D'un oeil extérieur, c'est un joueur de plus dont Mehdi Bayat dit le plus grand bien. Et qui pousse même l'administrateur délégué du Sporting de Charleroi à reprendre une portion de bitterballen lors de son interview de rentrée effectuée durant le stage des Zèbres aux Pays-Bas. Entre deux bouchées de ce snack néerlandais à la traçabilité douteuse, à base de viande et en forme de boulette, Mehdi Bayat s'enflamme: "Les gens ne se rendent pas compte que des joueurs comme Koffi et Zorgane, il y a quelques années, ça aurait été impossible de les recruter à Charleroi. Je ne suis pas un fan de Transfermarkt, mais Adem et Hervé, à eux deux, c'est six millions de valeur sur ce site."
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D'un oeil extérieur, c'est un joueur de plus dont Mehdi Bayat dit le plus grand bien. Et qui pousse même l'administrateur délégué du Sporting de Charleroi à reprendre une portion de bitterballen lors de son interview de rentrée effectuée durant le stage des Zèbres aux Pays-Bas. Entre deux bouchées de ce snack néerlandais à la traçabilité douteuse, à base de viande et en forme de boulette, Mehdi Bayat s'enflamme: "Les gens ne se rendent pas compte que des joueurs comme Koffi et Zorgane, il y a quelques années, ça aurait été impossible de les recruter à Charleroi. Je ne suis pas un fan de Transfermarkt, mais Adem et Hervé, à eux deux, c'est six millions de valeur sur ce site." En langage com', ça ressemble furieusement à de l'auto-promo. À moins que ça ne soit de l'auto-conviction. Et il y a probablement un peu des deux, mêlé à un jargon médiatique usité dont l'avantage consiste à vendre son bilan et rassurer ses supporters. Côté pile, les louanges adressées à ses nouvelles recrues, côté face, les attentes et la pression démesurées qu'elles engendrent. Heureusement pour l'orateur le plus entendu du sud du pays, Hervé Koffi et Adem Zorgane ne déçoivent pas depuis le début de saison. Trois mois après leurs arrivées respectives, les fers de lance du mercato carolo ont déjà validé les flatteries de leur impresario de fortune. Fantasque et imprévisible, on connaissait déjà de son année mouscronnoise les caractéristiques du premier. Adem Zorgane, par contre, était un mystère entouré des seuls superlatifs de Mehdi Bayat. Force est aujourd'hui de constater que l'Algérien s'est fait une jolie place dans le milieu de terrain carolo, entre MarcoIlaimaharitra et RyotaMorioka. "Ça ne m'étonne pas qu'il ait directement fait son trou", valide d'entrée de jeu FrancescoChalo, le premier entraîneur à avoir lancé Adem Zorgane dans le grand bain au Paradou Athletic Club (PAC), en première division algérienne, dès le mois d'août 2018. "Je n'ai pas dû beaucoup réfléchir à l'époque. En tant que Portugais qui débarque dans un petit club algérien, tomber sur un joueur de sa qualité, c'était une bénédiction. Vous savez, chaque coach qui débarque dans un groupe dresse assez vite une liste de quatre ou cinq joueurs appelés à devenir la colonne vertébrale de son équipe. Eh bien je pense que dans tous les clubs où Adem passera, il figurera toujours dans cette liste." Rayon flatteries, notre homme n'a visiblement pas grand-chose à envier à Mehdi Bayat. Il faut dire qu'en Algérie, les louanges lancées en direction d'Adem Zorgane sont si récurrentes que cet été, son transfert vers le Sporting de Charleroi aurait été vu par beaucoup comme une semi-déception. "À mon sens, oui, il aurait pu viser un club un peu plus huppé", taille sans détour PierrickLeBert, son coach jusqu'en juin dernier au Paradou. Rentré en France au début de l'été après cinq années passées en Algérie, comme directeur technique du Paradou d'abord, puis comme entraîneur, cet ancien joueur de Ligue 1 et Ligue 2 avec Lorient est probablement l'homme qui a été le plus surpris par le transfert de Zorgane vers la Belgique. "Je pense qu'il y a des clubs qui n'ont pas eu le flair suffisant. Voire l'audace. Bravo à nos amis belges, ils ont vu là où il y avait du talent. C'est tout leur mérite. Mais je pense qu'il aurait pu franchir un palier plus important dès maintenant." Un avis que ne partage pas forcément MalikZorgane, le père du joueur. Retourné vivre à Sétif depuis le départ du fiston vers la Belgique, cet ancien international est convaincu d'avoir vu son Adem opérer le meilleur choix de carrière possible. "C'est son transfert, moi, je ne