Parce que les mots importés dans le langage footballistique ont une fâcheuse tendance à faire disparaître leur définition initiale au fil du temps, certains finissent inévitablement par se galvauder. Quand on dit de Gojko Cimirot qu'il est un métronome, se souvient-on que l'instrument officie avec la double mission de dicter le tempo et de le maintenir? Si le Bosnien se glisse souvent à proximité de ses défenseurs centraux pour assumer avec eux les responsabilités de la relance et dessiner les premiers pas des attaques rouches, il est plus souvent un joueur de rupture que de continuité une fois le ballon entre les pieds.
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Parce que les mots importés dans le langage footballistique ont une fâcheuse tendance à faire disparaître leur définition initiale au fil du temps, certains finissent inévitablement par se galvauder. Quand on dit de Gojko Cimirot qu'il est un métronome, se souvient-on que l'instrument officie avec la double mission de dicter le tempo et de le maintenir? Si le Bosnien se glisse souvent à proximité de ses défenseurs centraux pour assumer avec eux les responsabilités de la relance et dessiner les premiers pas des attaques rouches, il est plus souvent un joueur de rupture que de continuité une fois le ballon entre les pieds. L'explosion de Cimirot à Sclessin se fait pourtant à l'ombre. Celle d'un Razvan Marin qui joue les architectes pendant que l'ancien du PAOK s'affaire à combler les brèches au sein du football désordonné de Ricardo Sa Pinto. Une fois le Roumain parti, les responsabilités de Cimi ballon au pied décollent. Il devient l'homme chargé d'emmener le ballon de l'autre côté du rond central, sur les chemins tracés par Michel Preud'homme et Emilio Ferrera. Progressivement, la pointe du triangle rouche au coeur du jeu se déplace, pour se retrouver avec un numéro 6 unique, en sentinelle. Un rôle que le Bosnien apprivoise progressivement, mais ne parvient jamais à épouser à merveille à cause d'un instinct tourné vers la chasse. Les images les plus marquantes de ce naturel indomptable se remarquent quand les hommes de Mbaye Leye n'ont pas le ballon. Souvent, Cimirot lâche la bride et envoie ses jambes à la poursuite du cuir, parfois jusqu'aux pieds du gardien si les adversaires se décident à jouer en retrait. La scène a des allures surréalistes, avec le bouclier de la défense qui devient l'arme la plus tranchante de la pression liégeoise. Une impulsivité qui joue parfois des tours à ses couleurs, quand les pieds du dernier rempart adverse sont assez agiles pour éliminer la pression et profiter de la brèche ouverte au coeur du bloc rouche. Si Cimirot devait être un métronome, il serait plutôt de ceux qui accélèrent le tempo sans cesse. Ballon au pied, le Bosnien cherche souvent à gagner du terrain quand l'adversaire lui ouvre les portes. Il est l'un des milieux centraux de l'élite qui portent le plus souvent le ballon sur la longueur du terrain. Un milieu de chaos alternatif plutôt que de contrôle permanent. Le genre de profil qui voyage plus aisément en duo, dans un double pivot, que seul dans un costume de sentinelle. Parce qu'avec Cimirot, le dicton n'a jamais semblé aussi vrai: qui va à la chasse, perd sa place.