Ce mardi, la biographie de Robby Rensenbrink a été présentée au Stade Constant Vanden Stock. Sa présence a rendu l'espoir de revoir un jour du football-champagne au Parc Astrid. C'était déjà le deuxième signal en ce sens après l'engagement de Hein Vanhaezebrouck, dont on sait qu'il aime voir son équipe dominer, posséder le ballon et aller de l'avant. C'était comme cela qu'Anderlecht jouait avant mais, ces dernière années, c'était devenu trop rare.
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Ce mardi, la biographie de Robby Rensenbrink a été présentée au Stade Constant Vanden Stock. Sa présence a rendu l'espoir de revoir un jour du football-champagne au Parc Astrid. C'était déjà le deuxième signal en ce sens après l'engagement de Hein Vanhaezebrouck, dont on sait qu'il aime voir son équipe dominer, posséder le ballon et aller de l'avant. C'était comme cela qu'Anderlecht jouait avant mais, ces dernière années, c'était devenu trop rare.Il y a exactement une semaine, face au Celtic, Anderlecht a touché le fond. Ses supporters étaient rouges de honte et la direction voulait oublier cela au plus vite. Le Sporting n'a eu que 36 % de possession de balle, pour 64 % aux Ecossais, qui n'avaient gagné qu'un seul match de Ligue des Champions en déplacement depuis 2001 (en 2012 au Spartak Moscou). Les champions d'Ecosse n'en revenaient pas de s'être imposés aussi facilement. Nicolas Frutos, l'entraîneur intérimaire, tentait d'expliquer pourquoi il avait joué avec cinq défenseurs et deux médians défensifs. De la bouche d'un ancien attaquant, c'était choquant. La semaine dernière, l'agence de statistiques footballistiques CIES avait révélé que, sur 35 championnats européens, le Celtic était l'équipe européenne qui conservait le mieux le ballon : avec 70,8 %, elle devançait Dortmund (70,22) et le PSG (67,7). Mais il faut dire qu'elle joue dans une compétition où elle n'a qu'un ou deux adversaires valables. Frutos a donc joué la carte de la sécurité mais cela n'a pas empêché ses défenseurs d'offrir trois cadeaux à l'adversaire. Après la rencontre, il était clair que Frutos avait brûlé ses dernières cartouches. D'autant que le même jour, à 50 km de là, quelque chose s'était produit. Il y a deux semaines, le soleil semblait encore briller sur la Ghelamco Arena. Michel Louwagie était sorti de son silence et nous avait accordé une interview. Même si le niveau n'avait pas été aussi bon qu'on voulait bien le laisser croire, la victoire sur Ostende avait donné du courage aux Buffalos. Deux jours avant le match, le président Ivan De Witte avait également été très clair : quels que soient les résultats, Vanhaezebrouck ne devait pas craindre pour sa place. Quatre jours plus tard, après une défaite inattendue à domicile face à Zulte Waregem, l'entraîneur annonçait qu'il devait réfléchir à tout cela. Les dirigeants n'en revenaient pas : ils l'avaient soutenu contre vents et marées mais lui n'y croyait plus. Le mardi soir, les deux parties se réunissaient pour un entretien qui allait s'avérer décisif. Mardi dernier, dès 17 heures, Mogi Bayat était présent à Gand afin d'essayer de défendre le peu de crédit qu'il y conserve malgré le départ de Vanhaezebrouck. Voici quelques mois, le facilitateur auquel Anderlecht et Gand aiment faire appel dans les moments difficiles s'était déjà mis en difficulté en transférant Adrien Trebel au Sporting alors que celui-ci semblait devoir prendre le chemin de la Ghelamco Arena. " Un grand manager ne peut pas travailler pour trop de grands clubs d'un même pays ", nous avait dit Louwagie. Quelques jours plus tard, les dirigeants gantois encaissaient un nouvel uppercut lorsque Vanhaezebrouck -toujours fidèle à ses principes et respectueux des accords par le passé - jetait lui-même l'éponge. On verra plus tard si cet incident fera perdre à Mogi Bayat un de ses meilleurs clients belges mais ce qui est certain, c'est qu'en arrivant à la Ghelamco Arena mardi soir, Vanhaezebrouck avait déjà la tête ailleurs. Il aurait même voulu annuler l'entraînement du lendemain mais se ravisa et décida de prendre congé de ses joueurs avant une conférence de presse, laissant les dirigeants gantois dans l'embarras car ils n'avaient pas de plan B. Deux jours plus tard, moins de dix journalistes assistent au point presse hebdomadaire. Avant un match