Le football amateur est aussi vieux que le football lui-même puisque c'est sous cette forme qu'il a commencé. Aujourd'hui, les joueurs du dimanche tapent toujours dans le ballon, mais les mentalités ont évolué. Le football provincial semble vouloir s'inspirer du monde professionnel. "L'Association des Clubs Francophones de Football (ACFF) a lancé un plan avec la volonté de professionnaliser les structures des clubs amateurs. Quand j'ai commencé le foot en 1992, la plupart des entraîneurs étaient des papas de joueur. Aujourd'hui, il faut avoir un brevet, même pour entraîner les plus jeunes", explique David Mames, le nouvel entraîneur de l'équipe B du RFC Villers qui évolue en troisième Provinciale. Pour le mieux ? Pas forcément.

Comme dans beaucoup de milieux, l'argent est le nerf de la guerre. Certains clubs peuvent compter sur le soutien de leur commune, mais pour d'autres il faut se débrouiller tout seul. "Notre club fait partie de la commune de Tournai et nous ne recevons pas d'aide. Il y a beaucoup de clubs et donc s'ils donnent à un, ils doivent donner à tous les clubs sportifs de l'entité et ce n'est pas possible", explique Jean-Marc Gosset, président du FC Étoilés Ere. Et pour faire tourner un club amateur, la facture peut parfois s'avérer très salée.

"Souvent, les dirigeants ont juste envie de montrer que le club a évolué grâce à eux."

Les recettes de la buvette sont les plus grosses rentrées qui permettent aux clubs de survivre. Les sponsors sont en effet souvent des amis ou des personnes proches du club qui acceptent d'offrir une petite aide, insuffisante face aux coûts toujours plus élevés. "Qui dit professionnalisation, dit forcément plus d'argent à investir. Je sais que certains clubs ne sont que locataires de leurs installations et ne reçoivent pas d'aide extérieure. Ces clubs doivent parfois payer jusqu'à 5000€ par mois pour l'entretien, l'eau, l'électricité, etc.", détaille David Mames.

Face à cette situation, il n'est pas rare de voir des personnes étrangères au monde du foot débarquer à la tête des clubs de Provinciales. Les mentalités changent alors souvent du tout au tout. Des clubs dits familiaux développent des ambitions déraisonnables. "Je ne pense pas qu'il y ait de grandes différences entre la P1, la P2 et la P3. J'ai l'impression que les dirigeants ont juste envie de montrer que le club a évolué grâce à eux", regrette Lucas Vincent, qui à 21 ans porte les couleurs du FC Warsage. Une guerre d'ego qui entraîne de mauvais comportements, notamment dans la gestion des jeunes joueurs pour David Mames: "J'ai l'impression que dans certains clubs, on veut former des jeunes pour qu'ils terminent dans les grands clubs de première division pour avoir la fierté de dire: 'Il a été formé chez nous'."

"Il n'y a plus de patience. Préparer les jeunes, ça demande du temps, donc de nombreux clubs vont chercher des joueurs ailleurs."

Face à cela, certains clubs tentent de garder l'ambiance du foot amateur. Bien souvent, cela passe par la mise en place des bonnes personnes aux bons endroits. "Les installations sont mises à disposition par la commune et le club n'appartient donc physiquement à personne. Notre comité est composé de bénévoles qui sont entraîneurs, parents de joueurs, etc. Je pense que c'est important d'avoir des gens qui connaissent la réalité du terrain", situe Thomas Eeckhout, entraîneur de l'équipe U10 et membre du comité de la Jeunesse Sportive Ittroise.

Trop grand, trop vite

Ces nouveaux arrivants dans le monde du football amateur ont également modifié le rythme de celui-ci. L'époque où les changements étaient rares et les transferts quasi inexistants semble révolue. Les dirigeants veulent des résultats immédiatement. Une situation catastrophique pour les jeunes des clubs, selon David Mames: "Il n'y a plus de patience. Forcément, les jeunes ne sont pas toujours prêts à intégrer les équipes premières tout de suite, ça demande du temps. De trop nombreux clubs décident alors d'aller chercher des joueurs dans d'autres clubs. Mais acheter un truc tout fait, ça n'existe pas. Le football reste une activité humaine."

