Les parents de Michel Ribeiro ont quitté le Portugal lorsque le papa est venu travailler dans les charbonnages limbourgeois. Il a grandi à 500 mètres du stade du KRC Genk. " J'ai 41 ans et je regrette toujours cette époque ", dit-il. " On jouait dans la rue, c'était important. C'est là que les meilleurs ont appris. Il fallait dribbler des forêts de jambes, éviter les coups sans broncher. Aujourd'hui, les jeunes s'entraînent six fois par semaine, ils jouent le samedi et vont à l'école. Ils n'ont plus le temps de jouer dans la rue. Genk m'a donné la chance de pouvoir amener le football de rue à l'entraînement. Une formation comme celle-là, c'est rare. "
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Les parents de Michel Ribeiro ont quitté le Portugal lorsque le papa est venu travailler dans les charbonnages limbourgeois. Il a grandi à 500 mètres du stade du KRC Genk. " J'ai 41 ans et je regrette toujours cette époque ", dit-il. " On jouait dans la rue, c'était important. C'est là que les meilleurs ont appris. Il fallait dribbler des forêts de jambes, éviter les coups sans broncher. Aujourd'hui, les jeunes s'entraînent six fois par semaine, ils jouent le samedi et vont à l'école. Ils n'ont plus le temps de jouer dans la rue. Genk m'a donné la chance de pouvoir amener le football de rue à l'entraînement. Une formation comme celle-là, c'est rare. " Ribeiro a joué à Genk mais il n'a jamais percé. Après des passages par Eisden, Telstar et Den Bosch, il a mis un terme à sa carrière à l'âge de 27 ans. " Peu après, Ronny Van Geneugden m'a proposé d'entraîner une équipe de jeunes mais j'ai refusé. J'ai dit que je préférais donner des entraînements basés uniquement sur la technique. Il a accepté. " Au début, de nombreux entraîneurs étaient sceptiques mais après trois mois, ils ont vu que beaucoup de joueurs étaient plus à l'aise. Je ne leur apprends pas à maintenir la balle sur leur nuque mais à faire des choses qu'on fait dans la rue. " Ribeiro n'en dit pas trop et vous ne trouverez pas de vidéos sur YouTube. " Je travaille pour le club, pour les joueurs et pour moi, pas pour les autres. On a des joueurs qui peuvent faire la même chose que ce que vous voyez dans les vidéos sur les réseaux sociaux mais pourquoi leur mettre la pression ? Que se passera-t-il dans leur tête si, dans trois ans, ils ne sont plus les meilleurs. C'est en équipe première qu'ils doivent briller. " Ribeiro constate que les jeunes formés à Genk et qui ont réussi ont un style bien particulier. " Ce que Yannick Carrasco fait, il l'a peut-être appris en rue mais il l'a travaillé ici. Pareil pour Kevin De Bruyne et Divock Origi : ils utilisent tous la semelle. C'est très important. Beaucoup d'entraîneurs n'aiment pas ça mais quand on maîtrise, on est plus rapide que l'adversaire. " " Un jour, face au Standard, De Bruyne a fait un elastico : tous les joueurs de Genk savent faire ça. Pour eux, c'est comme se brosser les dents. Leandro Trossard en a fait un contre le Celta Vigo. Les gens ont applaudi mais pour lui, c'était naturel. Nos jeunes s'entraînent pour progresser. On leur montre un truc et ils l'essayent en rentrant à la maison. Et souvent, ils arrivent à faire mieux que ce que je leur ai montré. " KDB est l'un des joueurs les plus talentueux que Michel Ribeiro ait connu à Genk. " La vitesse qu'il donne au ballon est phénoménale ", dit-il. " Il sont peu nombreux à pouvoir faire ça des deux pieds. Quand Kevin fait une passe, il ne faut pas bouger : le ballon arrive au bon endroit et à la bonne vitesse, il ne faut même pas le contrôler. " " J'ai vu Siebe Schrijvers, Divock Origi et Anthony Limbombe dribbler cinq hommes, je vois Yannick Carrasco faire des choses géniales avec quatre hommes devant lui. De Bruyne ne fait pas cela. Il pourrait mais ce n'est pas nécessaire : il obtient le même rendement en une seule passe. Il a toujours eu ça. Parfois, ses équipiers ne le comprenaient pas et il s'énervait mais ce n'était pas un gamin difficile : il respectait beaucoup ses entraîneurs. " Si l'académie du KRC Genk a bonne réputation, elle le doit en partie à Ribeiro. " Nos jeunes sont souvent les plus petits. En Pologne, on a affronté des géants mais on les a battus parce qu'on a de bons joueurs. Lorsqu'on les recrute, on n'accorde pas d'importance à la puissance. On sait que ceux qui accusent un retard de croissance finissent souvent par être les meilleurs. On les confronte à des difficultés pour qu'ils trouvent des solutions. On leur demande de construire, de faire des passes, du beau jeu. On ne veut pas gagner en jouant le contre. On ne mise pas sur le talent de nos joueurs, on les forme. Même les plus forts se retrouvent sur le banc. D'autres clubs craignent de perdre leurs meilleurs joueurs s'ils font ça mais ça ne nous arrive pas souvent car leurs exemples sont déjà en équipe première. L'an dernier, il y avait 13 jeunes dans le noyau A ! En matière de formation, on n'a rien à envier à Barcelone ou à l'Ajax. Au contraire car on a moins de moyens. " Pourtant, Ribeiro quitte Genk pour les Etats-Unis. " Je veux montrer que ce que j'ai fait ici est possible ailleurs. J'ai déjà reçu des propositions de grands clubs mais je voulais quelque chose qui soit en phase avec mon projet. Je n'ai pas envie de porter le training d'un grand club dont aucun jeune n'arrive en équipe première. " Comment le Sporting Kansas City s'est-il intéressé à lui ? " Lors des tournois à l'étranger, on a souvent la meilleure équipe. Et puis, Thibaut Courtois et Kevin De Bruyne ont été nos ambassadeurs. Un jour, vingt entraîneurs américains sont venus ici, dont un de Kansas. Il y a deux ans, déjà, j'ai refusé une offre de ce club mais ils sont revenus à la charge et je suis allé visiter les installations. Ils font comme Genk : ils n'achètent pas de stars pour l'équipe première mais donnent une chance aux jeunes. " Par Kristof De Ryck