contre le Club Brugeois, ils sont habituellement plus nombreux. La conférence de Peter Balette et du capitaine, Nana Asare, dure exactement 26 minutes. Par moments, le premier doit mordre sur sa chique. Comme Bernd Thijs, l'entraîneur des gardiens Francky Vandendriessche et le préparateur physique Stijn Matthijs, il n'a eu droit qu'à quelques mots de Vanhaezebrouck : " C'était mon dernier entraînement. Désolé de ne rien avoir dit avant mais je ne pouvais pas. " Balette a encaissé le coup et n'a pas dormi. " Nous perdons non seulement un grand entraîneur mais aussi un ami ", dit le sympathique Limbourgeois. " Il va me falloir du temps pour digérer ça. J'ai dit au groupe que nous avions le droit de faire notre deuil mais que nous avions surtout des obligations à l'égard du club. J'avais déjà dit un jour à mes collègues que celui qui devrait remplacer Hein n'aurait pas la tâche facile. Il sera très difficile de lui trouver un remplaçant de qualité. J'admire surtout son professionnalisme. Il ne nous a jamais donné l'impression de ne plus être présent. À un certain moment, il se tracassait même parce qu'il y avait des traces sur les vitres de la salle à manger. " Balette ne suivra pas son maître. " Lorsque j'ai signé pour cinq ans, nous avons évoqué certaines situations. Pas besoin de les mettre sur papier : ceux qui me connaissent savent que je suis fidèle. " Thijs restera aussi. Lundi, on ne savait pas encore s'ils resteraient ensemble. Balette a déjà eu de mauvaises expériences en tant qu'entraîneur principal et Thijs n'a pas encore fait part de ses ambitions à ce niveau. Asare (31 ans) aussi a été surpris par le message de Vanhaezebrouck, avec qui il avait vécu l'ascension des Buffalos. " On était tous sous le choc. Il nous a bien fallu deux minutes pour comprendre. Certains joueurs ont eu du mal à se relever après son discours. " Ce même vendredi après-midi, après un entraînement intensif, Nicolas Frutos donnait sa dernière conférence de presse d'avant-match. Là non plus, on ne dénombrait pas dix journalistes alors qu'il s'agissait tout de même du clasico Anderlecht-Standard. Au moment de prendre la parole, Frutos connaissait sa situation. La veille, le responsable de la communication, David Steegen, avait envoyé un communiqué pour démentir que Vanhaezebrouck serait présenté vendredi. Comme Herman Van Holsbeeck avait quitté le complexe d'entraînement un quart d'heure avant la conférence de presse, tout le monde savait que ce ne serait pas le cas, même si Mogi Bayat était arrivé cinq minutes plus tard. Après tout, Neerpede, c'est chez lui. Immédiatement après la conférence de presse, Steegen envoyait un nouveau communiqué de presse reconnaissant qu'Anderlecht discutait avec Vanhaezebrouck. Il était clair que toutes les parties mettaient la dernière main aux différentes clauses et que le nouvel entraîneur prendrait calmement ses fonctions après le Clasico. Dimanche soir, Anderlecht n'a à nouveau pas très bien joué. Kums et Stanciu, les transferts les plus chers des deux derniers étés, étaient sur le banc. Après le match, on a demandé à Frutos si le niveau de jeu affiché par le Sporting au cours des dernières rencontres ne l'inquiétait pas. Sa réponse fut très franche : " C'est le plus grand problème. C'est pourquoi il faudra laisser du temps au nouvel entraîneur. " Qu'a appris Frutos au cours de ces dix jours d'intérim ? " J'ai vécu la situation très calmement mais j'ai surtout compris que, quel que soit le scénario imaginé, c'est la réalité du terrain qui détermine tout. " Il ne sait pas si les joueurs auraient voulu continuer avec lui. " En tant qu'adjoint, déjà, je n'étais pas très proche d'eux. Lorsqu'ils venaient me trouver, déçus, je répondais toujours : travaille plus et prouve que tu mérites ta place. " Il n'avait pas encore parlé avec Vanhaezebrouck : " Mais je l'admire parce qu'il veut toujours pratiquer du beau jeu. " En attendant l'arrivée du successeur de Vanhaezebrouck, les Gantois lèchent leurs plaies. Le plus grand mérite de l'ex-entraîneur est d'avoir placé le club sur la carte du football national et international (un titre, les huitièmes de finale de la Ligue des Champions et de l'Europa League) tout en pratiquant un football audacieux et attractif. Dans l'espoir de l'impliquer dans un projet à long terme, le président Ivan