Cette situation, Lucas Vincent l'a vécue dans le club de son village: "J'ai fait toute ma formation à Oupeye, puis le club a eu de grandes ambitions et le coach voulait des joueurs d'expérience qui sont venus de l'extérieur. Je ne jouais pas, j'étais vraiment dégoûté du foot. Je suis allé à Warsage et j'y ai retrouvé le goût du football. Nous étions en P4 avec une équipe composée à 80% de jeunes formés au club. Nous sommes montés directement, donc en plus de la bonne ambiance, les résultats ont suivi."

"Aujourd'hui, ils sont nombreux à chercher un deuxième salaire à travers le foot amateur."

La possibilité de bien travailler avec des jeunes existe, c'est indéniable. Pourtant, il semble de plus en plus difficile de trouver des clubs qui se basent sur cette façon de fonctionner. Dans beaucoup de clubs, il est difficile de percer en équipe première, et lorsque les jeunes y parviennent, ils n'ont bien souvent pas les mêmes demandes que les autres joueurs. "Les jeunes qui ont fait toute leur formation dans un club et qui finissent par intégrer l'équipe première sont souvent les moins lotis parce que ça ne leur vient pas à l'idée de demander de grosses sommes pour jouer. Ils veulent juste porter les couleurs du club", souligne Jean-Marc Gosset.

Avec la professionnalisation des formateurs, la qualité des jeunes devrait augmenter. Avec des demandes financières moins élevées et un niveau grandissant, l'avenir se trouve sans doute dans la formation. Un modèle qu'a embrassé Ittre selon Thomas Eeckhout: "Depuis quelques années, on a recruté de nouveaux formateurs et on a formé les nôtres. Si un entraîneur s'engage à long terme avec nous, on paie même les formations. Au niveau des équipes premières, la saison prochaine nos U21 intégreront les différents noyaux. On a également un nouveau coach qui a vraiment envie que les passages entre nos deux équipes fanions se fassent facilement."

Des légions de mercenaires

Ces dernières années, les noyaux évoluent de saison en saison, avec souvent des exodes massifs et des joueurs qui ne restent qu'une ou deux saisons dans le même club. Des transferts qui s'accompagnent de demandes financières de plus en plus élevées. "Il y a une vingtaine d'années, les joueurs jouaient par amour du club. Aujourd'hui ils sont nombreux à chercher un deuxième salaire à travers le foot amateur. En P2, il y a des pseudo-vedettes et des joueurs qui ont fait carrière dans des catégories supérieures qui cherchent une dernière rentrée d'argent avant de ranger les crampons. Cette année, beaucoup de joueurs ont quitté notre noyau P3 et ça a été difficile de recréer un groupe parce que nous avons une équipe B et que d'autres clubs ont une équipe A dans cette catégorie et offrent plus", regrette Jean-Marc Gosset.

Et là où on a longtemps parlé de primes de matchs, l'heure est aujourd'hui au salaire fixe, ne dépendant donc plus directement des résultats. Une évolution qui montre l'importance de plus en plus grande de gagner de l'argent en jouant à un niveau amateur. Le foot entre copains pour aller boire un coup à la buvette n'a pas totalement disparu, car cette dernière n'est pas désertée par les joueurs, mais la volonté d'apporter un petit plus à ses finances prend une proportion toujours plus grande. "À Ittre, nous refusons de payer un salaire fixe, mais la demande revient de plus en plus souvent. Les joueurs viennent avec des exigences toujours plus grandes et j'ai parfois l'impression qu'ils ont besoin d'une motivation supplémentaire pour jouer au foot", explique Thomas Eeckhout.

"Les joueurs ne sont pas les seuls à blâmer. Si les clubs offrent de telles sommes, c'est normal qu'ils les acceptent."

