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Dans les bons comme dans les mauvais moments, le Beerschot se mobilise, quel que soit son nom : dans les années 20 et 30, le Beerschot VAC (1899) a été sept fois champion de Belgique ; en 2005, le Germinal Beerschot Anvers (1999) a remporté la Coupe ; de 2011 à 2013, Patrick Van Noppen n'a mis que deux ans à conduire le Royal Beerschot AC à la faillite sportive et financière ; en 2013, le KFCO Beerschot Wilrijk a vu le jour, fruit de la fusion entre un club provincial et une ex-grande puissance qui avait payé cher ses erreurs du passé. Le jaune et le bleu du club de première provinciale ont été ajoutés au mauve mais dans les tribunes, les couleurs du Beerschot continuent à dominer. L'an dernier, Marc Brys est redevenu T1, pour la troisième fois. En 2005, il avait offert la Coupe de Belgique au club mais sept matches plus tard, il était viré. " J'ai pris le risque de redescendre au troisième échelon. Si j'avais échoué, ma carrière était finie. Mais c'est mon club et le projet est beau. La marge de progression est énorme. " Si le Beerschot en est là, c'est parce que " la sobriété, le savoir-faire, la raison et les bons comptes des gens de Wilrijk se marient parfaitement avec l'image flamboyante, aventurière et parfois rebelle du Beerschot ", dit Brys, qui a porté pendant près de 20 ans le maillot du KFCO Wilrijk. " J'avais autant d'affinités avec un club qu'avec l'autre mais il est logique que les gens continuent à dire Beerschot. Il y a l'histoire, le stade, les supporters. Après quatre ans, on ne peut de toute façon plus parler de Wilrijk et de Beerschot. Quand on se marie, on forme un couple. Et quand on atteint ses objectifs, l'amour n'en est que plus grand. Le succès, ça rapproche les gens. " Après trois montées, la direction a songé à une année de transition mais pour Brys, c'était du temps perdu. Il a exigé que tous les joueurs puissent s'entraîner en journée. Au départ, le président, Eric Roef, n'était pas d'accord. " Ce fut une décision difficile à prendre car elle impliquait également beaucoup de changements au sein du staff technique. Il était fâché mais, après dix minutes, il a dit : OK, on y va. Ce fut un moment-clef. Quand on croit en quelque chose, on doit tout faire pour y parvenir. Même si je savais qu'en cas d'échec, certains étaient prêts à sortir le bazooka. Personne ne croyait que nous allions réaliser un tel parcours. Ça a été une saison exceptionnelle : 43 sur 45 en déplacement, 80 sur 90 en tout. Je l'ai encore dit voici peu aux joueurs : Plus aucun d'entre vous ne connaîtra jamais ça. Alors, savourez ! S'il y a bien une chose que j'ai retenue de mon limogeage, c'est qu'il fallait prendre le temps de profiter des victoires. " Mais il prévient : " Ce club a sa place au top niveau mais personne ne doit penser que nous allons monter la saison prochaine. Le budget va augmenter (il était de 1,8 million d'euros la saison dernière, ndlr) car le succès attire les investisseurs. Nous y travaillons mais même avec 625.000 euros de droits de télévision supplémentaires, un nouveau sponsor maillot et des abonnements un peu plus chers, nous n'approcherons pas les budgets du Lierse, d'OHL ou du Cercle. Entre 2,5 et 9 millions, il y a une sacrée différence ! " Le club veut construire sur des bases solides tout en conservant son caractère et ses valeurs. Il n'est pas question d'investisseurs chinois, égyptiens ou thaïlandais, ni de rachat par un club étranger. " On ne confie pas un club comme celui-ci à des gens qu'on ne connaît ni d'Eve ni d'Adam. La direction veut continuer à travailler avec des investisseurs locaux qui se sentent impliqués, c'est une bonne vision des choses. " Ce club est attachant et sexy. De plus, il n'a pas de dettes. Avant, on demandait 1.000 euros aux entrepreneurs. Maintenant, on leur dit : Que pouvons-nous faire pour aider votre entreprise ? Les Anversois veulent s'associer au succès ", dit Brys en regardant des photos de Juan Lozano et Rik Coppens. " Des techniciens qui personnifiaient la culture du club. Notre public est critique et exigeant : il veut du football attractif. Nous, les Anversois, nous pensons que nous sommes les meilleurs du monde et que nous sommes les seuls à savoir comment il faut jouer au football. Nous avons un stade fantastique dont tout le monde parle mais nous devons rester humbles. Personne n'a oublié les excès du passé mais il y a énormément de possibilités ici. Le Kiel respire encore la D1. "Le stade Ludo Coeck, accueille les matches de Berchem Sport depuis 1929. Un petit stade sobre, baptisé Rooi, dont les gradins de béton sont couverts de mauvaises herbes, comme si on n'y jouait plus depuis des années. Pendant 41 ans, Berchem Sport (matricule 28) a évolué au plus haut niveau. De 1949 à 1951, il a terminé trois fois deuxième mais il est aussi retombé très bas : en 2000, 13 ans seulement après sa dernière année en D1, il s'est retrouvé en première provinciale. Dans quelques années, un nouveau stade de 4.000 places devrait voir le jour. " Ça fait un peu mal mais si nous montons en D1B, nous ne pourrons plus jouer ici ", dit Karel Van Daele, qui vient au Rooi depuis 1949 et a occupé à peu près toutes les fonctions au club. " La plupart des joueurs qui débarquent ici pour la première fois sont impressionnés par la beauté du stade. Le terrain fait 105 X 67 mètres, les dimensions maximales autorisées. Et il est