L'histoire, censée illustrer son caractère, est racontée par la Süddeutsche Zeitung, le grand quotidien de Munich: à la dernière minute d'un match de championnat régional du siècle dernier, l'arbitre siffle un pénalty contre le FC Dingolfing, l'équipe de Hainer. Furieux, ce dernier se précipite sur l'homme en noir. L'explication est orageuse. "A ce moment du match, Dingolfing menait 8-0, et Hainer avait lui-même marqué 7 buts!", rapporte la Süddeutsche Zeitung. "Je mets énormément de passion dans tout ce que je fais, et je ne demande jamais aux autres ce que je ne peux pas apporter moi-même", reconnaît lui-même cet homme de 65 ans au sourire facile, lunettes rondes portées sur des tempes grisonnantes, silhouette svelte et mise modeste. S'il n'a pas réussi de carrière de joueur professionnel, le nouveau président du Bayern partage pourtant un point commun avec Hoeness: comme le tonitruant patron sortant, il est fils de charcutier. Et c'est dans la boutique familiale qu'il a d'abord travaillé, avant des études de gestion et un premier emploi chez Procter & Gamble. En 1987, il entre chez Adidas comme chef des ventes. Il a 33 ans. Dix ans plus tard, il accède au conseil d'administration du géant sportif, dont il prendra la direction en 2001. Au siège d'Adidas à Herzogenaurach, un de ses collaborateurs cité par le magazine Kicker le décrit comme "concentré sur l'objectif, exigeant, déterminé, mais toujours honnête, avec l'esprit d'équipe, et une énorme passion pour le sport". Autre point commun avec Hoeness au Bayern: l'entreprise multiplie son chiffre d'affaires sous sa présidence, de 6,1 milliards d'euros à son arrivée à 19,3 milliards en 2016, année où il quitte son poste, à 62 ans, après avoir régné sur 57.000 collaborateurs et employés. Entretemps, il est entré au conseil de surveillance du Bayern, dont Adidas détient 10% du capital. C'est là qu'il s'est lié d'amitié avec Hoeness, qui l'a coopté pour la présidence. Moins charismatique que son prédécesseur, Hainer n'a pas pour autant l'intention d'être son homme de paille: "Nous sommes amis, mais ça ne veut pas dire que nous sommes toujours du même avis sur tout", dit-il avec assurance. Ses objectifs? "Evidemment j'aimerais bien gagner la Ligue des champions", admet-il, mais le club "ne doit pas pour ça faire n'importe quelle folie financière (...) J'ai appris comme Uli Hoeness qu'on ne doit pas dépenser plus que ce que l'on gagne". Hoeness part, mais ses valeurs restent. (Belga)