Une situation qui peut être difficile à gérer pour les jeunes qui débarquent pour la première fois dans les vestiaires de l'équipe première. Motivés par l'envie de jouer pour leur club, innocents par rapport à l'importance de l'argent. Un choc des générations qui peut en dégoûter plus d'un. "Vers 16-17 ans, je m'entraînais avec l'équipe première et je jouais encore en jeunes. Dans le vestiaire, ça parlait très souvent d'argent, des primes qui n'étaient pas encore arrivées. J'avais vraiment l'impression que certains jouaient au foot uniquement pour arrondir les fins de mois. Mais les joueurs ne sont pas les seuls à blâmer. Si les clubs leur offrent de telles sommes, c'est normal qu'ils les acceptent", dénonce Lucas Vincent.

Ces demandes grandissantes couplées aux besoins de plus en plus grands pour gérer un club amateur ont entraîné de grosses conséquences pour les petits clubs de village. Loin d'avoir les moyens, deux choix s'offrent à eux: disparaître ou fusionner. Ces dernières années, les fusions se sont multipliées pour former de plus grands clubs avec plus de moyens. "J'ai connu la fusion entre Rosières, Rixensart et Genval. Au final, Rosières et Genval ont complètement disparu et il reste Rixensart. On perd vraiment le caractère familial des petits clubs de village. Avec les fusions on s'est dit que si 25 personnes assistaient aux matchs de l'équipe première, en regroupant les deux clubs ça ferait 50 supporters sur un seul site", affirme David Mames.

Les fusions amènent souvent des ambitions démesurées dans les nouveaux clubs.

Plus de rentrées lors des matchs et moins de dépenses puisqu'il n'y a plus qu'un seul endroit à gérer. Le calcul semble parfait. Mais pour Lucas Vincent, les fusions amènent souvent des ambitions démesurées pour ces nouveaux clubs: "Parfois, ce ne sont même pas vraiment des clubs voisins. L'objectif devient juste de former un grand club et ce n'est pas tenable à long terme. Certains n'ont pas les moyens de leurs ambitions et peuvent investir un moment. Par la suite on voit certains clubs qui ne sont plus capables de payer leurs joueurs."

Nivellement vers le bas

En plus de ces éventuels problèmes financiers, les fusions n'ont étonnement pas permis une hausse de niveau, c'est même tout le contraire pour Jean-Marc Gosset: "Je remarque un nivellement par le bas. Le niveau de la D3 amateurs actuelle équivaut à celui d'une P1 il y a quelques années." Un constat partagé par David Mames: "Depuis la réforme, je remarque une baisse de niveau. Pour moi, ça doit permettre de relancer de vrais projets basés autour des jeunes formés au club qui en plus coûtent moins cher que les transferts."

Avec la crise du coronavirus, les finances de nombreux clubs sont dans le rouge.

Au niveau des jeunes, la compétition s'est installée et des gestes alarmants sont également visibles. "On joue parfois contre des équipes où les gamins ont déjà appris comment tricher, en gagnant du temps, en simulant etc. Je trouve ça absolument aberrant", condamne Thomas Eeckhout. Une situation logique pour David Mames: "Le football amateur veut s'inspirer d'un football professionnel en plein dysfonctionnement. On achète des joueurs 150 millions d'euros... De plus, dans le football amateur, contrairement aux pros, il y a des sentiments, de l'attachement, ce qui rend la chose encore plus cruelle", insiste David Mames.

Dans le football amateur, les membres de comité ne disposent également pas du même temps que les professionnels. Ils ont un travail, sont parfois bénévoles et font ça à côté de leur boulot. Rien d'anormal donc de trouver plus difficilement des sponsors, d'être moins précis au niveau des entraînements, etc. C'est finalement ce qui fait que le football amateur est le football amateur. Avec la crise du coronavirus, les finances de nombreux clubs sont dans le rouge. Il y a sans doute une opportunité d'assainir le milieu.

"Si on continue comme ça, on se dirige vers la mort du foot provincial."

"Peut-être qu'avec la crise, les clubs vont réfléchir et changer de direction. Actuellement, certains clubs ont des projets plus ambitieux que leurs moyens. Finalement, ils sont dans l'incapacité de payer les joueurs et ça renvoie une image négative du club. L'autre constat, c'est qu'il y a très peu de jeunes présents dans les comités des clubs amateurs. Il faut se demander pourquoi... Si on continue comme ça, on se dirige vers la mort du foot provincial", prévient Jean-Marc Gosset. Une envie de changement partagée par Lucas Vincent: "Le foot doit rester un plaisir avant tout. L'argent est occupé à tuer le foot amateur. En Provinciale, ça ne peut pas rapporter beaucoup d'argent donc à la tête des clubs, on doit retrouver des personnes qui ont un certain plaisir à investir."

