Il a débarqué à Sclessin au coeur de l'hiver dernier avec un secteur offensif en chantier à porter sur les épaules. Heureusement pour lui, la carrure de João Klauss est du genre robuste. Presque un contraste avec une prise de parole entrecoupée de fréquents éclats de rire qui résonnent dans les vestiaires du centre d'entraînement, au sortir d'une session qui donne visiblement les jambes lourdes. Avec un café noir et les idées claires, le Brésilien voyage à rebours pour raconter un itinéraire déjà bien rempli à l'aube de son quart de siècle.
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Il a débarqué à Sclessin au coeur de l'hiver dernier avec un secteur offensif en chantier à porter sur les épaules. Heureusement pour lui, la carrure de João Klauss est du genre robuste. Presque un contraste avec une prise de parole entrecoupée de fréquents éclats de rire qui résonnent dans les vestiaires du centre d'entraînement, au sortir d'une session qui donne visiblement les jambes lourdes. Avec un café noir et les idées claires, le Brésilien voyage à rebours pour raconter un itinéraire déjà bien rempli à l'aube de son quart de siècle. João, tu donnes l'impression de te sentir comme chez toi depuis le début à Sclessin. Avant ça, tes prêts en Finlande et en Autriche avaient déjà été des réussites. C'est quoi le secret pour réussir son prêt? JOÃO KLAUSS: C'est une question de respect. Je ne suis pas réellement un joueur du Standard parce que mon contrat est avec Hoffenheim, mais le club m'a ouvert la porte et m'a donné une chance. La suite, c'est dans mon caractère. Si tu te contentes de t'entraîner et de jouer, c'est un manque d'ambition et de respect envers toi-même. Pourquoi je passerais mes dimanches loin de ma famille, alors que je pourrais être avec eux toute la journée, si ce n'était même pas pour me donner à 100% ici? Il faut tout donner pour être le meilleur possible si tu veux te construire une belle histoire en tant que footballeur. Maintenant, je suis entré dans l'histoire d'Helsinki. Si tu vas en Finlande et que tu parles de moi au club, tout le monde sait qui je suis. Je ne sais pas si je quitterai le Standard dans sept mois ou dans trois ans, mais je veux que ce jour-là, les gens reconnaissent que j'ai respecté le club, ses supporters, que je me suis donné à 100% et que j'étais un gars qu'ils aimaient voir jouer. Cette mentalité de tout donner à chaque instant, elle te vient d'où? KLAUSS: C'est la mentalité de mon père. Il m'a toujours montré ça. C'est un grand fan de l'Uruguay, parce qu'il dit que tous leurs joueurs mettent leur coeur sur le terrain. Pour lui, c'étaient des exemples. Ce n'est pas vraiment une question de mentalité, mais plutôt de caractère. Quand tu es dans un club, tu donnes tout pour lui. Le club te paie pour être là donc le minimum que tu peux faire pour lui rendre la confiance qu'il t'accorde, c'est de te donner à 100% à chaque instant. C'est ton père qui t'a transmis le virus du foot? KLAUSS: Mon père a une vidéo de mon premier anniversaire. Je ne savais pas encore marcher, mais il me tenait par les deux bras pour m'aider à shooter dans un ballon. Mon amour du football, c'est un peu la conséquence de sa passion. Très tôt, il m'a emmené au stade pour aller voir des matches. C'est un très grand fan de Grêmio, donc quand j'ai intégré le centre de formation, c'était un rêve pour nous tous. Le fait que je sois passé avant à l'Internacional ( grand rival de Grêmio, ndlr), on évite de le rappeler ( Il rit). Grêmio, c'était vraiment notre équipe. Même quand je jouais à l'Internacional, on allait voir les matches de Grêmio avec mon père. Je voulais lui offrir le cadeau de fouler la pelouse du stade avec le maillot de l'équipe première, ça n'a pas été possible mais dans le futur, qui sait? Finalement, c'est à Hoffenheim que tu t'es retrouvé. C'est un club qui avait déjà accueilli pas mal de Brésiliens, comme Luiz Gustavo ou Roberto Firmino. C'était une sécurité pour toi? KLAUSS: C'était le club parfait pour moi. Ils ont travaillé avec beaucoup de Brésiliens avant, ils comprennent comment travailler avec eux, savent qu'il faut leur laisser un temps d'adaptation parce que les pays sont très différents, la façon de s'entraîner aussi. Se retrouver à Hoffenheim après avoir vécu en bord d'océan au Brésil, ça doit quand même faire un sacré choc. KLAUSS: Oui, d'autant plus que j'étais tout seul là-bas. Mon père et ma mère venaient me rendre visite, mais la plupart du temps, je vivais seul. Tu as pu compter sur quelqu'un pour t'aider? KLAUSS: Cesar Thier. Un mec incroyable. Il m'a même aidé beaucoup plus que nécessaire. C'était comme un père pour moi en Allemagne. Il m'invitait à venir manger dans sa famille, on allait ensemble au restaurant... À l'époque, je ne parlais pas