Mai 1931, mois de contraste pour le RFC Montegnée. Le club liégeois, qui a atteint en début de saison le top du foot belge pour la première fois depuis sa création 15 ans plus tôt, va se retrouver aux extrémités de deux classements prestigieux. D'un côté, les Montagnards sont représentés par leur attaquant Jacques Secretin en tête du tableau des buteurs avec 21 réalisations. Mais de l'autre, en proposant une différence de buts moins avantageuse que l'Union Saint-Gilloise, le RFC atterrit à la 13e place de la Division d'Honneur, synonyme de relégation. Ce court passage en D1 restera le seul de l'Histoire de ce club qui cumulera néanmoins 61 années au niveau national jusqu'à sa disparition en 2014. Un souvenir qui reste encore douloureux dans la mémoire de Pino, qui suivait alors le club en tant que sympathisant. " On a tous mal vécu cette période : ils ne faisaient venir que des mercenaires ! " "Ils", ce sont les dirigeants qui se sont succédé à la tête des Montagnards durant les dernières années. Des mystérieux investisseurs anglais dont les projets mégalomanes ne sont jamais arrivés à terme sur les hauteurs de la Cité Ardente.
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Mai 1931, mois de contraste pour le RFC Montegnée. Le club liégeois, qui a atteint en début de saison le top du foot belge pour la première fois depuis sa création 15 ans plus tôt, va se retrouver aux extrémités de deux classements prestigieux. D'un côté, les Montagnards sont représentés par leur attaquant Jacques Secretin en tête du tableau des buteurs avec 21 réalisations. Mais de l'autre, en proposant une différence de buts moins avantageuse que l'Union Saint-Gilloise, le RFC atterrit à la 13e place de la Division d'Honneur, synonyme de relégation. Ce court passage en D1 restera le seul de l'Histoire de ce club qui cumulera néanmoins 61 années au niveau national jusqu'à sa disparition en 2014. Un souvenir qui reste encore douloureux dans la mémoire de Pino, qui suivait alors le club en tant que sympathisant. " On a tous mal vécu cette période : ils ne faisaient venir que des mercenaires ! " "Ils", ce sont les dirigeants qui se sont succédé à la tête des Montagnards durant les dernières années. Des mystérieux investisseurs anglais dont les projets mégalomanes ne sont jamais arrivés à terme sur les hauteurs de la Cité Ardente. Arrivé un peu par hasard à Montegnée début des années 2000, l'Anglais Paul Topping se lance rapidement dans l'idée de faire revivre au RFC ses plus belles heures. Du coup, en plus de renforcer sérieusement l'équipe première pour qu'elle retrouve la Promotion, il crée une "école de foot". " Ils faisaient venir des jeunes étrangers et les logeaient sur des matelas dans la buvette ", se souvient Pino. " L'objectif était de les former pour qu'ils partent plus haut et que le club récupère de l'argent. " Suite à divers problèmes, Topping quitte néanmoins le club en 2010 et est remplacé par Peter Johnson, qui rachète le club via sa société établie au Panama, ce paradis fiscal d'Amérique centrale. S'il ne pose pas un pied au stade de la Branche, Johnson investit pourtant beaucoup d'argent. " Il a attiré des footballeurs professionnels brésiliens et anglais ", précise Pino. " Ils étaient logés et nourris, mais à partir du moment où l'argent a commencé à manquer, j'ai dû en conduire l'un ou l'autre parce qu'ils n'avaient plus de voiture... puis les fonds ont totalement disparu et au mois de décembre, ils ont tous quitté le club. " L'écart entre le contexte de la P2 (où évolue alors Montegnée) et le niveau des footballeurs professionnels présents n'a pas non plus arrangé l'adaptation de ceux-ci. " Et pourtant, j'ai vu des choses durant certains matchs que je ne reverrai plus jamais ", reconnaît Pino. " Il y avait des joueurs très très forts qui étaient passés par la D2 italienne ou espagnole, même un qui avait transité par le Real Madrid ! " Finalement, en mai 2014, le RFC Montegnée met la clé sous la porte à cause de sa situation