A son retour sur les terrains, le football amateur devra montrer s'il a vendu son âme au diable ou si un retour en arrière est possible.

Par Jérôme Jordens (st.)

Le football amateur est aussi vieux que le football lui-même puisque c'est sous cette forme qu'il a commencé. Aujourd'hui, les joueurs du dimanche tapent toujours dans le ballon, mais les mentalités ont évolué. Le football provincial semble vouloir s'inspirer du monde professionnel. "L'Association des Clubs Francophones de Football (ACFF) a lancé un plan avec la volonté de professionnaliser les structures des clubs amateurs. Quand j'ai commencé le foot en 1992, la plupart des entraîneurs étaient des papas de joueur. Aujourd'hui, il faut avoir un brevet, même pour entraîner les plus jeunes", explique David Mames, le nouvel entraîneur de l'équipe B du RFC Villers qui évolue en troisième Provinciale. Pour le mieux ? Pas forcément.Comme dans beaucoup de milieux, l'argent est le nerf de la guerre. Certains clubs peuvent compter sur le soutien de leur commune, mais pour d'autres il faut se débrouiller tout seul. "Notre club fait partie de la commune de Tournai et nous ne recevons pas d'aide. Il y a beaucoup de clubs et donc s'ils donnent à un, ils doivent donner à tous les clubs sportifs de l'entité et ce n'est pas possible", explique Jean-Marc Gosset, président du FC Étoilés Ere. Et pour faire tourner un club amateur, la facture peut parfois s'avérer très salée.Les recettes de la buvette sont les plus grosses rentrées qui permettent aux clubs de survivre. Les sponsors sont en effet souvent des amis ou des personnes proches du club qui acceptent d'offrir une petite aide, insuffisante face aux coûts toujours plus élevés. "Qui dit professionnalisation, dit forcément plus d'argent à investir. Je sais que certains clubs ne sont que locataires de leurs installations et ne reçoivent pas d'aide extérieure. Ces clubs doivent parfois payer jusqu'à 5000€ par mois pour l'entretien, l'eau, l'électricité, etc.", détaille David Mames.Face à cette situation, il n'est pas rare de voir des personnes étrangères au monde du foot débarquer à la tête des clubs de Provinciales. Les mentalités changent alors souvent du tout au tout. Des clubs dits familiaux développent des ambitions déraisonnables. "Je ne pense pas qu'il y ait de grandes différences entre la P1, la P2 et la P3. J'ai l'impression que les dirigeants ont juste envie de montrer que le club a évolué grâce à eux", regrette Lucas Vincent, qui à 21 ans porte les couleurs du FC Warsage. Une guerre d'ego qui entraîne de mauvais comportements, notamment dans la gestion des jeunes joueurs pour David Mames: "J'ai l'impression que dans certains clubs, on veut former des jeunes pour qu'ils terminent dans les grands clubs de première division pour avoir la fierté de dire: 'Il a été formé chez nous'." Face à cela, certains clubs tentent de garder l'ambiance du foot amateur. Bien souvent, cela passe par la mise en place des bonnes personnes aux bons endroits. "Les installations sont mises à disposition par la commune et le club n'appartient donc physiquement à personne. Notre comité est composé de bénévoles qui sont entraîneurs, parents de joueurs, etc. Je pense que c'est important d'avoir des gens qui connaissent la réalité du terrain", situe Thomas Eeckhout, entraîneur de l'équipe U10 et membre du comité de la Jeunesse Sportive Ittroise.Ces nouveaux arrivants dans le monde du football amateur ont également modifié le rythme de celui-ci. L'époque où les changements étaient rares et les transferts quasi inexistants semble révolue. Les dirigeants veulent des résultats immédiatement. Une situation catastrophique pour les jeunes des clubs, selon David Mames: "Il n'y a plus de patience. Forcément, les jeunes ne sont pas toujours prêts à intégrer les équipes premières tout de suite, ça demande du temps. De trop nombreux clubs décident alors d'aller chercher des joueurs dans d'autres clubs. Mais acheter un truc tout fait, ça n'existe pas. Le football reste une activité humaine." Cette