me suis juste entretenu cinq minutes avec le coach et le président ( sic). Mais en vrai, ça faisait deux ans qu'Adem était très convoité. En ce sens, je suis aussi content que cette histoire soit réglée. Et puis Charleroi, c'est un bon club formateur. C'est pour ça qu'on a fait ce choix. C'est une rampe de lancement pour lui." La Belgique façon tremplin vers les sommets, c'était déjà le choix de carrière opéré par YoucefAtal à l'époque. Passé en 2017 du Paradou à Courtrai pour profiter de la visibilité du championnat de Belgique, il a rejoint un an plus tard l'OGC Nice, remporté une CAN avec l'Algérie et est aujourd'hui estimé à quinze millions d'euros sur le fameux Transfermarkt. "Ce transfert-là, c'est le mouvement typique d'un club comme le nôtre", précise Pierrick Le Bert. "Chez nous, 99% de l'équipe première sort du centre de formation. Parfois, de grands clubs viennent directement taper à notre porte, mais quand ce n'est pas le cas ou quand il n'y a rien de concret, on active la filière belge et on travaille alors sur un pourcentage à la revente. * Mais je pensais qu'Adem susciterait de suite l'intérêt de grands clubs, sans devoir en passer par la Belgique." Finalement, Zorgane prendra la même route qu' AbdelkaharKadri, également arrivé du Paradou cet été, mais débarqué à Courtrai. "Deux excellents joueurs", valide Francesco Chalo. "À première vue, vous allez être plus impressionnés par Kadri, c'est un dribbleur déroutant, mais il n'a pas les moyens de penser le jeu comme Adem. Ces joueurs-là sont trop rares." Dans son agence parisienne de Neuilly-sur-Seine, où il est actuellement en train de se préparer à passer ses examens d'entraîneur, Pierrick Le Bert ne doute pas un instant de la plus-value prochaine que réalisera le club carolo. "Vu qu'il était archi-prêt pour la Belgique, je l'imagine bien monter en puissance tout au long de la saison. Mais je pense malgré tout que ce qui lui aurait peut-être fait du bien, c'est de débarquer dans un vestiaire encore plus concurrentiel, où il aurait dû se battre pour recevoir sa place. Au Paradou, c'était la future pépite, il était encensé de toute part. À Sétif, son club formateur et sa ville d'origine, les gens étaient malhonnêtes et accusaient son père, alors entraîneur de l'équipe A et ancien international algérien, de le favoriser. Et depuis son entrée à l'académie, il a toujours été considéré comme un gros talent au Paradou. C'est parfois bien de se confronter à quelque chose de plus grand que soit." Adem Zorgane, trop fort pour la Belgique? Vraiment? Ses premiers matches laissent en tout cas entrevoir une débauche d'énergie permanente, associée à d'évidentes qualités techniques. Celle d'un ancien numéro 10 devenu box-to-box par la force des choses. "Il est trop intelligent pour ne pas être réellement au coeur du jeu", vante encore Francesco Chalo. "C'est moi qui l'ai fait reculer au numéro 6. Je suis fier de ça. Bien sûr que sa technique pourrait lui permettre d'inscrire plus de buts en jouant un ou plusieurs crans plus haut. Mais pour l'équipe, un joueur comme lui est plus intéressant quand il évolue plus bas sur l'échiquier." Cette décision, Francesco Chalo jure ne l'avoir jamais imposée de force à son joueur. "Après trois ou quatre mois à travailler ensemble, on a eu une discussion tous les deux. Je lui ai expliqué quels étaient les avantages qu'il retirerait à reculer un petit peu, à avoir le jeu devant lui. Il m'a dit: OK coach, on va essayer ça. Et il était lancé. Quand on fouille un peu, on apprend que tout ne se serait pas exactement passé de la sorte. Que le replacement d'Adem Zorgane un cran plus bas aurait provoqué les larmes d'un joueur soudain contraint de se réinventer. En fait, à l'époque, Zorgane est aussi et surtout barré au poste de milieu offensif par un certain HichamBoudaoui, aujourd'hui à Nice et plus à l'aise que le Carolo au moment d'adresser la passe létale susceptible de désarçonner une défense. C'est le même Boudaoui qui partageait la semaine dernière la chambre d'Adem en équipe nationale. Et déjà lui qui l'accompagnait chez les Espoirs sur la route des qualifications pour la CAN U23 dès 2019. "Dans mon groupe, je n'avais que des gars nés en 1997. Sauf Hicham qui est de 1999, et Adem de 2000", pointe LudovicBatelli, ancien sélectionneur des Espoirs algériens. "Adem avait trois ans de moins que les autres, mais