C'est une histoire d'amour que l'on n'imaginait pas se finir aussi cruellement. Après une vingtaine d'années de bons et loyaux services, Francky Dury a vu son ciel s'assombrir au stade Arc-en-ciel, désormais rebaptisé Elindus Arena. En ce dernier jour de la semaine la plus déprimante de l'année, celui qui était assis sur le banc au tout début de l'histoire du club fusionné a été remercié. Il était bien prévu que Dury effectuerait son dernier exercice cette saison avant de laisser le flambeau à la jeune garde incarnée par ses nouveaux jeunes adjoints Timmy Simons et Davy de Fauw. Mais la direction de l'Essevee n'imaginait pas que son club se retrouverait en position de barragiste pour la relégation à la moitié du championnat.
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C'est une histoire d'amour que l'on n'imaginait pas se finir aussi cruellement. Après une vingtaine d'années de bons et loyaux services, Francky Dury a vu son ciel s'assombrir au stade Arc-en-ciel, désormais rebaptisé Elindus Arena. En ce dernier jour de la semaine la plus déprimante de l'année, celui qui était assis sur le banc au tout début de l'histoire du club fusionné a été remercié. Il était bien prévu que Dury effectuerait son dernier exercice cette saison avant de laisser le flambeau à la jeune garde incarnée par ses nouveaux jeunes adjoints Timmy Simons et Davy de Fauw. Mais la direction de l'Essevee n'imaginait pas que son club se retrouverait en position de barragiste pour la relégation à la moitié du championnat. Il fallait agir avant que le navire, qui possède pourtant dans ses rangs trois des meilleurs matelots de la compétition avec le meilleur passeur Jean-Luc Dompé et le duo d'attaque royal mais maudit composé de Zinho Gano et Jelle Vossen, ne finisse par échouer avant de changer cap lors de la saison 2022-2023. Et tant pis si cela a du se faire au détriment de son vieux loup de mer de capitaine qui a pourtant maintenu la barre du club pendant toutes les tempêtes. Retour sur la carrière d'un homme qui a mené la modeste formation amateure aux Coupes de Belgique en passant par les nuits européennes et à deux doigts d'un couronnement en Pro League.Mercredi soir, après une nouvelle défaite face au leader de l'Union Saint-Gilloise, Francky Dury semblait impuissant, déjà résigné. Il avait bien conscience que son bilan actuel était insuffisant et que malgré son long et glorieux passé au Gaverbeek, il était normal que le public soit en colère. Il était tourné vers le présent et se doutait sans doute que le futur s'écrirait sans lui. "Si vous êtes dix-septième, vous ne pouvez pas être satisfait de votre entraîneur. Je le comprends à 100%. Ensuite, nous devons chercher des solutions." , expliquait-il après la rencontre.Modeste joueur, Francky Dury évolue pendant 10 ans à Hulste Sport dans les années 70 et au début des eighties. Sa première expérience sur un banc remonte à 1983, à seulement 26 ans, du côté de Beveren-Leie (aucun lien avec le club devenu Waasland-Beveren aujourd'hui). Il y restera deux ans puis quatre dans le training de T1 de Renaix (avec lequel il est champion de 2e provinciale) avant un petit détour en Wallonie du côté du RC Tournai. L'homme qui exerce la fonction de policier en dehors des terrains prend ensuite place sur le banc de Zulte VV en 1990. L'équipe évolue alors en première provinciale et Dury l'amène à la montée en promotion dès sa première saison. Après 3 saisons, il part au Heirnis Gand avec lequel il monte en Division 3 après un titre de champion en promotion. Il revient alors au Zulte VV qui fusionnera avec le grand voisin Waregemois en 2001. La nouvelle entité est championne de D3 dès sa première saison et accèdera à la première division à la fin de la saison 2004-2005 avec un nouveau titre de champion à la clé. Cette accession aussi inattendue que rapide ne fait pas trembler l'équipe qui termine à la sixième place de son premier exercice au sommet du football belge. Le promu est alors composé de professionnels et de semi-professionnels, le tout avec un entraîneur pas encore totalement pro à l'époque. C'est surtout en atteignant la finale de la Coupe de Belgique contre Mouscron que la bande à Dury obtient la sympathie du public. Grâce à un but dans les arrêts de jeu de Tim Matthys (désormais membre de la cellule de scouting d'Anderlecht), les Flandriens soulèvent la Coupe au stade roi Baudouin. Le football offensif mais structuré de Dury a surpris la Pro League en une saison avec une équipe composée de vieux briscards comme Tjorven De Brul, Stefan Leleu, Tony Sergeant, Stijn Meert ou Ibrahim Salou.Invité sur la scène européenne, le club qui se cherche encore en termes de couleurs et de design de maillot, réalise un premier exploit en sortant le Lokomotiv Moscou lors du dernier tour des préliminaires. Battue 2-1 en Russie, les hommes de coach Dury s'imposent 2-0 au Gaverbeek. Ils peuvent donc participer à la phase de poule, ce qui rapportera de l'argent aux caisses du jeune club. Dans le groupe F, en compagnie de l'Espanyol Barcelone, de l'Ajax, de l'Austria Vienne et du Sparta Prague, les Flandriens terminent 3e et se qualifient pour le tour suivant. Le collectif bien huilé de Dury impressionne avec deux victoires, contre les Tchèques et les Autrichiens, mais subit aussi deux lourds