situation, Lucas Vincent l'a vécue dans le club de son village: "J'ai fait toute ma formation à Oupeye, puis le club a eu de grandes ambitions et le coach voulait des joueurs d'expérience qui sont venus de l'extérieur. Je ne jouais pas, j'étais vraiment dégoûté du foot. Je suis allé à Warsage et j'y ai retrouvé le goût du football. Nous étions en P4 avec une équipe composée à 80% de jeunes formés au club. Nous sommes montés directement, donc en plus de la bonne ambiance, les résultats ont suivi."La possibilité de bien travailler avec des jeunes existe, c'est indéniable. Pourtant, il semble de plus en plus difficile de trouver des clubs qui se basent sur cette façon de fonctionner. Dans beaucoup de clubs, il est difficile de percer en équipe première, et lorsque les jeunes y parviennent, ils n'ont bien souvent pas les mêmes demandes que les autres joueurs. "Les jeunes qui ont fait toute leur formation dans un club et qui finissent par intégrer l'équipe première sont souvent les moins lotis parce que ça ne leur vient pas à l'idée de demander de grosses sommes pour jouer. Ils veulent juste porter les couleurs du club", souligne Jean-Marc Gosset.Avec la professionnalisation des formateurs, la qualité des jeunes devrait augmenter. Avec des demandes financières moins élevées et un niveau grandissant, l'avenir se trouve sans doute dans la formation. Un modèle qu'a embrassé Ittre selon Thomas Eeckhout: "Depuis quelques années, on a recruté de nouveaux formateurs et on a formé les nôtres. Si un entraîneur s'engage à long terme avec nous, on paie même les formations. Au niveau des équipes premières, la saison prochaine nos U21 intégreront les différents noyaux. On a également un nouveau coach qui a vraiment envie que les passages entre nos deux équipes fanions se fassent facilement."Ces dernières années, les noyaux évoluent de saison en saison, avec souvent des exodes massifs et des joueurs qui ne restent qu'une ou deux saisons dans le même club. Des transferts qui s'accompagnent de demandes financières de plus en plus élevées. "Il y a une vingtaine d'années, les joueurs jouaient par amour du club. Aujourd'hui ils sont nombreux à chercher un deuxième salaire à travers le foot amateur. En P2, il y a des pseudo-vedettes et des joueurs qui ont fait carrière dans des catégories supérieures qui cherchent une dernière rentrée d'argent avant de ranger les crampons. Cette année, beaucoup de joueurs ont quitté notre noyau P3 et ça a été difficile de recréer un groupe parce que nous avons une équipe B et que d'autres clubs ont une équipe A dans cette catégorie et offrent plus", regrette Jean-Marc Gosset.Et là où on a longtemps parlé de primes de matchs, l'heure est aujourd'hui au salaire fixe, ne dépendant donc plus directement des résultats. Une évolution qui montre l'importance de plus en plus grande de gagner de l'argent en jouant à un niveau amateur. Le foot entre copains pour aller boire un coup à la buvette n'a pas totalement disparu, car cette dernière n'est pas désertée par les joueurs, mais la volonté d'apporter un petit plus à ses finances prend une proportion toujours plus grande. "À Ittre, nous refusons de payer un salaire fixe, mais la demande revient de plus en plus souvent. Les joueurs viennent avec des exigences toujours plus grandes et j'ai parfois l'impression qu'ils ont besoin d'une motivation supplémentaire pour jouer au foot", explique Thomas Eeckhout.Une situation qui peut être difficile à gérer pour les jeunes qui débarquent pour la première fois dans les vestiaires de l'équipe première. Motivés par l'envie de jouer pour leur club, innocents par rapport à l'importance de l'argent. Un choc des générations qui peut en dégoûter plus d'un. "Vers 16-17 ans, je m'entraînais avec l'équipe première et je jouais encore en jeunes. Dans le vestiaire, ça parlait très souvent d'argent, des primes qui n'étaient pas encore arrivées. J'avais vraiment l'impression que certains jouaient au foot uniquement pour arrondir les fins de mois. Mais les joueurs ne sont pas