Novembre 1975. Les jeunes joueurs du noyau C de l'Ajax prennent le car qui les amène d'Amsterdam au centre d'entraînement de l'équipe nationale hollandaise à Zeist. Parmi eux, deux Danois. Ajax C dispute un match amical face à Willem II dans le cadre de la formation d'entraîneur de deux ex-footballeurs qui tentent d'obtenir leur diplôme à Zeist : Theo Laseroms et Hans Dorjee.
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Novembre 1975. Les jeunes joueurs du noyau C de l'Ajax prennent le car qui les amène d'Amsterdam au centre d'entraînement de l'équipe nationale hollandaise à Zeist. Parmi eux, deux Danois. Ajax C dispute un match amical face à Willem II dans le cadre de la formation d'entraîneur de deux ex-footballeurs qui tentent d'obtenir leur diplôme à Zeist : Theo Laseroms et Hans Dorjee. David Endt, alors arrière droit d'Ajax C et qui passera plus tard par le Racing Muide avant de devenir porte-parole et team manager de l'Ajax, voit débarquer Frank Arnesen (19) et Sören Lerby (17) de Fremad Amager, qui vient juste de rejoindre la D1 danoise. " Je me suis dit : Pauvres Danois ! Ça ne doit pas être facile, si jeunes, tout seuls à l'étranger. Je vais leur parler. Je me suis donc assis à côté de Frank, Sören étant derrière nous. Nous étions condamnés à bien nous entendre. " Pour ce match, Theo Laseroms a établi un schéma tactique compliqué : l'extérieur droit doit rentrer dans le jeu, l'arrière droit doit monter et le médian droit doit plonger dans les espaces. " Mais Theo, qui avait pourtant joué aux Etats-Unis, ne parlait pas anglais. Il a donc montré le tableau à Sören en disant : 'You go in the room ! ' Sören, qui ne comprenait pas, cherchait une chambre partout autour de lui (il rit). Pendant le match, Frank a fait 1-0 après un dribble extraordinaire et Sören a inscrit le deuxième but des 25 mètres. Au cours des semaines suivantes, je les ai invités quelques fois à manger chez nous puis nous sortions en ville. Nous allions voir des concerts, nous parlions beaucoup, de football et de musique. Frank et moi avions un point commun : nous adorions Neil Young. C'étaient deux braves gars, amusants, qui éprouvaient des problèmes avec l'approche sévère de Rinus Michels. Frank a rapidement trouvé sa place dans l'équipe. Pour Sören, ça a pris un peu plus de temps. " Arnesen fait étalage de sa classe. Il joue des deux pieds, a beaucoup de talent, lit bien le jeu et dribble facilement. On dirait un ange. Sur le terrain comme en dehors, il ne parle que de football. " Un jour, le sélectionneur fédéral danois a donné à ses joueurs un livre de 30 pages, rempli de schémas tactiques et de lignes de course. Frank se promenait fièrement partout avec son bouquin sous le bras, il le consultait tout le temps. Frank cherchait sans cesse à progresser. Avec lui, on pouvait discuter de football pendant des heures. " Les deux joueurs invitent parfois Endt à des matches de l'équipe nationale danoise à Copenhague. " Une fois avec leurs amis, ils se lâchaient complètement. Actuellement, il est de bon ton de chanter l'hymne national mais à l'époque, ce n'était pas du tout le cas. Seul Frank le faisait. A tue-tête. Le voir ainsi alors que les autres murmuraient, ça me faisait de la peine. Mais à l'époque, ce qui intéressait le plus les internationaux, c'étaient les sorties d'après-match au Tordenskjold, un night club où la fête battait son plein. Preben Larsen mettait l'ambiance en chantant Ik ben de chef van Lokeren ! Et tout le monde le suivait. " En 1981, Arnesen passe à Valence, qui est alors un tout grand club. Il en devient rapidement le meilleur joueur puis se blesse au genou et l'opération ne réussit pas totalement. Par la suite, il joue encore de grands matches mais il souffre en permanence. " Quand il le fallait vraiment, il mordait sur sa chique et on retrouvait l'Arnesen d'avant l'opération ", dit Endt, qui a toujours