De Witte était allé très loin. En mai, il avait prolongé son contrat jusqu'en 2019 tout en lui donnant plus de compétences en matière de transferts, en mettant à sa disposition un nouveau complexe d'entraînement (d'une valeur de 8 millions d'euros) à Oostakker et en mettant plus que jamais la main au portefeuille. Car en dépensant plus de 10 millions d'euros pour Andrijasevic (4), Sylla (3,85) et Marcq (2,5), la direction donnait raison à Vanhaezebrouck qui affirmait que son club devait oser titiller les valeurs sûres du top belge, Anderlecht et Bruges. Et Michel Louwagie, à la tête du club depuis 28 ans, avait suivi les ambitions de son président, qui rêvait d'un nouveau titre. La semaine dernière, après avoir appris que son entraîneur à succès le quittait, De Witte était très abattu. Il n'avait en effet jamais eu de raison de songer à un plan B car il ne tenait pas compte d'un départ de l'entraîneur. Celui-ci n'avait-il pas, par le passé, fait attendre Gand pendant deux ans parce qu'il voulait honorer son contrat à Courtrai ? Au cours des semaines précédentes, personne ne voulait croire à un départ volontaire de Vanhaezebrouck. Ça ne lui ressemble pas, disait-on. Pourtant, tout le monde ne le portait pas aux nues. Toujours très critique envers lui-même et son entourage, il se prenait un peu pour le Roi Soleil depuis le titre. Il aimait être au centre des attentions et n'aimait pas qu'on le contredise. En interne, cela provoquait parfois des frictions et des grincements de dents mais Gand n'a jamais cherché d'alternative. Dans un premier temps, le club a donc confié les rennes aux trois adjoints (Balette, Thijs, Vandendriessche) et au préparateur physique, Matthijs. De Witte et Louwagie ont également consulté le manager sportif, Patrick Turcq (arrivé de Courtrai en avril 2016 en raison de ses nombreux contacts), et le conseiller sportif, Gunther Schepens. L'ex-international n'a jamais été tout à fait sur la même longueur d'ondes que Vanhaezebrouck mais ses connaissances footballistiques et son intervention dans des transferts qui ont rapporté beaucoup d'argent au club par le passé lui ont permis de conserver suffisamment de crédit auprès de la direction. Celle-ci avait d'ailleurs réagi lorsque, en début de saison, Vanhaezebrouck s'en était pris à la cellule de scouting qui, selon lui, ne fonctionnait pas. Quel type d'entraîneur Gantoise recherche-t-il ? De Witte a dressé le profil et le nouveau responsable sportif doit être capable de produire un football offensif, d'assurer la stabilité (c'est-à-dire de travailler à long terme), de gérer les ressources humaines (le point faible de Vanhaezebrouck), de rendre du plaisir à l'équipe et de comprendre celle-ci. Le président aimerait un jeune entraîneur novateur, genre Julian Nagelsmann, de Hoffenheim. Récemment, il s'est dit charmé par les capacités d'analyses et le calme de Gert Verheyen (46 ans) mais l'actuel sélectionneur des U19 a répété la semaine dernière à Nyon qu'il ne se sentait pas encore prêt pour ce job et qu'il n'avait pas envie d'être jugé constamment à l'aune des résultats. Vendredi midi, on a parlé de Felice Mazzù, que De Witte admire beaucoup et qui aurait été remplacé à Charleroi par Franck Defays (Virton). Mais Mazzù a hésité, Charleroi est monté au créneau et De Witte tient à sa réputation de gentleman qui ne débauche pas des entraîneurs ailleurs. Ce scénario est donc mis au frigo jusqu'au terme de la saison au moins. Turcq, qui accorde rarement des interviews, a bien voulu faire une exception à la règle pour donner son avis sur la situation actuelle. " Mon coeur saigne aussi. Le choix de Hein n'est pas un coup de tonnerre dans un ciel bleu mais ce qui m'a surpris, c'est qu'il décide lui-même d'abandonner la lutte. Il ne pouvait plus appliquer sa vision et son style de jeu, cela lui faisait mal. Tout était contre lui. Maintenant, nous devons évaluer calmement la situation. Comme nous sommes en plein championnat, de nombreux entraîneurs sont pris. De plus, le profil de Hein est si particulier que nous ne trouverons jamais son clone. Depuis trois ans, il essayait de jouer en dominant et je pense que nous avons les joueurs qu'il faut pour le faire. " L'été dernier, Turcq est parvenu à transférer le médian offensif croate Andrijasevic au nez et à la barbe du Standard mais