Un drapeau flotte à la demeure de Filip De Wilde, à Zele. "Ma femme l'a accroché", précise De Wilde, qui est volontaire dans un centre de testing et de vaccination, mais a congé aujourd'hui. De Wilde, qui fait partie du staff des U21 belges, a toujours fait preuve d'engagement social. Après l'arrêt Bosman, il a participé à la mise sur pied de Sporta, le syndicat des joueurs belges, ce qui lui a valu des remontrances de Michel Verschueren, le manager d'Anderlecht. "De fait, les grands footballeurs n'en ont pas besoin", raconte De Wilde, "mais ils peuvent peser dans le débat. Je défendais surtout ceux pour lesquels tout n'était pas réglé comme pour moi. Une société ne fonctionne que si elle est solidaire."
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Un drapeau flotte à la demeure de Filip De Wilde, à Zele. "Ma femme l'a accroché", précise De Wilde, qui est volontaire dans un centre de testing et de vaccination, mais a congé aujourd'hui. De Wilde, qui fait partie du staff des U21 belges, a toujours fait preuve d'engagement social. Après l'arrêt Bosman, il a participé à la mise sur pied de Sporta, le syndicat des joueurs belges, ce qui lui a valu des remontrances de Michel Verschueren, le manager d'Anderlecht. "De fait, les grands footballeurs n'en ont pas besoin", raconte De Wilde, "mais ils peuvent peser dans le débat. Je défendais surtout ceux pour lesquels tout n'était pas réglé comme pour moi. Une société ne fonctionne que si elle est solidaire." Anderlecht a été son club: au terme de sa carrière active, il y a entraîné les gardiens pendant cinq ans. "19 ans, c'est une partie conséquente de ma vie." Il a également enfilé le maillot des Diables Rouges à 33 reprises. Erwin Vandenbergh a dit, dans cette série, que son équipe jouait neuf matches sur dix pour ne pas perdre. Était-ce encore le cas une génération plus tard? FILIP DE WILDE: Oui. Tout a été de travers au Mondial 1998. On a changé notre fusil d'épaule en 2000. On devait être à 100% pour obtenir un résultat, alors que l'équipe actuelle peut faire basculer un match même quand elle se sent moins bien." Est-ce Robert Waseige qui a changé le style de jeu? DE WILDE: Il a opté pour un 4-4-2 sans complexe, très clair. On a posé les bases de notre bon tournoi 2002 et fait naître un football plus aventureux en Belgique. On n'a plus adapté notre jeu à l'adversaire. En 1998, après l'exclusion de Patrick Kluivert, on a joué vingt minutes en supériorité numérique contre les Pays-Bas, sans rien tenter. On avait trop de respect pour notre adversaire et trop peu de foi en nous-mêmes. Luc Nilis avait été Footballeur de l'Année aux Pays-Bas, grâce à un jeu plus franc, mais il peinait dès qu'il se retrouvait en équipe nationale. Souffrais-tu de cette prudence? DE WILDE: Pas vraiment, mais je me demandais pourquoi on manquait tant d'ambition. L'équipe a bien joué collectivement en 2000, sans obtenir de résultat, et ma prestation n'a pas été bonne. Sans mes erreurs, on aurait disputé le second tour. J'ai été confronté à mes limites. Ma carrière aurait été plus belle si je n'avais pas disputé l'EURO 2000. Ça a été la fin de ma carrière internationale. J'ai été suspendu pour quatre matches suite à mon exclusion contre la Turquie. J'avais 36 ans... Tu as commis des gaffes, mais tu as aussi effectué de bonnes interventions, contre l'Italie, par exemple. DE WILDE: C'était frustrant. On aurait dit que quelque chose devait mal tourner à chaque match. Je n'avais pas peur de commettre des erreurs, mais je me suis sans doute trop mis la pression. Si on avait fait match nul contre l'Italie, on passait. Quel était le point fort de Robert Waseige? DE WILDE: Il ne compliquait pas le football. Les joueurs et la presse l'appréciaient. L'essentiel pour un coach est de coucher onze noms sur un papier et de déterminer comment ils vont