revers en Espagne et aux Pays-Bas. Au vu du manque d'expérience de l'équipe à ce niveau, cela reste cependant une performance de premier choix.Qualifié pour le troisième tour, Zulte Waregem s'incline à deux reprises contre Newcastle non sans avoir manqué de gêner les Magpies à chaque fois. Forcément, ce long parcours sur la scène continentale, avec un noyau restreint et certains joueurs ayant encore des obligations à côté comme l'éphémère Diable Nathan D'Haemers, a des répercussions en championnat où les Flandriens ne terminent qu'à une modeste 14e place.Lors des trois saisons qui suivront, Francky Dury stabilise son club qui terminera aux 7e, 5e et 6e place avec pour cette dernière le droit de participer à la première édition des Playoffs 1. Même cette petite ligne d'histoire, Dury aura su l'écrire dans le grand livre d'or de Zulte Waregem.Mais l'entraîneur à succès attire désormais les convoitises et La Gantoise met le grappin sur le policier pour s'occuper de la circulation de balle des Buffalos. Si son expérience au Heirnis Gand fut couronnée d'un titre de champion à l'époque, celle à Gentbrugge se terminera sur un C4, le seul qu'il avait reçu dans sa longue carrière et le seul qu'il pensait avoir jusqu'à la fin de sa carrière sur les bancs de touche.Zulte Waregem ne s'est pas remis du départ de son sorcier. Le jeune Bart De Roover, ancien Diable rouge, qui vient de ranger ses crampons après une dernière pige sous les couleurs de l'Essevee ne tient que jusqu'au mois d'octobre. Hugo Broos, son remplaçant, ne prolongera pas son séjour au stade Arc-en-ciel au terme de la onzième place obtenue à la fin de la saison 2010-2011. Zulte Waregem tente alors la piste étrangère et nomme le Suisse d'origine bosnienne Darije Kaledzic en juillet 2011 avec un contrat lucratif de 3 ans à la clé. L'entraîneur à succès de De Graafschap ne parviendra pas aux mêmes résultats que dans son précédent club. Il est licencié en décembre 2012 alors que les Flandriens occupent la quatorzième place. C'est à ce moment que la direction waregemoise se dit que le seul homme capable de remettre l'Essevee sur les rails est Francky Dury.L'ancien flic reprend son sifflet de T1 à Zulte Waregem, mais le club ne terminera qu'à la treizième place. Mais peu importe, Dury est revenu avec plus de pouvoir et met sur pied une équipe compétitive la saison suivante. Les Jonathan Delaplace, Franck Berrier, Mbaye Leye, Jens Naessens, le regretté Junior Malanda et le futur Soulier d'Or Thorgan Hazard ambiancent les sommets du classement et poussent Anderlecht dans ses derniers retranchements. Zulte Waregem passe à deux doigts d'un exploit monumental en étant virtuellement champion pendant trois minutes avant que les Mauves n'égalisent et s'offrent le titre grâce à un coup franc dévié de LucasBiglia.Après ce quasi aboutissement, les pensionnaires du stade Arc-en-ciel s'offriront deux nouvelles participations à l'Europa League, une finale et une deuxième victoire en Coupe de Belgique, malgré les départs de joueurs importants année après année. Lors de la deuxième victoire en Croky Cup, les hommes de Francky Dury finiront encore parmi les six premiers et participeront à des Playoffs 1 auxquels les joueurs de Flandre-Occidentale auront pris part à cinq reprises sous la houlette de leur technicien à succès.En finale, les joueurs du Essevee partagent avec Ostende sur le score de 3-3 avant la loterie des tirs au but qui tournera à leur avantage avec un dernier tir victorieux de Brian Hamalainen. Dans cette équipe, on trouvait des Soualiho Meïté, Christophe Lepoint, Timothy Derijck, Lukas Lerager, Alessandro Cordaro, Onur Kaya et deux anciens déjà présents lors de la première victoire: le gardien Sammy Bossut et Mbaye Leye.A ses débuts, Francky Dury ne parvenait pas encore à se détacher de sa fonction de policier à la ville. Il était très strict avec son groupe et cela a parfois pesé dans ses relations avec certains joueurs. Avec l'expérience et un métier désormais exercé à plein temps, il a arrondi les angles en mettant beaucoup plus l'accent sur la communication que seulement sur la discipline et la rigueur. On lui souhaitait une fin heureuse à la Guy Roux à Auxerre, mais sa fin de règne aura plutôt ressemblé, dans une moindre mesure, à celle vécue par Arsène Wenger à Arsenal. Le technicien à succès ne parvenant plus à trouver la clé, se mettant une partie du public à dos et effectuant la (ou les) saisons de trop. On ose espérer que ce départ de Zulte Waregem ne soit que provisoire et que Dury reviendra dans une autre fonction, plus dans l'ombre, comme cela aurait été prévu à la fin de la saison si les choses n'avaient pas tourné au vinaigre. Histoire que la nécessité d'une décision que l'entraîneur sait sans doute logique ne rende pas amère la fin d'une relation idyllique pendant plus de 20 ans. Sacré entraîneur de l'année à deux reprises, Francky Dury a écrit de très nombreux chapitres dans l'histoire de Zulte Waregem. Le club s'est inscrit dans la durée parmi l'élite, a connu la joie des trophées, de belles soirées européennes, a vu son stade s'agrandir et un nouveau centre d'entraînement sortir de terre. Un joueur a même connu les joies d'un titre individuel en chaussant son pied d'or grâce à Thorgan Hazard. Impossible de l'oublier.Bedankt meneer Dury.