Des "Rui" dribbleurs, le Portugal en a engendrés beaucoup. Pour le plaisir de tous les amateurs du foot fiesta, qui aiment tendre les poils d'émotion devant l'expression du talent. Depuis cinq ans, un autre Rui est le roi du grand pont. Celui qui relie les égouts du Royaume foot à ses pelouses. Il s'appelle Rui Pinto. Un dribbleur sans ballon, qui a mis dans le vent tout ce que ces mêmes amateurs du foot plaisir détestent. Le foot business. Ce foot devenu prétexte à imposteurs. Ces traders qui traitent le foot comme une vulgaire planche à billets.
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Des "Rui" dribbleurs, le Portugal en a engendrés beaucoup. Pour le plaisir de tous les amateurs du foot fiesta, qui aiment tendre les poils d'émotion devant l'expression du talent. Depuis cinq ans, un autre Rui est le roi du grand pont. Celui qui relie les égouts du Royaume foot à ses pelouses. Il s'appelle Rui Pinto. Un dribbleur sans ballon, qui a mis dans le vent tout ce que ces mêmes amateurs du foot plaisir détestent. Le foot business. Ce foot devenu prétexte à imposteurs. Ces traders qui traitent le foot comme une vulgaire planche à billets. Rui Pinto a 31 ans, il a révélé des vérités. Noir sur blanc. Les magouilles du monde du foot et ses liens avec la criminalité. Résultats? Extradition vers son pays, le Portugal. Pays précurseur d'autres dribbleurs. Les rois de la feinte. Dans le vent, les lois qui régissent le football. Sa douce patrie le met plus d'un an en prison. En détention provisoire. La justice de son pays lui colle 93 chefs d'accusation. Dont: détournement de fonds. Trop surréaliste. En attendant, les millions de documents qu'il a transmis à la justice font de lui le roi du torticolis. Il est partout. Passe partout. À gauche, à droite et puis tout droit. Vers le but. Ultime. Dénoncer les fossoyeurs. Ses adversaires portent le costard et n'ont d'effluves que l'odeur vulgaire d'un quelconque parfum de scandale. Ils ne savent plus où donner du cou pour que leurs sales coups retombent dans l'oubli. Trop tard. La contre-attaque est lancée par ce lanceur d'alerte. La vérité est là. Devant nous. Toute crue. Elle a l'odeur du sang mêlée à celle de l'argent. La justice en fera-t-elle une graine de rédemption? Pas sûr. Le destin de Julian Assange et d' Edward Snowden nous ont montré que les porteurs de vérités sont traités comme des criminels. Par ceux-là même censés les protéger. Abandonnés qu'ils sont par les élus d'un monde en perdition. Le nôtre. Celui dans lequel on est obligé de vivre avec un pouvoir qui a perdu le sens du collectif. La Belgique est évidemment citée dans ces Football Leaks. Mais là, on doit parler de petits ponts. Entre les égouts d'un petit royaume et des petits voyous. Vulgaires escrocs à la petite bedaine. Les Football Leaks révèlent les pratiques des riches qui veulent devenir encore plus riches. Les mêmes qui veulent maintenant créer leur compétition. Celle où le foot ne sera plus qu'un prétexte à vendre un ballon devenu vide de l'essentiel. Une baudruche gonflée au néant. La Super League. En un coup de cynisme économique, 95% des clubs de foot européens se voient relégués sans jouer. Le foot, ce n'est pas une histoire élitiste. Le foot, c'est l'affaire de tous. Les petits et les grands. Au propre comme au figuré. Le foot, c'est une histoire de solidarité, de fraternité, de loyauté. C'est suivre son équipe quand elle affronte le voisin. Y aller à pied. Leur projet est fait pour les supporters-touristes au mieux, les invités d'affaires au pire. Ceux qui se déplacent en avion. Ce sera la "Ligue de l'entregent". Se faire voir, valoir, soigner ses relations. Tout ce qu'on leur souhaite, c'est de se bouffer entre eux. Une sorte de mare aux requins où l'homme est le prédateur. Une sorte d'éloge de l'anthropophagie. Il n'en restera qu'un, qui finira par jouer contre lui-même. Et donc, qui même en cas de victoire sera perdant. Cela dit, leur projet c'est un peu ce que devient la Ligue des Champions. Donc les mecs se disent: "Autant qu'on organise ça nous-même sans passer par la société d'événement la plus riche du monde." C'est vrai qu'aussi bien l'UEFA que la FIFA ne sont que ça. Des organisateurs d'évènements qui pompent le pognon sans vraiment créer quoi que ce soit. Si ce n'est le malaise. Trop de scandales. Trop d'insultes aux valeurs du sport. D'ailleurs, la prochaine Coupe du monde n'a déjà plus aucune valeur, puisqu'elle ne respecte pas la valeur humaine. À nos illusions définitivement perdues lors de l'attribution, s'ajoute notre indignation retrouvée face aux 6.500 travailleurs morts sur les chantiers qataris. C'est quoi ce bordel? Tout ça pour construire des stades qui serviront trois fois. Avant de devenir des salles d'expo de climatiseurs. Leur putain de pognon ne sert qu'à exposer leur putain de misère humaine. Le "sauver" de mon titre se termine par R, ce qui veut dire que tout reste à faire. Pour Rui Pinto. Pour le foot. Notre vigilance doit prendre des airs d'élégance et de persévérance. Notre dignité passe par la défense de ceux qui défendent notre envie d'un foot meilleur. Il n'est pas trop tard.