fonctionner. L'attribution du poste à côté d'Emile Mpenza à Branko Strupar ou à Nilis suscitait déjà des remous. La préparation n'avait pas été idéale: on n'avait joué que des matches amicaux pendant deux ans, étant qualifiés. On ne savait donc pas où on en était vraiment. Quelle différence l'arrêt Bosman a-t-il fait? DE WILDE: Avant, on gagnait plus au fil des années. On était payés en fonction de ses prestations. Après, on a payé les joueurs d'après leur potentiel. Les clubs étaient omnipotents et seule la France libérait les joueurs en fin de contrat. Mais l'arrêt a eu des effets pervers. Lesquels? DE WILDE: Les joueurs sont devenus des produits, on a commencé à penser en termes de profit, les agents ont joué un rôle important parce que les clubs l'ont bien voulu: ils les ont payés au lieu d'investir dans un scouting de qualité. J'aurais pu gérer mes affaires moi-même, mais j'étais conscient que sans agent, je me ferais rouler. Regrettes-tu d'avoir refusé certaines offres? DE WILDE: Pas vraiment. L'Antwerp s'est présenté quand je jouais à Beveren, mais ce n'était pas un pas en avant, car il était en recul alors que Beveren était européen chaque année, même si on n'était pas vraiment pros. On s'entraînait à 17h30. J'ai consacré beaucoup de temps à l'école normale, pour devenir enseignant, mais ce n'était pas une vocation. À Anderlecht, j'ai suivi des cours du soir en comptabilité, pour avoir un diplôme, sachant à quel point une carrière sportive était fragile. Au terme de ma carrière, j'ai envisagé la mise sur pied d'une fonction de liaison entre un club et le département financier avec Vincent Mannaert, qui travaillait pou un bureau de management, mais ça n'a pas abouti. Sans l'arrêt Bosman, je n'aurais jamais quitté Anderlecht. J'ai peut-être laissé passer ma chance quand j'ai dit: "Je n'ai plus qu'un an de contrat, je veux partir. Si vous voulez retirer quelque chose de moi, c'est maintenant." J'aurais mieux fait de me taire et de partir gratuitement un an plus tard. Anderlecht était ton club? DE WILDE: Mon préféré. Il était alors très puissant, du moins financièrement, et très correct. L'organisation n'était pas encore top. Le concierge devait nous conduire en bus du stade à Neerpede et quand il était empêché, un joueur le remplaçait, crampons aux pieds. Cent millions de capital dans un bus. Imaginez qu'il y ait eu un accident... As-tu subi plus de pression à Anderlecht? DE WILDE: Je me la suis mise. Je cherchais constamment mes limites. J'étais le pire réserve qui soit quand je me retrouvais sur le banc. Et quand je recevais ma chance, je voulais à tout prix me distinguer. Je jouais souvent mes meilleurs matches contre des équipes de l'est. Parce que ça n'intéressait personne. Mais contre l'Inter, je voulais me montrer. C'était une erreur. Mon grand moment est survenu contre la Tchécoslovaquie. Tout le monde paniquait parce que Michel Preud'homme ne pouvait pas jouer. Je venais de signer le doublé avec le Sporting et j'ai assuré la qualification pour le Mondial 1994, où je n'allais pas plus jouer que lors de l'édition précédente. J'étais au sommet de mon art, mais j'étais le numéro 2. Michel a sorti un match de classe mondiale contre les Pays-Bas, mais je pensais que j'aurais pu faire pareil. Michel Preud'homme avait-il une pointure de plus que toi? DE WILDE: Probablement, mais je ne l'admettais pas. Maintenant bien. Michel était le numéro 1 et j'étais en concurrence avec Gilbert Bodart pour une place sur le banc, car il n'était pas question de coucher trois gardiens dans une sélection de seize hommes. As-tu été choqué des sommes que tu pouvais gagner à l'étranger? DE WILDE: Deux fois plus qu'à Anderlecht. Le Sporting a subitement fait un effort, mais quand tu gagnes cent euros, que tu peux en gagner 200 ailleurs et que ton employeur t'en propose seulement 130, tu as la