suivi le Danois. " En équipe nationale, il était toujours bon, il se motivait spécialement. À Anderlecht aussi, il avait mal mais il aimait tellement jouer au football. Pareil au PSV. Parfois, il prenait une semaine de repos mais quand il devait affronter l'Ajax, il était toujours brillant. " À Eindhoven aussi, ce joueur doté d'une grande vision du jeu et capable de donner de formidables ballons en profondeur s'amuse bien. Le public l'adore. Malheureusement pour lui, en 1988, il manque la finale de la Coupe d'Europe des Clubs Champions, qui doit constituer le point culminant de sa carrière : il est blessé. Par la suite, il devient entraîneur-adjoint au PSV. Une fonction qu'on lui retire en 1993 après une interview au cours de laquelle il affirme que le club est dirigé par des amateurs et fait du petit bois de l'entraîneur, Hans Westerhof. C'est la première fois que l'image positive du Danois, toujours souriant, est écornée. Westerhof passe pour un homme correct et loyal, il ne mérite pas d'être démoli de la sorte par quelqu'un de son propre club. Ce jour-là, on comprend que, derrière son sourire, Arnesen est terriblement ambitieux et qu'il n'hésite pas à donner son avis, même si cela doit avoir des conséquences négatives pour lui. Un an plus tard, on n'en parle plus. Willem II le veut comme entraîneur mais le PSV lui propose un contrat de Directeur Technique. Il conserve ce poste jusqu'en 2004. Au cours de ces dix années, le PSV décroche le titre à quatre reprises. Mais en 2004, Guus Hiddink prend le pouvoir et Arnesen est mis de côté. Il passe alors à Tottenham. Hiddink a des doutes quant à l'approche du Danois qui, au cours des années précédentes, a fait venir de nombreux joueurs du monde entier par l'intermédiaire de Piet de Visser, agent et ami de Sören Lerby, ou de l'intermédiaire Vlado Lemic, qui n'a pas de licence d'agent. Le président Harry Van Raaij ne voit pas ces pratiques d'un mauvais oeil. " Je ne m'occupe pas des transferts de moins d'un million d'euros. " Le Directeur Technique a donc carte blanche et peut faire ce qu'il veut sans le moindre contrôle. Cela ne rapporte cependant pas grand-chose au club, ni à lui : aucun de ces joueurs ne perce et la politique des amis est critiquée, jusqu'à ce que Hiddink y mette fin pour prendre lui-même la direction des opérations. Après un an à Tottenham, Arnesen passe à Chelsea, dont le nouveau propriétaire, Roman Abramovich, n'hésite pas à racheter son contrat. On reproche à Arnesen de ne pas réussir à faire monter un jeune joueur formé au club ou un jeune étranger en équipe première. Il parvient cependant à convaincre Arjen Robben d'opter pour Chelsea, qui n'a encore rien gagné, alors que Manchester United le veut aussi. Début 2011, Arnesen affirme qu'il s'en ira à la fin de son contrat. Un défi énorme l'attend en Allemagne : il doit sauver Hambourg, qui connaît des moments difficiles. À son arrivée, il souligne le chemin qu'il a parcouru. " Au PSV, j'avais chaque semaine des réunions avec la direction de Philips, des gens de grande qualité. J'ai appris à organiser des meetings et à établir un agenda. J'étais un simple footballeur mais je me suis recyclé. Mon boulot consiste à avoir sous la main des joueurs de rechange pour le jour où quelqu'un nous quitte. " Il sait aussi que les temps ont changé. " Le meilleur entraîneur que j'aie eu, c'est Rinus Michels, " dit-il dans une interview au Frankfurter Allgemeine. " À la mi-temps, il ne disait rien pendant dix minutes puis glissait quelques mots au capitaine, c'était tout. Pourtant, nous le respections tous. " Hambourg n'ayant pas d'argent, il ne peut pas acheter des joueurs : il faut les former. Mais son gros point faible, c'était sa méconnaissance du marché allemand. Il fait venir de Londres quatre scouts et cinq joueurs libres de transfert mais très chers. Ça ne fonctionne pas. Hambourg est à la