les seuls à blâmer. Si les clubs leur offrent de telles sommes, c'est normal qu'ils les acceptent", dénonce Lucas Vincent.Ces demandes grandissantes couplées aux besoins de plus en plus grands pour gérer un club amateur ont entraîné de grosses conséquences pour les petits clubs de village. Loin d'avoir les moyens, deux choix s'offrent à eux: disparaître ou fusionner. Ces dernières années, les fusions se sont multipliées pour former de plus grands clubs avec plus de moyens. "J'ai connu la fusion entre Rosières, Rixensart et Genval. Au final, Rosières et Genval ont complètement disparu et il reste Rixensart. On perd vraiment le caractère familial des petits clubs de village. Avec les fusions on s'est dit que si 25 personnes assistaient aux matchs de l'équipe première, en regroupant les deux clubs ça ferait 50 supporters sur un seul site", affirme David Mames.Plus de rentrées lors des matchs et moins de dépenses puisqu'il n'y a plus qu'un seul endroit à gérer. Le calcul semble parfait. Mais pour Lucas Vincent, les fusions amènent souvent des ambitions démesurées pour ces nouveaux clubs: "Parfois, ce ne sont même pas vraiment des clubs voisins. L'objectif devient juste de former un grand club et ce n'est pas tenable à long terme. Certains n'ont pas les moyens de leurs ambitions et peuvent investir un moment. Par la suite on voit certains clubs qui ne sont plus capables de payer leurs joueurs."En plus de ces éventuels problèmes financiers, les fusions n'ont étonnement pas permis une hausse de niveau, c'est même tout le contraire pour Jean-Marc Gosset: "Je remarque un nivellement par le bas. Le niveau de la D3 amateurs actuelle équivaut à celui d'une P1 il y a quelques années." Un constat partagé par David Mames: "Depuis la réforme, je remarque une baisse de niveau. Pour moi, ça doit permettre de relancer de vrais projets basés autour des jeunes formés au club qui en plus coûtent moins cher que les transferts."Au niveau des jeunes, la compétition s'est installée et des gestes alarmants sont également visibles. "On joue parfois contre des équipes où les gamins ont déjà appris comment tricher, en gagnant du temps, en simulant etc. Je trouve ça absolument aberrant", condamne Thomas Eeckhout. Une situation logique pour David Mames: "Le football amateur veut s'inspirer d'un football professionnel en plein dysfonctionnement. On achète des joueurs 150 millions d'euros... De plus, dans le football amateur, contrairement aux pros, il y a des sentiments, de l'attachement, ce qui rend la chose encore plus cruelle", insiste David Mames.Dans le football amateur, les membres de comité ne disposent également pas du même temps que les professionnels. Ils ont un travail, sont parfois bénévoles et font ça à côté de leur boulot. Rien d'anormal donc de trouver plus difficilement des sponsors, d'être moins précis au niveau des entraînements, etc. C'est finalement ce qui fait que le football amateur est le football amateur. Avec la crise du coronavirus, les finances de nombreux clubs sont dans le rouge. Il y a sans doute une opportunité d'assainir le milieu."Peut-être qu'avec la crise, les clubs vont réfléchir et changer de direction. Actuellement, certains clubs ont des projets plus ambitieux que leurs moyens. Finalement, ils sont dans l'incapacité de payer les joueurs et ça renvoie une image négative du club. L'autre constat, c'est qu'il y a très peu de jeunes présents dans les comités des clubs amateurs. Il faut se demander pourquoi... Si on continue comme ça, on se dirige vers la mort du foot provincial", prévient Jean-Marc Gosset. Une envie de changement partagée par Lucas Vincent: "Le foot doit rester un plaisir avant tout. L'argent est occupé à tuer le foot amateur. En Provinciale, ça ne peut pas rapporter beaucoup d'argent donc à la tête des clubs, on doit retrouver des personnes qui ont un certain plaisir à investir."A son retour sur les terrains, le football amateur devra montrer s'il a vendu son âme au diable ou si un retour en arrière est possible.Par Jérôme Jordens (st.)