tête ailleurs. Je voulais partir, de toute façon. Nilis et Degryse étaient déjà transférés, c'était l'exode. Marseille me voulait, mais n'était pas encore le grand OM, il venait de remonter en D1. La Côte d'Azur fait rêver, mais je devais tout régler moi-même et j'ai refusé. Je devais emmener ma famille. Le Sporting Portugal était une meilleure alternative, car les enfants pouvaient intégrer une école internationale, en anglais ou en français. Ce n'est pas possible dans un petit club espagnol en pleine campagne, même si on peut y gagner beaucoup. Mes enfants ont pleuré quand on a quitté la Belgique, mais ils ont aussi versé des larmes quatre ans plus tard, quand on est revenus. On y a passé de belles années. On a visité une grande partie du pays. Je parle toujours portugais. On s'entraînait en manches courtes jusqu'en décembre, mais j'en avais assez de certaines obligations inutiles, comme de passer quatre jours à l'hôtel entre un match de coupe d'Europe et le match suivant en championnat. À la fin, alors que le Sporting avait engagé son quatrième entraîneur de la saison, j'ai reçu une offre de Naples, que j'ai immédiatement refusée. Ce n'était le Naples actuel: il était dernier de Serie A, avec huit points. Aurais-tu préféré être footballeur professionnel de nos jours? DE WILDE: Je n'irais plus aussi loin, à cause de ma taille. Dany Verlinden et moi devrions choisir une autre spécialité ou jouer à un niveau inférieur, maintenant. Je ne pense pas qu'il y ait encore des gardiens de 1m80 au plus haut niveau. Es-tu satisfait de ta carrière? DE WILDE: Absolument, même si elle aurait été plus belle sans l'EURO 2000, qui a jeté une ombre sur le reste. Heureusement, j'ai été capable de relativiser. Je n'étais plus tout jeune et Anderlecht a joué une excellente saison ensuite. Peu après, j'ai bien joué contre Porto, ce qui m'a conforté dans mon idée: j'avais eu de la poisse, ce n'était pas un manque de talent. Que t'a appris ta carrière? DE WILDE: Qu'il est plus facile de tout faire pour atteindre un objectif quand on est bon. J'ai eu de la chance au bon moment. Une semaine avant mes débuts à Beveren, je n'imaginais pas passer pro. Maintenant, des gamins de dix ans se préparent déjà à devenir footballeurs professionnels. Mon club, l'Eendracht Zele, m'avait cédé contre son gré à Beveren. Il m'a loué deux fois puis m'a réclamé. Mon père a dû user de toute sa persuasion pour qu'on me permette de rejoindre Beveren. Là, en l'espace de trois mois, je me suis retrouvé en équipe première. En semaine, Jean-Marie Pfaff s'est blessé dans un match européen. Le week-end suivant, mon match en Espoirs était remis. Le samedi, j'ai emmené ma future femme à un thé dansant, dans la cantine du club de Zele. Le téléphone a sonné. Mon père, qui était dans la cantine, a décroché et a appris que je devais intégrer l'équipe première le lendemain. Urbain Braems a demandé à Wilfried Van Moer s'il fallait aligner le petit. Celui-ci a acquiescé. C'est ainsi que je me suis retrouvé dans le but, contre Beringen, à 17 ans. Dans un duel, j'ai reçu un coup, j'ai voulu réagir, mais Wilfried m'a repoussé: "Gamin, rentre dans ta cage et attrape les ballons." Qu'aurais-tu aimé vivre? DE WILDE: Gagner une Coupe d'Europe. On a perdu de justesse la finale 1990 contre la Sampdoria, à cause de Gianluca Vialli et de l'actuel sélectionneur italien, Roberto Mancini. Ils ont fait la différence. Il y avait aussi Pietro Vierchowod qui fauchait ses adversaires. Plus personne ne sait que c'est grâce à mon match contre le Dinamo Bucarest qu'on a pu jouer la finale à Göteborg. Pas plus qu'on a préservé nos filets deux fois contre Porto dans la phase de poules de Champions League, peu après l'EURO 2000. Mais on se souvient de mon raté contre la Suède et de mon exclusion contre la Turquie. J'aimerais pouvoir gommer ces deux matches.