dérive, Arnesen ne parvient pas à redresser la barre. On lui reproche d'avoir payé trop cher pour Milan Badelj (encore un joueur arrivé par l'intermédiaire de Vlado Lemic) mais la direction du club enquête et estimait que, même s'il a travaillé avec un agent non reconnu, il ne s'est pas enrichi personnellement. Après un an et demi, cependant, il est remercié. On estime que son apport est trop faible au regard de son salaire annuel de 1,8 million d'euros. Il laisse derrière lui un noyau plein d'étrangers que le club doit revendre à perte. Après Hambourg, il disparaît de la circulation. Il effectue de courts séjours au Metalist Kharkov (interrompu par la guerre civile en Ukraine) et au PAOK Salonique puis, en avril 2017, il entre au Conseil des Commissaires du PSV, jurant qu'il ne s'occuperait plus jamais d'un club au quotidien. Un an et demi plus tard, il revient sur ses paroles. Ceux qui l'ont fréquenté au cours des 20 dernières années estiment qu'il n'a jamais vraiment fait ses preuves en tant que directeur technique. À Chelsea, il bénéficiait des moyens d'un riche propriétaire. À Hambourg, il a laissé le club dans une situation de faillite et il n'a pas réussi à explorer le marché allemand. Que vaut donc son réseau ? Certains deals ont fait froncer les sourcils. Personne ne peut prouver qu'il a commis des fautes mais les avis à son sujet ne sont plus aussi unanimes que lorsqu'il était joueur et qu'il régalait le public de ses dribbles ou les journalistes de ses histoires, toujours racontées avec le sourire. Après Phillip Cocu et Marcel Brands, Arnesen est le troisième membre du département technique à quitter le PSV en peu de temps. À Eindhoven, on n'est pas surpris. On sentait que le Danois s'ennuyait de ne plus faire que du golf. Il voulait encore travailler mais pas dans l'ombre, comme il l'avait fait l'été dernier pour régler certaines choses au PSV. Il voulait avoir le pouvoir de décision. C'est pour cela qu'il a quitté son PSV avec l'image d'un homme jovial qui peut encore être la figure de proue d'un club qu'il faut remettre sur rails, qui connaît parfaitement le monde du football et qui connaît des gens dans le monde entier. " Il n'entreprend rien sans entrevoir de perspective ", dit une source proche du PSV. " Ce n'est pas le genre de gars qui retourne dans un club parce qu'il y a joué 30 ans plus tôt. À Anderlecht, il sera bien payé mais pas aussi bien qu'à Chelsea ou à Hambourg. Il n'y va donc pas pour l'argent non plus. " Arnesen ne vient donc pas à Bruxelles pour sourire sur la photo. Si Marc Coucke l'a juste fait venir pour son image, il se trompe. Quand Arnesen débarque quelque part, il ne se contente pas de faire de la figuration. Son retour au Parc Astrid ne passera certainement pas inaperçu. David Endt n'est pas surpris que son ami relève le défi anderlechtois. " Frank est très ambitieux, il veut montrer ce qu'il vaut. Il a attendu le rôle qui lui convenait et n'a pas hésité à écarter beaucoup de propositions. L'aspect sentimental n'a pas joué plus de 20 % dans son choix. La vraie raison pour laquelle il est venu, c'est qu'il pense pouvoir marquer ce grand club de son empreinte. Frank n'est pas un rêveur : il est réaliste. Derrière son sourire à la Mick Jagger, il peut être très dur. Le club va profiter de son réseau. " Et il est motivé, Endt n'en doute pas : " Frank ne vit que pour le football. Il a été formé dans un club d'ouvriers, à Amager. Son père tenait la buvette et le restaurant du club, qui faisait la navette entre la D1 et la D2. C'est un manager dans l'âme. " Évidemment, le temps et les expériences, positives ou négatives, ont changé Arnesen. Mais pour Endt, c'est toujours un jeune homme. " Nous rigolons toujours autant de choses simples ", dit-il. Arnesen saura-t-il séduire un self made man comme Coucke ? " Il joue de la guitare et il chante. Mais il a aussi bien d'autres talents. "