, parfois, sa petite amie entrait dans la salle des joueurs et me posait des questions. Du genre : " pourquoi ne commence-t-il pas les matches ? C'est le meilleur joueur de l'équipe ! " Intrinsèquement, c'était le cas, en effet. Lorsqu'on disputait des petits matches à l'entraînement, tout le monde voulait faire partie de son équipe, car lorsqu'on lui cédait le ballon, il faisait la différence. En possession du ballon, il dominait. Il était petit et frêle, mais il courait beaucoup. Sur le plan physique, il était même l'un des meilleurs, mais en perte de balle, c'était une autre histoire. Son avenir en dépendait : parviendra-t-il, un jour, à se donner également à 100 % dans ses tâches défensives ? " Au terme de cette saison-là, Trossard retourne définitivement à Genk. Dans le vestiaire, il est assis aux côtés de Thomas Buffel, qui était déjà présent lorsqu'il a intégré le noyau A, en tant qu'Espoir, en 2012. Il a sûrement des anecdotes à raconter ? " Bah, il perdait souvent ses sandales de bain, parce que je les utilisais pour aller prendre ma douche ", avoue Buffel. " Je me souviens aussi qu'au début, Jelle Vossen et moi prenions souvent le GSM de Leandro pour envoyer des messages à sa maman. " Maman, j'ai des sentiments pour un garçon dans le vestiaire, chez nous..." Je pense même qu'on a ajouté le nom de Kennedy. C'était il y a longtemps maintenant, mais si je ne me trompe pas, elle a répondu quelque chose du genre : " Ne fais rien, nous en parlerons tout à l'heure à la maison..." ( il rit) " Buffel est cependant fan de Trossard. " Leandro est le type de joueur qui est déterminé ", dit-il. " Même lorsqu'il venait d'intégrer la sélection lorsqu'il était tout jeune, il était déjà convaincu de ses qualités. Bien sûr, à cet âge-là, il ne parvenait pas encore toujours à les exprimer sur le terrain. Parfois, il manquait un peu de force, et tous les entraîneurs ne lui ont pas fait autant confiance. Mais il ne se laissait pas faire et il lui arrivait de sortir de ses gonds lorsque Peter Maes lui faisait une remarque. Intérieurement, cela devait bouillonner, mais il continuait à jouer son jeu, et à la première occasion, il recommençait une action ou retentait sa chance au but. Cela témoigne d'une grande confiance en soi. Je ne sais pas s'il était nécessaire de le prêter pendant trois ans et demi, mais il a en tout cas beaucoup travaillé son volume, il accomplit désormais ses tâches défensives, il imprime davantage sa griffe sur l'équipe et il se montre plus décisif. Dans le Genk actuel, on remarque en tout cas clairement quel est son rôle, quels sont ses points forts et quels sont les automatismes sur lesquels il peut s'appuyer. " " Les joueurs techniquement doués qui sont capables de réussir une action sur un espace réduit ne sont pas nombreux " continue Buffel. " Leandro fait partie de ceux-là. Il peut pivoter très court sur son axe, c'est l'une de ses grandes qualités et cela lui permet de sortir victorieux d'un duel. Il a le caractère d'un footballeur de rue, et il le fait savoir : je suis Leandro, je suis un bon footballeur et je suis déterminé. Dans la salle des joueurs, il était toujours l'un des premiers à s'installer à la table de billard et au kicker. Non, il ne se cachait certainement pas dans un coin. Maintenant qu'il sent qu'il est devenu important, il s'est aussi affirmé verbalement. Mais, au fond de lui-même, c'est un garçon calme. Je suis heureux qu'il soit parvenu à s'imposer, car avec ses actions imprévisibles, il est le genre de joueur pour lequel les gens se déplacent au stade. En un-contre-un, c'est très difficile de défendre contre lui. " Depuis lors, Trossard s'est définitivement imposé au KRC Genk. Malgré de l'intérêt concret de l'étranger, il a signé en avril un nouveau contrat jusqu'en 2021. " Dès le premier entraînement, ses qualités sautent aux yeux ", affirme Philippe Clement, l'entraîneur du KRC Genk depuis fin 2017. " Il perd très peu de ballons, est rapide, peut éliminer facilement un adversaire, a une bonne vision de jeu, une bonne dernière passe et une bonne frappe. Il est aussi très malin et s'adapte rapidement à d'autres méthodes de travail. Il avait déjà réalisé certains de nos mouvements actuels lorsqu'il a travaillé à Louvain avec Emilio Ferrera, ils étaient donc très aisément reconnaissables pour lui, mais il comprend aussi très vite les nouveaux schémas. Leandro est intuitif, frivole et créatif, mais il respecte également les missions qui lui sont imparties. Et son moteur est bon, il supporte bien les efforts physiques. Il est petit et pas très costaud, mais il est solide sur ses jambes et gagne aussi beaucoup de duels en récupération. " " C'est beaucoup pour un jeune joueur et c'est pourquoi nous sommes heureux qu'il ait accepté de rester au moins encore un an à Genk. Il l'a fait parce qu'il s'est rendu compte que l'étape suivante dans sa carrière, c'est de réaliser une grande saison ici, d'être important et de jouer pour des trophées. Ce qu'il peut encore améliorer, c'est son efficacité devant le but, mais nous sommes en train de travailler cet aspect. Il doit aussi garder la même forme toute la saison et s'ériger en leader, tant sur le terrain que dans le vestiaire. Il est sensible à la critique, mais je n'ai encore rencontré aucun problème avec lui. Leandro a le sens de l'humour, parfois même de l'humour un peu noir, et il peut raconter des choses d'une manière très amusante. Il n'est pas seulement un bon footballeur, mais aussi un compagnon très agréable dans le groupe. "Par Christian Vandenabeele