anglais, encore moins allemand. Cesar travaillait dans le staff de l'équipe première, mais pendant mes deux premières semaines au club, il venait également avec l'équipe réserve pour m'accompagner. J'avais 18 ans, c'était impossible pour moi de parler avec mes coéquipiers... C'était difficile. Il m'a appris mes premiers mots en allemand pour que je puisse me débrouiller. Il m'a énormément aidé. C'est devenu un ami pour la vie, il était parmi les personnes les plus importantes présentes à mon mariage. Quand tu pars en prêt à Helsinki, c'est un gros choc? KLAUSS: C'était surtout un gros risque. J'étais à Hoffenheim, c'est la Bundesliga, un des cinq plus grands championnats du monde, et je partais en Finlande. Si je faisais bien les choses là-bas, ça pouvait être un grand pas mais par contre, si je me plantais, ça pouvait être pire que de ne pas bouger. J'avais un peu cette peur en moi parce que soit je décollais, soit c'était fini. Si je n'avais pas joué en Finlande, ou si j'avais été mauvais, j'aurais été où après? Au final, c'était le meilleur choix. Tu l'as senti directement? KLAUSS: Quand je suis arrivé, ce n'était pas encore sûr que j'allais signer. Et pour être honnête, ma première semaine d'entraînement, j'étais vraiment mauvais. Ma chance, c'est qu'il y avait un match amical programmé le week-end, pour mon dernier jour sur place. J'ai bien joué et je pense qu'après ça, ils se sont dits que je pouvais leur apporter quelque chose. Pas de là à imaginer que tu allais finir meilleur joueur et meilleur buteur du championnat. KLAUSS: Je crois que personne ne s'attendait à ça. Ni eux ni moi. Même s'ils espéraient évidemment que je puisse être performant, sinon ils ne m'auraient pas pris. La suite, c'est un nouveau prêt mais en Autriche cette fois, au LASK. C'était une étape logique avant la Bundesliga? KLAUSS: Ça faisait partie de notre stratégie. À ce moment-là, Joelinton revenait du Rapid Vienne vers Hoffenheim et ça avait bien fonctionné pour lui. Comme on a le même manager, l'idée était de suivre la même voie pour se préparer au mieux au championnat allemand. Tu te retrouves dans un club avec un style de jeu très marqué: un pressing dingue qui étouffe tout le monde. C'était difficile à assimiler? KLAUSS: Le coach, c'était Oliver Glasner ( aujourd'hui à la tête de Francfort, ndlr). C'est lui qui avait amené ce style de jeu, depuis quatre ou cinq ans. Les joueurs étaient là depuis longtemps aussi, donc tout le monde savait exactement ce qu'il devait faire sur le terrain. Notre style de jeu n'était certainement pas le plus agréable à regarder pour le public, ce n'était pas beau mais très efficace. Même aux entraînements, la mentalité des joueurs, c'était dingue. Je n'avais jamais vu ça de ma vie. C'était tous les jours à 100% et pressing, pressing, pressing. Du coup, sur le terrain, on était capables de presser pendant nonante minutes. Tous les gars que je connaissais dans d'autres équipes disaient la même chose: "Mec, quelle merde de jouer contre vous." Cette précision tactique, ça t'a permis de progresser? KLAUSS: C'était beaucoup plus simple sur le terrain. Je savais où je devais recevoir le ballon, où je pouvais le donner. Parfois, je ne regardais même pas, parce que je savais parfaitement où seraient les autres. Quel que soit l'adversaire, le plan ne changeait jamais. Et puis, ça m'a aussi amélioré physiquement. Si on compare mes tests avant et après le LASK, on dirait que ce n'est pas le même joueur. Ce n'est pas qu'on courait tant que ça, mais tout était fait avec une intensité énorme. Au bout du prêt à LASK, c'est le retour à Hoffenheim, mais seulement pour six mois parce que tu ne joues que très peu. Ça t'a frustré? KLAUSS: Je m'attendais à recevoir ma chance. Je ne dis pas que je ne l'ai pas eue, parce que j'ai joué quelques matches comme titulaire, j'ai joué en Bundesliga, donc c'est peut-être moi qui ai fait des erreurs à ce moment-là. J'étais surtout frustré en début de saison, parce que j'avais fait une bonne prépa, j'avais mis trois buts en deux matches, j'étais vraiment en forme et en confiance. J'étais plus prêt à jouer à ce moment-là, mais j'ai dû attendre deux mois pour recevoir ma première opportunité. C'est frustrant mais à côté de ça, Hoffenheim reste le club qui m'a offert la possibilité de rejoindre l'Europe, j'ai une très bonne relation avec tout le monde au sein du club. Ils m'appellent parfois pour savoir comment je vais, comment je me sens, que ce soit le directeur sportif ou d'autres membres du club... Ce qui me laisse un goût amer, c'est que je voulais rendre au club ce qu'il m'a donné. Pourquoi tu choisis le Standard plutôt que Malines, avec qui tu avais aussi des contacts? KLAUSS:Je vais te dire la vérité sur cette histoire, parce qu'on a écrit beaucoup