financière intenable. Ancien entraîneur notamment du Standard Fémina de Liège avec lequel il a remporté deux titres de champion de Belgique en 2009 et 2011, Momo Ayed comptait mettre le football de côté au moment où sa collaboration liégeoise s'est arrêtée, juste après l'acquisition de son second trophée. Mais trois ans plus tard, l'habitant de Ans reçoit une petite délégation qui n'a qu'une seule idée en tête : l'intégrer dans le projet de création d'un nouveau club qui fusionnerait les RFC Ans et Montegnée, tout juste mis en liquidation. " Après hésitation, j'ai finalement accepté le challenge ", se rappelle Momo. " Le complexe de Ans se trouvant à 500 mètres de chez moi, c'était une bonne occasion de faire du sport (rires). " Blague à part, l'ancien coach des Rouches a été complètement séduit par l'idée de regrouper ces deux clubs à la rivalité historique tout en donnant la possibilité aux nombreux jeunes du coin de s'occuper de manière saine. " Et pourtant, les débuts ont été très difficiles ", rappelle celui qui s'est emparé de la fonction de conseiller sportif du Racing Ans-Montegnée FC. " Je me rappelle avoir vu seulement 10 ou 15 gamins aux premiers entraînements... Il a fallu construire jour après jour, même s'il reste des choses à parfaire. " Avec 600 jeunes inscrits pour la saison 2016-2017, le RAMFC a en effet bien avancé et les 55 bénévoles ne sont pas de trop pour contribuer à la marche quotidienne du club. Évaluation à la moitié et à la fin de la saison, projection pour le futur... Au Racing Ans-Montegnée, chaque jeune est suivi de manière hebdomadaire et ultra-précise par ses formateurs. Un fonctionnement presque professionnel ? " Je préfère le terme "sérieux" ", nuance Momo Ayed. " Je connais des clubs professionnels qui s'organisent moins bien que des amateurs... " Au niveau des capacités physiques, techniques et tactiques, le responsable sportif reconnaît que Montegnée se situe bien à un niveau régional et est voué à former des joueurs qui franchiront un palier en rejoignant le RFC Liège, Seraing ou le Standard... " Mais au niveau de l'organisation, de la discipline et de la rigueur, on est au top niveau. On est prêt à affronter la première provinciale si on s'y retrouve demain. " Un nombre non négligeable d'entraîneurs du club sont diplômés et le staff organise des réunions une fois par mois pour mettre en place le plan de travail sportif. " On fonctionne à deux vitesses avec nos équipes d'âge : dans chaque catégorie, il y a un groupe pour lequel on place la difficulté sportive un peu plus haut et un autre où on est plutôt là pour les encadrer. " À côté de ça, le club s'est aussi habitué à gérer beaucoup de cas sociaux avec patience. " On n'exclut pas dès la première erreur, on essaie de discuter et d'aider le jeune. S'il n'est pas réceptif, on s'adapte et on change un peu d'approche. Mais ça demande beaucoup d'énergie et j'espère qu'on ne va pas s'essouffler. " Si les entraînements de toutes les équipes du club se déroulent au complexe d'Ans où trois terrains peuvent être occupés, la nouvelle association n'a pas laissé tomber le mythique stade de la Branche. Avec ses deux tribunes pouvant accueillir plus de 1.000 spectateurs, l'enceinte voit défiler deux fois par mois l'équipe première, qui vient de louper pour la deuxième fois consécutive son tour final pour la montée en P3. Mais l'équipe dirigeante ne s'alarme pas : l'équipe première constitue la pointe de la pyramide. Le but du club est de travailler de manière coordonnée pour amener progressivement des joueurs formés au club chez les seniors et pouvoir un jour dire '80 % de ces gars-là ont été formés ici !' " Maintenant, soyons clairs : on aurait été heureux de monter en P3 ", glisse Momo. " Des entités comme Ans et Saint-Nicolas se doivent de se trouver au moins dans l'élite provinciale. Et puis l'air de rien, même si on ne se presse pas, l'histoire des deux clubs amène un peu de pression. " Ah si Jacques Secretin avait marqué quelques buts de moins...