dimanche, il n'était même pas dans le noyau. " Franko a connu des tas de contretemps ", dit-il. " Il a déjà été blessé trois fois : à la nuque, au mollet puis aux côtes. De plus, la saison dernière, il a joué jusqu'à très tard avec l'équipe nationale. Enfin, les résultats de l'équipe ne l'aident pas. Mais je suis certain qu'il va sortir la tête de l'eau. Nous l'avons suffisamment analysé. " Après son passage par Crotone, Noë Dussenne n'a pas encore retrouvé son efficacité sur les phases arrêtées et il ne parvient pas à s'imposer comme leader. Cela aussi joue des tours à Gand. " Il manque de rythme ", dit Turcq, qui prône la patience. " Nous avons dû le lancer dans le bain plus tôt que prévu en raison de la blessure de Stefan Mitrovic. Les choses doivent changer et elles vont changer. Ivan et Michel connaissent le monde du football. Ensemble, nous trouverons la solution. " À Anderlecht, la solution, on l'a trouvée. En partie grâce à Frutos qui, même s'il n'a pas ramené le beau jeu dans l'équipe, a signé un six sur six en championnat et a qualifié l'équipe en Coupe de Belgique. La sauce, ce sera au nouveau chef-coq de la faire prendre. Anderlecht n'a-t-il pas craint que Frutos, très ambitieux, se cramponne à son nouveau job ? Pour David Steegen, le fait que l'Argentin exprime ses ambitions n'était pas problématique. " Il y a déjà tellement peu de gens qui disent ce qu'ils pensent. Nico est un vrai, on ne peut pas le lui enlever. Mais il n'a jamais dit qu'il voulait rester entraîneur principal et nous n'avons jamais fixé de délai. " Frutos sera-t-il un jour un bon entraîneur ? " On ne peut jamais l'affirmer avec certitude ", dit Steegen. " Qui aurait pu prédire que l'interprète de Bobby Robson (José Mourinho, ndlr) remporterait la Champions League ? On ne peut juger un entraîneur que s'il a pu composer son équipe et faire ce qu'il voulait. Frutos n'a pas eu le temps, tout est allé trop vite mais ce qu'il a fait pendant ces dix jours est fantastique. Il a été honnête, il a toujours fait passer les intérêts du club avant les siens. Nico respire le football, il y pense 24 heures sur 24, connaît la maison et le pays. Il a connu de bons moments ici mais aussi des moins bons. Et il connaît les journalistes. Il a une vision du football, il a travaillé dur pendant 10 jours et les joueurs l'ont respecté. Personne n'est contre lui, ici. " René Weiler, que l'on commence tout doucement à oublier, ne pouvait en dire autant. " Weiler était authentique et logique. Il avait déjà dit plus tôt que, le jour où il sentirait que le monde extérieur ne le respectait plus, il s'en irait. Il l'a fait. " Pour Steegen, le fait d'avoir aligné Kums au libéro à Munich n'était pas une provocation ou un pari. " Comme Kara n'était pas là, il voulait un joueur capable de ressortir le ballon et il n'avait que deux possibilités : faire redescendre Dendoncker, comme il l'avait déjà fait par le passé, ou profiter de l'intelligence footballistique de Kums. " Il a cependant constaté que Weiler se méfiait de plus en plus des gens. Cela arrive à tous les entraîneurs d'Anderlecht quand les choses ne tournent plus rond. Lors des points presse, l'ambiance change. Le visage montré à l'extérieur se ferme. " À ses débuts, à chaque anniversaire, John van den Brom amenait de la tarte aux journalistes. À la fin, il ne voulait plus les voir. Pareil pour Ariel Jacobs. Quand les gens sont aigris, on sent que la fin est proche. " Avec Vanhaezebrouck, Anderlecht a engagé un entraîneur qui entretient de bons rapports avec plusieurs leaders d'opinion de la presse, a toujours quelque chose d'intéressant à raconter et parle sans problème français, néerlandais ou anglais. Il parvient également toujours à faire comprendre qu'il est le chef et que c'est lui qu'il faut suivre. Il aime décider de tout, du scouting à la communication en passant par l'organisation du centre d'entraînement. À Anderlecht, ce n'est pas cela qu'on lui demande. Il doit avant tout refaire un groupe avec des joueurs talentueux mais en plein doute, composer une équipe qui gagne en pratiquant un jeu offensif et attractif. Cela peut prendre un peu de temps. En attendant, les nostalgiques pourront toujours lire la biographie de Robby Rensenbrink. Et espérer qu'avec le nouvel entraîneur, le prochain chapitre ne s'écrira plus au passé.