de choses fausses là-dessus dans les journaux. Dans un premier temps, je parlais avec le Standard. Tout était réglé entre le club et moi mais à ce moment-là, le Standard ne parvenait pas à trouver d'accord avec Hoffenheim. C'est là que j'ai discuté avec Malines, mais je leur ai directement dit que j'avais d'autres opportunités. Dans mon esprit, le Standard restait prioritaire, donc j'ai opté pour eux quand la situation s'est arrangée avec les Allemands. Tu sentais que c'était un club qui allait te convenir? KLAUSS: Quand tu choisis un club, tu dois te renseigner sur son histoire, son style, ses supporters... J'ai parlé avec Ishak Belfodil et en une dizaine de minutes, il m'a dit plein de bonnes choses sur le club et m'a conseillé d'y aller: un beau club avec de belles installations, de super supporters, et un championnat idéal pour progresser. Ici, Belfodil formait un duo impressionnant avec Orlando Sá. C'est un peu une tradition des grandes années du Standard, deux attaquants qui font souffrir les défenses adverses. Tu l'as fait avec Jackson Muleka l'année passée mais avant ça, tu avais surtout joué seul devant dans ta carrière. C'était un gros bouleversement? KLAUSS: C'était différent. Quand je suis arrivé ici, j'étais seul devant avec deux ailiers sur les côtés et pour être franc, c'était confortable. J'aime être près de la surface ou dans la surface avec des ailiers qui m'amènent des centres. Passer à deux, c'était un changement. Si tu as des joueurs sur les côtés, tu ne dois pas trop aller appeler le ballon sur les flancs. Moi, je préfère rester entre les lignes de la surface parce que c'est là que je suis le meilleur. Mais on s'adapte, il faut pouvoir le faire. Avec Jackie ( Muleka, ndlr), on ne sait pas se parler beaucoup, parce qu'on ne parle pas la même langue, mais on se marre souvent ensemble quand on essaie de discuter entre l'anglais et le français. Tu arrives à Liège à 23 ans et pourtant, tu étais déjà un des plus âgés sur le terrain. C'est un peu bizarre comme sensation, non? KLAUSS: Oui, mais j'aime bien cette sensation d'être l'un des plus anciens. Quand je vois les jeunes joueurs qu'on a dans notre vestiaire, je me revois parfois en eux. Je suis passé par les mêmes étapes, donc j'essaie toujours de les aider, parce qu'on a des jeunes avec un potentiel énorme. Certains ont peut-être besoin de plus de temps, mais je crois que dans deux ou trois ans, ces joueurs seront au moins parmi les meilleurs du championnat s'ils restent concentrés et qu'ils ne perdent pas la tête avec tout ce qu'il se dit sur eux. Le coach fait plus appel à l'expérience depuis quelques semaines. C'est nécessaire dans la situation que traverse le club? KLAUSS: Exactement. Ce n'était peut-être pas le meilleur moment pour mettre de jeunes joueurs. Quand tu as de très mauvais moments, que la pression des supporters et des médias est importante, mettre beaucoup de jeunes, ça leur donne trop de responsabilités. Ce n'est pas une question de qualités, mais plutôt le fait que le moment que traverse l'équipe ne leur donne pas assez l'occasion de les montrer. Quand tu n'es pas dans une équipe sûre de ce qu'elle fait et qui est en confiance, je ne crois pas que c'est le meilleur moment. Beaucoup d'entre eux ont subi une pression qu'on n'aurait pas dû leur mettre sur les épaules. Si tu as deux ou trois jeunes joueurs dans l'équipe, ce n'est pas un souci. Mais quand le moment n'est pas idéal et que tu as huit ou neuf jeunes, de 22 ans maximum, avec la pression de gagner... Ce n'est pas simple pour eux. Qu'est-ce qui a changé, avec l'arrivée de Luka Elsner? KLAUSS: C'est une nouvelle philosophie, et il est très clair sur la façon de travailler. Pour être honnête, je suis très surpris par l'attention qui est apportée au moindre petit détail. C'est complètement différent et j'ai l'impression que tous les joueurs sont heureux de cette nouvelle manière de voir les choses. Les gens ne peuvent pas voir tout ce qu'il se passe dans le club mais nous, on le voit. On voit les différences à l'entraînement, dans la mentalité... On veut créer une famille, s'amuser ensemble tout en s'entraînant dur. Il paraît que le travail individuel spécifique est aussi plus conséquent. KLAUSS: Will Still est un mec fantastique, qui connaît le club beaucoup mieux que la plupart d'entre nous, qui sait comment travailler avec les joueurs et sait ce que les supporters attendent de nous. Et puis il y a Serge Costa, qui parle tout le temps avec les joueurs, qui te montre des vidéos de ce que tu fais et les compare avec des vidéos de ce que font les meilleurs du monde à ton poste pour te montrer ce que tu pourrais faire mieux. Ensuite, il va sur le terrain et travaille ça avec toi. Tout ça, c'est nouveau et ça nous rend optimistes pour la suite.