lourd. C'est pourquoi nous n'avons perdu aucun match à domicile cette saison. " Berchem a terminé en tête de la D2B amateurs et a été sacré champion de Flandre après un double duel face à Knokke. " Nous avions deux fois plus de spectateurs que les autres clubs de la série : entre 700 et 800 par match. Et cela pourrait encore grimper la saison prochaine car nous rencontrerons des équipes plus intéressantes ", dit Jos Van Doninck, un autre bénévole qui, avec Van Daele, totalise plus de 130 ans de passion pour Berchem Sport. Van Daele : " La saison prochaine, notre budget approchera le million d'euros. Ici, on parle parfois de D1B mais là, tous les joueurs sont professionnels tandis qu'ici, nous n'en avons que 14 sous contrat à temps partiel. Nous ne voulons pas négliger la formation des jeunes. C'est 400 joueurs, 28 équipes, deux équipes de dames et une équipe de moins-valides. Je pense qu'avec une telle structure, nous devrions pouvoir jouer en D2 et demi (il rit). En 1997, sous la présidence de Suzy Coeck, la soeur de Ludo, le club s'était retrouvé en Promotion, exsangue. Des discussions avec Paul Nagels, le président du Beerschot, avaient été menées mais selon Van Daele, la conclusion avait rapidement été tirée : " Marier deux clubs endettés, c'était creuser encore davantage le trou. " Après une nouvelle relégation, le bijoutier arménien Vasken Cavatti lui a promis la lune. Pour sa première saison, Marc Brys a été champion en Promotion. Quelques mois plus tard, CNN annonçait que Paul Gascoigne allait jouer à Berchem. Pour Cavatti, il n'y avait pas de limites. Après un deuxième titre consécutif, il a annoncé qu'il était " tellement riche qu'il pouvait acheter Anderlecht. " Mais le lendemain, la police fédérale intervenait au Rooi et arrêtait Cavatti pour fraude fiscale, malversations et blanchiment d'argent. Le club n'a pas obtenu sa licence et a été une nouvelle fois menacé de faillite mais la nouvelle ASBL Berchem Sport 2004 l'a sorti de la mouise. " Nous connaissons nos limites ", dit Van Daele, pour qui l'ADN du club tient en deux mots : familial et sympathique. " Nous sommes un club traditionnel mais nous devons être réalistes : l'Antwerp et le Beerschot Wilrijk ne sont pas des concurrents. Lors de notre premier match contre Cappellen, il y avait 100 supporters du Beerschot Wilrijk et de l'Antwerp avec leurs drapeaux. Et tout le monde faisait la fête. Ce n'est possible qu'ici. "Des centaines de groundhoppers sont venus visiter le stade du Bosuil, cette relique inaugurée en 1923 à l'occasion d'un match Belgique - Pays-Bas. Mais dans quelques semaines, la Tribune 1 sera irrémédiablement démolie pour faire place à une tribune vitrée qui pourra accueillir 5.362 spectateurs. La capacité actuelle du stade est de 12.975 places mais le club veut arriver le plus rapidement possible à 20.000. Le rêve de la ville d'Anvers qui, en mars, proposait encore de collaborer à la construction d'un stade commun à l'Antwerp et au Beerschot Wilrijk, semble s'évanouir pour de bon. C'était prévisible, surtout depuis qu'on sait que le mystérieux investisseur n'est autre que Paul Gheysens, le patron de Ghelamco, qui a repris la société de management du CEO, Patrick Decuyper. " Le Bosuil, les couleurs, le logo et le matricule numéro 1, c'est l'âme du club : si on touche à un seul de ces éléments, celui-ci perd une partie de son identité ", dit Julien De Ridder, président de l'ASC Classics Fancrew de Deurne. " Je ne nous vois pas jouer ailleurs mais Ghelamco obtiendra-t-il un permis de bâtir pour construire un stade comparable à celui de Gand ici ? Le stade est entouré d'une zone verte qui devrait être requalifiée en zone commerciale. La plupart des supporters veulent rester ici car le stade est chargé d'émotion. Si le Bosuil disparaît, je crains que nous perdions de nombreux supporters. " Après la relégation, en 2004, De Ridder a fait la promesse de ne plus toucher à un verre d'alcool jusqu'à ce que l'Antwerp remonte. " J'ai tenu bon pendant 13 ans ", dit celui qui, en 1993, était l'un des 16.000 supporters à avoir franchi la Manche pour aller supporter l'Antwerp en finale de la Coupe des Coupes à Wembley. " On n'a jamais consolidé le succès du passé. Maintenant, on mène une vraie poli tique commerciale mais à un certain moment, le principal sponsor, c'étaient les supporters. Ce sont eux qui ont maintenu le club en vie. " Des supporters fidèles mais critiques et redoutés. L'an dernier, le nombre d'abonnés à pratiquement doublé passant à 8.000. Et en fin de saison, le stade était toujours plein. " Le club se vend mieux, il est davantage soutenu par les sponsors et par la ville. Et, avec les Antwerp Legends, il rend enfin hommage à ses anciens héros. Je me souviens que Rudi Taeymans, qui travaille avec moi au port, devait téléphoner pour avoir une invitation. Des gens comme Patrick Goots, Rudi Smidts, Hans-Peter Lehnhoff, Bernt Evens et Darko Pivaljevic forment l'ADN du club. C'est comme les anciens combattants : on doit leur donner une médaille. " Et l'avenir ? " Je ne crois pas que Gheysens veuille faire comme Mouscron et Westerlo : lutter chaque année pour le maintien. Nous ne devons pas être trop exigeants mais, à terme, nous voulons revoir du football à la Lehnhoff. Le potentiel de cette ville est énorme. Berchem est le club le plus sympa, le Beerschot celui qui a le plus fusionné et nous sommes le plus authentique. " (il rit). PAR CHRIS TETAERT