était titulaire. Pourquoi? Parce qu'il avait cette mentalité dans le jeu et le travail qui ressemblait beaucoup plus à ce que j'avais connu moi au sein des équipes de France espoirs. Quelqu'un de très à l'écoute, de très impliqué. Il avait ce souci d'aller au bout de lui-même." Passé par la Fédération Française de Football, Batelli y croisera comme entraîneur la génération des Bleus champions du monde. De KylianMbappé à BenjaminPavard, en passant par CorentinTolisso, KingsleyComan et LucasHernández. "Ces gars-là sont tous, dans leur immense majorité, issus d'un milieu familial favorable. C'est pareil avec Adem. On dit que c'est facile quand on a le talent de devenir footballeur professionnel. Moi, je crois beaucoup aux valeurs d'éducation. Et je pense que quand un joueur comme Adem est capable de construire de vraies relations de proximité avec ses coéquipiers, avec ses coaches, c'est de bon augure. Adem, c'est quelqu'un qui parle peu, mais qui a toujours les bons mots, la bonne parole. J'aimais beaucoup sa discrétion, mêlée à une implication totale." Ce que son père décrit comme une forme de "timidité discrète". Encombrant quand on est comme lui contraint de se balader avec la pancarte d'immense espoir du football algérien depuis ses douze ans. "On a essayé de vivre tout ça le plus normalement du monde. Heureusement pour lui, Adem a un caractère différent des autres footballeurs. Il a obtenu son bac scientifique, mais si ça ne tenait qu'à lui, il aurait bien continué des études universitaires. Malheureusement, ce n'était pas compatible en termes d'horaires avec le football de haut niveau. Ce que je veux dire, c'est que ce n'est en tout cas pas quelqu'un qui cherche à se faire remarquer. Il est trop calme pour ça." Dans les coulisses carolos, on parle aujourd'hui beaucoup plus de "l'instinct foot" d'Adem Zorgane que de sa relative timidité pour tenter de définir ce qu'apporte sportivement la nouvelle recrue aux Zèbres. Très attaché au processus d'appropriation individuelle de sa méthode, EdwardStill compterait d'ailleurs en Adem Zorgane l'un de ses meilleurs élèves. Pas une surprise pour les plus optimistes, parmi lesquels Mehdi Bayat évidemment. Mi-juillet, ce dernier était convaincu que sa nouvelle recrue algérienne connaîtrait une acclimatation express. On susurrait ça et là qu'Edward Still en était moins certain. Cartésien, le coach carolo redoutait légitimement l'adaptation au football belge de celui qui reste le transfert entrant avec le débours initial le plus cher de toute l'histoire du club sambrien. Trois mois plus tard, le bilan comptable carolo laisse Edward Still sur sa faim, mais l'apport d'Adem Zorgane n'est même plus un objet de débat en interne. Si le brassard a été confié à Marco Ilaimaharitra, personne n'imaginerait les Zèbres s'aligner sans leur numéro 6 algérien au coup d'envoi. Loin du joueur enveloppé décrit par certaines sources à son arrivée, Adem Zorgane s'est définitivement installé dans le costume de ce milieu de terrain relayeur à la zone d'influence sans limite selon un membre du vestiaire carolo. "Ce n'est pas un 6, parce qu'il n'a pas les gênes du récupérateur, ce n'est pas un 10, parce qu'il n'oriente pas son corps comme un Morioka, mais c'est quelqu'un qui comprend tout un peu plus vite que les autres. Adem, il sait tout faire." "Il y a des joueurs sur lesquels on peut miser sans crainte de se tromper", relance une dernière fois Francesco Chalo. "Quand je l'ai lancé en équipe première, je l'ai fait parce que je savais qu'il me rendrait la vie facile. Honnêtement, je vous le dirais si c'était un imposteur, mais lui, c'est un crack. Déjà à 18 ans, il savait assimiler un système de jeu et passer à la pratique tout aussi vite. Une chose très importante, c'est la capacité technique d'un joueur. Mais il y a aussi l'éducation tactique. C'est-à-dire parvenir à mettre sa technique au service du jeu. Adem, c'est ça, il comprend le jeu. C'est un stratège. Il parvient à mentaliser le jeu. Et pour moi, quand tu fais le bilan de ce que t'apporte un joueur, ce facteur-là est indispensable." Les conclusions, Mehdi Bayat les tirera en fin de saison. Mais il semble que le joueur est programmé pour ne pas devoir s'éterniser dans le Pays Noir. *Dans le cadre du transfert d'Adem Zorgane, 50% des parts du joueur sont toujours actuellement détenues par le Paradou Athletic Club (PAC).